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L'enseignement des langues en chute libre dans les universités britanniques

L’enseignement des principales langues européennes, français, allemand, italien et espagnol, a diminué de 40% depuis 1998 dans les universités britanniques et la tendance risque fort de s’aggraver dans les années qui viennent. Selon une enquête publiée par le Guardian en date du 8 octobre, plus d’un tiers de ces mêmes universités ne proposent plus de diplômes en langues dans l’éventail de leurs formations.

 

L’allemand est la langue la plus touchée par cette désaffection, puisque le nombre d’établissements universitaires où les étudiants britanniques pouvaient y étudier cette langue a baissé de moitié dans les quinze dernières années. Le français suit avec une baisse de 40%. Viennent ensuite l’italien et l’espagnol avec des chutes respectives de 23 et 22%. Selon les universitaires interrogés par le quotidien il faut – prétexte fort commode -–  blâmer la notation trop sévère dans le secondaire qui décourage les lycéens grands-bretons et les dissuade de présenter une langue vivante parmi les trois ou cinq (selon les universités) A-levels (Advanced Levels), équivalent grosso modo du bac, qu’ils doivent choisir pour intégrer l’enseignement supérieur.

 

Par voie de conséquence les langues vivantes européennes tombent en désuétude à l’université. Michael Kelly, chef du département des langues modernes à l’université de Southampton et ex-conseiller du parti travailliste, tire même le signal d’alarme en affirmant que deux ou trois départements de langues vont fermer chaque année, réduisant ainsi un peu plus le choix potentiel des étudiants. Cette situation catastrophique correspond à des choix budgétaires et, donc, politiques dont la responsabilité incombe aussi bien à l’actuel gouvernement conservateur de coalition dirigé par Cameron qu’à ses prédécesseurs Brown et Blair. Elle induit une forme d’élitisme indubitable.

 

En effet la maîtrise des langues, et, en particulier, des langues européennes, est désormais l’apanage d’un nombre restreint d’étudiants qui, en règle générale, ont choisi des voies scientifiques. C’est la raison pour laquelle le Russel Group, axe de recherche scientifique créé en 1995 et qui regroupe plusieurs universités publiques à travers le royaume, échappe totalement à cette crise et voit même le nombre de ses formations en langues en forte augmentation, parce qu’elles sont associées à un autre socle de formation. En 2004 le gouvernement travailliste de Tony Blair a supprimé l’obligation des langues vivantes au GCSE (General Certificate of Secondary Education), sorte de diplôme de fin d’études secondaires pour les lycéens qui n’avaient pas l’intention d’entrer à l’université.

 

Or en ce début d’été 2013, seuls 6,9% des lycéens, qui avaient opté pour le français, l’allemand et l’espagnol, ont obtenu un ‘A’ (sommet de l’évaluation britannique par lettres) précipitant ainsi le niveau général en langues des royaux rejetons vers des profondeurs abyssales. Le Guardian note, incidemment, qu’en Irlande du Nord et en Ecosse il est impossible d’apprendre le russe ou l’arabe. Quant au japonais, en dehors de Londres il faut aller à Cardiff ou à Edimbourg pou l’étudier. Voilà une situation absurde qui prend le chemin inverse de l’histoire, du progrès et de la compréhension entre les peuples, aberration qui devrait, néanmoins, plaire à la désopilante Madame Fioraso qui entend faire enseigner le marketing en anglais par des non-spécialistes à des étudiants asiatiques à Clermont-Ferrand ou à Colmar…

Tous les commentaires

08/10/2013, 18:58 | Par Gerald Descarrega

Bonjour,

Rien de surprenant. Pourquoi voudriez-vous que les Britanniques apprennent d'autres langues quand l'impérialisme étatsunien impose au monde entier (et peut-être à la galaxie !) de parler (bien souvent "baragouiner") l'anglais/l'américain. Merci pour votre article.        GD

08/10/2013, 19:08 | Par Jean-Louis Legalery en réponse au commentaire de Gerald Descarrega le 08/10/2013 à 18:58

Judicieuse remarque. De plus on revient ainsi à l'attitude victorienne par laquelle un souverain pouvait se vanter que son empire était si vaste, à travers le monde, que jamais le soleil ne s'y couchait. De fait le même souverain ne pouvait que s'attendre à ce que tout le monde parlât anglais. Nous sommes donc revenus à l'état d'esprit victorien.

09/10/2013, 17:51 | Par Brusseleir en réponse au commentaire de Jean-Louis Legalery le 08/10/2013 à 19:08

Oui, mais… Les Britanniques sont quand même capables de faire la différence entre leur langue, avec ses variations sociales, régionales, stylistiques…, et le "sabir atlantique", autrement appelé "globish" (pour global English, terme par ailleurs inventé par un Français) articulé un peu partout dans le monde et en particulier en Europe, dans la "capitale de l'Union européenne" – l'"Anglais européen", lequel est en train d'éliminer, lentement mais sûrement, toute trace de français dans les institutions de l'Union, sans parler de l'allemand, vague souvenir.

D'accord pour accabler la dame Fioraso et son hubris linguistique (imaginer d'ici comment sonneront tous ces cours en pseudo-anglais de France, avec les "ze", les "zis" et les "zat" de locuteurs balbutiants et se fendre la gueule), mais la lutte – si lutte il y a : la mort des langues est aussi inéluctable que celle des étoiles, quoique plus rapide – devrait être menée non contre l'anglais du Royaume uni (ou des EU, ou d'Australie, ou de Nouvelle-Zélande, etc.), mais contre sa caricature : le globish n'est d'aillleurs ni une langue, ni un créole (langue transmise d'une génération à l'autre), mais seulement un pidgin – soit un outil de communication ad hoc, utilisé surtout à des fins professionnelles, comme l'était la lingua franca des ports de la Méditerranée jadis.

Bien à vous.

 

10/10/2013, 00:29 | Par Zev en réponse au commentaire de Brusseleir le 09/10/2013 à 17:51

@JMARCJ « ... D'accord pour accabler la dame Fioraso et son hubris (sic) linguistique (imaginer d'ici comment sonneront tous ces cours en pseudo-anglais de France, avec les "ze", les "zis" et les "zat" de locuteurs balbutiants [...] » Quand on veut faire le savant, on vérifie ses sources et on écrit sa hubris parce que ce mot rare et un tantinet pédant est féminin.

Plutôt que dénigrer, il faut saluer les efforts de  Geneviève  Fioraso pour attirer en France des étudiants anglophones et ne pas se moquer de la prononciation supposée des enseignants. En Angleterre, de nombreux professeurs d'origine indienne, pakistanaise ou européenne enseignent avec un fort accent étranger. Et alors ? Dans la Silicone Valley, personne n'est jugé sur ses prouesses linguistiques. L'excuse du mauvais accent anglais justifie trop souvent l'incapacité (souvent après sept ou huit ans d'« anglais première langue » !) d'un grand nombre d'universitaires français à s'exprimer en anglais, verbalement ou par écrit. Qui, aujourd'hui, prétend entreprendre des études scientifiques ou médicales sans un niveau minimum en anglais se fait de graves illusions. Lorsqu'il s'agira de publier un travail sérieux dans une revue internationalement reconnue, il pourra toujours tenter l'ouzbek, le tagalog, l'allemand ou le français... Au XIIe siècle, c'était le latin (pas forcément celui de Cicéron) qui prévalait. Au XVIIIe, le français aurait fait l'affaire dans la plupart des cours d'Europe. Aujourd'hui, c'est l'anglais partout et pas forcément celui de la Reine. Like it or not. Clin d'œil

 

08/10/2013, 19:01 | Par ++++++

 

C'est très intéressant. Merci !

Est-il vrai que Tony Blair a participé à la création et au développement de l'anglais international simplifié pour stabiliser la langue anglaise au niveau international et éviter la dérive de l’anglais en sabir gluant varié ou avarié.

Pensez-vous que la création d'un français international simplifié qui pourrait être enrichi de tous les français, serait une bonne solution pour le français et faciliter sa réintroduction.

Cela permettrait-il le redécollage du français dans des pays comme le Royaume Uni ?

Les britanniques sont bien stupides de ne pas apprendre l'allemand qui est la première 1ère langue européenne et la première 2nde langue européenne.

J'avais un chef anglais dont j’étais persuadé qu'il ne parlait pas le français mais qui un jour à Londres corrigea une faute assez sophistiquée dans un texte en français que je devais envoyer par mail.

En fait il ne le parlait pas par complexe, compte tenu du coté vachard des français mais il l’avait appris à fond au cours de ses études secondaires.
Donc au travers de votre article je comprends que c’est fini.

Il y a trente-cinq ans les italiens parlaient français comme vous et moi, c’est fini aussi pour le français en Italie mais ils ont quand même deux langues avec l’anglais, parfois trois avec l’allemand dans le nord.

09/10/2013, 18:04 | Par Brusseleir en réponse au commentaire de ++++++ le 08/10/2013 à 19:01

Pensez-vous que la création d'un français international simplifié qui pourrait être enrichi de tous les français, serait une bonne solution pour le français et faciliter sa réintroduction.

Non, on ne crée pas une langue – échec inévitable de l'esperanto et autres lubies sympathiques.

Oui, la bêtise à front de taureau des "défenseurs" (sic) autoproclamés de la "pureté" (re-sic) de la langue française est responsable à plus de 80 % du déclin de notre langue au niveau mondial.

De plus en plus de linguistes crédibles, comme A. Rey ou G. Siouffi (université de Montpellier), tentent de promouvoir une réforme sérieuse, profonde et cohérente de l'orthographe. Il faudrait cependant aller plus loin et s'attaquer à la langue même.

Témoignage personnel : enseignant le français aux fonctionnaires et assimilés des institutions européennes, je constate jour après jour le découragement des apprenants – en particulier en ce qui concerne l'écrit –, lesquels se persuadent rapidement que les pseudo règles, absurdes, illogiques voire aberrantes qui sont supposées régir le français les empêcheront à jamais de parvenir à une maitrise raisonnable de l'écrit, ne serait-ce que pour rédiger un courriel.

Et ils ont raison, malheureusement, vu que 80 à 90 % des locuteurs natifs commettent de (très) nombreuses erreurs d'orthographes, erreurs parfaitement excusables et souvent logiques, plus que la "grammaire" (cf. La Grammaire des fautes de Frei, ouvrage révolutionnaire en son temps – 1929 !)

Pour en finir avec "je travaille" / "tu travailles" / "il travaille" / "ils travaillent" et passer à "Je/tu/il/ils travaille".

Un bon coup de balai dans la crasse linguistique accumulée depuis des siècles par l'aristocratie puis la bourgeoisie prétendument "lettrées" pour barrer l'accès des classes dites inférieures au savoir et partant, à la promotion sociale.

Bien à vous.

09/10/2013, 19:54 | Par ++++++ en réponse au commentaire de Brusseleir le 09/10/2013 à 18:04

Pensez-vous que la création d'un français international simplifié qui pourrait être enrichi de tous les français, serait une bonne solution pour le français et faciliter sa réintroduction.

"...Non, on ne crée pas une langue – échec inévitable de l'esperanto et autres lubies sympathiques..."

Votre refus est étrange parce que la suite de votre commentaire, dont je vous remercie, est exactement l'objet d'un français riche simplifié.

Une conjugaison et une orthographe simplifiées mais si on le souhaite, ce qui n'est pas obligatoire, français enrichi du vocabulaire des français d'outre mer et du Québec. J'ai proposé de simplifier et éventuellement d'enrichir.

Merci de votre commentaire qui est exactement ce que je proposais et que j'aurai apprécié formuler mon commentaire comme vous.

09/10/2013, 21:16 | Par Brusseleir en réponse au commentaire de ++++++ le 09/10/2013 à 19:54

Entièrement d'accord avec vous : simplification et enrichissement, pour en finir avec la morgue des Français de France.

Simple erreur d'interprétation : je faisais référence aux langues non naturelles, comme l'esperanto.

Ici, à Bruxelles où je vis et travaille provisoirement, le français parlé est à la fois le même et un autre. Une richesse, mais les Belges sont trop modestes, écrasés par la prétendue supériorité parisienne pour mettre en valeur cette richesse.

Bien à vous.

08/10/2013, 19:03 | Par mtb74

Intéressant (et peu réjouissant), mais au final un point me semble devoir être précisé : la désaffection pour les langues étrangères est-elle due au choix des étudiants (trop mal notés?) ou aux choix budgétaires des gouvernements britanniques - ou peut-être à une combinaison de ces deux facteurs, sur fond de manque d'appétence générale de la société britannique pour les langues étrangères?

08/10/2013, 19:15 | Par Jean-Louis Legalery en réponse au commentaire de mtb74 le 08/10/2013 à 19:03

Je crois très sincèrement que la notation sévère est une excuse facile avancée par certains universitaires. La réalité se fonde sur les coupes sombres dans les budgets universitaires avec des choix prétendûment réalistes qui trahissent une volonté de maintenir le Royaume-Uni dans les clivages sociaux et politiques du 19ème.

09/10/2013, 18:08 | Par Brusseleir en réponse au commentaire de Jean-Louis Legalery le 08/10/2013 à 19:15

Autre réalité, il me semble : la terrible médiocrité de l'enseignement des langues étrangères, au Royaume-Uni comme en France, propre à dégouter à jamais même les passionnés les plus convaincus.

Il est plus qu'urgent de remettre l'enseignement des langues à niveau.

Les méthodes dynamiques et plus efficaces existent depuis des décennies. Elles sont pratiquées depuis longtemps dans des centres de langues (couteux) mais qui obtiennent des résultats relativement rapides.

Problème : l'absence de formation pratique et théorique (méthodes communicationnelles) des enseignants moulés par les institutions vermoulues (modèle : le thème et la version latines, exercices ineptes mais increvables, recyclés dans l'enseignement des langues vivantes, enseignement souvent fait dans la langue source et rarement dans la langue cible !)

Bien à vous.

09/10/2013, 21:25 | Par Annick V en réponse au commentaire de Brusseleir le 09/10/2013 à 18:08

Vous parlez de l'enseignement des langues tel qu'il se pratiquait dans ma jeunesse (et j'ai un âge certain).

Cela fait belle lurette qu'on ne fait pas faire de thèmes et de versions en langues vivantes, pour prendre ce seul exemple. Les langues vivantes, dans l'Education Nationale, sont enseignées selon des méthodes communicationnelles et actionnelles depuis pas mal d'années déjà.

Si les résultats sont beaucoup moins concluants dans le système scolaire que dans les centres de langues dont vous parlez, ce n'est pas à cause des méthodes mais pour d'autres raisons:

1. les effectifs! (oui, enseigner une langue à des groupes de 25 ou 30, voire plus, ce n'est pas facile! et forcément on perd en efficacité.).

2. le public scolaire: les collégiens sont motivés par énormément de choses mais très peu par le travail scolaire, langues ou autre. Ils viennent en cours contraints et forcés, contrairement aux clients des centres de langues, qui sont motivés et paient cher.

3. le système scolaire français, dont les défauts graves et nombreux seraient trop longs à énumérer ici, qui a un effet repoussoir sur les élèves, réduisant encore la motivation.

Les enseignants, eux, sont beaucoup mieux formés que vous ne semblez le croire. En revanche ils travaillent dans des conditions difficiles, sont mal payés et peu considérés.

08/10/2013, 19:09 | Par gerald rossell

Internet

Anglais

Entreprise

les italiens résument par les 3" i"  : internet, inglese, impresa. Ces 3 mots pour résumer la mondialisation marchande.

" C'est un malheur du temps que les fous guident les aveugles." William S

que les anglais soient aveugles aux autres langues du monde quoi de plus "normal" en anglais "normal"

08/10/2013, 21:56 | Par gaelz

Cela n'est-il pas une manifestation de ce que, tout simplement, les Anglais sont dégoûtés par une Europe continentale qui part à la dérive? Les Allemands ressortent de la vieille malle le knout qui a rendu bien des services à grand-père, les Français se montrent serviles envers la volonté de puissance allemande et impitoyables envers une Europe du Sud qui s'enfonce dans le désastre, les Belges s'entre-déchirent, les Italiens sont à un point de décomposition de la vie politique hallucinant... les Anglais ne sont plus intéressés, faut-il vraiment leur en faire le reproche?

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

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