L'islam est-il soluble dans la République ?
Dans le débat public français, l'expression « islam républicain » sonne comme un oxymore, voire une provocation –ou au mieux comme une tête de chapitre de programme présidentiel, rubrique « immigration et intégration ». Les deux termes apparaissent antinomiques ou en tout cas problématiques, selon les opinions des uns et des autres. Par Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS (Sciences Po-CERI).
En dehors de ses éventuels fondements xénophobes, le postulat de cette contradiction procède de la conception française de la laïcité, autrement dit de la séparation des institutions religieuses (ou de la religion) et de l'Etat, de la confusion entre la République et la démocratie, de la valorisation contemporaine de la lutte des femmes pour la reconnaissance de leur égalité, sinon du legs colonial. Toutes ces orientations ou représentations politiques sont, bien entendu, respectables et légitimes. Mais leur expression, souvent passionnelle, repose sur des associations automatiques que l'analyse ne confirme pas systématiquement et ne permet donc pas d'ériger en lois scientifiques. Par exemple, il est des républiques non démocratiques (et des monarchies démocratiques). Des républiques confessionnelles ou séculières plutôt que laïques. Des républiques (et des démocraties) inégalitaires du point de vue de la condition des femmes.
En France même, la République n'a pas immédiatement été synonyme du suffrage universel, et ce dernier a exclu les femmes jusqu'en 1946. Ainsi, elle est allée de pair avec une conception restrictive de la démocratie, sans même parler des périodes où elle a suspendu l'exercice de celle-ci, ou en a limité le champ d'application, ou en a privé ses sujets coloniaux, ou a conduit une répression sanglante du mouvement ouvrier ou populaire. Encore aujourd'hui, elle est incapable d'assurer aux femmes la parité politique, et sa Chambre haute, le Sénat, est mise à l'abri des aléas de l'alternance du fait de son mode d'élection, que le Constituant n'a pas cru être en mesure de réviser en 2008. Enfin, le christianisme, s'il a pu historiquement être la matrice de certaines institutions, représentations ou procédures de la démocratie et de la République, n'en a pas été le fourrier naturel. Il s'en est accommodé et s'y est adapté plutôt qu'il n'en a été le facteur explicatif. Paul Veyne va jusqu'à dire qu'il était « la religion la plus éloignée qui fût d'une distinction entre Dieu et César, contrairement à ce qu'on entend répéter »[1].
Islam, combien de divisions?
Dans le même temps, la contradiction supposée entre l'islam et la République naît d'une simplification abusive, sinon polémique, du premier terme du binôme. N'en déplaise aux bigots d'Allah, qui n'ont pas l'esprit plus sociologique que ceux de Jésus ou de Yahvé, l'islam est pluriel, y compris sur le strict plan religieux. Hormis le clivage, souvent exagéré, entre sunnites et chiites, que d'écoles théologiques et juridiques, que de confréries et d'institutions, que de rivalités économiques et sociales, et enfin que de divergences politiques au sein de l'umma ! « L'ordre des uléma est dans son désordre », dit un vieux dicton persan.
Pour nous en tenir à la sphère politique, les conflits qui agitent le monde dit musulman sont, en premier lieu, internes à celui-ci. Ils divisent les musulmans entre eux, avant de les dresser éventuellement contre les Juifs, les Hindous, les chrétiens ou les « Occidentaux ». Cela est vrai de l'Algérie, de l'Afghanistan, du Pakistan, de l'Irak, pour nous en tenir à quelques-unes des principales crises contemporaines. Même au Liban et en Palestine, la guerre oppose les musulmans à eux-mêmes, autant qu'à l'Autre. Et en Iran, en Turquie, au Sénégal, la société est parcourue de fractures politiques ou idéologiques irréductibles à l'islam, auquel adhère la quasi-totalité de la population.
Autrement dit, l'islam n'explique rien, ou pas grand-chose, à lui tout seul. Et notamment pas les pratiques des gens, aussi croyants soient-ils. Ecoutons à nouveau Paul Veyne : « L'idéologie n'est pas à la racine de l'obéissance »[2]. De même que les jeunes catholiques adulaient Jean-Paul II tout en recourant allègrement à la contraception que celui-ci condamnait, et que de tout temps les chrétiens se sont entretués en vénérant leur Dieu d'amour, les musulmans et les musulmanes n'en font qu'à leur tête avec le Coran, lequel est au demeurant assez obscur pour fournir un champ infini à l'exégèse.
Des millions de musulmans en République
Dans un essai qui aurait dû clore le débat, Olivier Carré a notamment démontré que les grands textes de la philosophie politique islamique, loin de fonder la confusion entre la religion (din) et le pouvoir ou l'Etat (dolat), instituaient bien au contraire leur distinction. Ce qui l'a autorisé à parler d'« islam laïque ». Il a en revanche estimé que le Coran enferme les femmes dans une « prison scripturaire », celle de « quelques versets (...) qui, sans aucune ambiguïté, consacrent l'inégalité des sexes »[3]. Peut-être. Mais, prison scripturaire ou pas, les musulmanes, pas plus que les jeunes catholiques, ne s'en tiennent à la lettre. Elles affirment leurs propres pratiques sociales, quitte à s'efforcer de leur trouver ex post une légitimation religieuse, à l'instar des Iraniennes, en trente ans de République islamique[4].
Ainsi, il convient d'abord de déconstruire les deux objets prétendument « naturels » que seraient la République et l'islam. Et de prendre acte d'une évidence : pourquoi douter de la compatibilité de l'islam avec la République quand des centaines de millions de musulmans vivent d'ores et déjà en République, plutôt qu'en monarchie ou en théocratie ? En République, ce qui ne veut pas forcément dire, répétons-le, en démocratie. Mais ce qui ne l'exclut pas nécessairement non plus. La Turquie est une démocratie parlementaire depuis 1950, dont le cours a pu être troublé à l'initiative de l'armée (et non de l'islam), mais dont les élections au suffrage universel sont incontestables. Le Sénégal a été l'un des pays africains les plus démocratiques (ou les moins autocratiques), quels que soient les sujets d'inquiétude que l'on nourrit maintenant à son endroit.
Et l'Iran lui-même, contrairement à l'idée que l'on s'en fait, dispose d'institutions représentatives, à défaut d'être démocratiques compte tenu des atteintes à la liberté de candidature aux différentes élections que prévoit la Constitution, et de la fraude qui les entache. Tout récemment, l'ampleur des manifestations dénonçant le coup de force des présidentielles de 2009 a démontré l'attachement des citoyens aux principes constitutifs de la République, fût-elle islamique. Inversement, la laïcité, ou l'endiguement des mouvements politiques islamiques, ont été une ressource de légitimation de l'autoritarisme, non seulement dans les régimes bassistes d'Irak et de Syrie, mais aussi en Egypte, en Tunisie, en Algérie, et jusqu'en Turquie, d'une intervention militaire à l'autre. Une anthropologue comme Fariba Adelkhah pense également qu'en Iran la coercition du régime s'est fondée sur les impératifs catégoriques de la centralisation de l'Etat, de la « sécurité nationale », de la défense de l'intégrité territoriale contre l'agression irakienne, plus que sur ceux de l'islam. Celui-ci a, au contraire, été un élément de pluralisme et d'autonomie du social par rapport au champ politique[5].
L'islam intervient comme une variable des Républiques musulmanes, mais n'en constitue pas le facteur explicatif. Du point de vue de l'analyse politique, il n'existe d'ailleurs pas en tant que catégorie, bien que nous rencontrions sans conteste des musulmans. Sur ce point comme ailleurs, l'interprétation culturaliste embrouille ce qu'elle prétend éclairer : la dimension culturelle de l'action politique[6]. En revanche, il est en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie des sociétés politiques historiquement situées. Leur commune appartenance à ce que nous appelons le « monde musulman » va de pair avec leur hétérogénéité.
Chichis constitutionnels
Le rapport de la République française à l'islam, et celui que l'idée républicaine en terre d'islam entretient réciproquement avec cette dernière, ont été plus anciens, plus mêlés et plus complexes que ne le dit le discours actuel sur le défi que lancerait à ses institutions la religion du Prophète ou sur le « choc des civilisations ». Que ces rapports croisés aient fréquemment été antagoniques ne doit pas faire oublier qu'en bonne sociologie, le conflit doit être regardé comme une forme d'échange et d'appropriation porteuse d'accommodements et de dépassements. Retrouver ces interactions, pénétrer l'islam républicain là où il a pris racine et régit des centaines de millions de personnes, c'est aussi se donner les moyens intellectuels d'apporter une réponse politique au radicalisme et à la violence qui se réclament ici et là de l'islam, souvent pour atteindre des objectifs révolutionnaires et anti-impérialistes assez classiques : renverser des régimes, chasser l'occupant étranger, assurer l'indépendance nationale ou la justice sociale. Car les solutions répressives et militaires qui prévalent maintenant s'avéreront aussi illusoires qu'en d'autres temps sous les mêmes cieux.
L'islam républicain est affaire politique d'institutions, d'idéologie, de conception de la citoyenneté et de la nationalité, de définition de l'espace public et de la société civile dans sa relation à l'Etat, de souveraineté populaire et nationale, de liberté et de droits de l'Homme. Il est aussi, et peut-être surtout, affaire de subjectivation, autrement dit de constitution d'un sujet à la fois moral et politique, de type républicain. De toute évidence, cet homo republicanus et néanmoins islamicus est très différent de son homologue français. Grande découverte sociologique ! Elle n'étourdira pas ceux qui envisagent déjà que l'ethos républicain français, ou italien, ou allemand puisse être autre que la civic culture américaine, et qui, du même mouvement, pourront accepter qu'il n'y a décidément pas un seul homo islamicus republicanus. Le répertoire civique, moral et imaginaire de l'islam républicain, loin de se conjuguer au singulier comme le voudraient les culturalistes, est fondé sur une historicité propre, d'une société musulmane à l'autre.
Il faut sauver la République de l'islam. Non au sens où l'entendent certains hommes politiques français, mais au sens où un historien indien, Prasenjit Duara, écrit qu'il faut sauver l'histoire de la nation, c'est-à-dire de l'historiographie nationaliste[7]. L'idée républicaine est universelle et est en théorie susceptible de faire souche dans n'importe quelle société musulmane, même si certaines d'entre elles –le Maroc, par exemple– peuvent n'y trouver aucun attrait tant l'institution monarchique y semble légitime. Il en est des peuples musulmans comme des peuples européens : les uns ont l'« âme » républicaine, les autres monarchique, et d'autres encore s'accommodent de (ou se résignent à) ce que leur ont donné en cette matière les contingences de l'histoire, sans faire de chichis constitutionnels. En cas de changement de régime, et la monarchie et la République peuvent fournir la fiction utile à la crédibilité de l'idéal des jours meilleurs. De ce point de vue, les musulmans sont aussi crédules ou blasés –ou optimistes désespérés– que le furent, à différents moments de leur histoire, les Français ou les Espagnols. Or, comme dans certaines unions, l'amour peut toujours venir après quelques années de cohabitation... Il n'empêche qu'en Turquie, en Iran, au Sénégal, et ailleurs encore, l'histoire de la République –comme au Maroc celle de la monarchie– relève plutôt de l'empire de la passion.
L'islam républicain existe, je l'ai rencontré. Dans des pays comme la Turquie ou l'Iran, il prend la forme d'une conception de la souveraineté et de la légitimité, de l'organisation institutionnelle, d'une conscience politique, d'un processus de constitution d'un citoyen moral. Dans son incomplétude démocratique, il correspond bien à la célèbre définition de Montesquieu : « Le gouvernement républicain est celui où le peuple en corps, ou seulement une partie du peuple, a la souveraine puissance[8] ». Il renvoie aussi à un régime de la « vertu », ainsi que le remarquait celui-ci. L'on peut même dire qu'à l'instar de la IIIè République française, il est né de la contingence d'un compromis entre adversaires idéologiques, sous le signe de l' « opportunisme », comme simple « forme républicaine du gouvernement », peut-être vouée à être temporaire dans l'esprit des uns ou des autres, et maintenant « repose sur le refus conscient de toute forme de transcendance »[9], y compris dans les cas du gouvernement de Tayyip Erdoğan, postislamiste, ou de la République islamique d'Iran, dont l'institutionnalisation thermidorienne fait prévaloir la dissociation progressive, mais explicite, de la religion et de l'Etat.
Abandonner le prisme déformant de l'islam
En revanche, l'islam n'est pas une catégorie analytique pertinente, en ce sens que chacune des Républiques considérées dans le monde dit musulman est singulière de ces différents points de vue. Dans l'analyse concrète, à aucun moment nous ne pouvons isoler l'islam d'une interaction mutuelle généralisée avec d'autres facteurs : les contingences ou les héritages politiques propres à chacune des trois sociétés, les transformations technologiques, l'urbanisation, l'universalisation de l'éducation, la formation de l'Etat, les dynamiques économiques et singulièrement la structuration du marché, la généralisation de la consommation industrielle de masse, la révolution des rapports de genre et des relations intergénérationnelles, les différentes facettes de ce que nous nommons aujourd'hui la globalisation et de ce que Fernand Braudel aurait appelé la Civilisation. Mieux même, la constitution d'un sujet moral musulman et républicain se réfère naturellement à des valeurs et des croyances religieuses, mais se sécularise, aussi bien dans le contexte de Républiques qui se réclament de la laïcité, comme en Turquie et au Sénégal, que dans celui de la République d'Iran, qui se dit islamique et pourtant est « sans mosquées »[10].
L'on ne peut comprendre les Républiques musulmanes que dans les termes de leur historicité, c'est-à-dire de leur irréductible diversité. Et cette historicité tient aux pratiques sociales effectives, non au dogme avec lequel les croyants prennent leur liberté. Autrement dit, le prisme déformant de l'islam, à travers lequel nous nous obstinons à interpréter toute une série de phénomènes politiques et sociaux disparates, doit être abandonné. Comme le disait Mme de Staël au sortir de la Révolution française, « la ressemblance des mots l'emporte souvent sur la diversité des choses », et elle n'aide pas à leur intelligence.
Un deuxième enseignement est plus difficile encore à assimiler car il froisse notre superbe. Généralement les Républiques musulmanes sont au fond ethnoconfessionnelles : sunnite hanéfite dans le cas de la République de Turquie, par exemple, ou chiite dans celui de la République islamique d'Iran. Néanmoins, le triomphe des fondamentalistes de la laïcité française et des tenants de la supériorité occidentale doit vite être tempéré. La formation de l'Etat dans les sociétés ouest-européennes s'est elle-même confondue avec un processus de confessionnalisation (Konfessionalisierung) pendant plusieurs siècles, ce qui n'a pas empêché leur démocratisation ultérieure[11]. La République française n'échappe pas à la règle. Elle a été, et demeure, ethnoconfessionnelle dans les faits, nonobstant les protestations d'universalité de la Grande Nation. Elle est issue de la matrice gallicane et a joué avec le catholicisme la même partie de poker-menteur que la République de Turquie avec le sunnisme hanéfite. Elle s'est montrée très chiche dans l'attribution de sa citoyenneté à ses sujets impériaux pendant la colonisation et, après la Seconde Guerre mondiale, elle a préféré leur accorder l'indépendance plutôt que l'égalité des droits, fiscalement insupportable pour des raisons démographiques dès lors que ces derniers comportaient désormais une dimension sociale dans le contexte nouveau du Welfare State. Si elle a su coopter sa minorité réformée sans trop de peine, après que la monarchie l'eut persécutée, elle a éprouvé beaucoup plus de difficulté à reconnaître sa part juive, allant jusqu'à la livrer à l'holocauste sous le régime de Vichy. Et, aujourd'hui, elle a des troubles de digestion avec les Arabes « quand il y en a beaucoup », pour parler comme Brice Hortefeux. Le « prototype » de l'Arabe est musulman ; l'emblème de l'« intégration », la catholicité que prouve la consommation de porc et d'alcool[12]. Et l'Arabe, le Musulman, « quand il y en a un, ça va . C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes ». A Républiques ethnoconfessionnelles islamiques, République ethnoconfessionnelle chrétienne et demi... L'imprudent débat sur l' « identité nationale », que Nicolas Sarkozy et son ministre Eric Besson ont lancé en 2009, en a été une illustration en se rabougrissant en quelques semaines et en se limitant à la seule question de l'immigration, vite devenue celle de l'islam.
Toutefois, ces définitions restrictives de la citoyenneté, aussi bien dans les Républiques musulmanes que dans les Etats occidentaux, ne doivent pas nous plonger dans le pessimisme, foi d'optimiste désespéré ! Car elles sont sujettes à débat et sont évolutives : la République française a fini par admettre sa responsabilité dans la Shoah, et des Turcs défilent maintenant en criant qu'ils sont arméniens pour s'indigner de l'assassinat de Hrant Dink. Cela nous indique qu'il n'y a d'universalité que par rapport à la particularité. L'esprit républicain réside précisément dans cette tension créatrice et ô combien politique entre l'une et l'autre. De même que l'universalisation procède toujours par réinvention de la différence –ce que confirme à l'envi l'islam républicain, dans ses multiples avatars–, les appels à l'universalité sont indissociables de la singularité, moins identitaire ou culturelle qu'historique. Ceux-ci ne sont concevables que dans le dépassement de situations concrètes, dans lesquelles ils s'incarnent. Par exemple, l'universalisme anticolonialiste en Europe n'a pu naître que de la « situation coloniale » (Georges Balandier). Ce qui fait que ses hérauts les plus valeureux ont toujours été, à un moment ou un autre de leur itinéraire, partie prenante de cette dernière. Il en est de même du républicanisme dans son rapport à l'islam. Il doit bien le chevaucher avant que de changer éventuellement de monture, parce que son universalisme ne peut s'abstraire de la société réelle, sauf à rester une utopie éthérée.
Intégration familiale
La question de la « compatibilité » de l'islam et de la République française, pour parler comme Philippe de Villiers, se pose alors différemment que dans l'une de ces psychomachies dont nous raffolons. Tout simplement, répétons-le, parce que l'islam, qu'il soit « de » France ou « en » France, n'existe pas. Il n'est que des musulmans, dont les pratiques sociales sont plurielles et contradictoires, et qui sont en interaction mutuelle généralisée avec le reste de la société, par l'école, le travail, le syndicalisme, la santé publique, le sport, le marché, la consommation, la politique et, last but not least, le mariage, le concubinage ou les relations sexuelles.
L'on se plaint souvent que les institutions sociales ne jouent plus leur rôle d' « intégration ». Larmes de crocodile puisque ceux qui pleurent sont généralement ceux-là mêmes dont les politiques publiques ont évidé lesdites institutions, ou qui les ont combattues. Il est toujours réjouissant d'entendre les patrons geindre de la faiblesse du syndicalisme, les députés de droite de celle du Parti communiste, ou les bourgeois de celle de l'école publique. Il est également sympathique de voir l'empressement avec lequel les « Français de souche » donnent leur fille en mariage à un musulman, et qui n'a eu d'égal que celui dont ils ont jadis fait preuve à l'égard des soupirants juifs. En outre, nul n'ignore que l' « intégration » des ritals, des polacks et autres portos s'est faite dans la félicité, parce qu'ils étaient « catholiques », nous dit-on sentencieusement, quitte à oublier le pogrom d'Aigues-Mortes.
Pourquoi attendre d'institutions sociales qui sont en crise dans la société française, en dehors même du phénomène de l'immigration, un rôle salvateur en matière d' « intégration » ? Et pourquoi occulter le fait que la famille, bien portante dans ses nouvelles modalités, est devenue le principal vecteur de cette dernière, ainsi que l'attestent les enquêtes démographiques ? Les Français musulmans sont des Français comme les autres, et les producteurs de la différence ne sont pas forcément ceux que l'on croit.
Politiquement et socialement, la question de l'islam républicain se pose de manière simple dans l'hexagone. Il s'agit d'abord de savoir si l'Etat va déléguer à des institutions musulmanes qu'il aura cooptées le contrôle d'une population jugée potentiellement dangereuse, en inventant une identité ethnoconfessionnelle, en l'assignant aux intéressé(e)s par la grâce d'une argumentation culturaliste ou de la stigmatisation raciste, et en les enfermant ainsi dans une conception différentialiste de la citoyenneté. Chez certains, la tentation est grande de renouer avec l'administration indirecte pour résoudre la crise sociale des banlieues, reconstruite en crise ethnique, et de le faire en reconduisant le partenariat avec les gouvernements plus ou moins autoritaires des anciennes possessions coloniales : notamment le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, aux consulats et aux polices desquels est concédée une large part de la surveillance des lieux de culte et de l'immigration. Amusant chassé-croisé où l'on voit le colonisateur d'hier, qui avait réifié les institutions islamiques dans ses conquêtes pour s'en servir d'intermédiaires, recourir à ses anciens sujets pour faire régner l'ordre républicain en métropole par le même genre de truchements.
Il convient ensuite de savoir si l'on entend favoriser l'interaction mutuelle généralisée entre l'islam et le changement social, interaction dont procède l'islam républicain ainsi que nous l'avons vu, ou, au contraire, si l'on agit de façon à la gêner par toute une série de pratiques et de représentations malthusiennes et obsidionales, le cas échéant au nom d'un universalisme ethnocentrique et fondamentaliste, dont le visage est la Sainte Laïcité. Cette interaction mutuelle généralisée passe par le malentendu, la polémique, le conflit. Nul besoin de s'en émouvoir au-delà du raisonnable –et il n'est sans doute pas raisonnable d'ériger en affaire d'Etat le port du voile par quelques centaines, voire milliers de jeunes femmes, en sombrant dans l'hystérie législative. Il va sans dire que ces interdépendances entre l'islam et la société française ne manquent pas d'être paradoxales. Par exemple, l'Eglise catholique –qui l'eût cru ?– œuvre à l'interaction mutuelle généralisée en accueillant des élèves voilées que l'école publique voue à l'exclusion, et donc à l'enfermement identitaire. Et les jeunes banlieusards qui se sont révoltés à l'automne 2005 pour revendiquer la dignité que la République doit à ses citoyens ont plus fait pour l'inscription de la « diversité », comme l'on dit, dans la sphère politique que trente ans de bons sentiments. Pourtant, force est de reconnaître que, pour le moment, la dynamique des interactions entre la société française et l'islam est bloquée sur le plan politique, sinon sous une forme institutionnelle néoconcordataire qui précisément fleure l'Indirect Rule.
Marianne en prison
Le chômage, la déshérence des quartiers populaires, le refus de la classe dirigeante de parler un langage de vérité sur la nécessité économique et démographique de l'immigration, la paupérisation de la santé publique, le discrédit jeté sur l'éducation nationale et ses enseignants, le racisme latent de nombre de fonctionnaires de police, les atteintes à la liberté de circulation qui sont opposées aux jeunes pauvres dans différentes circonstances au nom du maintien de l'ordre public, les discriminations dont les personnes suspectées d'être musulmanes sont l'objet en matière d'emploi et de loisirs, l'ampleur des préjugés dans la population, et maintenant la prétention de l'Etat de définir l'« identité nationale », comme aux pires jours de la République française, polluent le dialogue de celle-ci avec ses musulmans.
Paranoïa pour paranoïa, une fraction de ces derniers se crispent à leur tour. Quand, par exemple, ils admettront que les caricatures du Prophète sont un hommage civique rendu à leur religion, enfin considérée comme les autres –après tout, la réconciliation entre le catholicisme et la République est passée par l'anticléricalisme–, un grand pas sera franchi.
En attendant, dans l'interaction entre l'islam et l'Etat, une place considérable est laissée à la coercition : à la violence des mots, mais aussi à celle des institutions. Bien que les statistiques nous interdisent de le dire, République oblige ! Nous savons que la prison est aujourd'hui l'un des principaux lieux où se rencontrent Marianne et ses citoyens de famille musulmane. Et que la circonstance la plus fréquente où elle leur parle est celle du contrôle d'identité par des policiers qui ont repris avec la finesse des Dupont et Dupond la pitoyable explication de Brice Hortefeux, après sa bourde, et entendent surveiller, pour mieux les punir, les « Auvergnats », dont le « prototype » se lit si aisément sur leur faciès.
Dans sa spécificité historique, la République française n'est pas sans grandeur, que l'on a tort de vivre comme une ringardise sous prétexte de globalisation ou de modernité anglo-américaine. Il est néanmoins malséant de la réifier de façon arrogante en étalon universel. D'une part, parce qu'elle a d'elle-même renoncé à son génie propre en vendant à l'encan l'Université et le savoir scientifique qui étaient ses fondements depuis la fin du XIXè siècle, ainsi que l'a rappelé avec force Claude Nicolet, et en jugeant désormais superflue la lecture de la Princesse de Clèves au nom d'un utilitarisme de supermarché. D'autre part, parce qu'elle a progressivement transformé sa pragmatique de l'esprit laïque, qui entendait simplement « déclarer Dieu d'ordre privé, et non d'ordre public », selon les mots de Pierre Laffitte, « organiser l'humanité sans Dieu et sans roi », selon ceux de Ferry –ce à quoi Jaurès ajoutait : « sans patron »– en nouvelle religion d'Etat, dont le credo sourcilleux est le substantif de la laïcité, et le bras armé le recours intempestif à la loi, à toujours plus de lois prohibitives, et donc à toujours plus de répression, au moins symbolique ou virtuelle.
Ce faisant, la France a tourné le dos au principe de « la parole contradictoire, à double sens, qui doit convaincre et non point vaincre »[13], à la République des professeurs dont la pensée se présentait aussi comme une philosophie de la connaissance. Et elle a laissé filer à vau-l'eau le savoir-faire de l' « opportunisme » revendiqué des pères fondateurs de la IIIè République, un « opportunisme » qui n'était pas le sens de la compromission ou de la volte-face des « girouettes », mais celui de l'opportunité, du relatif, des proportions et du possible[14]. Un Gambetta, un Ferry surent donner du temps au temps en acceptant sagement le compromis constitutionnel de 1875 avec les orléanistes, et en attendant que les campagnes se convertissent au nouveau régime sous la houlette des « hussards noirs », au prix d'un énorme investissement public, dans la continuité de celui qu'avait consenti le Second Empire. Ils avaient compris que républicanera bien qui républicanera le dernier.
Où sont aujourd'hui le plan Freycinet de la ville, l'exaltation de l'instruction publique, la célébration idéologique du peuple des banlieues, ou tout au moins leurs équivalents fonctionnels qui pourraient refonder la République sur la production et l'enseignement de la connaissance, l'appétit du monde à venir, l'amélioration de la condition matérielle de la masse des citoyens, la promulgation d'une législation progressiste en matière de droits politiques et sociaux, plutôt que sur des sentiments de peur complaisamment entretenus à des fins électorales ?
L'intelligence politique des « opportunistes » des années 1870-1880 serait d'un grand secours pour dédramatiser la question de l'islam républicain en France et rappeler l'évidence de la « compatibilité » des musulmans de foi ou d'éducation avec la République. Si celle-ci « repose sur le refus conscient de toute forme de transcendance » et, dans le même temps, « s'arrête au seuil des consciences »[15], elle fait toute leur place aux croyants pourvu que la séparation ne soit pas évidée sous prétexte de « positivité ». Si nous refusions de poursuivre dans cette voie sous prétexte de minarets et de burqa, le prix à payer serait en effet l'administration indirecte et communautariste des subalternes de la République, le cauchemar de ses fondamentalistes qui ne la conçoivent que l'œil dans le rétroviseur. Le vrai danger provient non pas de l' « islam », ou plutôt de la chimère que l'on s'en fait, non pas même de la reconnaissance d'un principe de transcendance, mais de l'aliénation du libre-arbitre de chacun par des organisations qui en confisqueraient l'exercice ou assigneraient des identités : « Ce n'est pas avec certaines convictions que la République est incompatible, c'est avec la manière dont l'individu acquiert ces convictions[16] ». L'ennemi de la IIIè République ne fut pas le catholicisme en tant que tel, mais l'ultramontanisme, l'allégeance à Rome qui privait le croyant de la libre pensée. « La démocratie radicale [...] part de la souveraineté du peuple pour fortifier la souveraineté de l'individu, et c'est parce qu'elle veut le gouvernement de l'homme par lui-même, qu'elle conclut au gouvernement du pays par le pays », disait Gambetta[17].
Précisément, objectera-t-on, le problème avec l'islam provient des grands frères ou des maris qui imposent aux jeunes filles le voile, et du Coran, à la transcendance duquel se soumet le croyant. Billevesées, répliquerai-je. Le croyant est toujours en situation, et donc en interaction, et son acceptation du dogme est énonciative. En d'autres termes, plus familiers, il n'en fait qu'à sa tête, c'est-à-dire à sa raison, fût-ce celle du cœur. La plupart des musulmans vivant en France ont « élaboré leur laïcité personnelle »[18] et n'ont plus de musulman que le nom, ou plutôt une forme de socialisation et de conviction familiales, à l'instar de la majorité des catholiques. L'erreur politique est alors de vouloir résoudre au forceps des problèmes annexes et disparates, qui sont peut-être sans solution immédiate, mais qui se dénoueront d'eux-mêmes à la longue, et de prétendre mieux les résoudre en les érigeant en un problème unique, celui que poserait l' « islam ». L'inanité de cette position donne lieu à une fuite en avant législative et idéologique qui fait jouer la République française à front renversé et l'accule paradoxalement au cléricalisme[19], celui de la laïcité, dont la prescription devient pavlovienne et totalitaire. Elle fait oublier qu'elle a été, par son histoire, « transactionnelle » comme aimaient à le dire Gambetta et Littré, et qu'elle s'est instituée en récusant l' « intransigeance » pour édifier un « consensus ».
Oui, l'islam est soluble dans la République, pourvu qu'on lui en laisse le temps et que l'on retrouve le sens des proportions.
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Débat au CERI le jeudi 20 mai, de 17h à 19h, autour de L'Islam républicain. Ankara, Téhéran, Dakar (Albin Michel, 2010) :
http://www.ceri-sciencespo.com/reunion_affiche.php?id=82
[1] Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien. 312-394, Paris, Albin Michel, 2007, p. 246.
[2] Ibid, p. 228.
[3] Olivier Carré, L'Islam laïque, ou le retour à la Grande Tradition, Paris, Armand Colin, 1993, p. 114.
[4] Fariba Adelkhah, La Révolution sous le voile. Femmes islamiques d'Iran, Paris, Karthala, 1991 et Etre moderne en Iran, Paris, Karthala, 1998 (2006).
[5] Fariba Adelkhah, « Etat, islam et nation en Iran : le kaléidoscope de la Révolution », Sociétés politiques comparées, 3, mars 2008 ( http://www.fasopo.org/reasopo/n3/iran_adelkhah.pdf ) et Etre moderne en Iran, op. cit.
[6] Jean-François Bayart, L'Illusion identitaire, Paris, Fayard, 1996.
[7] Prasenjit Duara, Rescuing History from the Nation. Questioning Narratives of Modern China, Chicago, The University of Chicago Press, 1995.
[8] Montesquieu, Esprit des lois, II, 1.
[9] Claude Nicolet, L'Idée républicaine en France (1789-1924). Essai d'histoire critique, Paris, Gallimard, 1994 [1982], p. 484.
[10] Fariba Adelkhah, "Une République islamique sans mosquées », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, 125, 2009, pp. 67-85.
[11] Philip S. Gorski, « Calvinism and state-formation in Early Modern Europe » in George Steinmetz, ed., State/Culture. State-Formation after the Cultural Turn, Ithaca, Cornell University Press, 1999, chapitre 5 ; Eric R. Wolf, ed., Religious Regimes and State-Formation. Perspectives from European Ethnology, Albany, State University of New York Press, 1991.
[12] Voir le commentaire incisif de Stéphane Beaud et Gérard Noiriel sur les déclarations de Brice Hortefeux, le Monde, 20-21 septembre 2009, p. 15.
[13] Claude Nicolet, L'Idée républicaine en France, op. cit., p. 33.
[14] Ibid, chapitre 6.
[15] Ibid, pp. 484-485.
[16] Ibid, p. 503.
[17] Ibid, p. 481.
[18] Olivier Roy, La Laïcité face à l'islam, Paris, Stock, 2005, p. 18. Voir aussi John R. Bowen, Can Islam Be French ?, Princeton, Princeton University Press, 2009.
[19] Selon la définition qu'en donne Ferdinand Buisson, Libre pensée et protestantisme libéral, Paris, 1903, pp. 43 et suiv.


Tous les commentaires
Le titre indique déjà le part-pris de la non-pensée. . Quant au reste, c'est copier-coller et blabla. . JPYLG
JPLG
Sincèrement vous exagérez; mais lisez-donc !
Encore un ami de plus, j'imagine. . Jpylg
Tâchons d'éviter le formatage orwellisant dont fait preuve toute personne qui taxe de non-pensée une pensée qui n'est pas la sienne, ce qui lui évite de contre argumenter. Asséner n'est pas réfuter.
En outre, la non-pensée mène au non-écrit.
Or, cet article a été écrit.
Par un auteur qui pense.
Cela dit, je pense autrement que lui.
L'auteur de cet article me semble confondre l'Islam et les intégristes islamistes.
Le Coran n'impose pas plus la burqa, que la Bible n'impose les commandos anti-IVG.
J'abonde en partie dans le sens de Joël Martin même si ce texte incite à la réflexion sur un sujet délicat..
Chers tous, Jean-François Bayart n'est ici l'ami de personne, mais l'un de nos plus éminents chercheurs, qui fut le directeur du CERI (Centre d'études et de recherches internationales) de Sciences-Po de 1994 à 2000. Vous pouvez en savoir plus sur ses travaux en allant ici ou là. Qu'il contribue sur le Club de Mediapart, faisant partager ses connaissances et ses réflexions, nous honore donc. Et mérite mieux, vraiment, comme le souligne Joël Martin, que l'accueil des deux premiers commentaires ci-dessus, peu représentatifs de ce que nous attendons tous d'une "université populaire" comme pourrait l'être Mediapart, lieu de partage des savoirs et d'échange des opinions.
J'aime beaucoup cette expression "Université Populaire" qui me ramène au Michel Onfray de "La Stratégie du rebelle" ("Mettre de la pholosophie dans sa vie et de la vie dans sa philosophie") par exemple...
Je ne connais pas Jean-François Bayart mais j'ai envie de le connaitre.
En plus d'assister et de participer le plus possible aux interventions de l'Université Populaire de Caen au Théâtre du Rond-point à Paris, je souhaite participer à celle là pour suivre le mot d'ordre de Michel Onfray : reprendre Mai 1968 là où nous l'avons laissé après avoir élu Pompidou et rpredre le flambeau le mieux possible, c'est à dire, le plus intelligemment et sincèrement possible...
"Mediapart, lieu de partage et d'échanges", Edwy ? C'est pour cela que je m'était abonné. Hélas...
Il y a des fois, trop de fois, où je me demande si certains abonnés ne prennent pas leur écran pour le mur des… fomentations !
Sidérant ! Voilà un texte d’excellente facture qui, avec une volonté didactique rare (même si l’on peut émettre des réserves ici ou là), démonte le mécanisme des confusions idéologiques, volontaires ou inconscientes, s’agissant du rapport de l’Islam (des islams) à la République, voilà que ce texte se retrouve souillé, décrié à coups d’anathèmes à l’emporte-pièce, sans une once d’argumentation, juste des éructations en guise de réfutations !... Je les soupçonne, ces négateurs de la pensée (de toute pensée qui ne fonctionne pas à vide comme la leur), je les soupçonne de s’être abonnés juste pour… s’abandonner. S’abandonner à leur instinct de sabotage. Sabotage gratuit ? Pas sûr. Il y a plus que du troll, là-dessous, il y a comme un plan…
A Edwy Plenel...(pas moyen de placer la réponse après votre intervention, admettons que c'est de ma faute)
Puisque nous nous croisons ici : j'ai le même point de vue que vous, ce qui n'est pas toujours le cas
corsialement
Donner du temps au temps ? Certes, mais en attendant on constate que les manifestations d'un islamisme radical, qui s'illustrent par le port du niqab, sont le plus souvent le fait de jeunes femmes, blanches, françaises d'origine ethnocatholiques.
La dernière en date dont la presse se fait aujourd'hui l'écho, accusée d'avoir frappé une avocate à la sortie d'un magasin nazérien, se prénomme "Elodie"..... A qui se fier ?
Le temps au temps a déjà été donné et j'ai encore en tête la déclaration d'un journaliste qui a failli être tué dans son bureau nous dire que portage de niqab et extrémisme étaient la même chose...Pourquoi alors ne pas lui donner crédit...
Sciences po? Ça ne m'étonne pas. ! C'est bien ce que je disais !et rappliquent en ordre serré défenseurs et artisans du formatage! . JPYLG
N'avez-vous pas souhaité que contribuent ici des "personnalités" intellectuelles de premier plan et que vous puissiez les confondre ? N'est-ce pas l'occasion ou jamais ?
Je viens de dire exactemnt la même chose avec d'autres mots et de manière plus restrictive...
Cette formulation ma va bine aussi...
"Le répertoire civique, moral et imaginaire de l'islam républicain, loin de se conjuguer au singulier comme le voudraient les culturalistes, est fondé sur une historicité propre, d'une société musulmane à l'autre."
J'aime beaucoup cette phrase et j'aimerais savoir si vraiment cette phrase peut s'appliquer à l'Iran...
Sur ce sujet, je ne connais que l'excellent dessein animé Persépolis qui ne semble pas confirmer cette version...
Pourrais-je avoir un ou des retours ?
Merci par avance.
Ce billet m'a rebuté par sa longueur: eh oui, il y a un âge où!
Mais la suite, avec cette intervention inattendue de Plenel et les commentaires qui ont suivi, ont provoqué chez moi un bel éclat de rire dont je veux remercier tous les participants, même si c'est complètement hors-sujet, je le reconnais! Bonne soirée à tous, d'autant plus joyeuse que, une nouvelle fois, la justice vient de se manifester en faveur de notre journal adoré!!
!
Excellent papier, éclairant pour une complexité nommée Islam. Je dirai CQFD. À faire lire et partager.
Ce texte est du "made in Zemour" entre autre !!
Normal, tous de Science Po !! Cela ne veut pas dire qu'il n'est pas interessant à lire et à même à relire, car par moment, même Zemour s'y perdrait ...
Très bon billet , une bonne analyse que je vais lire et relire pour mieux comprendre
Je n'ai pas le cerveau assez gros , pour comprendre tout, à la première lecture mais ce billet à travers vous, Cher Jean François, me paraît très instructif .
Merci à vous.
Vraiment un excellent article qui nous sort de tous les simplismes "catho-laïques" qu'on entend et lit habituellement. Cela sort justement du "formatage" idéologique habituel que d'aucun vitupère pour se persuader qu'il y échappe.
J'espère que cela va inciter à lire ses livres, notamment l'illusion identitaire et l'Etat en Afrique, la politique du ventre...
C'est ton droit ,aussi ,de ne pas aimer, Jean Paul
Mais sur ce coup là ,je pense que tu es un peu rude , ce billet fourmille d'analyse intelligente et argumenté , et c'est rare , particulièrement , pour les questions d'Islam
Décidément !... Il y a des fois, trop de fois, où je me demande si certains abonnés ne prennent pas leur écran pour le mur des… fomentations !
Sidérant ! Voilà un texte d’excellente facture qui, avec une volonté didactique rare (même si l’on peut opposer des réserves ici ou là), démonte le mécanisme des confusions idéologiques, volontaires ou inconscientes, s’agissant du rapport de l’Islam (des islams) à la République, voilà que ce texte se retrouve souillé, décrié à coups d’anathèmes à l’emporte-pièce, sans une once d’argumentation, juste des éructations en guise de réfutations !... Je les soupçonne, ces négateurs de la pensée (de toute pensée qui ne fonctionne pas à vide comme la leur), je les soupçonne de s’être abonnés juste pour… s’abandonner. S’abandonner à leur instinct de sabotage. Sabotage gratuit ? Pas sûr. Il y a plus que du troll, là-dessous, il y a comme un plan…
Intéressant ce que vous écrivez. Ça m'a démangé de réagir parce que très souvent dérangé et comme vous dites vrai qu'il n'y a qu'"éructations" à défaut d'argumentations. On ne peut non plus entrer en guerre systématique contre les "négateurs de la pensée". La prétention ça pollue aussi. Merci et comme ça soulage.
Lire un article pour le critiquer c'est bien mais de là à le prendre pour pas grand chose sans l'avoir lu ou parce qu'on a pas aimé le titre ou la première référence me semble être de l'humeur plutôt que de la pensée critique. Pour le reste, face à cette guise d'être, une simple fatigue.
C'est vrai que le texte de JFB n'est ni simple, ni court. Heureusement que Mediapart peut accueillir une telle contribution. Ni parce qu'elle serait la meilleure, la plus correcte, mais simplement parce que l'auteur a pris le temps d'argumenter avec rigueur, de nous faire partager les sources de sa réflexion (bien écrit en plus!).
La dénonciaiton d'une laïcité racornie, l'illustration de l'inutilité du concept "islam" pour comprendre la réalité politique, l'évocation de l'intelligence politique des opportunistes de la fin du XIX° sont pour moi les repères que je retiendrai de ce texte. Et le programme d'une organisation de l'humanité sans Dieu, sans roi et sans patro"... merci
Un peu difficile à la lecture, mais remarquable d'intelligence.
Entre la haie d'honneur d'Edwy Plenel et de Joel Martin il va vraiment être difficile d'émettre la moindre petite critique envers un éminent spécialiste qui nous a distillé l'essence même de son savoir.
Des signatures importantes se sont déjà imprudemment aventurées sur MDP je pense à ce malheureux Houelbecque qui récemment s'est fait étriller de la façon la plus grossière; D'autres comme Benjamin Stora suscitent de passionants et chaleureux débats.
Médiapart n'est pas le lieu du copier coller d'une conférence, d'un article l'effet est désastreux et d'autant plus si le sujet est traité longuement de façon spécialisée.
Refuser de faire l'effort de vulgarisation et de synthèse c'est s'exposer à l'irrévérence de ceux qui estiment que l'on s'est moqué d'eux, quelle que soit la compétence et la renommée de l'auteur.
Cher Christian Paultre, je comprends bien votre objection et vous remercie de l'avoir exprimée de façon posée et argumentée. Vou avez raison: l'effort de vulgarisation et de synthèse, de pédagogie en somme, est toujours le bienvenu. Et un savoir qui se barricaderait derrière des codes à lui seul compréhensible, un langage de spécialiste, des repères de connaisseurs, crée une distance qui place l'effort du côté du seul lecteur. Mais puis-je objecter, à mon tour, que cet effort n'est pas toujours malvenu, nous obligeant à sortir de notre confort intellectuel et de nos habitudes de pensée?
Rien ne serait pire, me semble-t-il, qu'un Club de Mediapart qui imposerait une façon uniforme et univoque d'écrire et de réfléchir. Le pari de cette "Université populaire", c'est justement sa diversité, son côté barroque, ses apparentements improbables, ses rencontres inédites, etc. De ce point de vue, elle est l'inverse des pages "Débats" de la presse écrite traditionnelle: elle refuse les hiérarchies sociales du savoir, mêlant, ici même, des expériences, des parcours et des témoignages d'origines et d'horizons les plus divers.
Or ce qui vaut dans un sens (que les savants descendent de leur estrade et acceptent de réfléchir à voix haute dans ce lieu, notre Club) vaut aussi dans l'autre: libre à chacun de ne pas s'attarder sur tel texte qui le rebute, mais acceptons la promesse que sa présence contient, celle d'un partage du savoir sans privilège de diplôme, de naissance ou de fortune.
Dernier point: le texte de Jean-François Bayart est certes long et riche, mais il n'est en aucun cas abscon et énigmatique. Et, dans la confusion lamentable du débat actuel sur le voile, c'est sans doute une réflexion bien plus originale et bien mieux informée que les vulgates qui encombrent le bruit médiatique.
Je ne peux qu'appuyer votre argumentation car cela nous protège du "fast-food" culturel. C'est par un certain effort ou effort certain que nous pourrons nous mesurer à la complexité du monde. Le texte de Jean-François Bayart n'est pas long, il n'a que 12 pages en Word. On attaque des ouvrages présentant des centaines de pages, pensez aux notes en prime. Comme ça nous ouvre au monde de muscler nos concentrations, attentions, passions! Vous avez raison de dire que les rencontres sont multiples, qu'il nous faut les prendre comme telles puisque le résultat ne peut être que l'enrichissement réciproque.
Une contribution à recommander, ce que je viens de faire. Elle révèle la complexité sur le long terme des évolutions politico-sociologiques, en relation avec les héritages culturels au sens le plus large.Cet article jette un regard rétrospectif sur les chemins qui ont conduit au temps présent ; à partir de là il tente de présenter ceux qui semblent s'ouvrir, sans que l'on soit sûr qu'il n'y en ait pas d'autres que seul l'avenir mettra en lumière après coup.
Le court terme et le moyen terme, où s'inscrivent les décisions politiques naissant de débats d'actualité parfois vifs ou même passionnés, relèvent de l'invention de la vie à venir. Le neuf naît inévitablement de l'ancien sous des formes parfois imprévues liées à des opportunités saisies ou non. C'est dire, dans chaque société, l'importance de la réflexion sur ses valeurs vivantes. Nous sommes, depuis quelques années, dans un moment historique de discussion de ce que sont nos valeurs, qui dépasse largement les questions de la relation entre République et islam. Que deviennent nos valeurs à l'époque de la mondialisation ? Sur quoi la France républicaine mais aussi "européenne" maintiendra-t-elle avec fermeté ses principes hérités de l'hisoire dans laquelle elle a été plongée ? En sera-t-elle capable ?
Ma réaction à l'article est celle qu'exprime Edwy Plenel dans son "dernier point". Ceux qui le trouvent long et difficile peuvent au moins, me semble-t-il, en retenir cette phrase : "Le croyant est toujours en situation, et donc en interaction." A rapprocher de celle de l’anthropologue Dounia Bouzar : « Pour les musulmans comme pour les autres individus, l’interprétation religieuse est toujours le fruit d’un dialogue entre les êtres humains et les textes sacrés, entre ce que l’on est et ce que l’on comprend du message divin (« L’islam entre mythe et religion », Cahier de sécurité intérieure no 54). On retrouve la thèse centrale des médiologues : transmettre (y compris ce que l'on présente comme une "révélation" par nature intangible), c'est adapter, donc modifier.
A propos de la première citation de Paul Veyne, il me semble utile de rappeler que l'interprétation catholique du "Rendez à César" est résumée dans la définition par Pie XII, le 23 mars 1958, de la "légitime et saine laïcité" : "les deux pouvoirs distincts et cependant unis selon les vrais principes". "Pouvoir spirituel", l'Eglise catholique est habilitée à imposer à l'Etat les régles fixées par Dieu et censées inscrites dans la nature et la conscience. "La loi civile, viennnent ainsi de rappeler les évêques français, doit garantir le respect intégral de la dignité de l'embryon humain" ; donc interdire l'IVG et l'utilisation thérapeutique des embryons congelés en déshérence (Bioéthique, propos pour un dialogue, 2009, p. 89). On n'en conclura pas que la doctrine catholique est par "essence" incompatible avec la laïcité, d'abord parce que le reste du livre justifie le titre (mais il fallait bien donner un signal à Rome), ensuite parce le Vatican lui-même, après l'épiscopat français, vient, sous la pression des faits et de l'opinion, d'admettre ce que l'un et l'autre, au nom des "vrais principes", refusaient voici dix ans : la compétence des tribunaux "temporels" lorsque sont en cause des clercs dans l'exercice de leurs fonctions.
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" l’interprétation religieuse est toujours le fruit d’un dialogue entre les êtres humains et les textes sacrés..."
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Oui. Et cette interprétation est, très rapidement, colonisée par des spécialistes qui, sous prétexte d'explication, font écran entre les seconds (les textes) et les premiers (les êtres). D'où ils tirent une profession. D'où ils tirent un pouvoir. Au final, la relation entre les êtres humains et les textes sacrés n'en est pas facilitée, bien au contraire.
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J'ai l'impression que ce qui est, de temps immémoriaux, le cas pour le fait religieux s'étend aujourd'hui à tout ce qui relève du fait social et du fait politique.
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jean-paul yves le goff
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Peut-être la conclusion de ma brève intervention, ci-dessus, n'est-elle pas assez claire ?
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Je pense que, de même que les professionnels de la religion, de tous temps, ont fait écran entre Dieu et les hommes (en prétendant les éclairer), je pense qu'aujourd'hui des professionnels de la politologie et de la sociologie font écran entre les citoyens et le réel (ou, tout simplement, le quotidien) (en prétendant les éclairer).
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jpylg
Cher Jean paul Yves le goff,
Permettez moi de vous inviter a relire ce billet, qui a le mérite (ou plutôt la valeur) de proposer une analyse pertinente et riche d'une problématique simpliste et poupuliste née de décénies d'amalgames et de récuperation politique. Cette ananlyse ne me semble en rien dogmatique, et utilise a bon escient une complexité inhérente à l'ampleur des lieux et des époques assimilées a ce "problème".
Je pense que que Jean françois Bayart ne prétends pas éclairer votre quotidien de la lumière de son analyse à la manière d'un quelquonque "professionel de la religion" (sans sous entendu péjoratif contre ces derniers). Mais entends dégager d'un débat sourd et muet une problématique sociale que l'on pourrait finalement considérer comme déjà élucidée par notre constitution.
Je comprends votre urticaire à l'évocation des professionels de l'idée, mais sachez que celui ci ne s'en considère pas propriétaire. Et ce faisant, travaille en ce lieu à enrichir notre débat, et donc le vôtre.(si tant est que vous souhaitez débatre)
La critique que j'émettrais concernant cet article (oûtre son titre tape à l'oeil), se situe dans sa seule évocation des mosquées qui me parait donner nourriture aux amalgâmes actuels, à savoir que l'existence du lieu de culte islamique soit contradictoire avec l'idée de république laïque (mais peut-etre n'ais-je pas saisi la substance de cette phrase).
Enfin, j'aurais voulu savoir pourquoi vous présentez la prison comme "l'un des principaux lieu de dialogue" entre Marianne (la république en tant que symbole?) et les citoyens de confession musulmane. Car il me semble que même en cette triste époque sécuritaire, c'est bel et bien nos écoles qui constituent la première ligne (et de très loin) du dialogue entre la république et les citoyens de confession muslmane. Et de ce fait, nos enfants, les premiers acteurs et témoins de ce débat.
En vous remerciant.
Cher lecteur,
Je faisais en l'occurrence allusion à la surreprésentation des "musulmans" par rapport au reste de la population française (parce que plus pauvres que la moyenne) dans les prisons - pour autant qu'on puisse le savoir, faute de statistiques "ethniques".
Mais vous avez raison, j'ose espérer que l'école reste un lieu d'interaction plus courant!
Merci de votre attention
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" si tant est que vous souhaitez débattre "
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Pas avec vous, cher monsieur, parce qu'effectivement je souffre d'allergie.
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Vous pouvez donc garder vos remerciements.
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jpylg
NON !!!!! La République n'est soluble dans aucune religion et c'est très bien ainsi.
Il n'en reste pas moins que chacun à titre individuel et sans risque pour lui, est libre d'y croire ou de n'y point croire ;Depuis 1905 la Religion est séparée des affaires de l'Etat. Ceci est une"LAPALISSADE"
Alors pourquoi tant d'instance sur un sujet que le Le Législateur à déjà codifié depuis + d'un siècle ??
Tous ces bruits de fonds sont aux services de qui selon vous ??
En tout cas je ne suis pas certain que celà rend service à notre République qui se veut "UNE et INDIVISIBLE" avec pour ciment sa Devise légendaire.
Il n'a jamais été question de dissoudre la république dans une quelquonque religion. Et si aucune religion n'était soluble dans la république, nous serions dans une république athée, voir intolérente.
Je ne saisi pas la source de votre crainte concernant la séparation entre l'état et la religion (a moins que vous n'ayez lu que le titre de cet article). Ni a qui vous faites allusion lorsque vous posez cette question : "Tous ces bruits de fonds sont aux services de qui selon vous ??"
Pas plus que je ne comprends l'allergie de certains à debattre en ce lieu. Surtout que l'auteur de cet article semble se tenir a vôtre disposition pour etayer encore le débat, ce qui me semble être une preuve de respect non négligeable en cette époque de stérilité idéologique.
J'aimerais d'ailleurs que l'on m'explique de façon claire et argumentée pourquoi ce débat vous parait nul et non avenu, voir carrément exaspérant.
Moi qui ne suis professionel de rien, maître d'aucune idée. Je constate avec amertume qu'il est devenu extremement difficile de nos jours, de donner naissance à un véritable débat, où les protagonistes censés porter la contradiction développent ensemble leurs idées afin de les enrichir.
En ce lieu j'ai pensé qu'il pouvait en être autrement.
Et pour en revenir a ce que disait jpylg, il me semble que l'interpretation des textes sacrés par des "professionels de la religion" fait partie inhérente en tant que pratique de chacune des religions de ce monde, ce qui ne me semble pas être un problème lorsque l'on considère le fait que chacun de ces "textes sacrés" ont été écrits par la main de l'homme.
Et lorsque vous dites que : " les professionnels de la religion, de tous temps, ont fait écran entre Dieu et les hommes (en prétendant les éclairer)", sous-entendez vous que toutes les institutions et pratiques religieuses nuisent à une hypothétique intéraction entre le divin et l'humain ?
Le danger, la manipulation, me semble plutôt venir de ceux qui cherchent à tirer pouvoir de cette interpretation pour arriver a des fins personnels ou idéologiques, et en ce sens votre analogie avec le monde de l'analyse politique et sociale me parait alors pertinente. Même si je n'ai pas vu ici la démagogie trainer son ombre sournoise sous la plume de Mr Bayard.
En vous remerciant (si si, j'insiste). (d'autant que j'ai lu de vous l'expression "anarchiste chretien" et je suis fort désireux de m'en étonner d'avantage).
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" j'ai lu de vous l'expression "anarchiste chretien" et je suis fort désireux de m'en étonner d'avantage "
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Etant donné qu'une effroyable timidité m'empêche de faire pour mes ouvrages la publicité que, pourtant, ils méritent, je vous conseille de lire Jacques Ellul, par exemple:
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jpylg
Ellul, fondamental. Sur l'histoire du Droit. Sur la techné et la technique. Sur la religion. Sa traduction et ses commentaires du Qohélet (l'Ecclésiaste) restent, pour moi, indépassés.
Fondalementalement subversif sur le christianisme. Oui.
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Voici la table des matières :
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Puis-je me permettre de dire que mes propres livres sur les origines du christianisme sont très subversifs aussi. Comme l'est toujours la vérité dans un environnement où règne la culture du faux ?
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jpylg
Il est remarquable ce papier. D'autant que ce n'est pas un papier "d'opinion" simplement le rappel dans un monde de brut, d'ignorance, de préjugés et d'anathèmes, de nuances, de finesses, en particulier sur la diversité du monde arabo-musulman, préalable utile avant de risquer des opinions.
sain service public de l'éditeur!
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Jacques Ellul croit que le christianisme est subversif, ce qu'il est effectivement, sous certains aspects.
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Il croit aussi que le christianisme a été subverti par l'Islam, c'est le thème de son chapitre V, intitulé "L'influence de l'Islam".
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On aurait peut-être dû intituler ce fil "L'Islam est-il soluble dans le christianisme ou le christianisme soluble dans l'Islam."
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Quoiqu'il en soit, j'espère qu'on ne verra pas d'inconvénient à ce que je mette en ligne quelques pages de Jacques Ellul, sur le thème de l'Islam.
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jpylg
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Les pages de J. Ellul enrichissent mais ne ferment pas le débat. La corrélation "indissoluble" entre religion et pouvoir politique est ajourd'hui contestée par la plupart des organisations musulmanes en France. Inversement, les pères de l'Eglise n'ont pas attendu le Coran pour estimer que les paroles de Jésus "Je ne suis pas venu apporter la paix mais la guerre", ou "Forcez les à entrer", étaient "essentielles" et légitimaient la violence.
Ces pages de "l'Ellul" (lisez l'Élu) font écran entre le simple citoyen et la réalité. D'un fanatisme à l'autre. C'est du Casaubonisme tout craché, on se croiraitt en plein 19ième siècle et tout en même temps dans le golfe du Mexique. Débattre n'est pas en rabattre.
Merci, M. Andrault, pour votre intervention.
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N'oublions pas non plus, au chapitre de la violence évangélique, la parabole dite des mines qui se termine par ces mots :" Quant à mes ennemis, ces gens qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez-les et égorgez-les
devant moi". (Luc, 12, 27)
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Au demeurant, la violence du christianisme primitif n'est pas à chercher dans les évangiles, mais chez les écrivains ecclésiastiques, surtout à partir du IVème siècle : Lactance, Augustin, Ambroise, Jérôme et d'autres. (Et il y en a aussi avant).
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Mais ce n'est pas directement le sujet.
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Non, Jacques Ellul n'avait certainement pas pour intention de clore les débats. Mais il avait, me semble-t-il, avant toutes choses l'intention de faire face au réel.
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Aujourd'hui, où les intellos de connivence bluffent comme des beaux diables, faire face au réel, c'est clore le débat.
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Vous dites : " La corrélation "indissoluble" entre religion et pouvoir politique est ajourd'hui contestée par la plupart des organisations musulmanes en France."
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Certes, ils contestent cette corrélation. Mais ils le font, à mon avis, un peu vite. Ils font tout ce qu'ils peuvent, avec ces bonnes intentions dont nous savons que l'enfer est pavé, pour faciliter, pensent-ils, l'intégration.
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Le problème est que la réalité ne se laisse pas manipuler aussi facilement. On peut, sans doute, lui opposer la politique de l'autruche. On connaît les résultats.
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C'est la raison pour laquelle, je ne suis d'accord ni avec cet irénisme artificiel annonciateur de lendemains qui déchantent, ni bien entendu, avec le soutien politiquement correct de nos intellos de connivence.
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jpylg
A JPYLG
Merci pour la citation de Luc, que j'avais oubliée ; vérification faite, elle est au verset 27 du chapitre 19 (et non 12). La violence passée du christianisme primitif n'est peut-être pas à rechercher dans les Evangiles, mais des pères de l'Eglise ont trouvé des phrases qui la justifiaient .
Vous écrivez que les responsables musulmans acceptent la laïcité "pour faciliter, pensent-ils, l'intégration". Je ne me suis pas exprimé en ces termes mais ce que j'ai écrit ne contredit pas cette explication. Les organisations religieuses, comme les organismes vivants, sont obligées pour survivre de s'adapter au milieu. Cela commence par la conformité du langage mais, comme l'a noté Emile Poulat à propos du catholicisme, elle ne peut à la longue être sans influence sur la pensée.
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Exact pour la citation de Luc. Merci d'avoir rectifié.
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Pour ce qui est de la violence du christianisme primitif, effectivement les Pères de l'Eglise ont trouvé des justifications dans les quatre évangiles. Ils en ont aussi ajouté pas mal de leur crû, qui n'y était pas. Tout particulièrement pour ce qui concerne l'antijudaïsme.
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Quant aux responsables religieux, musulmans ou autres, je suis beaucoup moins en opposition avec leurs discours qu'on ne pourrait croire. Certes, je m'y oppose avec force (du moins, j'essaie); mais je pense que leur édulcoration, ou manipulation, est nécessaire. Je pense aussi que des propros en contre-point peuvent être d'une certaine utilité.
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Je ne me prends pas pour un prophète en train de fonder une nouvelle religion. Quoique je pense qu'une nouvelle religion soit en voie d'émergence. Il me déplaît qu'une nouvelle religion se bâtisse sur du faux; ou même que d'anciennes religions perdurent par le faux.
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jpylg
Merci Monsieur Bayart.
Un texte compliqué donc qui oblige à réfléchir un peu. C'est évidemment moins racoleur que la solubilité de l'islam dans la république racontée à mes électeurs et plus difficile que 50 lignes dans Wikipédia. Moi qui dispose de trop peu de temps pour approfondir les trop de choses qui m'intéressent je suis toujours content quand on me dit et m'explique que c'est ''un peu plus compliqué que cela "" (même si ça me dérange parfois d'être obligé de remettre des pendules à l'heure)
Le Goff me gonfle avec son fond de commerce egotique.