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MEDIAPART

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Allons danser chez Tartignole...

J'ai appris un mot aujourd'hui, une "palanquée" qui est ordinairement une charge soulevée par un palan peut aussi être une assemblée générale de vieillards. Bien oui, alléché sans doute par le titre "rions chez Lagardère", je suis tombé sur un article du NouvelObs. Et alors que je pensais lire un nouvel épisode des trois mousquetaires, je suis arrivé sur une description édifiante d'une assemblée générale d'actionnaires du groupe Lagardère. Il paraît que cela ressemble à une "palanquée de vieillards maugréants" dont la "moyenne d'âge évolue entre 80 et 90 ans". Un millier, qu'ils seraient, les maugréants vieillards actionnaires de chez Lagardère - sans compter peut-être ceux qui n'ont pas pu se déplacer. A cet âge, on leur pardonne.
Bon, en soi, tout le monde s'en fiche, et moi le premier. Mais il y a quand même un truc qui me chiffonne. Si l'on considère qu'une assemblée générale d'actionnaires du groupe Lagardère est très certainement représentative de n'importe quelle assemblée générale d'actionnaires d'un quelconque groupe à faire du fric. Admettons que l'on réunisse toutes les assemblées générales de ces groupes le même jour, soit, l'on dépeuple les chaumières de presque tous leurs octogénaires. Soit, ce qui est plus probable, ce sont sensiblement les mêmes vieillards que l'on retrouve dans toutes les assemblées, et dans ce cas, cela leur évite des frais de déplacement à répétition - ce qui, incidemment, leur permet d'inviter le pape.
Bref, à propos de bons mots encore, je connaissais la traite des vaches, des chèvres, des blanches, des esclaves… Mais je ne connaissais pas encore l'immigration "traitable", dernier bon mot de notre ministre à tout faire, Claude Guéant. Décidément, je vais vraiment finir par regretter son prédécesseur, tant il était brave, le bon Brice, il lui arrivait même d'avoir le mot pour rire, comme dans une certaine affaire d'auvergnats maghrébins. Mais Monsieur Guéant, lui, sait toujours trouver le mot juste.
Effectivement, à y bien regarder, l'immigration est une affaire de traite.
Sauf à se risquer de prendre un coup de corne dans les fesses, personne n'aurait l'idée de traire une vache lorsqu'elle n'a pas de lait, de même pour une chèvre. Pour une blanche, c'est moins évident, mais bon, c'est un autre sujet. Et pour les esclaves, c'est idem.
"Il y a deux façons de concevoir l'avenir de la France au regard de l'immigration. première façon, nous acceptons une France de communautarisme dans laquelle nous juxtaposons des groupes qui viennent avec des cultures différentes et qui on des vies conformes à leur pays d'origine et qui ne sont pas en harmonie avec la règle commune de notre pays… C'est évidemment pas ma vision. Deuxième choix, une société française dans laquelle tout le monde se sente bien, obéisse à une règle commune, obéisse à notre corps de doctrines politiques et sociales… D'où la nécessité d'intégrer les personnes qui viennent de l'étranger, et même, je vais jusque là, de les assimiler." Dixit Claude Guéant et de rajouter, "Ce que je voudrais, c'est que le flux des étranger soit traitable."
Bon, moi qui suis un brave français presque de souche (ou de sous-couche si vous voulez), j'ai horreur de la choucroute, et ce n'est pas Monsieur Guéant qui va me forcer à en manger. Donc, je ne dois vraiment pas être intégrable, et encore moins assimilable. Et comme tout bon français qui se respecte, j'ai équipé mon Solex d'un détecteur de radars. S'il me faut le planquer aujourd'hui, j'ai trouvé une astuce, mais ne la répétez pas, je lui ai mis un chapeau de Davy Cocket. Ni vu, ni connu qu'il est devenu mon détecteur. Je devrais d'ailleurs le nommer détecteur pédagogique.
Mais revenons à notre choucroute. Monsieur Guéant n'aime pas le "communautarisme". Sauf que d'être "en harmonie avec la règle commune de notre pays", si ce n'est pas faire du communautarisme, il faut vraiment que je retourne à l'école pour réapprendre tout mon vocabulaire. A moins que Monsieur Guéant ne confonde "communautarisme" et "communisme" pour la simple raison que les deux ont commun en commun.
Tiens, je vais jeter un oeil sur la biographie de monsieur le ministre. Et toc, encore un nénarque ! Pas étonnant qu'il ait l'art du ménage, pardon du mélange. En plus, il en est sorti par la promotion Thomas More.
Pour ceux qui ne le sauraient pas, Thomas More (Morus, pour les intimes), avant de mourir par décapitation pour une sombre histoire de fesse et de religion, avait notamment commis un livre intitulé "Utopie". Livre dans lequel il imaginait un monde de liberté, d'égalité, de tolérance et d'abondance. Un monde sans argent, où l'or servirait à fabriquer des vases de nuit, où la possession serait commune, le travail réduit au minimum nécessaire au bien de tous, et où la volupté serait la fin de toutes nos actions…
"Le but des institutions sociales en Utopie est de fournir d'abord aux besoins de la consommation publique et individuelle, puis de laisser à chacun le plus de temps possible pour s'affranchir de la servitude du corps, cultiver librement son esprit, développer ses facultés intellectuelles par l'étude des sciences et des lettres. C'est dans ce développement complet qu'ils font consister le vrai bonheur. (…) Peut-être en ceci accusera-t-on les Utopiens d'un penchant excessif au plaisir. Ils ont pour principe que la volupté qui n'engendre aucun mal est parfaitement légitime."
Bref, un monde presque idyllique qui a dû grandement influencer Monsieur Guéant. Parce qu'il y subsiste néanmoins des esclaves, chargés des travaux "les plus sales et les plus pénibles", que la polygamie et l'adultère y sont interdits (la récidive en adultère est même punie de mort), de même que "les amours vagabondes et éphémères" et que les lois de l'immigration (comme celles de l'émigration) y sont sévèrement restreintes. Evidemment, il faut bien protéger la communauté ! Et je vous passe sur l'art de la guerre utopien…
Ouais ! Un monde totalement merdique en fait, où l'oisiveté et la paresse sont interdites, où il n'y a ni tavernes, ni lieux de prostitution, ni occasions de débauche. Et où tout un chacun est obligé d'imiter son voisin s'il ne veut pas se faire remarquer et entôler. Je cite à nouveau notre bon Morus, "chacun, sans cesse exposé aux regards de tous, se trouve dans l'heureuse nécessité de travailler et de se reposer, suivant les lois et les coutumes du pays." (Ce pourrait-être du Claude Guéant dans le texte.) Un genre de communisme, façon Corée du Nord en somme, ou de communautarisme à la francaouis.
Bon, on peut excuser certaines dérives de notre bon Thomas, il vivait en une époque où les guerres de religion faisaient rage et où le capitalisme n'en était qu'à ses balbuciements. Il lui arrive d'ailleurs d'avoir quelques analyses extrêmement lucides. A propos d'esclavage, par exemple,
"Il est encore une autre espèce d'esclaves, ce sont les journaliers pauvres de contrées voisines, qui viennent offrir volontairement leurs services. Ces derniers sont traités en tout comme les citoyens, excepté qu'on les fait travailler un peu plus, attendu qu'ils ont une plus grande habitude de la fatigue. Ils sont libres de partir quand ils le veulent, et jamais on ne les renvoie les mains vides."
De quoi faire rêver monsieur Guéant ! Mais le charter n'existait pas encore.
Ou à propos de légifération à outrance,
"Les lois sont en très petit nombre, et suffisent néanmoins aux institutions. Ce que les Utopiens désapprouvent surtout chez les autres peuples, c'est la quantité infinie de volumes, de lois et de commentaires, qui ne suffisent pas encore à l'ordre public. Ils regardent comme une injustice suprême d'enchaîner les hommes par des lois trop nombreuses, pour qu'ils aient le temps de les lire toutes ou bien trop obscures pour qu'ils puissent les comprendre."
Aucun rapport avec les temps présents…
Bref ! Pour en finir avec la petite histoire, Thomas Morus (dieu ait son âme) s'est fait couper la tête parce qu'il avait eu la malencontreuse idée de s'opposer au divorce et au remariage du bon roi d'Angleterre. Et comme ce divorce n'eut pas l'heur de plaire aux papistes non plus, ils finirent par canoniser le brave Thomas. Et, comble de la petite histoire, par en faire le saint patron des… gouvernants et des personnalités politiques.
Pauvre Thomas, comme aurait pu le dire Villon s'il avait vécu plus longtemps. Lui qui avait consacré une bonne partie de son oeuvre à fustiger l'impéritie des grands et des puissants (qui l'en remercièrent joyeusement), se retrouver saint patron des rois et des gouvernants !
Et toujours pour la petite histoire, l'uns des potes du futur saint Thomas bis (il y en avait déjà plusieurs) s'appelait Erasme, ou Erasmus pour les intimes (en fait, il s'appelait Jean-Philippe, mais cela faisait un peu trop roturier pour un philosophe à l'époque). Et ce sacré Erasme avait écrit un "Eloge de la folie", toujours d'actualité, que je conseille vivement à tous de lire (et surtout à nos nénarques). Cela leur éviterait peut-être de nous parler de "la doctrine professée par Nicolas Sarkozy", comme s'il s'agissait de celle de Staline.
L'éloge de la folie, je vous en parlerai un autre fois, et je tenterai par la même de comprendre un autre mot que je viens de découvrir "schlouing". Nouveau mot à la mode, semble-t-il, mais que je ne parviens pas à déchiffrer.
P.S. Vous avez vu la fin du monde, samedi dernier ? Ou j'ai raté un épisode ? En dehors de la libération de DSK, d'une nouvelle éruption volcanique en Islande, de quelques tornades aux Etats-Unis, d'une possible reprise de la guerre civile au Soudan, de quelques attentats au Pakistan… Bon allez, j'arrête-là. Ah si, il y a eu le passage de Claude Guéant sur Europe 1… Pas vraiment de fin du monde, en somme. Rien que de l'ordinaire.

Tous les commentaires

23/05/2011, 17:43 | Par elisa13

Jean-Philippe philosophe ? Vous avez raison, ça le fait pas Clin d'oeil

Sinon, merci pour ce billet délectable Rire

23/05/2011, 18:15 | Par jmplouchard en réponse au commentaire de elisa13 le 23/05/2011 à 17:43

J'ai failli le surnomer Bébert. Mais bon !

23/05/2011, 18:52 | Par elisa13 en réponse au commentaire de jmplouchard le 23/05/2011 à 18:15

Oui, mais y a pas de Bébert rocker... alors qu'un Jean-Philippe Clin d'oeil

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