L'espace public privatisé
Microethnologie d'un quartier de Paris. Il y a trois ans, le Café du Chamois vivait des jours tranquilles, au coin de la rue de la Perle et de la rue Vieille-du-Temple, dans le IIIe arrondissement. Une personnalité du show biz le racheta. Grâce à ses réseaux, aux guides touristiques, à Internet, le bar attira une clientèle branchée et cosmopolite. Celle-ci investit le trottoir, voire la chaussée de 18h à 1h du matin, pour y mener grand train sous l'œil impavide d'un vigile privé. La loi, ô combien globale et européenne, interdisant de fumer dans les cafés favorisa le phénomène. Le chauffage au gaz de la terrasse permit de pérenniser toute l'année ces débordements, sans beaucoup d'égards pour la couche d'ozone. L'insuffisance des toilettes de l'établissement par rapport à sa clientèle, toujours plus nombreuse, incita cette dernière à se soulager sous les porches des immeubles proches, dont ceux d'un magasin d'alimentation et d'une maison de retraite.
Conformément au vœu de Nicolas Sarkozy, le bar travaille plus et gagne plus. Mais il s'est approprié l'espace public, et même l'espace privé du voisinage : les piétons ne peuvent plus emprunter le trottoir, doivent marcher dans la rue au risque d'un accident, inhalent au passage la fumée des consommateurs au péril de leurs poumons, mais aussi de leurs vêtements ; les habitants ne trouvent plus le repos avant 1h du matin. Tour à tour saisis, le service de la mairie qui a accordé le droit de terrasse, bien que celle-ci ne laisse pas le 1,60 mètre de passage sur le trottoir prévu par la loi, s'en lave les mains, le maire d'arrondissement est intervenu en vain, le commissariat de police n'a pas obtenu de meilleurs résultats, et la Préfecture de Police de Paris s'est contentée d'un avertissement au contrevenant. Le prédateur privé a triomphé de la puissance publique, au détriment de la santé et de la sécurité non moins publiques.
Ses concurrents des environs n'ont aucune raison de lui laisser le monopole de cet abus. La pizzeria voisine a donc garé en stationnement résidentiel un minibus qu'elle a transformé en terrasse et en fumoir sauvages, et livre ses produits dans le jardin public du Musée Picasso, ainsi « marchandisé ». C'est le capitalisme global au raz du trottoir. Le Marais, « quartier touristique » s'il en est, travaillera donc le dimanche, mais aussi la nuit. Tant pis pour les habitants-travailleurs qui se lèvent à 7h et n'ont pas le parc de l'Elysée pour se prémunir du bruit !
Nombre de Parisiens sont confrontés à cette évolution de leur quartier, et à l'inégalité devant la Loi qu'assure la passivité intéressée de la puissance publique. Ce qui est autorisé à l'entreprise ne l'est pas au particulier : la Préfecture de Police, prompte à enlever une voiture mal garée dans la demi-heure qui suit ou à harceler les bandes d'adolescents qui bavardent dans les halls d'immeubles, entérine l'occupation quotidienne de la voie publique par un établissement, pourvu que celle-ci soit lucrative. Notre petite ethnologie du Marais nous livre de la sorte une première leçon de méthode. Le concept d'espace public ne désigne pas une essence atemporelle, que le discours politique tend à réifier de manière pompeuse, mais, comme l'aurait dit Deleuze, un « événement », socialement et historiquement situé, et doté de son économie politique. Ce sont des processus de négociation et des conflits entre des acteurs et leurs intérêts qui définissent l'espace public, lequel n'existe pas en tant que tel, mais dans sa relation à la sphère privée. Jürgen Habermas voyait d'ailleurs dans l'espace public (Öffentlichkeit) l'usage public de la Raison, qu'assuraient des instances privées : par exemple, la correspondance, le salon. Et, dans les démocraties, la liberté de cet exercice public de la Raison procède d'une dialectique complexe entre des opérateurs privés - groupes de presse, éditeurs, chaînes audiovisuelles -, un service public de l'information - la BBC, France Culture ou France Inter, par exemple -, et la Loi ou la Constitution garantes du pluralisme. Les « événements » du berlusconisme ou du sarkozysme montrent que rien n'est acquis ni figé en la matière.
Pour en revenir à l'acception plus commune de l'espace public - la rue, dans laquelle nous nous mouvons quotidiennement - la globalisation néo-libérale l'aliène jour après jour à des intérêts privés, sans que l'on y prenne garde tant le processus est progressif et prend des formes différentes. Néanmoins, celui-ci engendre des luttes sociales nouvelles. Ainsi, les protestations des riverains, dans la rue Montorgueil, ont amené la Mairie du IIe arrondissement à intervenir et à marquer au sol la limite des terrasses pour endiguer leur « extension anarchique ». L'Association des commerçants de la rue Tiquetonne s'insurge : « Cette mesure ne prend pas en compte le caractère piéton de la rue. Cela va tuer le commerce et les emplois. La rue Montorgueil attire de 10 000 à 20 000 personnes le week-end ». Sans doute est-ce précisément ce que lui reprochent ses habitants !
C'est dans ce contexte qu'il faut situer la pétition de l'association Technopol se plaignant qu'à Paris « la nuit meurt en silence » (sic !), et réclamant que « la législation soit clarifiée, rééquilibrée et remise en adéquation avec la réalité des pratiques culturelles et sociales ». En l'occurrence celles des easy clubbers, ces fêtards qui prennent une compagnie low cost pour faire la bringue le temps d'un week-end pour moins de 40 €, ou celles des nouvelles élites qui suivent le rythme effréné du capitalisme néo-libéral à grand renfort d'alcool et de cocaïne, cet adjuvant de la « flexibilité » sur lequel l'on entretient une discrétion pudique, mais qui est devenu la diète d'une partie de la classe politique, des milieux culturels, des professionnels les plus qualifiés du secteur des services, voire de l'Université.
Lorsque la presse prend le relais de Technopol et sacre Paris « capitale européenne de l'ennui », le conflit (et le mépris) de classe affleurent. Car qui « s'ennuie », au juste, à Paris ? Les entrepreneurs de la vie nocturne ? Leur clientèle d'habitués ? Leurs riverains qui, tous les soirs, doivent subir les excès des fêtards d'un soir qui se succèdent au fil de la semaine ? Ce qui reste de la classe ouvrière ? Les travailleurs ordinaires ? Les enfants et les personnes âgées ? Certaines des revendications de Technopol en matière de liberté de création musicale ne sont pas dénuées de bon sens. Là où la ficelle néolibérale est un peu grosse, c'est lorsque les « contraintes réglementaires » sont stigmatisées, nonobstant le fait que leur objet est de protéger, fût-ce du profit, et non de persécuter, et lorsque la bonne vieille artillerie du benchmarking est appelée à la rescousse. « Fermé pour cause de ville morte. Merci de vous adresser à la capitale d'à côté... », ont affiché sur leurs établissements les exploitants signataires de la pétition, qu'affligent les « avantages comparatifs » dont sont censés pouvoir se targuer Londres, Berlin, Barcelone et Amsterdam. Très sérieusement, des étudiants de l'Ecole de guerre économique - une formation de 3° cycle d'une école parisienne de commerce - ont établi des « matrices SWOT » (forces, faiblesses, opportunités, menaces) pour rédiger leur rapport sur la « compétitivité nocturne de Paris », et concluent, sans surprise excessive, au décrochage de la Ville Lumière par rapport à ses rivales. Là où l'on apprend que ni la crise financière ni la prise de conscience écologiste ne dissuadent d'écrire de telles niaiseries, et de les publier dans un grand quotidien du soir.


Tous les commentaires
J'ai aimé et je suis d'accord avec votre billet.
Ici, l'espace public est privatisé par d'autres acteurs mais pour le même résultat, du mépris ou de l'indifférence pour les plaignants.
Moi aussi,
tout ce qui est commun doit disparaître c'est le principal des dix commandements du libéralisme :
SECTEUR PUBLIC TU BRADERAS
Sans hésiter au plus offrant
Pour cela privatiseras
Tout ce qui jute grassement
Moi aussi j'ai aimé cet articlepour ses qualité descriptives et argumentatives .J'ai quitté le 3eme et travaille dans le 2eme arrondissement.Je me sens confortée par cet article dans mon expérience de longue date de ces deux arrondissements:je suis une marcheuse et j'aime aller par les rues de Paris.Malheureusement les trottoirs rétrécissent.Rue de bretagne les terraces débordent et les boulangeries deviennent cafés,dans la rue Vieille du Temple boutiques de vêtements chers et chics.J'en avais référé au maire mais celui ci m'a répondu que tout Parisien avait la nostalgie du Paris de son enfance!Je suis née à Montfermeil et j'aimais le Paris mixte où le quartier que j'habitais n'était pas uniquement show biz bling bling et paillettes.Alors je suis partie l'année dernière dans le 20eme .Espérons que le patron du bar rue de la perle n'ait pas l'idée d'installer un café près de chez moi!On nous parle de biodiversité.Gardons la au coeur de nos arrondissements!
Certes, certes, tout cela est juste et bien pensé......Mais la lutte des classes s 'est-elle convertie en opposition non entre capital/travail mais entre fumeurs/non-fumeurs, couche-tards et couche-tôts ( quel est le pluriel de couche-tard?)etc....et la privatisation de la rue et de la nuit relève-t-il de la même matrice que la privatisation de l'Ecole ou de la Santé?
Je ne le crois pas.
D'autant que la démission du "public" ( préfecture, mairie, police etc...) trouve sa limite non dans le Droit mais dans la lutte.
Les pots de chambre déversés sur la tête des fêtards et les encombrements de Paris sont "chantés" et décriés depuis Boileau et rien n'empêche un citoyen à qui on refuse le trottoir pour fait de terrasse de marcher au milieu de la rue.
Une dépradation répétée d'un verre renversé, d'une table retournée, en passant, en s 'excusant bien sur peut donner aussi à réfléchir et à faire de l'espace public un espace de dialogue et de compromis.
A moins que vous ne préféreriez les ghettos. Les endroits où l'on s'amuse et ceux où l'on dort.Les endroits où l'on travaille et ceux où l'on se repose. Les endroits du sexe et du joints ( car il y eut plainte de riveraoins pour commerce de shit sous leurs fenêtres) et ceux des églises. Séparez les citoyens, mettez les en cages Dieu viendra et y reconnaitra les siens. Puis je me permettre d' ajouter en passant ( et cela n'a rien à voir mais me fait plaisir ) que je crache à la gueule de Dieu.
Très pertinent mais incomplet. Que pensez-vous des voitures ventouses qui occupent à l'année l'espace public parisien pour 50 centimes d'euros par 24 heures sous prétexte que le propriétaire est résident? Que pensez-vous des centaines de milliers de véhicules privés qui entrent chaque jour dans Paris, usant gratuitement d'un espace public rare (et qui devrait donc être cher), alors que la moitié des foyers parisiens ne possèdent pas d'automobile? Rien à voir avec la "globalisation néo-libérale" (que l'on met décidément à toutes les sauces) mais tout à voir avec la politique du maire, démagogue au petit pied.
Pardon pour la grossièreté mais pour le coup en voilà une belle connerie bobo. Si vous voulez, nous pouvons, nous habitants de Paris nous tirer. Ras le bol de lire et entendre de tous côtés une espèce de "le peuple et de trop et il se conduit mal" Vous avez des actions à la RATP et à la SNCF ? Nous pouvons encore avoir le droit de circuler en voiture, bordel ! C'est quoi cette chasse permanente à l'automobiliste. Une façon de passer ça frustration de ne pouvoir dégager et les gouvernants actuels et toute cette élite économique qui nous enserrent ? J'ai une voiture à Paris et j'assume. Je crois qu'il y a une grande confusion entre véhicule personnel et problèmes de pollution. Si je vous rejoins sur ces derniers, une voiture m'est importante, en revanche je n'ai jamais demandé à ce qu'elle soit polluante, je me refuse à une société de l'hygiène. Faut en finir avec ces souhaits de propreté, de gens biens rangés et élégants, les tordus existent, j'en suis un, et je vous emmerde !
Vroum vroum pouett pouett.
Allez, je prends ma bagnole pour acheter ma baguette.
Je la gare en double file, faut pas me faire chier, ça prend pas plus que cinq minutes et j'emmerde les gens pressés.
Zut, j'ai oublié de poster ma lettre. Bof la poste est à trente mètres derrière.
Allez, juste une petite marche arrière, on va pas me faire chier pour le sens interdit, quoi merde, ça prend cinq secondes.
Mais qu'est-ce qu'il fout l'autre débile avec sa poubelle garée en double file, fait chier, j'ai une lettre à poster, moi, qu'est qu'il fout ce con, devant la poste ?
Merde, un embouteillage, c'est encore un con garé en double file, je parie, faudrait leur crever les pneus à ces enfoirés.
Ouf, ça se dégage.
Merde, le temps que j'achète mon pain et que je poste ma lettre, un salopard m'a pris ma place ! Faudrait interdire Paris aux bagnoles. Enfin, aux bagnoles qui sont pas du quartier.
Bon je suis à la bourre. J'ai juste le temps d'aller au boulot trois rues plus loin. j'espère que y aura pas un connard pour garer sa chiotte sur mon passage clouté habituel. Le con, j'suis sûr qu'il sait pas comment faire sauter ses prunes...
Merde, putain de piéton qu'est que tu fous à traverser sous mes roues, merde, ce con, il m'a tamponné ma bagnole, et j'suis déjà au malus maximum.
Putain de cons d'enfoirés de piétons et de cyclistes !
Je les emmerde, je leur pisse à la raie mon C02 et qu'ils en crèvent. Moi, j'risque rien en relevant mes vitres, d'ailleurs, c'est mieux pour téléphoner tranquillement en conduisant.
Merde, ce con de feu qui passe au rouge! Tant pis, je passe, j'suis déjà à la bourre à cause d'un con garé en double file.
Merde, un flic... Je le domenéchise ce fils de pute !
TRiiiiii !
Et MEEEEERDE !
P. C. C "Guy"
+1 à JoelMartin
pour être complet ajoutez y la prière du vendredi.
Monsieur ou madame JPLB, les "Auvergnats" ne prient pas à une heure du matin sous les fenêtres des gens.
PUTAIN…………Quelle bassesse. ( Réponse à 28210 )
Votre exemple n'est pas unique hélas ! Le citoyen ordinaire n'a plus que ses yeux pour pleurer. Et cela quelque soit la couleur de la municipalité n'en déplaise à Philippe Riès. Tout se rejoint, toutes les idées se confondent malgré des postures différentes. Seules quelques personnalités atypiques s'attèlent à donner une réalité au soit disant "vivre ensemble".
Moi j'habite dans un trou perdu, en bordure de forêt. La différence ici, c'est que c'est la réglementation, sous la forme du droit de suite, qui permet à la meute et à tout l'équipage de la chasse à courre de s'esbaudir jusque dans votre jardin.
La semaine dernière, je dinais en terrace, sur une place parisienne. Regardant les appartements au-dessus, j'ai fait remarqué que je n'aimerais pas y vivre : au-dessus d'une place remplie de restaurants avec d'énormes terraces... il faisait beau, il y avait du monde, l'ambience était sympathique, estivale...
Quoi faire ? Ceux qui choisissent de vivre à cet endroit savent pertinamment à quoi s'attendre, sauf si ils y vivent depuis très longtemps pour avoir connu le quartier plus calme, à une autre époque lointaine...
il est à mon avis assez cher d'y vivre aussi : pour le même prix on trouverait facilement plus calme et plus beau... c'est probablement le cas du marais que vous décrivez aussi
mais oui, en prenant tout cela en compte, je suis d'accord qu'il y a des limites, des lois : le vivre ensemble ne devrait pas être au prix d'une capitulation devant le fétardisme industrialisé que connais nos centre-villes.
Il y a 20 ans à Dublin, le quartier central du Temple Bar était un quartier plein de charme, avec ses habitants, ses petits restaurants, ses quelques bars : aujourd'hui c'est une poubelle touristique non-stop, remplis chaque soir des charters low-cost de buvards : les habitants n'y vivent plus dans cet amas de magasins de souvenirs, tshirts guinness et bars qui se veulent branchés...
Une gestion intelligente de l'espace et du quartier, respectueuse des équilibres qui contribuaient à son charme, et qui donnaient au quartier son "âme", aurait pû contribuer à préserver un lieu unique, authentiquement vivant, humainement et historiquement riche...
trop tard.
et en plus ce café n'a strictement aucun charme, mais alors là aucun !!! il est simplement ultra "branché" et imposé par réseau (et dans ce qu'il y a de plus superficiel en la matière).....
oui, c'est clair que les gens du quartier ne peuvent même plus y mettre les pieds (car pour le coup c'est pas un réseau "ouvert") et sont obligés de marcher sur la rue à un carrefour dangereux et en plus juste en face d'une crèche (avant son rachat c'était le lieu de rdv des parents) ..... qaund on vit dans le quartier : une seule solution : éviter ce carrefour tant faire se peut : et quand on vit au dessus ou juste à côté : ben, on est foutu :-( ...c'est bien dommage.....l'impérialisme de la "branchitude" et son cortège de destructions lentes mais sûres .....
Il semble manquer un critère, pour être honnête, au moins un pour que je ne ressente pas un certain effroi à la lecture de votre billet.
Au moins celui de l'âge, de la génération. Mais je pourrais ajouter, l'aspect immobilier de la chose, le centre contre les périphéries, la couleur de peau, etc...
Si je prends au moins l'âge, effectivement pour moi, "Paris a perdu ses nuits blanches" disait la Mano Negra de la grande époque. Paris, grande capitale culturelle, se dérobe à la fête, sauf pour ceux justement qui peuvent privatiser l'espace et leurs pratiques festives, c'est-à-dire ceux qui ont le capital économique et symbolique pour le faire.
Pour la majorité de la population, Paris est mort à 0h30 quand les derniers fourgons de police font les veilleurs de nuit.
Pour ma génération, Paris a été donné à ses vieux fantômes qui, par patrimoine, se transmettent l'espace de génération en génération, repoussant la précarité et l'immigration par-delà le périphérique et laissant fleurir finalement dans les arrondissements centraux les têtes grisâtres qui ont la rancune pour passe-temps et l'argent pour se venger.
Paris a fait une chasse à sa jeunesse, sous chirac, puis sous le sarkozysme. Delanoé à noyé la fête dans la boboïfication... donc la privatisation de la fête. plus de fête populaire dans Paris! La fête comme collectivisation de l'espace fait peur, comme indétermination des liens sociaux, comme redéfinition symbolique éphémère des hiérarchies et des autorités temporelles.
Au nom d'une critique du néo-libéralisme, en plus en s'appuyant sur Deleuze comme autorité intellectuelle, certains ne peuvent pas se faire passer pour des moutons, pardon, des progressistes alors qu'ils cachent mal un certain réflexe réactionnaire.
Oui, l'espace public doit être discuté, confronté, affirmé, défendu... les bars participent à le faire vivre. Ils sont l'asile des fous,l'auberge du voyageur. Ils ont un service public à rendre: faire vivre et créer le lien social.
L'important à analyser finalement, c'est quels liens entretient le bar avec son environnement. S'il en est l'émanation et en fait l'agora ou s'il est une verrue, un parasite dans le corps social, une implantation exogène. Ce sont des rapports de force politiques.
Pour avoir vécu et défendu la Rue de la Soif à Rennes, je sais que les lieux de la fête sont des espaces à défendre dans une France en phase d'arrêt cardiaque...
Défendons Paris, donc ses bars: défendons la Flèche d'Or et les quelques lieux qui vivent encore dans intra-muros, pour toujours (ré)inventer Paris...
Il y a bien d'autres abus similaires de squatts de l'espace public par des personnes privées : les plages privées ou encore le squatt avec blocage (ou bouclage) complet du village du Paradou, près des Baux de Provence, le 29 juillet 2006, lors du mariage de l'acteur Jean Reno, ami d'un certain Nicolas Sarkozy.
Le chiffre d'affaires des commerçants du Paradou ce jour-là, en pleine période touristique, fut voisin de zéro, par le seul fait du prince.
Finalement ce qui n'était , que j'ai pris, pour un simple et intelligent billet d'humeur sur la "privatisation "de la rue est devenu, au fil des commentaires, un espace de reflexion singulièrement riche.
En faisant intervenir des notions et des contradictions comme intérieur/extérieur par exemple. L'intérieur d'un quartier ( ses habitants, ses bars et leurs fonctions, sa circulation humaine et mécanique..) et son extérieur ( ceux qui y viennent, les banlieusards, les touristes,...). Cet antagonisme latent posant la question du pouvoir ( qui détient le pouvoir sur cet "intérieur" ses traditions, ses commerces, sa vie?)
Sans forcer la métaphore je retrouve là de vieux débats entre centre et périphérie. Qui détient le pouvoir en Afrique par exemple? Qui vient poser son restaurant comme d'aucuns posent leur crotte sur le trottoir où je circule? J'allais dire mon trottoir mais peut-on s'approprier un trottoir? Qui décide de moi, de mon travail, de ma résidence, de mon espace,de mes habitudes? Quand il s 'agit de "s'ouvrir" à la modernité, en rasant, comme en Chine, les habitations, comme à Paris, où il y a peu, on chassait les vieux habitants du Marais pour renover, restaurer, réhabiliter et en faire un quartier où "l'ancienneté" se vautre dans la richesse alors que les anciens habitants s'ennuient dans leur cité du bout du monde, mais avec des toilettes qui ne sont à l'étage.La domination, n'a plus que faire des fouets et des fers, elle s 'appelle modernité, réforme . Elle s'habille chez Dior et se parfume chez Machin. Elle est propre sur elle et ne sent pas mauvais. Elle manie l'expulsion dans des gants de peau et de galuchat. Elle met de la musique sous ma fenêtre. Elle me veut jeune et riche..Or comme beacoup je ne suis ni jeune ni riche.
Reste quand même, et je redis ce que je disais plus avant, la lutte. Rien ne m'oblige à me plaindre. Toute plainte de mon "bon"droit n'est qu'un mauvais point supplémentaire. L'incivisme dont on parle tant fait aussi parler de la lutte. De la lutte, et là je m'y retrouve, entre dominés et dominateurs. Que je sois dominé, ok, c est bon, ( je suis vieux et pauvre)c 'est comme ça, mais jamais sans que le dominateur ( celui qui confisque le trottoir,me mets sa musique dans mes oreilles, attire des gogos connards appelés touristes ( de la même façon que ma grand -mère appelait un pet, un vent)dans mon espace de circulation et de vie, bref celui qui me fait c...la vie chaque jour, n'ait à payer le prix , et plus que le prix ,des tracas qu'il m'occasionne.
Et encore un grincheux...
A Paris la nuit meurt en silence, c'est un fait. Il suffit de voyager un peu pour s'en rendre compte. Comment font les habitants des autres capitales européennes?
Je n'aime pas ce billet. Pourquoi ? Il y a quelque chose de pourri dedans. Quelque chose qui parle d'abord justement aux réacs de droite qui aiment les villes mortes, les rues silencieuses après 22h00 et aux bobos bien-pensants qui ne supportent pas que la ville déborde sur les trottoirs.
Il faut réglementer oui pour que chacun y trouve son compte. Ok !
Sauf que, une ville c'est aussi des lieux où on peut se croiser quelque soit son quartier. Et en cela le centre de Paris (les Halles, la rue montorgueil, le Marais...) ne peut être confondu avec un quartier périphérique comme les bobos qui y habitent voudraient qu'il le soit. Il est normal qu'il y ait des coins dans une grande ville où des dizaines voir des centaines de milliers de personne se croisent.
Il est aussi normal qu'il y ait des cafés ouverts sur la rue, des terrasses ouvertes sur la ville. Parce que justement contrairement à ce que semble affirmer l'auteur, les lois liberticides sur le bruit, le contrôle strict des terrasses, ce sont d'abord des gens comme nous qui en souffrent. Les riches s'en foutent, les vrais riches je veux dire. Ils ont leur coin, totalement insonorisés, totalement à part, des jardins privés, des terrasses privées, à part et ils peuvent s'amuser, écouter de la musique, danser en toute liberté.
Les autres, justement vont dans des bars plus petits qui n'ont pas les moyens d'insonoriser une salle, qui n'ont pas les moyens d'équiper comme il faut une terrasse. La nuit est bien plus démocratique et donc populaire à Madrid par exemple où même fauché on peut dans la rue participer à la fête qu'à Paris où il faut pouvoir rentrer dans des lieux insonorisés (qui en ont les moyens) et donc chers et donc restrictifs.
Désolé mais pour moi Technopole and co c'est bien pkus antilibéral que cette morale bourgeoise que vous nous servez là. Même si je ne me fais pas d'illusion.
Faire la fête dans la rue, passer de terrasses en terrasses, discuter, échanger sans avoir besoin de rentrer dans des lieux fermés, cloisonnés, c'est ça une ville solidaire y compris pour la fête. Et c'est assez dramatique de voir une partie de la gauche radicale coller aux positions d'associations de riverrains réacs qui ne rêvent que de trottoirs vides et silencieux, d'une ville où chacun est chez soit, dans on appart, dans son quartier (y compris dans le centre), dans sa rue, sans mélange, sans bruits, sans vie.
Non Paris n'est pas mort. Il y a même plus de gens qui sortent qu'avant. Sauf que sous la pression des bobos entre autre, les rues se vident, se cloisonnent.
Maintenant, on ne peut pas non plus ne pas écouter ceux et celles qui ne supportent pas le bruit et il faut chercher à respecter les uns et les autres. Pourquoi ne pas imaginer des rues ou même des quartiers réservés à la nuit dans le centre. On pourrait imaginer que la mairie aiderait les riverains à s'équiper de fenêtres à double vitrage ou même privilégierait les quartiers où les étages sont occupés par des bureaux ?
Mais désolé moi je ne suis pas un clubber. Mais j'aime sortir, humer l'animation de la rue, me mélanger avec des gens de différents quartiers, héler l'incconu, discuter avec ceux attablés à côté, chanter, danser. Et je n'aime pas cette obligation qu'on a à Paris à s'enfermer dans des boites insonorisées (avec sortie définitive), je n'aime pas ce cloisonnement. Et je suis estomaqué de voir que vous vous semblez le prôner.
Des fenêtres à double vitrage et la clim aussi ?
Pas écolo, non ?
Ne serait il pas plus simple d'envisager que chacun respecte l'autre ?
Paris n'est pas non plus le maitre étalon, les nuisances qui empêchent les travailleurs de dormir se produisent partout en France y compris dans les cités.
Avez vous essayé de vous lever tous les matins à 5H sans avoir vraiment dormi ?
"Des fenêtres à double vitrage et la clim aussi ? "
A Paris, pas besoin de la clim. Au pire, il fait vraiment chaud (30 et plus un mois dans l'année) et on peut imaginer de se contenter des ventilateurs. Et les fenêtres double-vitrage sont bien utilisées pour les habitants qui vivent sur les grands axes de circulation (route ou rail).
Pour les mêmes raisons qu'il faut bien que les gens se déplacent (en train, en bus ou en voiture, le vélo ne pouvant suffir), il faut bien que les gens s'amusent aussi.
"Ne serait il pas plus simple d'envisager que chacun respecte l'autre ?"
Rien de plus simple à dire, rien de plus compliqué à appliquer.
Comment concilier le respect de ceux qui veulent s'amuser, faire la fête la nuit et dans la rue et celui de ceux qui veulent une ville morte ou tout au moins silencieuse ?
Pour certains, ils règlent la question en considérant que le respect de ceux qui veulent du silence doit primer. Ne peut on pas chercher à concilier les 2 même si ce n'est pas simple ?
On a besoin de s'amuser aussi dans la vie. Et je suis de ceux qui considèrent que s'amuser c'est aussi le faire avec d'autres, se mélanger, échanger, danser et pas seulement dans des espaces privés, cloisonnés mais aussi dans la rue, espace public par excellence. Sinon, c'est chacun chez soit, chacun se regardant en chiens de faïence.
Contrairement à ce que certains semblent penser, il n'y rien de plus sinistre que ces banlieues où passé 20h00 il n'y a rien dehors, rien que le vide et le silence. La ville au sens noble du terme, c'est tout sauf cela. Et justement, les trottoirs vides, les bars fermés sur l'extérieur, les boites cloisonnées, les lieux de loisirs enfermés dans des centres privatisés (centre commerciaux de loisirs) et ne gênant pas le voisinage, c'est ça qu'on peut appeler réellement la privatisation de la vie sociale.
Les bobos de la rue Montorgueil qui sont gênés parce qu'ils ne sont pas les seuls à passer dans leur rue à eux n'ont qu'à habiter au fin fond de la banlieue dans une zone pavillonaire (ils en ont les moyens). Il ne seront pas gênés par le passage de gens extérieurs à leur petit cercle.
En allant jusqu'au bout, on pourrait aussi interdire les manifs qui font du bruit sous les fenêtres des gens le samedi après-midi et qui les empêchent de faire leur sieste.
Il y a un peu de mauvaise foi dans votre réponse, je parle tout simplement des travailleurs qui travaillent ( hé hé ) toute la semaine et se lèvent de très bonne heure sans avoir pû dormir, juste à peine somnoler.
Pourquoi devraient ils subir sous peine d'être taxés de rabats joie ?
Oui il est possible de cohabiter, ça demande juste un peu de respect, sans mépriser l'autre qui vit autrement, la réciproque est vraie.
Personnellement je ne demande pas le silence à 20h, c'est une caricature, entre le silence à 20h et du bruit tous les soirs jusqu'à 2/3h du matin, il existe une place pour le compromis.
+1
D'autant que quand les piétons sont obligés de marcher sur la chaussée parce que le trottoir est totalement occupé par des tables de bistrot branchés (les bistrots non branchés ne bénéficient pas des mêmes passe-droits) au mépris des réglements et du simple savoir-vivre, ils risquent tout simplement leur peau.
Pour décaler un peu le débat entre les travailleurs et les fêtards, je voudrais remarquer que les nuisances privées sur l'espace publique sont particulièrement caractéristique des lieux touristiques et que, pour cela, il ne s'agit pas que d'un arbitrage entre fêtard et travailleurs.
J'habite un quartier touristique de Strasbourg. Le tourisme est l'une des grandes activités touristique de la ville que la mairie favorise à outrance. Il y donc souvent le sentiment qu'au nom du développement économique l'industrie touristique a tous les droits et que les riverains n'ont qu'à accepter. Le trop célèbre "marché de noël" en est une caricature extrême.
Je suis certes assez opposé à l'utilisation excessive de la voiture et j'apprécie que Strasbourg travaille depuis assez longtemps à chasser la voiture. Mais découvrir le jour même qu'on ne peut ni rentrer ni sortir de chez soi en voiture car il y a encore une parade, un défilé ou une commémoration montre que le souci de la mairie est encore une fois de développer le tourisme pour des raisons économique et que les riverains ne comptent que peu.
Quelle signification donner à cela ? Que l'opinion des entrepreneurs du tourisme pèse plus lourd que celle des électeurs qui n'y ont pas d'intérêt économique. La situation est somme toute assez acceptable, mais elle montre déjà ce travers qui est caricatural dans d'autres lieux (Côté d'Azur avec les plages "privées", etc.).
Quelle signification donner à cela ?
En citant un commandement du libéralisme :
UN SEUL DIEU ADORERAS
Et aimeras parfaitement
Et ce Dieu-là te combleras
Il a pour nom l'argent