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L' ETRE ENTREPRENEURIAL.
Suite du billet précédent.... http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/jean-mezieres/190210/tout-le-monde-est-suivi-de-la-couche-la-culotte
"Le service de vente est devenu le centre ou l’« âme » de l’entreprise. On nous apprend que les entreprises ont une âme, ce qui est bien la nouvelle la plus terrifiante du monde. Le marketing est maintenant l’instrument du contrôle social, et forme la race impudente de nos maîtres." (Giles Deleuze)
Un maître mot :« Ne jamais se poser les questions essentielles!».
Le poison de l'individualisme ayant fait son effet avec la disparition de tous collectifs coordonnés, le salarié serait-il, dans un système totalitaire d'extrême-n'importe-quoi, celui qui ferme la porte du wagon à bestiaux, refusant de voir où son geste conduit l’humanité? Il est curieux de voir les Marchés - le MEDEF chez nous - donner des ordres aux politiques, prisonniers consentants, stupides et cupides, exécutant les basses besognes, les mises à mort, créant les hécatombes sociétales. Malgré les coquilles vides pour sauver les apparences (démocratie, religion, syndicat, etc..), dans un monde où le citoyen décervelé, vaporisé à la consommation, sublimé au virtuel, n'est plus rien, c'est l'entreprise, l'entreprise boursière, la grosse entreprise qui est citoyenne du meilleur des Mondes. Cette "Entreprise", comme les Etats, devient également virtuelle, faisant travailler, de multiples entreprises sous-traitantes privées, d'innombrables entreprises "intouchables" à l'image des castes indiennes. "Une intouchable ne fait pas l'affaire, elle meure immédiatement avec ses ressources humaines et matérielles, dix renaissent à la place sur la pourriture de sa dépouille. Ainsi va la vie virtuelle dans notre beau monde !". Grâce à l'Homme, grâce à l'évolution darwinienne, l'Homme vient de créer une autre dimension du vivant
"L' E T R E E N T R E P R E N E U R I A L".
Devant notre dernier souffle, il nous rit au nez, d'autres milliards d'humains, carburants essentiels, viendront nous remplacer.
C'est nous qui l'avons créé, comme si on avait câblé en réseau nos faces cachées !
Serions-nous dans cette horreur économique de Viviane Forrester, dans L'ELIMINATION VIRTUELLE., dans cette guerre mondiale virtuelle malheureusement bien réelle dans notre dimension inférieure ? Ces êtres "entrepreneuriaux" seraient comme nos poilus estropiés, mutilés.
Hier, ils étaient notre grandeur, nos PMI-PME, nos fleurons industriels. Aujourd'hui, dans cette autre dimension où "TOUT EST POSSIBLE même l'inconcevable", ils sont nos "Morts pour la France" ou nos GIG.
Ce système totalitaire ne serait-il pas d'un genre nouveau; du néofascisme à l'intérieur des têtes collaborationnistes où le bruit des bottes a été remplacé par le bruit médiatique de la pensée unique des pseudo-experts, des pseudo-économistes, où les miliciens seraient ces tueurs qui ont sur leur conscience les « suicidés du travail » mais aussi ces milliers de morts indirects, ces désastres humains ? Pour eux la vie humaine ne compte pas.
Ces soldats passent d’entreprises en entreprises pour liquider aux lance-flammes managérials les dernières poches de résistance au système. Bien formatés dans des cercles spéciaux, religieux, élitiques, se réunissant entre eux dans des think-tanks pour discuter de la solution idéale, ils nous préparent un monde à la Mad-Max : M A R C H E ou C R E V E dans ce T.I.N.A.
http://www.sciflicks.com/mad_max_beyond_thunderdome/posters.html
Serions-nous dans un Système totalitaire où les citoyens seraient conditionnés, citoyens condamnés à mort sans le savoir, pouvant encore servir, où les masses humaines seraient reléguées au rang de Bétas (les exécutants), de Gammas (les employés subalternes), de Deltas et d'Epsilons (destinés aux travaux pénibles) alimentés par de la 'PORNOsité' visuelle et médiatique aguichant leurs instincts les plus bas ?
Emmanuel Todd: «Le sarkozysme est le produit du vide» devant une opposition sociale-démocrate vide de substance.
Eh! Bien ! Ne poussez pas ! Nous sommes devant le vide. Le premier qui fait le "con" fait basculer le pays.
Nous sommes en extrême-droite, car la Droite est porteuse de valeurs, on aime ou on n'aime pas, mais c'est comme cela. (voir vidéo ci-dessous). Ils nous détruisent notre véritable identité nationale, ils ont relégué la France et ses valeurs au rang de province et de poussières.
Alors, donnez, de l’extrême droite jusqu’à l’extrême gauche, cinq ans pour gouverner notre pays et dites-moi, en toute honnêteté, si un seul pourrait réussir ? Ils avancent tous masqués de peur d’effaroucher le citoyen. "Je veux tout pour vous ; l'Euro, la croissance, le bonheur, la liberté, l'égalité, la fraternité, le beurre et l'argent du beurre !".
Par exemple, prenez Europe Ecologie ou le PG - je ne parle pas du PS qui fait des yeux doux à DSK -, ils veulent garder l'Euro. Faites-moi rire ! Effectivement dès qu'ils seront élu, la BCE et la Commission Européenne, à la seconde même, vont changer de stratégie et répondre aux aspirations des Français. Ils auront tellement des marges de manoeuvres, que les Français seront heureux en moins de 5 ans. Pour toutes les autres tendances, FN , UMP, NPA, c'est du même tonneau. Par l'inconscience des Politiques, nous sommes en quasi-faillite, sans espoirs devant cette fin misérable. Sans espoirs pour les jeunes qui, pour la première fois - sujet tabou -, vont s'abstenir en masse pour les Régionales. J'admire la lucité de ces jeunes qui n'avalent plus les couleuvres aussi facilement que nous. Peu importe, la politique est affaire de vieux. Et tout le monde rève comme si c'était hier, en 1976 ou en 2001, une fois la Droite, une fois la Gauche.
"Non monsieur, je suis socialiste et je resterai socialiste malgré les énormités commises."
"Non monsieur, je suis radicaux et je resterai radicaux" "Hep! SVP "cal" "Non, monsieur je ne callerai pas"
Derrière la plaisanterie du "cal"âge, on peut se poser la question de l'aveuglement politique ou religieux.
le sarkozysme est un «produit du vide» qui est caractéristique de toutes les crises d'extrême droite.« Décomposition religieuse», une opposition sociale-démocrate «qui se vide de sa substance».
http://www.mediapart.fr/journal/france/170210/emmanuel-todd-le-sarkozysme-est-le-produit-du-vide (ci-dessous)


Tous les commentaires
Ces collabos d’avant l’heure ( Site : Bakchich Info)
histoire / dimanche 4 avril par Jacques-Marie Bourget
Annie Lacroix-Riz est une empêcheuse de penser en rond. Selon l’historienne, dès 1930, les Michelin, Schneider et autres Citroën n’ont eu qu’une seule idée en tête : offrir la France à l’Allemagne.
Annie Lacroix-Riz est une historienne qui cherche des histoires. Enquêtes sur la production de Zyklon B en France pendant l’occupation, sur le rôle de Pie XII dans l’holocauste, la dame se sème des ennemis autour comme Larousse le pissenlit. Le plus connu est l’historien Stéphane Courtois, dont vous connaissez la pub étalée dans Le Livre noir du communisme : nazis et cocos, c’est kif-kif. Ce Courtois occupe la boutique de l’histoire comme Afflelou vend des lunettes sur la Grande Muraille.
AMITIÉ BLONDEDans Le Choix de la défaite, la pétroleuse nous démontre que, de 1930 à 1939, nos élites financières, politiques, militaires et journalistiques (ça existe), n’ont eu qu’une idée : faire cadeau de la France à l’Allemagne. Ah ! L’amitié blonde. S’il est précieux de tenir ce bouquin au chaud, c’est que ce temps jadis explique aussi celui qui est encore le nôtre. Des banques, des dynasties, des partis, imperméables aux années qui passent et à l’épuration, continuent de fonctionner à l’essence d’époque. En 1944, quelques mois avant d’être assassiné, le grand historien et résistant Marc Bloch écrit : « Le jour viendra, et peut être bientôt, où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin… » Voilà, Marc, nous y sommes. Page après page, on voit la Banque de France, à l’époque un club regroupant les grandes banques privées, diriger la politique de la France. Autour d’elle ...
« MIEUX VAUT HITLER »... D’ailleurs, le nazisme est en si bonne intelligence, chez nous, avec ceux qui comptent, que personne ne proteste quand, en 1934, l’Allemagne exige un certificat d’aryanité pour tout Français travaillant pour une firme tricolore installée outre-Rhin !
Justement, à partir de 1934 la Synarchie, mafia née autour de Polytechnique dans les années 20, et regroupant quelques dizaines de très hauts technocrates qui souhaitent pour la France un régime « hors des partis » – genre fasciste – puis la Cagoule, bras militaire de cette Synarchie, désignent secrètement Pétain et Laval comme leurs maîtres. D’ailleurs, douze mille officiers deviennent des cagoulards peu chauds, bien sûr, pour se battre contre leurs frères fascistes fascinés par le petit caporal du XXe siècle. Tous, synarques et ligueurs, appuyés par l’état-major de l’armée, avec un flot d’argent pour corrompre la presse, complotent pour que ce duo fasse don de sa personne à la France. Tant pis si, pour en arriver là, il faut faire le choix de la défaite.
« Le Choix de la défaite », par Annie Lacroix-Riz, éd. Armand Colin, 680 p., 38 euros.
http://www.franceculture.com/emission-l-essai-du-jour-croire-et-detruire-de-christian-ingrao-fayard-2010-09-24.html
http://www.marianne2.fr/philippepetit/Des-intellectuels-dans-la-machine-de-guerre-SS_a70.html
France Culture Philippe Petit "L'essai du jour".
Des intellectuels dans la machine de guerre SS
Aujourd'hui dans L'Essai du jour : «Croire et détruire - Les intellectuels dans la machine de guerre SS», de Christian Ingrao, aux Éditions Fayard, 25 euros 50.
Il fut un temps où les historiens du nazisme en Allemagne –Norbert Frei et Hans Monnsen notamment - s’appuyaient sur l’histoire sociale pour en comprendre les causes profondes. Une question les taraudait : quelle place occupaient les nazis dans la société allemande ? Il n’était d’autre mobile à la victoire d’Hitler que la crise économique et la paupérisation des classes moyennes. Les chômeurs battant le pavé et les ouvriers se saoulant dans les brasseries malfamées de Berlin : Alexander Platz plantait le décor d’une Allemagne déchue que la République de Weimar n’était pas parvenue à relever. Il se cachait derrière chaque travailleur désœuvré, un nazi en puissance. Christian Ingrao, un de nos plus brillants historiens, ne partage pas cet avis. Il est né en 1970 et dirige l’Institut d’Histoire du Temps Présent. L’histoire collective et sociale n’explique pas, selon lui, à elle seule les ressorts du militantisme nazi. Les grands génocidaires ne sont pas tous des hommes infâmes ou des hommes déclassés. Nombre d’entre eux sont diplômés et portent l’habit de bourgeois honnêtes. D’aucuns sont juristes, historiens, philosophes, d’autres économistes ou linguistes. Ce sont des intellectuels au parcours académique classique et possédant une culture assez vaste. Il en apporte la preuve dans son livre qui vient de paraître : « Croire et détruire » sous-titré « Les intellectuels dans la machine de guerre SS ».
Q : Quelle preuve apporte-t-il : les nazis qui écoutaient de la musique dans les camps se vivaient comme des gens cultivés ?
R : C’est vrai. « La culture ne sauve rien ni personne, elle ne justifie pas », comme disait Sartre. Cela nous le savions. Et nous connaissions les bourreaux musiciens d’Auschwitz. Mais que la culture puisse conduire à pratiquer l’abattage des hommes par d’autres hommes, à transformer des civils en bête traquée et cela sans aucun remords, il était difficile de l’imaginer à ce point. Les bourreaux ordinaires dans l’historiographie contemporaine ont souvent le visage de la banalité ou de la sauvagerie, plus rarement celui de l’homme instruit. Christian Ingrao comble un vrai vide. Les quatre-vingts diplômés dont il retrace le parcours des années 1920 au procès de Nuremberg sont des meurtriers de masse. Ils ont pourtant traversé cette séquence historique avec bonne conscience. Et comprendre cela, cela n’est pas rien…
Q : Existe-t-il un point commun entre eux et que nous apprend ce livre sur la violence nazie ?
R : Pour en arriver à défendre une conception bouchère de l’humanité, il faut un traumatisme. Et pour tous ces hommes, ce fut 1914, l’angoisse d’avoir perdu la guerre. Ils ont tous eu maille à partir dans leur famille avec le choc de 1914. Ils ont eu la certitude de vivre et de grandir dans un monde d’ennemis. Leur engagement nazi était pour eux une forme de « désangoissement ». « Il transmute l’angoisse en utopie », résume Ingrao dans une formule choc qui dit la force avec laquelle ces hommes ont cru à l’idéologie nazie. Ils ne furent pas tous des étudiants brillants, mais ils sont nombreux à se tourner vers l’histoire et la littérature allemande. L’un d’eux Bernard Best présente une thèse de droit sans aucun rapport avec la dogmatique nazie. Un autre Reinhard Höhn organise pour Himmler des fêtes ésotériques. Ils sont avides de réseaux militants. Et lorsque la guerre arrive, ils découvrent sur le front de l’Est, ce qu’un jeune anthropologue SS voulait y trouver, rapporte l’historien : le mythe du retour, l’expérience du front, la reconquête de l’espace perdu, le massacre salvateur. Ils passent en somme de la guerre réparatrice à la grande guerre raciale, du discours sécuritaire au discours génocidaire. Les pages racontant le plus grand meurtre de masse de la guerre dans une ville de Polodie ukrainienne en août 1941 sont inoubliables. En trois jours 23 600 juifs y périrent dans des conditions innommables.
J’ai demandé hier à Christian Ingrao quelle était pour lui la mission de l’historien. Il m’a répondu illico : accomplir un devoir de transmission au-delà de la grande catastrophe. Il n’y a rien à ajouter…
En élargissant : Nazisme, Stalinisme, et enfin Globalisme; la position des intellectuels ?
http://infokiosques.net/spip.php?article214
Post-scriptum sur les sociétés de contrôle
par Gilles Deleuze
1. HistoriqueFoucault a situé les sociétés disciplinaires aux XVIIIème et XIXème siècles ; elles atteignent leur apogée au début du XXème. Elles procèdent à l’organisation des grands milieux d’enfermement. L’individu ne cesse de passer d’un milieu clos à un autre, chacun ayant ses lois : d’abord la famille, puis l’école (« tu n’es plus dans ta famille »), puis la caserne (« tu n’es plus à l’école »), puis l’usine, de temps en temps l’hôpital, éventuellement la prison qui est le milieu d’enfermement par excellence. C’est la prison qui sert de modèle analogique : l’héroïne d’Europe 51 peut s’écrier quand elle voit des ouvriers « j’ai cru voir des condamnés... ». Foucault a très bien analysé le projet idéal des milieux d’enfermement, particulièrement visible dans l’usine : concentrer ; répartir dans l’espace ; ordonner dans le temps ; composer dans l’espace-temps une force productive dont l’effet doit être supérieur à la somme des forces élémentaires. Mais ce que Foucault savait aussi, c’était la brièveté de ce modèle : il succédait à des sociétés de souveraineté, dont le but et les fonctions étaient tout autres (prélever plutôt qu’organiser la production, décider de la mort plutôt que gérer la vie) ; la transition s’était faite progressivement, et Napoléon semblait opérer la grande conversion d’une société à l’autre. Mais les disciplines à leur tour connaîtraient une crise, au profit de nouvelles forces qui se mettraient lentement en place, et qui se précipiteraient après la Deuxième Guerre mondiale : les sociétés disciplinaires, c’était déjà ce que nous n’étions plus, ce que nous cessions d’être.
Nous sommes dans une crise généralisée de tous les milieux d’enfermement, prison, hôpital, usine, école, famille. La famille est un « intérieur », en crise comme tout autre intérieur, scolaire, professionnel, etc. Les ministres compétents n’ont cessé d’annoncer des réformes supposées nécessaires. Réformer l’école, réformer l’industrie, l’hôpital, l’armée, la prison ; mais chacun sait que ces institutions sont finies, à plus ou moins longue échéance. Il s’agit seulement de gérer leur agonie et d’occuper les gens, jusqu’à l’installation de nouvelles forces qui frappent à la porte. Ce sont les sociétés de contrôle qui sont en train de remplacer les sociétés disciplinaires. « Contrôle », c’est le nom que Burroughs propose pour désigner le nouveau monstre, et que Foucault reconnaît comme notre proche avenir. Paul Virilio aussi ne cesse d’analyser les formes ultra-rapides de contrôle à l’air libre, qui remplacent les vieilles disciplines opérant dans la durée d’un système clos. Il n’y a pas lieu d’invoquer des productions pharmaceutiques extraordinaires, des formations nucléaires, des manipulations génétiques, bien qu’elles soient destinées à intervenir dans le nouveau processus. Il n’y a pas lieu de demander quel est le régime le plus dur, ou le plus tolérable, car c’est en chacun d’eux que s’affrontent les libérations et les asservissements. Par exemple dans la crise de l’hôpital comme milieu d’enfermement, la sectorisation, , les hôpitaux de jour, les soins à domicile ont pu marquer d’abord de nouvelles libertés, mais participer aussi à des mécanismes de contrôle qui rivalisent avec les plus durs enfermements. Il n’y a pas lieu de craindre ou d’espérer, mais de chercher de nouvelles armes.
II. LogiqueLes différents internats ou milieux d’enfermement par lesquels l’individu passe sont des variables indépendantes : on est censé chaque fois recommencer à zéro, et le langage commun de tous ces milieux existe, mais est analogique. Tandis que les différents contrôlats sont des variations inséparables, formant un système à géométrie variable dont le langage est numérique (ce qui ne veut pas dire nécessairement binaire). Les enfermements sont des moules, des moulages distincts, mais les contrôles sont une modulation, comme un moulage auto-déformant qui changerait continûment, d’un instant à l’autre, ou comme un tamis dont les mailles changeraient d’un point à un autre. On le voit bien dans la question des salaires : l’usine était un corps qui portait ses forces intérieures à un point d’équilibre, le plus haut possible pour la production, le plus bas possible pour les salaires ; mais, dans une société de contrôle, l’entreprise a remplacé l’usine, et l’entreprise est une âme, un gaz. Sans doute l’usine connaissait déjà le système des primes, mais l’entreprise s’efforce plus profondément d’imposer une modulation de chaque salaire, dans des états de perpétuelle métastabilité qui passent par des challenges, concours et colloques extrêmement comiques. Si les jeux télévisés les plus idiots ont tant de succès, c’est parce qu’ils expriment adéquatement la situation d’entreprise. L’usine constituait les individus en corps, pour le double avantage du patronat qui surveillait chaque élément dans la masse, et des syndicats qui mobilisaient une masse de résistance ; mais l’entreprise ne cesse d’introduire une rivalité inexpiable comme saine émulation, excellente motivation qui oppose les individus entre eux et traverse chacun, le divisant en lui-même. Le principe modulateur du « salaire au mérité » n’est pas sans tenter l’Education nationale elle-même : en effet, de même que l’entreprise remplace l’usine,la formation permanente tend à remplacer l’école, et le contrôle continu remplacer l’examen. Ce qui est le plus sûr moyen de livrer l’école à l’entreprise.
Dans les sociétés de discipline, on n’arrêtait pas de recommencer (de l’école à la caserne, de la caserne à l’usine), tandis que dans les sociétés de contrôle on n’en finit jamais avec rien, l’entreprise, la formation, le service étant les états métastables et coexistants d’une même modulation, comme d’un déformateur universel. Kafka qui s’installait déjà à la charnière de deux types de société a décrit dans Le Procès les formes juridiques les plus redoutables : l’acquittement apparent des sociétés disciplinaires (entre deux enfermements), l’atermoiement illimité des sociétés de contrôle (en variation continue) sont deux modes de vie juridiques très différents, et si notre droit est hésitant, lui-même en crise, c’est parce que nous quittons l’un pour entrer dans l’autre. Les sociétés disciplinaires ont deux pôles : la signature qui indique l’individu, et le nombre ou numéro matricule qui indique sa position dans une masse. C’est que les discipline n’ont jamais vu d’incompatibilité entre les deux, et c’est en même temps que le pouvoir est massifiant et individuant, c’est-à-dire constitue en corps ceux sur lesquels il s’exerce et moule l’individualité de chaque membre du corps (Foucault voyait l’origine de ce double souci dans le pouvoir pastoral du prêtre - le troupeau et chacune des bêtes - mais le pouvoir civil allait se faire « pasteur » laïc à son tour avec d’autres moyens). Dans les sociétés de contrôle, au contraire, l’essentiel n’est plus une signature ni un nombre, mais un chiffre : le chiffre est un mot de passe, tandis que les sociétés disciplinaires sont réglées par des mots d’ordre (aussi bien du point de vue de l’intégration que de la résistance). Le langage numérique du contrôle est fait de chiffres, qui marquent l’accès à l’information, ou le rejet. On ne se trouve plus devant le couple masse-individu. Les individus sont devenus des « dividuels », et les masses, des échantillons, des données, des marchés ou des « banques ». C’est peut-être l’argent qui exprime le mieux la distinction des deux sociétés, puisque la discipline s’est toujours rapportée à des monnaies moulées qui renfermaient de l’or comme nombre étalon, tandis que le contrôle renvoie à des échanges flottants, modulations qui font intervenir comme chiffre un pourcentage de différentes monnaies échantillons. La vieille taupe monétaire est l’animal des milieux d’enfermement, mais le serpent est celui des sociétés de contrôle. Nous sommes passés d’un animal à l’autre, de la taupe au serpent, dans le régime où nous vivons, mais aussi dans notre manière de vivre et nos rapports avec autrui. L’homme des disciplines était un producteur discontinu d’énergie, mais l’homme du contrôle est plutôt ondulatoire, mis en orbite, sur faisceau continu. Partout le surf a déjà remplacé les vieux sports.
Il est facile de faire correspondre à chaque société des types de machines, non pas que les machines soient déterminantes, mais parce qu’elles expriment les formes sociales capables de leur donner naissance et de s’en servir. Les vieilles sociétés de souveraineté maniaient des machines simples, leviers, poulies, horloges ; mais les sociétés disciplinaires récentes avaient pour équipement des machines énergétiques, avec le danger passif de l’entropie, et le danger actif du sabotage ; les sociétés de contrôle opèrent par machines de troisième espèce, machines informatiques et ordinateurs dont le danger passif est le brouillage, et l’actif, le piratage et l’introduction de virus. Ce n’est pas une évolution technologique sans être plus profondément une mutation du capitalisme. C’est une mutation déjà bien connue qui peut se résumer ainsi : le capitalisme du XIX"siècle est à concentration, pour la production, et de propriété. Il érige donc l’usine en milieu d’enfermement, le capitaliste étant propriétaire des moyens de production, mais aussi éventuellement propriétaire d’autres milieux conçus par analogie (la maison familiale de l’ouvrier, l’école). Quant au marché, il est conquis tantôt par spécialisation, tantôt par colonisation, tantôt par abaissement des coûts de production. Mais, dans la situation actuelle, le capitalisme n’est plus pour la production, qu’il relègue souvent dans la périphérie du tiers monde, même sous les formes complexes du textile, de la métallurgie ou du pétrole. C’est un capitalisme de surproduction. Il n’achète plus des matières premières et ne vend plus des produits tout faits : il achète les produits tout faits, ou monte des pièces détachées. Ce qu’il veut vendre, c’est des services, et ce qu’il veut acheter, ce sont des actions. Ce n’est plus un capitalisme pour la production, mais pour le produit, c’est-à-dire pour la vente ou pour le marché. Aussi est-il essentiellement dispersif, et l’usine a cédé la place à l’entreprise. La famille, l’école, l’armée, l’usine ne sont plus des milieux analogiques distincts qui convergent vers un propriétaire, Etat ou puissance privée, mais les figures chiffrées, déformables et transformables, d’une même entreprise qui n’a plus que des gestionnaires. Même l’art a quitté les milieux clos pour entrer dans les circuits ouverts de la banque. Les conquêtes de marché se font par prise de contrôle et non plus par formation de discipline, par fixation des cours plus encore que par abaissement des coûts, par transformation de produit plus que par spécialisation de production. La corruption y gagne une nouvelle puissance. Le service de vente est devenu le centre ou l’« âme » de l’entreprise. On nous apprend que les entreprises ont une âme, ce qui est bien la nouvelle la plus terrifiante du monde. Le marketing est maintenant l’instrument du contrôle social, et forme la race impudente de nos maîtres. Le contrôle est à court terme et à rotation rapide, mais aussi continu et illimité, tandis que la discipline était de longue durée, infinie et discontinue. L’homme n’est plus l’homme enfermé, mais l’homme endetté. Il est vrai que le capitalisme a gardé pour constante l’extrême misère des trois quarts de l’humanité, trop pauvres pour la dette, trop nombreux pour l’enfermement : le contrôle n’aura pas seulement à affronter les dissipations de frontières, mais les explosions de bidonvilles ou de ghettos.
III. ProgrammeIl n’ y a pas besoin de science-fiction pour concevoir un mécanisme de contrôle qui donne à chaque instant la position d’un élément en milieu ouvert, animal dans une réserve, homme dans une entreprise (collier électronique). Félix Guattari imaginait une ville où chacun pouvait quitter son appartement, sa rue, son quartier, grâce à sa carte électronique (dividuelle) qui faisait lever telle ou telle barrière ; mais aussi bien la carte pouvait être recrachée tel jour, ou entre telles heures ; ce qui compte n’est pas la barrière, mais l’ordinateur qui repère la position de chacun, licite ou illicite, et opère une modulation universelle.
L’étude socio-technique des mécanismes de contrôle, saisis à leur aurore, devrait être catégorielle et décrire ce qui est déjà en train de s’installer à la place des milieux d’enfermement disciplinaires, dont tout le monde annonce la crise. Il se peut que de vieux moyens, empruntés aux anciennes sociétés de souveraineté, reviennent sur scène, mais avec les adaptations nécessaires. Ce qui compte, c’est que nous sommes au début de quelque chose. Dans le régime des prisons : la recherche de peines de « substitution » au moins pour la petite délinquance, et l’utilisation de colliers électroniques qui imposent au condamné de rester chez lui à telles heures. Dans le régime des écoles : les formes de contrôle continu, et l’action de la formation permanente sur l’école, l’abandon correspondant de toute recherche à l’Université, l’introduction de l’« entreprise » à tous les niveaux de scolarité. Dans le régime des hôpitaux : la nouvelle médecine « sans médecin ni malade » qui dégage des malades potentiels et des sujets à risque, qui ne témoigne nullement d’un progrès vers l’individuation, comme on le dit, mais substitue au corps individuel ou numérique le chiffre d’une matière « dividuelle » à contrôler. Dans le régime d’entreprise : les nouveaux traitements de l’argent, des produits et des hommes qui ne passent plus par la vieille forme-usine. Ce sont des exemples assez minces, mais qui permettraient de mieux comprendre ce qu’on entend par crise des institutions, c’est-à-dire l’installation progressive et dispersée d’un nouveau régime de domination. Une des questions les plus importantes concernerait l’inaptitude des syndicats : liés dans toute leur histoire à la lutte contre les disciplines ou dans les milieux d’enfermement, pourront-ils s’adapter ou laisseront-ils place à de nouvelles formes de résistance contre les sociétés de contrôle ? Peut-on déjà saisir des ébauches de ces formes à venir, capables de s’attaquer aux joies du marketing ? Beaucoup de jeunes gens réclament étrangement d’être « motivés », ils redemandent des stages et de la formation permanente ; c’est à eux de découvrir ce à quoi on les fait servir, comme leurs aînés ont découvert non sans peine la finalité des disciplines. Les anneaux d’un serpent sont encore plus compliqués que les trous d’une taupinière.
Gilles Deleuze
P.S.
in L’autre journal, n° l, mai 1990.
Un DRH écœuré raconte les (sales) dessous de l'entreprise
http://eco.rue89.com/2011/03/23/un-drh-ecoeure-raconte-les-sales-dessous-de-lentreprise-196577