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03
Sep

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Document: 2001-2010, démocratie représentative, le passé d'une illusion

Durant une heure d'enregistrement chacun (à quelques exceptions près), quinze d'entre eux ont alors planché sur le sujet, avec plus ou moins d'inspiration, parfois avec une certaine honnêteté intellectuelle, toujours, en définitive, flattés d'être pour une fois pris au sérieux.

Nous nous sommes également émancipés de la commande de notre éditeur en allant chercher la contradiction du côté de militants du mouvement social, tel José Bové, mais surtout avec Salah Amokrane des Motivé-es à Toulouse qui avec d'autres, comme Luc Gwiazdzinski à Strasbourg, s'étaient risqués, avec une certaine fortune électorale, sur la scène politique traditionnelle, à l'occasion des municipales de 2001.

Il en est résulté une enquête, intitulée « Le crépuscule des Dieux », éditée en 2001*, dont nous pensons que sa réédition sur ce blog peut contribuer à la réflexion sur la démocratie.

 

 

Couverture du livre paru en 2001.Couverture du livre paru en 2001.

Parue au lendemain du référendum sur le quinquénat de 2010, qui se soldat par une énorme gifle à la figure de l'oligarchie politique (près de 70% des électeurs inscrits s'étaient abstenus), cette enquête a été réalisée au moment, où les professionnels de la politique voyaient remis en cause leur légitimité par le suffrage universel. Le vent du mouvement social de l'hiver 1995 soufflait encore un peu et il transportait encore la foisonance débridée des mouvements sociaux. Contre le chômage, le mal-logement, la pauvreté, l'exploitation et l'aliénation sous toutes leurs formes... Il y avait un souffle d'espoir, suffisamment en tous cas pour que l'oligarchie se tienne sur ses gardes et agisse avec prudence.

Cette enquête est aussi contemporaine du règne de la Gauche plurielle et de Lionel Jospin Premier ministre. Se disant de gauche, ils se soumirent néanmoins aux marchés financiers et désespérèrent les citoyens et les électeurs, créant ainsi les conditions de l'irruption néo-fasciste de 2002.  Mais cela alors personne ne l'imaginait.

Une décennie riche de mouvements sociaux, qui, sauf pour le CPE, n'aboutirent pas. Avec les émeutes de 2005, elle vit l’émergence de la problématique xénophobe, que la gauche, autant que la droite avait laissé pourrir depuis l’époque coloniale. L’utilisant même, à ce qu’elle croyait être son avantage, depuis l’apparition du Front national dans les années quatre-vingt.

Comme l'écrit aujourd'hui Enzo Traverso : « Ce nouveau racisme s’accommode de la démocratie représentative, en la remodelant de l’intérieur. C’est donc la démocratie elle-même qu’il faudrait repenser, ainsi que les notions d’égalité des droits et de citoyenneté, pour redonner un souffle à l’antiracisme. » (« La fabrique de la haine : xénophobie et racisme en Europe », Contretemps N°9)

Toutes les questions abordées dans cette enquête sont d'actualité. Qu'il s'agisse des rapports entre le mouvement social et la politique, du fric, du présidentialisme, de la limitation des mandats, des modes de scrutin, du statut des élus, de leur professionnalisation de leurs rapports avec les citoyens et du temps qu'il serait nécessaire à ces derniers pour participer à la vie civique...

Et dix ans plus tard, trente ans après l'élection de François Mitterrand à la présidence de la république, aucune de ces questions n'a reçu la moindre réponse. La crise de la démocratie représentative est à son sommet et l'oligarchie politique... Mais plutôt que de conclure, nous laissons le lecteur juger sur pièces.

Claire Liénart, Jean-Pierre Anselme

 

* Éditions des collectivités locales. Le livre comportait également deux autres enquêtes. Sur la démocratie locale, « Sainte proximité priez pour nous »,  d'Iréna Havlicek et Dominique Jacquemin  sur l'intercommunalité, « Tous ensemble, forcément », d'Iréna Havlicek et Denis Masliah. La conception graphique et la réalisation était assurée par Pierre Gohier, le secrétariat de rédaction et la correction par Luce Modanne, l'illustration par Lilith.

 

SUR LA SCÈNE :

Côté partis et institutions : Michèle Alliot-Marie (RPR) ; Robert Hue (PCF) ; Dominique Voynet (Verts) ; Gérard Longuet (UDF) ; Georges Sarre (MDC) ; Raymond Forni (PS) ; Jean-Paul Delevoye (RPR) ; Jack Lang (PS) ; Noël Mamère (Verts) ; Arnaud Montebourg (PS), Françoise de Panafieu (RPR) ; Julien Dray (PS) ; Roselyne Bachelot (RPR) ; Marie-Noëlle Lienneman (PS) ; Robert Pandraud (RPR). Pour le mouvement social et citoyen : Salah Amokrane, tête de liste des Motivé-e-s à Toulouse, Luc Gwiazdzinski, géographe et universitaire, tête de la liste Air à Strasbourg, qui, sans avoir défrayé la chronique, n'en avait pas moins rassemblé 6,23 % des voix au premier tour du scrutin municipal ; José Bové.

 

 

 

Le crépuscule des dieux

 

 

 

Citoyenneté : « Je t'aime, moi non plus »

Représentants en mal de représentés

Cumuler pour régner

Le pouvoir à durée indéterminée

Le mariage honteux du fric et du pouvoir

Pas de statut pour les élus

Une profession par défaut

Ni temps ni moyens pour les citoyens

Monarchie républicaine et élites consanguines

« Le roi est mort, vive le roi !»

Godillots et parlement croupion

Élections : la loi du plus fort

Oligarchie communiquante et démocratie participative 

Politique marchande et marchandise politique

Partis sans militants et militants sans partis

Réformes ou révolutions ?

Réinventer la démocratie

 

 

La rupture, collage et huile, JPA 2005La rupture, collage et huile, JPA 2005

« L'abstention massive n'est pas un accident mais un ultime avertissement. », écrivait l'économiste et historien, Nicolas Baverez, à la une du Monde (1), au lendemain du dernier référendum <référendum sur le quinquénat du 24 septembre 2010 où l'abstention atteint 69,81% des inscrits>.A Toulouse <lors des élections municipales de mars 2001 qui vit apparaître des listes citoyennes dans plusieurs villes de France>, la liste des Motivé-e-s a bouleversé la géographie politique locale et servi de haut-parleur aux millions d'insatisfaits de la démocratie en France. Avec eux, le rap a résonné aux oreilles de millions de Français.

 Une révolution. « De nombreux militants dans les mouvements sociaux portent un débat politique. Ils ont en face d'eux des structures, des partis et des élus souvent incapables d'accepter le conflit démocratique et de donner la parole aux habitants. Etre élu, c'est prendre le risque de ne pas être réélu. Tant que ce sera un métier, on aura ce problème », affirme Salah Amokrane, frère d'un des Zebda, tête de liste des Motivé-e-s. « Une page est tournée, déclarait Mouss, l'un des trois chanteurs du groupe Zebda, le soir du deuxième tour des municipales, les gens ont compris qu'il y avait autre chose que la politique traditionnelle. (...) La lutte ne fait que commencer. » (2)

 La noblesse politique française c'est 2000 personnes, si l'on en croit l'un de ses barons, Robert Pandraud <décédé en 2010>, qui désigne ainsi les députés, sénateurs, ministres, chefs de partis et quelques notables installés au zénith de la politique professionnelle, souvent depuis des décennies. L'ancien ministre de la police du gouvernement de Jacques Chirac <aux côtés de Charles Pasqua>, à la fin des années quatre-vingt, ne mâche pas ses mots : « La politique est devenu un théâtre d'ombres »,. Le discrédit de la politique frappe indistinctement - et injustement - les 500 000 représentants du peuple.

Salah Amokrane des Motivé-e-s, à Toulouse en 2001, durant les municipales.Salah Amokrane des Motivé-e-s, à Toulouse en 2001, durant les municipales.

 

Citoyenneté :

« Je t'aime, moi non plus »

 

A l'exception de Georges Sarre qui vilipende « tout un tas d'organisations, baptisées citoyennes qui sont aux antipodes de toute action républicaine et citoyenne », les hommes et les femmes politiques que nous avons interrogés ont un discours bienveillant à l'égard des multiples mouvements sociaux et citoyens qui ont émergé dans l'hexagone au cours de ces dernières années. « Je salue en permanence celles et ceux qui veulent s'engager dans la vie publique. Plus il y a de participants à un débat, mieux c'est », affirme Jean-Paul Delevoye. « Ce sont de nouveaux talents », estime Françoise de Panafieu ; « ce doit être très réconfortant pour les partis politiques parce que ça prouve que la démarche politique n'est pas rejetée en elle même, qu'il y a des gens qui ont envie de participer mais qui ne trouvent pas dans le langage ou dans les structures des partis existants la possibilité d'exprimer leurs convictions et leur volonté d'action », considère Michèle Alliot-Marie.

 Selon Robert Hue, il ne faut pas craindre cette émergence citoyenne qu'il voit comme l'expression d'une soif de faire la politique autrement. « Il faut qu'on fasse avec eux, on a autant à apprendre d'eux qu'ils ont aussi à apprendre de nous », juge-t-il. Arnaud Montebourg est membre d'Attac, tout comme Noël Mamère qui peint un « réveil des citoyens qui n'est pas limité aux frontières de la France. Ce sont ces contre pouvoirs qui vont faire changer la politique. Ils (les politiques)ne changent que lorsqu'ils ont peur »…

 Appréciations sincères ou de circonstance ? vertueuses lucidités ou habiletés tactiques ? Il faut un sang froid qui frôle le masochisme de la part des responsables politiques pour bénir ainsi de leur onction des mouvements qui les remettent durement en cause. Seul Gérard Longuet exprime ouvertement son agacement : « Tout cela est une aimable plaisanterie. Si un élu fait son travail d'intégration, il n'y a pas de listes “ citoyennes ”. Ce terme est une tarte à la crème totale, je le trouve grotesque. »

Les syndicats SUD ont émergé des grèves de décembre 1995.Les syndicats SUD ont émergé des grèves de décembre 1995.

 

Représentants en mal de représentés

 

 Avec 46,60 % d'abstentionnistes au premier tour des élections municipales (près d'un électeur inscrit sur deux !), la ville de Blois n'est pas une exception. « L'intérêt pour les élections municipales, pour ne parler que de l'actualité, est malgré tout le signe d'un véritable ancrage civique », affirmait imprudemment Jack Lang avant le 11 mars dernier. « Il ne s'agit pas de nier une certaine forme latente d'indifférence, et notamment chez les plus jeunes, mais je ne suis pas certain qu'il faille en tirer des conclusions trop radicales », précisait l'ancien candidat à la candidature à la mairie de Paris.

 Gérard Longuet voit un décalage entre le rythme nécessairement lent de la démocratie et des citoyens de plus en plus consommateurs de médias où règnent « l'immédiat, l'instantané, l'émotionnel et assez largement l'irrationnel ». Françoise de Panafieu « ne croit pas que c'est une crise de la démocratie, qui n'est pas en danger, mais une crise de la représentation », et cela, précise Michèle Alliot-Marie, « parce qu'elle est limitée à un nombre de personnes trop restreint ».

 Personne n'est épargné : « Le discrédit frappe aussi les responsables locaux », souligne Roselyne Bachelot. « Il y a une crise idéologique lourde », s'inquiète Marie-Noëlle Lienneman ; « les causes ont été remplacées par les ambitions personnelles » selon Michel Delevoye. « Les Français ne croient plus à ceux qui les représentent », s'exclame Noël Mamère.

 

La réponse de l&#039;État au mal logement.La réponse de l'État au mal logement.

 

L'univers intime de l'élite politique fait frémir, si l'on en croit Vanessa Schneider, journaliste à Libération, dans son livre La déprime des politiques (3) : « Divorces, problèmes avec les enfants, nombreux sont les fils et filles d'hommes politiques qui traversent des adolescences difficiles. Anorexie et drogues sont répandues. (...) L'alcool, c'est la maladie des politiques, confirme un observateur. Cela leur permet de ne pas retomber, après les poussées d'adrénaline, de rester toujours dans un état second. »

 Les professionnels de lapolitique ont le blues, même si on n'en est sans doute pas encore au point décrit par Stephan Zweig, celui où « toute foi spirituelle, toute conception de l'univers, dès qu'elle renie son droit inconditionnel, son infaillibilité, est déjà brisée dans sa force intime (6) ».

 

 

Cumuler pour régner

 

         Actuellement, les députés et les sénateurs peuvent cumuler leur mandat de parlementaire avec une fonction soit de président de conseil régional, soit de président de conseil général, soit de maire (8). Le « maximum démocratique » — un mandat, un élu — leur donne des sueurs froides. Tous les arguments sont bons pour y échapper : « avec l'histoire du cumul, c'est-à-dire de son éventuelle limitation, je suis frappé par le fait qu'on est en train de prédéterminer le choix des électeurs. Pourquoi ne pas les laisser eux-mêmes sanctionner le double langage local-national ? C'est une dérive de la démocratie, on est en train de dire à l'électeur ce qui est on pour lui » éclate Jean-Paul Delevoye.

      

Manifestation du 13 mai 1968, à Paris. L&#039;oligarchie n&#039;a toujours pas digéré les évènements de Mai 68...Manifestation du 13 mai 1968, à Paris. L'oligarchie n'a toujours pas digéré les évènements de Mai 68...
       

« Je suis pour une responsabilité locale et nationale : je suis un maire d'une commune de sept mille habitants, chaque semaine c'est une bouffée d'oxygène, un air de liberté » affirme avec véhémence Raymond Forni en évoquant ses « week-end de terrain ». Il résume ainsi la pratique et le point de vue les plus courants de ses pairs. L'argument du « lien avec le terrain » ne tenant pas la distance — un député n'a-t-il pas le sien, de « terrain » ? —, on arrive très vite à l'essentiel, là encore parfaitement résumé par le président de l'Assemblée nationale :

         « La politique, c'est fait d'ambition, et il arrive qu'elle se heurte à celle des autres. C'est une donnée assez naturelle. Si, dans un département, le député est un élu un peu en l'air, comme ça, sans aucune prise avec la réalité, très vite il se heurtera sur le terrain à l'ambition des autres, c'est-à-dire au maire de la ville principal, au président du conseil général, etc., qui, dans le cadre de leurs ambitions légitimes, souhaiteront, après avoir exercé des mandats locaux, exercer des mandats nationaux. Ça risque d'entraîner des confrontations qui ne sont pas forcément saines ni utiles à l'intérêt de notre pays. C'est pragmatique ce que je dis là, c'est le résultat d'un expérience et du vécu qui a été le mien depuis vingt-sept an que je suis parlementaire. En 1999, j'ai reçu le prix du meilleur parlementaire de l'année. »

        Si Robert Hue pense « qu'il est nécessaire de limiter le cumul des mandats », il met aussitôt en garde contre une « interprétation mécanique » de la question. Se référant à son mandat de maire, il insiste lui aussi sur l'importance d'un « lien avec la réalité du terrain ». Gérard Longuet constate que « quand quelqu'un décide d'être à temps plein dans la vie publique, le cumul des mandats et à peu près inévitable. C'est une ouverture d'esprit qui est sans doute indispensable, c'est en même temps une sécurité ».

        Le cumul des mandats avance masqué mais s'avoue finalement dans sa nudité, comme le moyen et la condition d'une course effrénée au pouvoir. Pierre de touche de la politique professionnelle, il est l'exact contraire de ce qu'il prétend être. Plus grande efficacité pour traiter les « dossiers » ? Les élus cumulards, faute de temps, ne peuvent assurer au mieux « le service minimum » qu'en s'entourant de staffs démesurés et en laissant la bride sur le cou aux administrations. « Lien avec le terrain » ? Comme disent les Motivé-e-s : « Il faut du temps pour la démocratie ».

       

Rares sont les médias qui ne jouent pas le jeu.Rares sont les médias qui ne jouent pas le jeu.
       

        Les politiques professionnels ne se contentent pas d'amasser le maximum de mandats possible, ils « trustent » également une quantité hallucinante de fonctions de représentations. Ainsi peut-on lire sur l'adresse Internet de Roselyne Bachelot à l'Assemblée nationale que celle-ci, en plus d'être députée, vice-présidente de son conseil régional et conseillère municipale d'Angers, participe (trois présidences et quatre vice-présidences à à pas moins de douze associations et organismes se préoccupant de droits des femmes, de bioéthique, de l'Irak, de la Syrie, des handicapés, des allocations familiales...

         « Et encore, tout n'y est pas ! » s'exclame Roselyne Bachelot, tout en reconnaissant sans fard la vacuité d'un tel empilement de responsabilités. Opposée au cumul des mandats et au poste de député-maire, elle estime avec lucidité qu'il faut « des lois anticumuls très fortes » car on est contraint dans l'espace politique français de cumuler, « sinon on est en position de faiblesse. »

        Pour Robert Hue, le cumul des mandats « ne peut pas se dissocier du mode de scrutin majoritaire, qui engendre la recherche permanente d'une assise locale pour pouvoir accéder à une fonction nationale ». Alors comment faire ? « Il faut qu'il y ait égalité de traitement, non cumul partout, parce que si certains cumulent et vous pas, vous êtes en infériorité pour défendre votre point de vue, mais aussi pour défendre la cause des gens que vous représentez. Rien n'est pire dans cette affaire que la demi-mesure » renchérit Marie-Noëlle Lienneman. « Sauf qu'on est dans un pays où on n'a pas voulu aller jusqu'au bout, et la limitation du cumul des mandats ne sera pertinente qu'avec un vrai statut de l'élu, avec lequel il pourra choisir entre deux mandats en toute connaissance de cause » s'énerve de son côté Noël Mamère.

        Ce « vrai statut de l'élu » est aussi un serpent de mer. La faute en incombe d'abord aux partis politiques et aux élus eux-mêmes, en tout cas à ces deux milles qui tiennent le haut du pavé des institutions et qui auraient les moyens de poser et de régler un problème d'autant plus brûlant qu'il touche à l'essence de la démocratie : la possibilité pour tout citoyen d'assurer une tâche de représentation publique.

       

Le cumul des mandats est la clé de voute du système et de la professionnalisation de la politique.Le cumul des mandats est la clé de voute du système et de la professionnalisation de la politique.

 

 

Ce qui suppose l'interdiction du cumul de tout mandat exécutif. On en est à des années lumières, dans un système accaparé massivement par des énarques nés avec une petite cuillère en argent dans la bouche. L'oligarchie se mord la queue : comment, dans un contexte de défiance généralisée à la l'égard de la représentation politique, ses principaux acteurs peuvent-ils avancer sans complexe sur un terrain propice à tous les procès d'intention ?

        Arnaud Montebourg, un des quelques « zozos » de l'Assemblée stigmatisés par son président, insiste : « Lorsque nous aurons réglé le problème du cumuls des mandats, la fragilisation des élus dera telle que les carrières seront plus courtes, et ce sera tant mieux. Je suis pour les CDD (contrats à durée déterminée) et la précarisation des fonctions, qui sont le lot commun de nos concitoyens. »

 

     

Le pouvoir à durée indéterminée

 

        « Je ne suis pas pour la limitation du mandat dans le temps. Il y a des hommes de cinquante ans qui sont très vieux et des hommes de soixante-dix ans qui sont très jeunes, affirme avec enthousiasme Raymond Forni. Ainsi, hier, j'étais au perchoir et, sous mon regard, il y avait Charles Herman, député des Alpes-Maritimes, doyen de l'Assemblée avec ses quatre-vingt-dix ans. C'est un type extraordinaire. Il fait Nice-Paris, Paris-Nice, moi je suis baba. C'est un type formidable. Intellectuellement, c'est une belle mécanique, alors que je connais des types ringards de trente ou trente-cinq ans. »

        Le président de l'Assemblée n'a pas à s'inquiéter d'un jeunisme démagogique avec une hémicycle ou cent quatre-vingt-douze députés sont âgés de soixante ans et plus (sur cinq cent soixante-dix-sept) et où siègent seulement vingt-trois élus de quarante ans et moins. À une époque où l'âge de cinquante ans sonne souvent le glas de la carrière des salariés lorsque ceux-ci ont la malchance de perdre leur emploi, fournissant ainsi le gros des troupes de chômeurs de longue durée, les élus du peuple peuvent s'épargner toute réflexion sérieuse sur la gérontocratie républicaine.

       

L&quot;école publique, la cible permanente de l&#039;oligarchie. On se souvient encore de Claude Allègre et de son « Mammouth » !...L"école publique, la cible permanente de l'oligarchie. On se souvient encore de Claude Allègre et de son « Mammouth » !...
       

        « C'est une réflexion que nous devons avoir entre nous. Est-ce que l'âge limite d'un élu est de soixante-cinq ans s'il est entré en politique à soixante ans ? À l'électeur de savoir s'il veut voter pour quelqu'un de quatre-vingts ans à notre époque. C'est son choix » considère Françoise de Panafieu. « N'allons pas au devant de ce que nous croyons être la sagesse du peuple ! » renchérit Jean-Paul Delevoye. Michèle Alliot-Marie, elle, estime « qu'en définitive, c'est à chacun de fixer ses propres limites, et qu'il faut arrêter de trop réglementer », tandis que Jack Lang botte en touche en proposant de « s'en tenir à un principe simple et compréhensible qui consiste notamment à égaliser la durée des mandats, quels qu'ils soient ». Georges Sarre, à sa manière, clôt le débat : « À chaque fois, je suis mieux réélu que la précédente. » Le vice-président de Mouvement des citoyens exprime tout haut la logique dominante. te.

        « Il n'est pas normal qu'on soit maire ou député pendant trois mandats » estime Dominique Voynet. « Il faut limiter dans le temps l'accumulation des mandats. Des situations comme celle de Chaban Delmas, quarante-sept ans maire de Bordeaux, c'est une république bananière, ça ! » s'écrie Noël Mamère. À la veille d'être réélu maire de Bègles, il précisait : « Je vais me présenter pour un troisième mandat mais, dans ma tête, c'est clair, inéluctable et irréversible, je n'en ferai pas plus de trois. Dix-huit ans sont largement suffisants, et peuvent être réduits à douze ans, voire à dix ans... » À vingt ans selon Robert Pandraud, qui tire sa révérence après quinze ans de carrière. « Deux mandats maximum ? » s'interroge Salah Amokrane. « Deux mandats, ça suffit ! » tranche Luc Gwiazdzinski.

 

     

Le mariage honteux

du fric et du pouvoir

 

        « Quelqu'un qui a pour profession d'être élu, au bout d'un moment est bien obligé de se questionner sur ses besoins alimentaires. Un maire d'une commune de plus de dix-mille habitants ne gagne pas plus de dix mille francs, et va cumuler pour avoir un salaire. Il ne s'agit pas de tout mettre sur le dos des élus, estime Salah Amokrane, il y a une réflexion globale à avoir, et c'est dommage qu'on l'ait ratée (au moment du référendum de septembre 2010). J'espère que d'autres occasions vont se présenter, et qu'on mettra la pression pour que certaines réflexions soient engagées. »

        Noël Mamère explique : « Dans une comme comme la mienne, Bègles, Vingt-trois-mille habitants, la majorité du conseil municipal est composée de vingt-sept élus (dix adjoints, dix-sept conseillers municipaux). Il n'y a que le maire et les adjoints qui bénéficient d'une indemnité, dérisoire, de six mille cinq cent franc par mois. Quant aux conseillers municipaux, il reçoivent zéro francs zéro centime. Ce n'est pas acceptable parce qu'un petit artisan, un salarié ou un cadre moyen qui va vouloir s'engager dans la vie publique, ce qui est louable et nécessaire, ne franchira pas le pas parce qu'il va être fragilisé dans son métier. »

       

Occupation d&#039;une ANPE par des chômeurs. Un mode d&#039;action qui a fait ses preuves, malgré la répression.Occupation d'une ANPE par des chômeurs. Un mode d'action qui a fait ses preuves, malgré la répression.
       

        Tabous des tabous, la rémunération des élus est l'objet de toutes les spéculations de la part des français, qui, « les affaires » aidant, se font souvent des idées sur une réalité qui n'a rien de scandaleux. On ne peut que suivre Dominique Voynet lorsqu'elle plaide pour « plus de transparence et pour l'affichage des revenus que tirent les élus de leurs fonctions, de leurs responsabilités annexes (conseils d'administration, syndicats et offices divers), ainsi que des avantages en nature (appartements, voyages...). Mais ce qui vaut pour les élus vaut aussi pour les fonctionnaires, les journalistes, les chefs d'entreprises... »

        Suffit-il, comme le fait Jean-Paul Delevoye, de sanctifier « l'investissement d'une personne ou d'une équipe pour une commune qui doit être un coup de cœur, une passion, mais pas un intérêt matériel » ? À l'évidence, la question de l'indemnisation des élus exige une remise à plat. Comment comprendre que l'indemnisation des maires soit proportionnelle à la taille de leur ville ? Comment admettre que certains élus soient correctement indemnisés et d'autres mal, voire pas du tout ?

        « Ce qu'il faut viser, c'est la décence » répond Jack Lang, qui, à l'instar de Michèle Alliot-Marie, prend sans doute son cas et celui des autres énarques pour une généralité, évoquant « les salaires pour le moins mirobolants que les hommes et le femmes politiques pourraient gagner s'ils rejoignaient des entreprises privées ». Robert Hue distingue ceux qui doivent être correctement indemnisés pour ne pas être pénalisés par l'exercice d'un mandat, et les « grands patrons », qui ne peuvent pas demander à la République un million de francs par mois ».

        Noël Mamère touche du doigt le nœud du problème : « On est en pleine tartufferie. Les Français ne veulent pas payer le prix de la démocratie, mais ils sont d'accord pour que les élus soient responsables de tout, y compris de ce qui n'est pas de leur responsabilité. Les Français leur demandent d'être disponibles, taillables et corvéables à merci mais, lorsqu'il s'agit de les rétribuer, là, ils ne veulent plus en entendre parler. Nous sommes au cœur du vieux complexe judéo-chrétien : le mariage du fric et du pouvoir ».

       

Faut-il attendre un Périclès ?Faut-il attendre un Périclès ?

 

        À qui la faute, peut-on se demander quand on entend François Fillon, conseiller politique du RPR, annoncer une « nouvelle offre politique » ? un vocabulaire de directeur de supermarché, de plus en plus répandu, qui assimile les citoyens à des consommateurs. Signe des temps, Robert Hue, lui aussi, constatant l'érosion de son parti, parle « d'offre pas suffisamment pertinente ».

 

    

Pas de statut pour les élus

 

        Tandis que le marketing politique bat son plein, nombre de recalés aux élections municipales, qui n'avaient pas pu ou voulu assurer leurs arrières avec quelque cumul, se trouvent confrontés à leur difficiles reclassement professionnel. « Sans doute faudrait-il imaginer un programme de réinsertion plus complet, plus suivi, et qui permette de mieux valoriser l'expérience très singulière et très riche qu'est la détention d'un mandat » affirme Jack Lang. Régénérer la politique exige d'ouvrir les fonctions de représentation à tous. Encore faudrait-il que pour le plus grand nombre, qui ne fait pas carrière, élection ne soit pas synonyme de chômage et de galère lorsqu'il faut revenir à « la vie normale ».

        « Moi, j'en suis à ma troisième législature et je vais avoir quarante-six ans dans quelques semaines, raconte Julien Dray (porte-parole de la Gauche socialiste). La question que je me pose, je ne l'ai pas tranchée : je fais encore un autre mandat ou je m'arrête ? Mais, à quarante-six ans, aller chercher du boulot, ce n'est pas simple. Surtout quand vous avez été député pendant quinze ans, de surcroît une grande gueule. Il n'y a pas grand monde qui a envie de vous voir venir, même vos copains à la limite. Ils sont prêts à vous dire : “Bon, d'accord, je te file un salaire dans la boite, mais tu ne vas pas t'occuper de la boite...” »

        « L'accès à la politique est inégalitaire, explique Vanessa Schneider. Elle privilégie en effet ceux qui disposent d'une fortune personnelles ou bien les fonctionnaires, les retraités, les inactifs. Les fonctionnaires sont particulièrement chanceux puisqu'ils sont assurés de retrouver leur emploi après une mise en disponibilité, et qu'ils conservent leur avancement pendant la durée de leur mandat. » « Le statut de l'élu local, voilà la réponse. Mais c'est l'arlésienne ! Des choses existent, mais catégorie par catégorie, de façon trop dispersée » s'indigne Dominique Voynet.

      

La tenacité exemplaire des travailleurs sans-papiers. La tenacité exemplaire des travailleurs sans-papiers.
        

        Si la démocratie française attend encore son Périclès, elle dispose par contre d'une nomenklatura qui a des idées : « Nous avons au RPR une proposition très simple, explique Michèle Alliot-Marie. Il y a chaque année des milliers, voire des dizaines de milliers de postes de haut fonctionnaire disponible, soit parce qu'ils sont créés, soit parce qu'ils sont libérés par des départs à la retraite. On peut régler le problème des élus, surtout des élus nationaux et régionaux venant du privé, en leur offrant ces places. Il s'agit un peu, comme la troisième voie à l'ENA, d'un voie particulière pour accéder à la fonction publique. Tout le monde y gagnerait parce que l' élu est quelqu'un qui a perçu les problèmes des citoyens et qui s'est battu avec l'administration. S'il entre dans celle-ci, il aura peut-être un regard plus ouvert. » « Trop d'État ! », « Trop de fonctionnaires ! », « Trop de réglementation ! » clame-t-on pourtant, avec d'autres, au RPR...

        « Je crois qu'il faut permettre aux élus qui ont une expérience de pouvoir intégrer des fonctions nouvelles dans la vie institutionnelle du pays, notamment dans la haute administration, bien sûr » affirme Robert Hue, qui plaide aussi pour « des droits nouveau » qui permettraient aux « citoyens-salariés » d'être équitablement représentés dans la vie publique.

 

    Une profession par défaut

 

        « Je ne suis pas un professionnel de la politique et je ne veux surtout pas le devenir. C'est une maladie de considérer la politique comme une profession » affirme Salah Amokrane : « On dit aux élus qui continuent à travailler : “Vous ne vous consacrez pas à plein temps à votre mandat”, et, du coup, on les isole de la société. Quant à ceux qui sont à l'abri du besoin, comme les députés, qui ont des indemnités substantielles, on voudrait qu'ils gardent un pied dans leur profession, ce qui est difficile » explique Arnaud Montebourg, qui se voit, dans dix ans, «avocat et heureux d'avoir essayé de faire avancer des choses et travaillé au destin de son pays. » Rendez-vous est pris.

        « Oui ou non, la politique est-elle une profession ? » avons-nous demandé à nos interlocuteurs. « Oui et non » répond Dominique Voynet : « Comment un député ou le maire d'une ville de deux cent mille habitants pourraient faire autrement que de se consacrer entièrement à ses mandats ? Ceux-ci exigent un apprentissage, une formation et la maîtrise d'un certain nombre de savoirs-faire que l'on peut qualifier de professionnels. »

        Selon Michèle Alliot-Marie, « l'exigence est devenue telle qu'une certaine professionnalisation, mais au sens technique du terme, pas au sens de carrière, est devenue indispensable. » « je suis un politicien professionnel » revendique avec fierté Roselyne Bachelot. « Un politique est un professionnel au sens le plus noble du terme renchérit sans complexe Françoise de Panafieu. N'importe qui ne se lance pas dans la politique. D'abord, c'est une vocation, ensuite, c'est une profession. Ce n'est pas du tout quelque chose qu'on fait comme ça, de cinq à sept, parce qu'on a un peu de temps libre. » Marie-Noêlle Lienneman constate sans enthousiasme que la « professionnalisation est un peu inéluctable. Elle existe partout, en Europe et dans le monde. »

La démocratie grecque tirait au sort ses représentants. Et pourquoi pas nous ?La démocratie grecque tirait au sort ses représentants. Et pourquoi pas nous ?

       

        Chez les hommes, Georges Sarre se distingue en scandant que « la politique est tout sauf un métier. C'est dur, c'est sportif, c'est une passion », déclame-t-il, celle à laquelle il s'adonne depuis trente ans... Et de préciser son propos : « La société est devenue complexe, on ne peut plus raisonner seulement dans le cadre local, national voire même européen. (...) Ça demande un travail énorme. Je considère que nous devrions avoir un nombre important de collaborateurs, avec un contrôle, une obligation de résultat. Comment voulez vous fonctionner si on ne vous en donne pas les moyens ? » L'ambiguïté est absolue pour Gérard Longuet qui relève qu' « il est manifestement indispensable pour exercer un mandat d'avoir à la fois une disponibilité et une compétence qui évoque l'idée de professionnalisation, alors que rien dans le statut démocratique ne le permet ».

Pédagogue, Jack Lang explique que « posée de la sorte, aussi abruptement, cette question ( la politique est-elle une profession ?) n'appelle qu'une réponse négative. La politique ne saurait donc être une profession au sens d'une activité codifiée et rémunérée selon les règles du salariat. En revanche, dit-t-il, il n'est pas faux de considérer que, la complexité du monde et de sa maîtrise étant croissante, le métier d'homme politique nécessite des engagements à temps pleins et quasi exclusifs. » Et le secrétaire général du parti communiste de conclure : « La carrière politique est la pire des choses. Elle a conduit à une terrible technocratie froide et à une bureaucratie coupée d'une partie de la réalité quotidienne ».

 

      Ni temps ni moyens

      pour les citoyens

 

« La politique doit rester un engagement , insiste Luc Gwiazdzinski <candidat sur une liste citoyenne aux élections municipales de 2010> Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de compétences à acquérir, mais c'est de formation citoyenne dont il s'agit. Sans doute faut il un peu de temps quand on est élu pour comprendre le fonctionnement des institutions. » La loi sur les 35 heures a engendré sa kyrielle d'études et de sondages sur l'usage que font les Français concernés de leur temps libre. Significativement, les questions posées détaillent dans le menu une palette de loisirs imprégnés d'une forte odeur consumériste. Ces enquêtes font parfois allusion à « la vie associative », mais il n'y est jamais question d'engagement politique.

Pour Annah Arendt, la politique suppose que les citoyens soient dans des conditions matérielles leur permettant d&#039;y participer.Pour Annah Arendt, la politique suppose que les citoyens soient dans des conditions matérielles leur permettant d'y participer.

 

« La politique doit rester un engagement », certes, mais est-ce possible si les citoyens n'ont pas, dans leur grande majorité, le temps ni les moyens de participer à la vie de la cité ? Une question cruellement absente des positions des syndicats et des partis au moment du débat sur la loi Aubry... Faut-il aller plus loin s'interrogeait dernièrement l'Express (5) ? : « 32 heures, c'est encore beaucoup trop. Aujourd'hui, un faible pourcentage de la population travaille beaucoup. Il faut faire en sorte d'aboutir à la situation inverse : que le plus grand nombre ait un emploi, mais travaille en moyenne beaucoup moins. » Qui parle ainsi ? C'est Christian Boiron, le PDG des Laboratoires du même nom !...

Le politique « commence (...) précisément là où le domaine des nécessités matérielles et celui de la force physique cessent » a écrit Annah Arendt (6) et c'est bien ce qu'avait compris l'Athènes classique, qui a inventé la démocratie occidentale, en considérant qu'être citoyen c'était être libre et qu'être libre supposait de ne pas travailler. Cependant, comme l'écrit François-Nicolas Agel (7), « le projet démocratique serait resté un vœu pieux si seuls les citoyens oisifs avaient de fait décidé du destin de la cité. Tout citoyen se voyait bien reconnaître ce pouvoir, mais, pour ceux qui travaillaient, son exercice était un luxe. Périclès comprit, en fin politique, que pour qu'une majorité d'entre eux puisse assister aux séances délibératives (lieu de la démocratie directe où tous les citoyens participaient aux prises de décisions), il leur fallait compenser la perte d'une journée de travail (...) en rétribuant les fonctions publiques », rendant ainsi le « métier » de citoyen possible.

La France compte quatre millions de personnes vivant en dessous du « seuil de pauvreté » <en 2008, entre 4,3 et 7,8 millions de pauvres selon la définition adoptée...>. Des millions d'autres voient leur vie ravagée par une précarité inversement proportionnelle à « la baisse du chômage » dont se flattent les gouvernants. Combien de salariés reviennent chaque jour du travail épuisés, déprimés et incapables de faire autre chose que de se planter devant leur télé ? Comment imaginer un renouveau démocratique tant que les entreprises resteront pour la plupart des lieux de non-droit et sans que, d'une manière ou d'une autre (les idées ne manquent pas, ni ceux qui y réfléchissent dans « la société civile »), soit établi un revenu minimum de citoyenneté ?

L&#039;emploi, huile-collages 2008, JPAL'emploi, huile-collages 2008, JPA

 

Monarchie républicaine

et élites consanguines

 

« La provenance des élus est très diversifiée, on ne peut pas dire qu'une classe ou une caste se soit appropriée la politique », affirme sans sourciller Françoise de Panafieu. Une étude réalisée en 1995 révélait que seulement 9 % des élèves de l'Ena, Polytechnique, Normale Sup et de Centrale viennent des milieux populaires (contre 29 % en 1950) (8) . Un système où, comme l'écrivait le philosophe et psychanalyste Cornélius Castoriadis, « la sélection des plus aptes est la sélection des plus aptes à se faire sélectionner » (9).

« Nous sommes dans une monarchie républicaine qui a ses élites et ses privilégiés, qui ne sont pas simplement des politiques d'ailleurs, qui sont aussi des grands corps d'état, des hauts fonctionnaires, présents dans de nombreuses institutions qu'ils contribuent à verrouiller », explique Noël Mamère. « La haute technocratie française, notamment à Bercy, est très inspirée de l'idéologie libérale, dénonce Marie-Noëlle Lienneman. Pourtant, ils sont confortablement installés dans des fauteuils, leur éducation payée par l'État, mais ils ne défendent plus l'intérêt général. »

Concrètement, « quand vous êtesdans l'hémicycle et qu'un amendement est proposé par l'opposition, comme par la majorité d'ailleurs, raconte Michèle Alliot-Marie, vous voyez immédiatement le fonctionnaire qui est derrière le ministre et qui se penche vers lui pour lui expliquer qu'il ne faut surtout pas accepter cet amendement car ça risquerait de modifier l'équilibre général du texte. C'est la même formule pour tous les ministres et dans tous les ministères. » Une « substitution à la légitimité de l'Assemblée nationale » à laquelle la présidente du RPR oppose « la volonté et l'intelligence ».

Est-ce suffisant ? Manifestement non, surtout quand on connaît la « consanguinité des élites » en France, où les princes de la politique, de l'administration, de la justice, des affaires, des médias et de la publicité s'affrontent à la marge pour mieux s'unir sur l'essentiel : la préservation de leurs privilèges. « Les ressources humaines dans la population sont bien supérieures à ce qu'elles étaient dans le passé, constate le sociologue Jean-Pierre Worms. Le niveau d'éducation est très élevé. Il y a un intérêt pour la chose publique qui n'est pas reconnu et n'est pas mobilisé. On hérite d'un système de démocratie représentative issu du XIXe siècle où la majorité des gens était illettrée. C'était logique à l'époque qu'une élite représente l'intérêt général. » (10) Aujourd'hui, comme le dit Luc Gwiadzinsky : « On en a assez des gens qui pensent à la place des autres ! »

Dessin de Plantu.Dessin de Plantu.

 

« Le roi est mort, vive le roi !»

 

« Pour moi, il n'est pas question de conforter les trônes. Moi les trônes je les renverse ! », s'emporte Arnaud Montebourg. « Je pense que Monsieur Montebourg n'est pas un républicain », rétorque Michèle Alliot-Marie. Pas touche à la fonction présidentielle ! C'est ainsi que Jacques Chirac, premier personnage de l'État, mis en cause dans des scandales politico financiers de type mafieux, bénéficie d'une garde rapprochée qui va de son propre camp au Premier ministre socialiste. Une collusion politicienne qui n'est certainement pas faite pour redorer le blason de la politique. « Chirac, en prison ! » criaient des militants d'AC ! (Agir ensemble contre le chômage!) lors du déplacement à Caen du chef de l'État, le 5 avril dernier. L'enjeu est considérable dans une Ve République où toute la vie publique est conditionnée, depuis 1962, pas l'élection d'un homme à la tête de l'État.

Gérard Longuet décrit le cercle infernal qui en résulte : « Captée par le système présidentiel, la vie politique a vidé les partis de leur rôle. La crise du militantisme est la conséquence très logique de ce que les parlementaires ont moins de pouvoir et que les partis qui peuvent contribuer à les faire élire n'en ont plus non plus. Imaginez un match de foot dont le résultat serait décidé à la Ligue, il n'y aurait personne dans les tribunes ! ».

Pour Arnaud Montebourg, « les gouvernements se sont tous recentrés sous l'effet de l'élection au suffrage universel du Président de la République. En vérité, la bataille se gagne au centre et non sur ses propres convictions. Ce sont les cent mille électeurs centraux qui font la victoire ou la défaite et c'est ceux-là qu'on cherche à conquérir. C'est pour ça que tous les candidats se ressemblent et que le débat n'est plus qu'un débat de personnes, un concours de belles gueules. Mon analyse est que, sur le plan institutionnel, cette élection est dangereuse pour la démocratie ». Prophétique, le député pamphlétaire de La machine à trahir (11), estime qu' « en redevenant le père des scrutins et la mère des batailles, l'élection présidentielle va remettre en question toute la logique jospiniste qui était une logique d'orientation politique et qui va redevenir une logique affectivo personnelle ».

C&#039;était en 1974, six ans après Mai 68...C'était en 1974, six ans après Mai 68...

 

Toutes les forces politiques sont contraintes de se plier à cette logique. Même Noël Mamère, peu suspect de complaisance à l'égard de l'actuel chef de l'État, explique ainsi le sens de son éventuelle candidature à la présidentielle : « Tant que le système sera ainsi - je pense d'ailleurs que c'est une bonne chose que le Président soit élu au suffrage universel - les Verts doivent être présents dans ce débat puisque c'est un moment important dans la vie politique française pour diffuser nos idées. Si nous faisons un score qui nous permet de démontrer que nous sommes la deuxième force politique de la gauche, ça devrait changer le rapport avec le PS. ». La Ve République est-elle soluble dans les Verts ? Dominique Voynet répond qu' « elle ne sait pas, mais qu'en tout cas elle est usée. La liste est longue des réformes à entreprendre, au total, c'est plus qu'un toilettage qu'il faut, c'est une VIe république ».

 

Godillots et parlement croupion

 

« L'État aujourd'hui, qu'on le regrette ou non, n'est plus le lieu où se décident les choix économiques et les choix réels de la société », martèle José Bové. « Faut-il fermer l'Assemblée nationale et le Sénat ? demande, provocateur, Georges Sarre qui ne décolère pas contre une « Commission européenne composée de gens nommés par la grâce du prince, qui servent le libéralisme et édictent 50 % des lois qui nous régissent, bientôt 80 % ! Les parlementaires et les ministres se laissent dessaisir de ce qui fait leur rôle, leur mandat. ».

« La première urgence c'est de redonner au parlement un vrai pouvoir, d'affaiblir le réglementaire et de renforcer le législatif », affirme Marie-Noëlle Lienneman. « Pas besoin de réformer l'institution, si chaque parlementaire comprend son intérêt et que le président porte l'image de l'Assemblée à l'extérieur », coupe court Raymond Forni <président socialiste de l'Assemblée nationale de 2000 à 2002, décédé en 2088> qui, droit dans ses bottes, en profite pour régler leur compte à ses « zozos », comme il les appelle : « Ne confondons pas la liberté et l'indiscipline. La liberté des députés s'arrête là où commence l'application d'une décision collective. Quand on est dans un groupe, il faut un minimum de solidarité et donc de discipline sinon c'est le foutoir. D'ailleurs, entre nous, je ne citerai pas de nom, mais, y compris à l'intérieur du PS, il y en a qui s'affranchissent de la discipline avec beaucoup d'allégresse et qui s'expriment à tort et à travers, parfois sur tous les sujets, y compris ceux qu'ils ne connaissent pas.  » A quand le mitard pour les députés indociles ?

La rupture, collage et huile, JPA 2005 2005.La rupture, collage et huile, JPA 2005 2005.

 

Comme le rapporte Vanessa Schneider, nombre de députés désespèrent de leur rôle, comme Bernard Bosson (UDF) pour qui l'exercice de son mandat est « comme le permis de chasse, ça permet de rencontrer des gens intéressants, de parler avec des journalistes, d'aller à Paris » (3). « Etre député aujourd'hui, ça veut dire quoi, interroge Noël Mamère, dans un parlement croupion dont 98 % de l'agenda est déterminé par le gouvernement, dans lequel on est réduit au statut de niche parlementaire pour faire des propositions de loi ? Il faut que le parlement retrouve ses pouvoirs d'initiative et de contrôle. On est en train de faire tout le contraire puisque c'est Jospin lui même qui a proposé d'inverser le calendrier, renforçant cette dérive de la Ve République qui fait du Président de la République l'axe des institutions. »

Retour à la case départ, en quelque sorte, c'est à dire à des institutions foncièrement antidémocratiques qui, sur le modèle de l'Ancien régime, ne fonctionnent que de haut en bas. François Mitterrand avait fait le tour du sujet dans son pamphlet sur Le coup d'État permanent. Presque quarante ans plus tard, un autre avocat, Arnaud Montebourg, dénonce « un système qui détruit la crédibilité de la démocratie et de son fonctionnement, un système de confiscation oligarchique du pouvoir. Il faut quelques réformes simples, que certains appellent un changement de régime, et que moi j'appelle une République nouvelle (....). Nous aurions pu le faire depuis 1997 mais l'attrait du pouvoir est souvent plus fort que le désir de le partager. C'est un choix nécessaire et salutaire qui doit nous amener à réfléchir à l'absolutisme présidentiel, à ses excès et à ses abus. »

 

Élections : la loi du plus fort

 

« On peut le faire dans ce cadre électoral, sauf s'agissant du Sénat qui est une imposture. Je ne parle pas dans mon livre car ça m'aurait mis trop en colère », tranche Arnaud Montebourg qui invite les citoyens à « s'organiser pour obliger les partis à évoluer, sans douter que ceux-ci vont prendre en compte cette aspiration. Ça viendra tôt ou tard, il y aura une relève de gens qui seront imprégnés de ces idées et qui mettront en difficulté les caciques  ».

Sans commentaires.Sans commentaires.

 

Aux prochaines législatives, l'actuel scrutin majoritaire va, une fois de plus, contraindre les citoyens à se contenter de témoigner de leurs convictions et de leurs préférences au premier tour, pour, au deuxième tour, décisif, se retrouver mis en demeure de choisir « le moins pire ». Combien seront-ils à rejoindre les 396 926 électeurs Parisiens (sur 1 015 644), les 8952 Belfortins (sur 22 277) ou encore les 85 799 Toulousains (sur 204 979) qui se sont abstenus au premier tour des municipales ?...

« Je ne suis pas un fanatique de la proportionnelle. Il y a peut être des doses à distiller ici ou là... Ceux qui la revendiquent sont ceux qui sont incapables de se faire élire dans les conditions d'un scrutin majoritaire », affirme Raymond Forni qui justifie ainsi la loi du plus fort dans son « droit » d'écraser les minorités. « La proportionnelle résout moins de problèmes qu'elle n'en crée. Je suis opposé à la proportionnelle intégrale car elle a permis la confiscation du suffrage par des alliances contre nature », justifie Georges Sarre.

Avec la proportionnelle, « il devient plus important de faire des ronds de jambe auprès des huiles des partis pour qu'ils vous repèrent plutôt que d'être sur le terrain à être repéré par vos électeurs. », explique Françoise de Panafieu qui, mitigée, regrette en même temps que « le manque de proportionnelle défavorise les petits partis qui ont le droit de s'exprimer et peuvent avoir des messages aussi importants que les grands ». Prudemment, Gérard Longuet ne serait pas contre « un mode de scrutin qui fasse une large part à la proportionnelle à l'Allemande (12) pour qu'il y ait, à côté des élus du terroir, des élus des convictions ».

Dominique Voynet fustige l'hypocrisie du système en dénonçant « le diktat des partis » qui fonctionne déjà aujourd'hui comme « le diktat de la direction des grands partis  ». Quant à la proportionnelle, la ministre de l'environnement a la conviction qu' « on est pas obligé d'en avoir une vision bête et dogmatique. On peut être favorable à une dose de proportionnelle pour une meilleure représentation de l'opinion ou une ouverture de la classe politique, tout en assurant des majorités stables. Il y a des tas de modes de scrutins mixtes qui le permettent ».

Manifestation pour les retraites à Marseille. 8 millions de personnes sont descendues dans la rue à la rentrée 2010.Manifestation pour les retraites à Marseille. 8 millions de personnes sont descendues dans la rue à la rentrée 2010.

       

 C'est le cas actuellement aux élections municipales, même si « sa part majoritaire devrait être réduite », selon Jean-Paul Delevoye qui va dans le sens de Roselyne Bachelot qui enrage contre un mode de scrutin qui engendre « un système monarchique municipal qui écrase les minorités ! ». Partisan de la proportionnelle à quasiment toutes les élections, Robert Hue plaide que « c'est le seul moyen pour que nous n'entrions pas dans une démocratie de type américain avec une bipolarisation qui fait que, comme on a besoin de regroupement au second tour, et bien on les imagine dès le premier tour et on tue toute émergence de parti politique nouveau. »

Si la majorité des hommes politiques français ne peut raisonnablement nier les déviances antidémocratiques engendrées par le scrutin majoritaire, leur imagination pour y remédier s'arrête là où commence leur intérêt immédiat. Et comme la plupart dépendent du « diktat de la direction des grands partis » pour leurs investitures... Quant à l'Europe, ses députés, élus à la proportionnelle intégrale, voient l'essentiel de leurs pouvoirs confisqués par les technocrates d'une Commission qui prend le temps de réduire le taux légal du cacao dans le chocolat, quand il s'agit d'anticiper sur les désirs souverains des marchés et de la Banque européenne.

 

      Oligarchie communiquante

      et démocratie participative

 

« Les citoyens avaient l'habitude de se mouvoir dans l'espace politique à travers des fractures et des combats idéologiques clairs. Il faut maintenant les réintégrer par la gestion participative grâce à la démocratie locale », estime Roselyne Bachelot qui considère que « les enjeux nationaux (l'économie, la défense...) sont trop compliqués. Ils exigent une culture, une pratique auxquels on ne peut pas accéder comme ça au premier abord. Il faut toute une éducation pour le faire, toute une formation... ». Roselyne Bachelot vante les « méthodes de management participatives qui se sont surtout développées dans les entreprises car celles-ci ont évidemment d'abord la notion et le souci de leur rentabilité et de leur efficacité ». Il faut, dit-elle, que « les élus développent des méthodes heuristiques (selon le Petit Robert : « méthode consistant à faire découvrir à l'élève ce qu'on veut lui enseigner ») et pédagogiques vers les citoyens ».

La « démocratie participative », le dada bidon des représentants.La « démocratie participative », le dada bidon des représentants.

       

Concrètement, « la première des choses c'est d'assurer une meilleure participation », affirme Michèle Alliot-Marie qui illustre son propos en donnant en exemple la ville dont elle est maire, Saint-Jean-de-Luz, avec « son conseil municipal des 15-25 ans, son conseil des sages des plus de 65 ans (à l'instar du XIe arrondissement, à Paris, à l'initiative de son maire, Georges Sarre), ses réunions de quartier. » Michel Delevoye estime que « la question qui est posée est celle de la culture du management, de la conduite du pouvoir. Nous allons entrer dans une ère de l'humilité du politique, qui n'est plus identifié à la rétention du savoir. Il va s'agir d'organiser le débat de ceux et celles qui savent ».

Reste, dans cette optique, à repérer « les détenteurs du savoir » car, comme le remarque Luc Gwiardzinski, « le problème, c'est que les élus sont entourés de gens dont la carrière dépend que de leur capacité à les séparer du réel. Soit ils vont se prendre pour le vizir à la place du vizir (c'est le syndrome Iznogood), soit il vont se planter avec leur élu ». Et Robert Pandraud de confirmer qu' « on en est arrivé à créer de multiples fonctions publiques ou assimilées qui coûtent cher et engendrent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent ».

Robert Hue, qui plaide pour la démocratie directe, considère qu'elle devrait avoir des lieux spécifiques et des prolongements institutionnels, « par exemple en généralisant un certain nombre de consultation référendaires, y compris au niveau des collectivités locales et régionales ». Une proposition avancée par d'autres interlocuteurs de cette enquête.

Il faut du temps pour être citoyen-ne. Il faut du temps pour être citoyen-ne.

      

Salah Amokrane n'apprécie pas le terme de « démocratie participative » qu'il juge assez galvaudé, car « bien souvent la démocratie représentative se donne bonne conscience en mettant en place des outils instrumentalisés ». Il considère qu'elle ne doit pas seulement concerner « des initiatives de la commune, mais plutôt, en premier lieu, le soutien à ce qui existe (comités de quartiers, associations thématiques...) pour mettre en place un système allant vers une réelle autonomie des acteurs (culturels, sociaux...) des quartiers ». Enfin, ajoute le porte parole des Motivé-e-s, se souvenant des vingt ans d'action associative qui ont précédé leur irruption électorale, il faut « être pragmatique, il y a une version idéale des choses, certes, mais, avant d'en arriver là, il y a tout un travail à faire. La démocratie, ça prend du temps ».

Courrier International se faisait récemment l'écho d'un article paru dans le quotidien espagnol El Païs sur la démocratie participative dans la ville de Porto Alègre, au Brésil (13) : « L'idée est aussi simple que révolutionnaire : faire participer directement les habitants, par l'intermédiaire d'organismes, à l'élaboration du budget de la ville et donc au choix des priorités politiques (...). En 1989, seules 403 personnes avaient participé au débat sur le budget. Dix ans plus tard, elles étaient 20 000, sur 1,3 millions d'habitants. »

L'article braquait ses projecteurs sur Rubi, une ville catalane de 60 000 habitants, où la municipalité, désespérée du taux d'abstention au dernier scrutin municipal où seuls 46 % des électeurs se sont déplacés, a décidé de s'inspirer de l'exemple brésilien. Dans ce but, Nuria Buenaventura, son maire, y est allée pour se faire sa propre idée, tandis que sa municipalité accueillait des représentants de Porto Alegre.

 « L&#039;oligarchie, ce n&#039;est pas la dictature, c&#039;est le gouvernement par le petit nombre des puissants. » « L'oligarchie, ce n'est pas la dictature, c'est le gouvernement par le petit nombre des puissants. »

 

Politique marchande

et marchandise politique

 

 

« Les Français ont la preuve par l'absurde que le système ne peut pas continuer ainsi, comme à Paris où le programme des trois candidats est à l'identique », estime Robert Pandraud qui ne se fait pas faute de remarquer que « la gauche a abandonné certaines de ses options mais ne l'a jamais dit : comment voulez vous que l'électeur le comprenne ? L'électeur qui vote pour un programme est bien persuadé que celui ci ne durera que ce que durent les roses ». Roselyne Bachelot en rajoute encore une couche en se réjouissant de « la défaite idéologique de la gauche (qui) est consommée. Elle s'est ralliée à l'économie de marché. D'une certaine façon, la droite a triomphé sur l'échiquier politique français ». C'est le candidat de la droite, Jacques Chirac, qui a emporté les présidentielles de 1995 grâce à sa prétendue volonté de « réduire la fracture sociale ».

« Depuis Raymond Barre, à la fin des années soixante-dix, les Français ont fait tout ce qu'ils pouvaient pour essayer de sortir de la nasse. En dehors 1982-1983, la “ parenthèse libérale ” n'est toujours pas fermée. Les gens n'ont plus la fibre militante parce que, avec la victoire du libéralisme, ils sont comme des hannetons devant la lumière, ils sont devant la vitre et ils ne peuvent pas aller plus loin », explique Georges Sarre. Roselyne Bachelot pointe le paradoxe de « la persistance de l'État dans le secteur économique » et considère qu' « il y a une véritable influence de la politique sur l'économie ».

Faisant référence à la politique fiscale du gouvernement actuel, Marie-Noëlle Lienneman dénonce la confusion entre « le concept d'intérêt général qui fonde toute la tradition républicaine et permet de trouver un compromis entre des intérêts individuels, souvent jugés contradictoires, et l'intérêt moyen, qui privilégie de fait les classes supérieures (...) à coup de baisse d'impôts dont elles sont les principales bénéficiaires. Il y a de plus en plus de gens qui ne sentent plus défendus », se plaint la nouvelle ministre du logement pour qui « une des crises de la politique et de la démocratie procède du fait que la gauche européenne ne propose plus de projet réformiste alternatif au système dominant.

Affiche pour les 8 heures de la CGT révolutionnaire au début XXe siècle. La RTT semble aujourd&#039;hui passée aux oubliettes.Affiche pour les 8 heures de la CGT révolutionnaire au début XXe siècle. La RTT semble aujourd'hui passée aux oubliettes.

       

Et de conclure : Le système ne réduit pas les inégalités. C'est le grand enjeu : comment y parvenir sans tuer la créativité et l'initiative dans notre pays ? Je pense qu'il y a une possibilité, on l'a vu à Seattle avec José Bové, avec les Français qui défendent leur sécurité sociale au moment du plan Juppé en 1995. On a de la résistance idéologique, et je ne comprends pas que la gauche ne soit pas plus allante à lui donner une incarnation concrète programmatique. »

José Bové, justement, a son idée sur la question. Pour lui, « les politiques subissent des choix économiques et internationaux. Au fur et à mesure, leur discours ne correspond plus qu'à une toute petite partie de ce qu'il est possible de faire ». Sans concession avec le double langage des politiques, le porte parole de la Confédération paysanne les décrit affirmant, d'un côté : « On ne peut rien faire ! », et de l'autre : « Si vous votez pour nous les choses vont changer ! ». Il estime qu' « aujourd'hui il y a une aspiration chez beaucoup de gens à faire de la politique d'une autre façon, à partir de choses concrètes et des besoins mais pas de programmes préétablis, parce que, justement, ils ont déjà vécu cette illusion ».

 

Partis sans militants

et militants sans partis

« Dominés par des logiques d'appareil, les partis ne jouent plus leur rôle de traducteurs des mouvements sociaux et des aspirations citoyennes. Il y a des militants sincères, mais souvent on les entend dire : “ Je suis d'accord avec vous mais je ne peux pas ! », constate Salah Amokrane. Pourtant, insiste Luc Gwiazdzinski, « la mobilisation des citoyens, c'est bien, mais pour mettre tout ça en mouvement, nous croyons encore à l'élu, au rôle du politique qui est aujourd'hui trop loin ».

En une vingtaine d'années les partis se sont vidés de leurs militants et ont abandonné la société à elle-même. Le syndicalisme dit « représentatif » est le grand perdant de cette période. En indépendance : sa faiblesse numérique l'a mis sous la coupe de l'État et du bon vouloir patronal pour financer des directions permanentes éléphantesques. En légitimité : non seulement le syndicalisme institutionnel ne reflète pas la réalité sociale de ceux qu'il prétend représenter, mais, sans rémission, il a perdu son âme en acceptant la division du salariat entre ceux qui ont un emploi et les chômeurs. Les coordinations de salariés qui apparaissent régulièrement depuis le mouvement social de 1986, instruisent le procès de la représentation syndicale institutionnelle tout en cherchant à inventer une autre façon d'agir ensemble. (14)

 

Le patronat, huile-collages, JPA 2008Le patronat, huile-collages, JPA 2008

 

Trois forces de nature très différentes ont profité du vide partidaire : la droite Vichyssoise (FN, MNR et leurs émules...), le patronat et le mouvement social. La première a réussi à s'incruster dans les esprits et les institutions. Le patronat est « engagé dans une véritable bataille politique, au sens premier du terme », à travers le Medef qui « pratique désormais le coup d'état permanent », comme l'analysaient récemment Isabelle Mandraud et Caroline Monnot dans Le Monde économie (15).

La troisième force est composée d'une kyrielle d'associations, de collectifs, et de quelques nouveaux syndicats (16) qui se mobilisent autour de la défense des droits du citoyen. Ils surfent sur le soutien massif de la population à tous les mouvements sociaux qui ne s'est jamais démenti depuis les grèves et manifestations de 1995. A l'inverse des partis et syndicats institutionnels qui campent dans le cercle fermé du « possible », ils déterminent leurs objectifs en fonction de ce qui est nécessaire et urgent.

« On peut dire qu'il y a une forme d'engagement collectif qui est une forme de politique, mais pas au sens traditionnel, un engagement civique plus concret et au plus près de la base », observe José Bové. Le Medef ne s'y trompe pas. Sa tour de guet, l'Union des industries métallurgiques et minières (UIMN), écrivait en juillet 2000 : « Il ne faudrait surtout pas réduire ces “ nouveaux mouvements sociaux ” à une manifestation folklorique. Il s'agit d'une tendance de fond, qui s'affirme, s'organise et surtout qui s'internationalise. Ce mouvement se déroule en dehors des entreprises, mais celles-ci en subiront forcément, à terme, les retombées, et elles ne semblent guère préparées à faire face. » (17)

« Si José Bové était candidat à l'élection présidentielle, je me retirerais aussitôt parce que je pense qu'il me représente très bien, déclare Noël Mamère. Ce serait un aveu d'échec terrible d'aller chercher à l'extérieur d'un parti politique qui se veut tel ». Ilexprime ainsi, pour la regretter, la concurrence croissante entre les partis et des forces issues de la société civile qui les contestent jusque dans leurs chasses gardées.

 

La jeunesse contre le CPE, en 2006. Le gouvernement a alors du céder et remiser son projet de précarisation.La jeunesse contre le CPE, en 2006. Le gouvernement a alors du céder et remiser son projet de précarisation.

       

« Un groupe comme Motivé-e-s souhaitait être dans la liste de gauche au deuxième tour et, en même temps, ne voulait pas participer à l'exécutif. Il y a là une contradiction. Motivé-e-s fait la démonstration qu'à un moment donné il faut que le mouvement social ait un relais politique exécutif », selon Robert Hue. « Les partis politiques ont vocation à envoyer les meilleurs d'entre eux à des fonctions de direction et de représentation. Ce n'est pas l'objet des associations, syndicats et mouvements sociaux, qui sont là pour éclairer les débats, obliger les partis politiques à se saisir de certains problèmes et sensibiliser l'opinion », renchérit Jack Lang. « Ce qui fonde la citoyenneté et le contrat social, c'est le vote et le peuple libre qui choisi librement ses représentants. Il y a toujours eu un partage entre le social et le politique,. L'objet du politique n'est pas d'instrumentaliser le mouvement social, comme souhaite le faire le PCF ». insiste Noël Mamère.

Les relations entre les partis et les militants des mouvements sociaux et citoyens sont emprunts d'une suspicion réciproque. Les premiers se méfient de ces « objets politiques non identifiés » et incontrôlables, tandis que les seconds « craignent la récupération comme la peste,. Ils se mobilisent sur un thème, une action concrète, mais ils refusent de s'engager dans les organisations politiques qui animent ces mouvements », comme le notait Bernard Poulet dans son enquête sur « la gauche de la gauche », en 1997 (18). Réfractaires à « l'encartement », les acteurs des mouvements sociaux et citoyens sont aussi hypersensibles à la privatisation du pouvoir au sein de leurs organisations, lesquelles n'échappent pas toujours au phénomène des « permanents à vie » et du vedettariat médiatique.

Pragmatique, Dominique Voynet tente de définir une démarche consensuelle : « le mouvement social fait de la politique. Il vise, lui aussi, à construire un point de vue global. Ma recherche en la matière est donc plus de la contractualisation entre partis et mouvements sociaux, sur la base d'engagements clairs dans des temps donnés, avec des temps de négociation et d'évaluation ».

Même son de cloche de José Bové qui considère que la légitimité n'est pas seulement synonyme de vote pour désigner des représentants. Faisant référence aux mouvements contre « la mondialisation », qui se heurtent aux institutions gouvernementales, il estime qu' « le débat est nécessaire entre ces deux formes de légitimité pour construire d'autres relations, qui ne passent pas par le tout politique au sens traditionnel ».

 

Quand François Mitterrand fustigeait le présidentialisme... en 1964.Quand François Mitterrand fustigeait le présidentialisme... en 1964.

       

« Quand on dit qu'on n'est pas structurés pour le pouvoir, ça veut dire que nous ne sommes pas structurés pour un homme, explique Salah Amokrane. Nous avons intégré le contrôle de nos propres élus, si on en a, et de notre propre fonctionnement. Nous n'avons aucune garantie contre la maladie mentale du pouvoir. On ne fait que subir l'organisation de la vie politique française dont les élections sont un moment privilégié. On y est à fond, mais pour dire que tout, dans la démocratie, ne doit pas se limiter aux élections. »

 

Réformes ou révolutions ?

 

 

« La politique c'est comme l'andouillette, il faut que ça sente un peu la merde, mais qu'il n'y en ait pas trop », disait Edouard Herriot, un politicien de la IIIe République cité par un Robert Pandraud, très rock and roll, et décidément peu amène avec ses contemporains. Les scandales qui éclaboussent la représentation professionnelle sont autant de symptômes de sa névrose schizophrénique. Ainsi, par exemple, met-elle laborieusement en place un financement publique des partis, tandis que ceux-ci s'engouffrent dans un système à l'américaine où l'image supplante le contenu des programmes et décuple les besoins financiers...

Plus le spectacle se substitue aux idées, plus la communication tient lieu de politique, plus s'éloignent les citoyens, et plus il faut de fric et de spectacle pour tenter de les séduire. Y compris sans vergogne, comme Denis Sieffert le relevait dans le numéro de Politis du lendemain des municipales : « Zebda c'est bien. Mais le candidat socialiste qui, d'un seul coup, à trois jours du second tour, tombe la veste, ouvre son col de chemise et swing comme un « vrai jeune » devant une salle en liesse, c'était peut-être pas trop crédible .» (19).

« Qui regarde toujours, pour savoir la suite, n'agira jamais : et tel est bien le spectateur » , écrivait Guy Debord dans son Commentaire sur la société du spectacle (20). Voilà ce qui change avec la montée en puissance de l'abstention civique et des aspirations citoyennes. L'élite politique a-t-elle encore la capacité d'y répondre ? Tout est urgent. La démocratisation de la représentation passe par un statut de l'élu conçu pour tous les citoyens, quelque soit leur situation sociale. Ce qui suppose l'interdiction de tout cumul et une limitation du temps de représentation par mandat et sur une vie.

 

Manifestation lors du mouvement qui rassembla des milliers de chômeurs, en 1997. L&#039;humour était aussi au rendez-vous...Manifestation lors du mouvement qui rassembla des milliers de chômeurs, en 1997. L'humour était aussi au rendez-vous...

       

Une révolution culturelle qui n'est possible, au plan des institutions, que si les députés utilisent leurs pouvoirs de proposition et de contrôle de l'exécutif. Est-ce imaginable si la représentation nationale reste entièrement aux mains de partis coupés du pays ? Qu'est-ce qu'une démocratie où « ceux qui sont capables de se faire élire dans les conditions d'un scrutin majoritaire » accaparent l'intégralité de la représentation nationale ? La proportionnelle (intégrale ou non) est le seul mode d'élection qui permette à la société de s'exprimer dans son entier et de résoudre ses conflits.

Comme le souligne Gérard longuet, les cohabitation successives « ont abouti à un système complètement équivoque qui fait que l'homme élu par tous les Français n'a pas de pouvoir et que le premier ministre qui est élu par les députés à le pouvoir effectif. ». Déstabilisées par les contradictions d'une constitution taillée sur mesure par un De Gaulle omnipotent, la place et le rôle du président de la République sont entièrement à repenser dans une démocratie privilégiant la circulation des idées du bas vers le haut.

Un Sénat obsolète, un Conseil constitutionnel contestable, une haute administration dominatrice, des « grandes écoles » où on apprend à danser le menuet... Ce n'est pas le boulot qui manque pour qui veut « moderniser la république ». Tous ces chantiers restent fermés ou sont à peine entrouverts. « la France s'installe dans le dilemme de la réforme qui fut fatale à l'Union soviétique après nombre d'autres constructions historiques. D'un côté, écrivait Nicolas Baverez (1), il est acquis qu'un pays incapable de se réformer est promis au déclin et à la ruine. Mais, de l'autre, reste actuel l'avertissement de Tocqueville : “ Le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d'ordinaire celui où il commence à se réformer ”. »

 

        Réinventer la démocratie

 

Les affaires encore les affaires... un président au dessus de tout soupçon, candidat à sa réélection, prétend, avec l'aval de la majorité de la classe politique, se dispenser de ses devoirs civiques. Le tout en s'appuyant sur une immunité octroyée par un Conseil constitutionnel, présidé alors par Roland Dumas mis en cause, inculpé et jugé dans l'affaire Elf... Laquelle, si on en croit Alfred Sirven, quand il avait encore l'usage de la parole, contient de quoi « faire sauter la république ».

 

Pour Cornélius Castoriadis, il faut « une nouvelle création imaginaire d&#039;une importance sans pareille dans le passé ».Pour Cornélius Castoriadis, il faut « une nouvelle création imaginaire d'une importance sans pareille dans le passé ».

 

« La France est une nation citoyenne, une construction politique », rappelle Georges Sarre. Faute de l'avoir compris et de« se remuer les pattes sous le ventre ", selon l'expression de Roselyne Bachelot, la noblesse politique française pourrait bien se retrouver à plancher, en urgence, sur l'article 35 de la Déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen du 24 juin 1793, an II de la République : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensables des devoirs. »

Faudra-t-il en arriver là ? « Le lent soulèvement de la France contre ses élites traditionnelles, commencé en 1968, se continue inexorablement, dans la durée géologique... Après tout, les Alpes et les Pyrénées ne se sont pas faites en un jour », estimait récemment Jacques Julliard dans Le nouvel observateur (21). Dans un article paru en 1996, dans la revue Pour (Les élites politiques : pour une révolution démocratique), Nicolas Tenzer interrogeait : « Pourquoi s'en prend-on aux élites dans le débat politique ? Parce qu'il faut bien désigner les responsables, et que sont responsables par définition ceux qui, en tant qu'acteurs ou inspirateurs, détiennent le pouvoir et la parole publique. Casser le sentiment d'étouffement du pays, rompre le mur enfermant le choix politique dans le prédéterminé et mettre fin à la domination d'une fraction sont des nécessités démocratiques, non seulement pour que le débat soit, mais aussi pour que la parole politique ne soit plus suspectée et à priori illégitime parce qu'émise d'un lieu séparé de la société. Il ne s'agit pas de contester tout gouvernement, mais de faire en sorte que les conditions de la confiance - comme on dit non sans justesse - soient rétablies. » (22) Du pain sur la planche.

 

Révolution tunisienne en 2011. Le combat pour la démocratie est revivifié par les peuples arabes.Révolution tunisienne en 2011. Le combat pour la démocratie est revivifié par les peuples arabes.

 

« Comment le système peut-il, dans ces conditions, continuer ? s'interrogeait Cornélius Castoriadis. Il continue parce qu'il bénéficie encore de modèles d'identifications produits autrefois », répondait-il, nous engageant à relever un défi : « Ce qui est requis est une nouvelle création imaginaire d'une importance sans pareille dans le passé, une création qui mettrait au centre de la vie humaine d'autres significations que l'expansion de la production et de la consommation, qui poserait des objectifs de vie différents pouvant être reconnus par les êtres humains comme valant la peine. » (9)

Comme toute création humaine, la politique contient le pire et le meilleur. Elle peut, comme c'est le cas aujourd'hui, servir à masquer la réalité du pouvoir de quelques uns. Elle peut aussi, comme le voulaient les mouvements de la Résistance intérieure à la Libération, être l'outil d'une réinvention de la démocratie.

Claire Liénart, Jean-Pierre Anselme

 

(1) Le Monde daté du 5 octobre 2000 (2) Le Parisien du 19 mars, propos recueillis par Catherine Tardrew(3) Éditions du Seuil, collection L'épreuve des fais.(4) Fouché (à propos des Thermidoriens).(5) L'Express daté du 1er mars 2001. « Faut-il passer aux 32 heures ? » interrogeait l'hebdomadaire.(6) Qu'est-ce que la politique ? Éditions du Seuil. (7) L'Antiquité, éditions Milan.(8) Étude de Claude Thélot et Michel Euriat, de l'ancienne direction de l'évaluation du ministère de l'Éducation, consacrée au « recrutement de l'élite scolaire depuis quarante ans ». (9) La montée de l'insignifiance, éditions du Seuil. (10) Cité par Vanessa Schneider (note 3). (11) Éditions Denoël Impacts. (12) C'est à dire un scrutin mixte : moitié majoritaire, moitié proportionnelle. « « Un tel système - qui fonctionne en Allemagne depuis plus de cinquante ans sans nuire à la stabilité gouvernementale - garantirait la juste représentation de tous les courants de pensée », selon Noël Mamère (Le Monde du 21 décembre 2001) (13) Information parue dans Courrier international N°541, daté du 15 au 20 mars 2001, article de Pere Rusinol, El Païs, Madrid (14) La dernière en date de ces coordinations est celle des sages femmes. On lira avec intérêt Les coordinations des travailleurs dans la confrontation sociale, Éditions L'Harmattan, 1994. (15) daté du 3 avril 2001, Comment le Medef organise son coup d'État permanent. (16) Mensuel de l'actualité économique et sociale de l'UIMN. (17) Le groupe des 10 solidaires (coordination syndicale qui comprend notamment les SUD qui se sont multipliés depuis 1995), la Confédération paysanne, la CNT... Du côté des associations nationales, Attac, AC !, Apeis, MNCP, Dal, Droits devant !!, Comité des sans-logis (CDSL), Act Up, coordinations des sans-papiers, etc. Urbanisme, médias, école, crèches... des centaines de collectifs existent un peu partout en France sur des thèmes qui touchent directement à la vie quotidienne. (18) Le débat, janvier 1999. Dans la même enquête, Bernard Poulet remarquait que « la LCR, présente dans tant d'actions, stagne à 2000 militants, une moyenne qui n'a guère changé depuis trente ans ! La plupart des autres organisation d'extrême gauche plafonnent pareillement ». (19) Politis n°643, semaine du 22 au 28 mars 2001. (20) Éditions Gallimard. (21) daté du 15 au 21 mars 2001. (22) Président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique (CERAP), directeur de la revue Le banquet, maître de conférences à l'Institut d'Études politiques de Paris. Pour, n° 152, 1996.

 

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12/05/2011, 01:13 | Par Velveth

Tous ces professionnels de la politique, en dix ans, ont sali un peu plus la vie de la cité.

12/05/2011, 07:27 | Par jean_paul_yves_le_goff

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Pour cette fois, je suis d'accord avec la pensée de Velveth :

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Le principe même de la démocratie est incompatible avec la politique professionnelle.

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Je rappelle que le problème n'est pas nouveau, mais bien antérieur à 2001.

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En août 2009, je publiais une série de messages, à partir d'une enquête de la revue Esprit faite en 1939 :

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http://blogs.mediapart.fr/blog/jeanpaulyveslegoff/020809/une-enquete-de-la-revue-esprit-en-1939-sur-la-representation-par

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Ce fil a intéressé très peu de monde.

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J'avais aussi publié auparavant quelques réflexions sur le livre de Simone Weil : Note sur la suppression générale des partis.

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Pas de réaction non plus. Là, j'ai compris.

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Je rappelle ma position : suppression des officines fabricant les professionnels de la politique, qu'on appelle les partis.

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Et, bien évidemment : suppression du suffrage universel inconditionnel et automatique.

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Rendons au peuple la fonction de représentants du peuple.

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jpylg

 

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