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Rebelle à l’ordre injuste des choses, Dominique Desanti s’élève devant l’histoire
Le libraire Louis Armel aime les gens au moins autant que leurs œuvres.
Voilà quelques semaines à peine qu'il avait invité dans sa petite échoppe au 115 rue de l’Ourcq, dans le nord parisien, Dominique Desanti, cette grande dame dont les générations actuelles ignorent le combat quotidien qui remonte à sa propre enfance. Ignorer les Anciens, c’est souvent le lot des jeunesses. Mais ici, c’était passer à côté d’une réelle modestie, effacée comme l’armée des ombres que nos imaginaires ont forgée, une véritable force tranquille dont nous sommes pourtant investis sans le savoir, grâce à des gens comme elle, et comme ceux qui en préservent la mémoire, au moins par les livres et par les débats, la parole vive. Ne nous restent plus, ensuite, désormais, que les derniers hommages et la reconnaissance tardive de ce que nous leur devons. Ce qu’a vécu Dominique Desanti aura au moins permis que nos pensées refusent toujours de considérer l'état des choses existant comme immuable, surtout s'il est injuste, car la révolte finira de lui rendre un jour son droit, et, de plus, si cet état des choses était jamais juste, ce qui est bien relatif, mais il arrive que cela soit, ça reste tout de même fragile, et encore et toujours à améliorer, au moins autant qu’à préserver.
Merci aux grandes énergies comme la sienne qui nous permettent d'échapper à la réification de nos propres dynamiques.
Jean-Jacques M'µ
Dominique Desanti n’écrira plusÉcoutez... Faites silence... Le cœur d'une femme a cessé de battre
Rédigé par Aurelie Vasseur, le lundi 11 avril 2011 à 18h40 Dominique Desanti est née en 1920 ; elle compte presque autant d'années que d’œuvres ! Elle fut historienne, biographe, romancière et grand reporter. Cette femme « rebelle à l'ordre injuste des choses » a rendu son dernier soupir vendredi 8 avril 2011. (via Le Point)
Monsieur Persky, son père d'origine russe, lecteur assidu de Paul Valéry, lui transmit l'amour de la poésie ; il fut assassiné en 1944, par un SS : « Les morts cachés sont bien dans cette terre / Qui les réchauffe et sèche leur mystère. » La mort de son père opéra en elle un secret changement : « Pour faire mon deuil, j'ai dû me dénaturer. Tuer en moi les séquelles du "vieil être". Ma véhémence et ma fureur à défendre le Parti, quatre ans plus tard, prennent leur source dans ce moment. Une manière de venger mon père ? L'érection du Parti en père, projection classique ? Peut-être les deux. » (Via BibliObs)
Grande figure de la résistance en 1940, Dominique Desanti fit un mariage heureux avec le philosophe Jean-Toussaint Desanti (1914-2002), auteur des Idéalités mathématiques (1968) et des Variations philosophiques (1992), qu'elle appelait familièrement Touky, avec qui elle conçut un livre autobiographique : La Liberté nous aime encore (2001).
Femme de gauche engagée, elle défendit les couleurs du Parti Communiste Français de 1943 à 1956. Dominique Desanti écrivit aussi de nombreux livres historiques et politiques, aux titres évocateurs : Les Staliniens, une expérience politique, 1944-56 ; Masques et visages de Tito et des siens ; L'Internationale communiste ; Les sorcières sont des miroirs ; Les Socialistes de l'utopie ; Nous avons choisi la paix ; Bombe ou paix atomique ?, avec Charles Haroche.
Dominique Desanti aimait les contradictions : résistante, elle écrivit une biographie du collaborateur Drieu la Rochelle ; athée, elle relata les dialogues qu'elle eût avec la Mère Marie Skobtsov, avant que celle-ci soit gazée à Ravensbrück. Éclectique, elle signa aussi bien des romans décryptant l'âme humaine (Les années passion, Les Grands sentiments) qu'un documentaire sur la Côte d'Ivoire !
Enthousiaste et cultivée, elle nous a fait connaître les vies de Sacha Guitry, du poète Robert Desnos, des romanciers Elsa et Aragon, et de la peintre Sonia Delaunay. Féministe, elle brossa des portraits de femmes avec beaucoup de sensibilité : Marthe Hanau, Visages de femmes, La Femme au temps des années folles, Flora Tristan la femme révoltée.
Dominique Desanti resta debout toute sa vie. En témoigne ce message de 1997, extrait de ses Mémoires (Ce que le siècle m'a dit) : « Pour la vieille dame "indigne", que je suis, rester soi, c'est ne jamais se résigner. »(via France Culture)
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Elle aussi à cru au matin, c'était une Femme bien. J'ai de la peine.
C'est grâce à Mme Dominique Desanti, qu'un jour en me baladant sur les Quais, j'ai découvert son livre sur "Drieu la Rochelle, ou le séducteur mystifié".... j'ai beaucoup aimé, ... et c'est là que j'ai compris que l'on pouvait détester les actes ou les écrits d'un personnage historique ou d'un auteur... mais en apprécier le talent et arriver à comprendre de quelle manière il s'est fourvoyé dans un mouvement, ou dans une idéologie qui ne lui correspondait pas vraiment .... ce n'est pas toujours évident quand on a 18 ans.....parce que la plupart du temps, on considère que tout est noir, ou tout est blanc ....merci à elle.
Vos deux réactions me confirment que je suis passé à côté d'un mode de penser dont cette femme que je ne connais que par quelques pages lues il y a quelques semaines à peine, est une des dernières représentantes.
Je me charge de donner autant que je peux et que je sais un ample écho à sa littérature. Impossible de tout savoir, mais il y a des modesties qui ont une place à occuper dans la vie de nos sociétés.
@ JJMU,
Mais c'est peut-être en raison de cette façon de penser, après avoir lu cet ouvrage de Mme Desanti sur Drieu la Rochelle, qu'ensuite je me suis mise à lire les oeuvres de L.F. Céline.... auteur sentant le souffre par exemple.... qui même si en tant qu'individu, les choix qu'il fit pendant la Seconde Guerre Mondiale, révèlent un parfait salaud.... il est néanmoins un génie littéraire..... idem pour Robert Brazillach... c'est pour cette raison qu'il faut, je pense quand même lire ces auteurs... même si c'est vrai que par certains cotés ils sont dangereux en raisons des idées développées dans leurs ouvrages....et que pour certains esprits maléables et influençables, cela peut parfois préter à confusion et faire la dychotomie est parfois difficile.... ils sont malgré tout, des grands noms de la littéature..... Mais c'est toujours le même problème avec les "génies".....si Picasso était un peintre de génie, du coté de sa vie privée, il n'était pas véritablement quelqu'un de recommandable, alors ....
Et j'ai lu que Mme Desanti avait quitté le PCF en 1956, date se l'intervention russe à Budapest.... donc elle a certainement été stalinienne, comme beaucoup à cette époque,... car en raison de la "guerre patriotique" contre le nazisme, le prestige de l'ex-URSS et de Staline était très grand....et le contexte de la Guerre Froide bien particulier, avec l'influence politique et militaire des Etats-Unis en Europe..... mais elle a quand même ouvert les yeux rapidement et n'a pas perduré dans l'aveuglement, comme d'autres membres du PCF, qui vantaient encore le bilan positif des pays socialistes, et cela jusque dans les années 80, je crois ....
Il faut bien admettre que quitter le parti au moment de Budapest en dit long sur la prise de conscience d'une militante parmi d'autres qui aura pendant de longues années défendu l'indéfendable.
Sans doute à sa mesure, avec d'autres, elle aura fait sienne cette formule selon laquelle personne n'a à être un héros, mais personne ne peut être un salop.
Bien entendu, il existe des personnes qui ne vous pardonnent pas ces erreurs de jeunesse. Pour ma part, qui ne peut être que celle d'un citoyen, pas d'un juge, je conçois assez bien son attitude au regard de son évolutions, et je lui trouve à bien des égards une humanité très respectable.
J'ai bien connu Dominique Desanti ; c'était le 9 juin 1950 à la salle des sociétés savantes à Paris ; j'étais membre du Mouvement révolutionnaire de la Jeunesse ( trotskiste) et je militais alors au Lycée Condorcet ou j'avais fondé une cellule brillante ... Donc le 9 juin aux sociétés savantes avait lieu un meeting en faveur de la Yougoslavie , contre Staline , meeting présidé par Jean Cassou au cours duquel devait parler Claude Bourdet et bien sûr notre camarade Pierre Franck . Les Staliniens avaient juré que ce meeting n'aurait pas lieu et ils essayèrent de tenir parole : un commando de quatre cents militants arriva et nous nous battîmes contre eux pour les empêcher d'entrer dans la salle : nous réussîmes ; il y eut de nombreux blessés ( dont moi qui reçut une plaque de verre dans le visage : un quart d'heure après que notre meeting eût commencé on vit arriver deux "camarades " du parti communiste dont Dominique Desanti , qui demandèrent la parole et ... l'obtinrent ! ils parlèrent chacun pendant quelques minutes et se retirèrent sous les coups de sifflet de la foule...
Voilà le seul souvenir que j'ai gardé de Dominique Desanti !
Jean Baumgarten
Vous ne le dites pas explicitement, mais vous semblez dire (je parle sous votre contrôle) que Dominique Desanti serait des staliniens qui ont usurpé manu militari le temps de parole qui était vôtre.
Je ne peux apprécier un événement dont je n'ai pas tous les éléments. Mais j'ai lu ces pages d'elle où elle explique comment et pourquoi au PCF, ils étaient conduits à nier d'autres paroles, surtout dissidentes, et à refuser de reconnaître l'attitude de l'URSS dans ces années-là.
À en juger par ma propre existence, je crois que cet aveuglement, je l'ai éprouvé quand on m'avertissait des risques de la révolution culturelle en Chine, moi qui me voulais maoiste dans les années 70. Quant aux trotskistes, ils ont aussi, de leur côté leurs parts de dénégations. Bien entendu, vous allez me réfuter que c'est facile de renvoyer tout le monde dos à dos, et que nous sommes responsables de nos choix, surtout quand nous refusons d'entendre l'opinion adverse.
Que voulez-vous ?!... La jeunesse a aussi son lot d'erreurs, et, pour en revenir à Dominique Desanti, comme vis-à-vis de n'importe qui d'autre, je m'en tiendrai à ce qu'elle a écrit, bien entendu en comparaison avec les faits. Je n'y ai pas observé d'opposition condamnable, et, au contraire, la parole de quelqu'un qui s'est rendu compte avec lucidité de ses propres limites C'est déjà en soi très respectable, je trouve. Non ?...
(mais je suis loin d'avoir tout lu et encore moins tout lu d'elle).
Jean-Jacques M'µ
Voici deux nécrologies de Dominique Desanti, toujours présentée avec beaucoup de respect comme une grande intellectuelle et une résistante.
Le premier billet est du Monde et le second du Nouvel Obs.
Le Monde (hier) :
Écrivaine, journaliste
Dominique DesantiInlassable : c'est le premier mot auquel on pense en entendant le nom de Dominique Desanti, qui est morte à Paris, vendredi 8 avril, à l'âge de 91 ans, d'un oedème pulmonaire. Même âgée, frêle silhouette appuyée sur une canne, elle ne manquait pas un colloque, pas une exposition, pas une journée ou soirée consacrée à un écrivain ou un artiste qu'elle avait connu ou aimé. Sa curiosité et son énergie à vivre n'ont jamais faibli, comme le prouvent son activité de journaliste, ses passions militantes, la trentaine d'ouvrages qu'elle a publiés - six romans, des biographies, des essais, ses Mémoires. Son dernier livre, Les Yeux d'Elsa au siècle d'Aragon, des entretiens avec Karin Müller, a paru en 2010 (Guéna).
Dominique Persky est née à Paris le 31 août 1919. Fille d'un émigré russe, elle a été élevée par son père, comme elle le raconte dans ses Mémoires, Ce que le siècle m'a dit (Plon 1997, repris en poche en version revue et réduite, Hachette, 2009) : "Ce modèle d'homme élevant un enfant est aujourd'hui dans les moeurs (...). De mon temps, ces pères-mères existaient à coup sûr mais on n'en parlait pas. Ma mère ne m'avait pas souhaitée et la dérive entre nous fut totale (...). Une femme de temps en temps venait vivre avec nous mais je refusais de l'appeler maman et elle ne le demandait pas. Je n'avais pas de "modèle" féminin. Longtemps les femmes me furent mystérieuses. Glissons."
La coquetterie n'était pas pour autant étrangère à la jeune Dominique, qui cultivait sa minceur et prenait soin d'être toujours bien habillée et maquillée. Un goût du vêtement et des couleurs qu'elle gardera tout au long de son existence. Comme le souci de sa minceur.
En 1937, à une garden-party à l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, elle rencontre son compagnon de toute une vie, qu'elle épouse l'année suivante, Jean-Toussaint Desanti (1914-2002). Toujours dans ses Mémoires, elle fait un portrait précis et émouvant de celui qu'elle décrit comme un chat - son animal favori - et que tous ses amis appelleront toujours "Touky". Elle ne se souvient plus du jour exact de leur rencontre, mais sait qu'elle a demandé à un ami de lui présenter celui qu'il désignait comme "le philosophe fou" : "Il en parlait, de cet étrange Corse philosophe qui - contre la mode du moment - se laissait pousser une barbe roussâtre, lisait du grec ancien et du latin en guise de polar, en récitait des pages et des odes".
Accomplir son rêve de toujours
"À chaque instant, il reste à déchiffrer, écrivait Dominique Desanti cinquante ans plus tard. Il manque d'esprit de repartie, de la menue monnaie de la conversation, et dès que le groupe dépasse trois ou quatre causeurs, s'installe comme à un spectacle. Dîners, soirées, autant de représentations où il s'octroie des rôles muets. Si on l'interroge sur un point de sa pensée, il peut se montrer intarissable, mais c'est rare. Chez lui, il considère qu'il a montré son hospitalité en faisant la cuisine, et reprend son fauteuil, fumant avec satisfaction une pipe interdite, comme les chats ronronnent."
Les deux jeunes mariés ne connaîtront pas les douces années des amours débutantes : arrivent la drôle de guerre, la mobilisation de Touky, puis la Résistance et l'adhésion au Parti communiste. Les Desanti quitteront le PCF en 1956, après la révélation du rapport Khrouchtchev et les événements de Hongrie. Dominique, longtemps journaliste à L'Humanité, se montrera très sévère avec sa "période sectaire", ses "écrits de 1948 à 1953" et publiera en 1975 un livre peu indulgent sur Les Staliniens (Fayard).
Parallèlement à ses activités de journaliste (elle collaborera souvent au Monde) et de militante, Dominique Desanti est bien décidée à accomplir son rêve de toujours : être écrivain. Elle publie dès 1950 son premier roman chez Grasset, Les Grands Sentiments. Mais c'est surtout comme biographe qu'elle se fera remarquer. Elle a écrit 18 biographies, dont Marthe Hanau, la banquière des années folles (Fayard, 1968) et Drieu la Rochelle ou le séducteur mystifié (Flammarion, 1978), dont Bertrand Poirot-Delpech, le feuilletoniste du Monde dira : "Cette mystérieuse fragilité des séducteurs et des partisans de la poigne, on pouvait craindre qu'une féministe, ancienne communiste (...) comme Dominique Desanti ne soit pas la mieux placée pour lui porter le minimum de sympathie sans quoi il n'y a pas de compréhension possible. C'était compter sans ses réflexes de chercheuse."
Féministe, Dominique Desanti l'a été dès son enfance, sans que le mot ait encore de sens pour elle. Et elle l'est restée, comme on a pu l'entendre en 2008 au colloque du 100e anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir et le lire dans sa contribution au numéro spécial des Temps modernes. Comme le montrent aussi sa biographie de Flora Tristan (Hachette, 1985) ou La Femme au temps des années folles (Stock, 1984).
De son amitié pour Aragon et Elsa Triolet naîtront plusieurs livres, dont Les Clés d'Elsa (Ramsay, 1983) et Elsa-Aragon, le couple ambigu (Belfond, 1997). Son couple avec Jean-Toussaint Desanti était-il ambigu, puisqu'il y avait un autre homme dans sa vie, Jacques de Sugny (dit Jacques Trémolin) ? Il ne semble pas ; tous les artistes et intellectuels qui, jusqu'aux années 1990, ont dîné chez les Desanti, goûté l'excellente cuisine de Touky et la délicieuse compagnie de Jacques de Sugny pourront en témoigner.
Pour le comprendre, il faut lire La liberté nous aime encore, de Jean-Toussaint et Dominique Desanti, avec Roger-Pol Droit (Odile Jacob, 2002) et méditer ce propos de Dominique Desanti : "On peut aimer l'autre avec passion, avec tendresse, on peut l'aimer plus que soi-même ou, du moins, c'est ce qu'on croit très sincèrement, mais on ne peut pas être l'autre." Dominique Desanti ne s'est pas, dans sa vie privée du moins, bercée d'illusions et a su demeurer la vielle dame qui se disait "indigne" et répétait : "Rester soi, c'est ne jamais se résigner."
31 août 1919 : Naissance à Paris de Dominique Persky
1975 : "Les Staliniens. Une expérience politique, 1944-1956" (Fayard)
8 avril 2011 : Mort à Paris
Josyane Savigneau
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Le Nouvel Observateur (site internet)
Dominique Desanti est morteAu côté de son mari, le philosophe Jean-Toussaint Desanti, elle avait traversé la Résistance et le stalinisme. Mais Dominique Desanti, qui est morte ce vendredi 8 avril, n’était pas seulement la moitié féminine de ce couple sartrien.
Née Dominique Persky en 1920, l'historienne, biographe, romancière et grande résistante Dominique Desanti est morte ce vendredi 8 avril 2011 à Paris. Fille d'un émigré russe ami de Georges Clemenceau, elle fut membre du PCF de 1943 à la fin des années 1950, et journaliste à "L'Humanité" dans les années qui suivirent la Libération. (c) Afp
Née en 1920, elle-même historienne et écrivain, passionnée de théâtre, de danse et de poésie, elle était l’auteur de nombreuses biographies consacrées à Elsa Triolet et Aragon, Robert Desnos, Pierre Drieu la Rochelle et même Sacha Guitry. En 1997, elle avait évoqué, dans un livre de mémoires, le siècle si bavard qu’elle venait de traverser. Gilles Anquetil l’avait lu pour «le Nouvel Obs».
Dominique Desanti, aujourd'hui vieille dame aussi indigne qu'indignée, a voulu réécouter le vacarme de son siècle et rapporter tout ce qu'il lui a dit. La biographe de Drieu la Rochelle et de Flora Tristan n'a pas tenté dans ses Mémoires d'être l'historienne de sa vie. Elle sait trop qu'aucun document n'attestera de la vérité d'une émotion ou de la fulgurance d'une passion. Son compagnon de toujours, le philosophe Jean-Toussaint Desanti, qu'elle a surnommé affectueusement Touky, rappelle dans un dialogue final que les Mémoires sont une reconquête d'identité. Le passé, ce vieux présent, est toujours en chantier devant nous. Se remémorer, c'est reconstruire, mais aussi convoquer des émotions anciennes, des visages oubliés, des peurs enfouies, des amitiés éternelles ou furtives, des enthousiasmes durables ou éphémères.
Des années 30 à aujourd'hui, Dominique Desanti revisite le monde d'hier. A quoi rêvaient les jeunes filles d'avant-guerre? Aux poètes et aux écrivains. La petite Dominique Persky – son père était d'origine russe – apprenait par cœur «Nadja», «les Nourritures terrestres» ou «le Cimetière marin». Elle allait guetter André Breton dans les cafés de la place Blanche ou déposer en secret des roses rouges sur le paillasson de Paul Valéry tous les 30 octobre, date de l'anniversaire du poète.
Et puis il y eut la rencontre avec la bande des normaliens de la Rue-d'Ulm. Elle fut leur professeur de paso doble et de tango. Elle ne parvint pas à apprendre le moindre pas à un jeune philosophe corse de 23 ans, «imprévisible et joyeux», et dont le sourire était si mystérieux. Mais Touky devint l'homme de sa vie. De la création du Zoo, comité estudiantin de rébellion, au lancement du bulletin «Sous la botte» pendant les premiers mois d'Occupation, de la résistance active à Clermont-Ferrand à l'engagement stalinien d'après-guerre, le couple partagea les mêmes passions et les mêmes aveuglements. Les mêmes amis aussi: Césaire, Desnos, Cavaillès, Merleau-Ponty, Groethuysen, Althusser, Aragon, Sartre.
Depuis les années 1930, Dominique Desanti avait traversé la Résistance et le communisme: un étonnant parcours qu'elle avait raconté, en 1997, dans "Ce que le siècle m'a dit".Dominique Desanti admira follement Simone de Beauvoir. Castor fut son mentor en liberté conjugale et en liberté tout court. Dominique et Touky furent dès leur rencontre un couple sartrien, les règles étaient simples: transparence absolue, coexistence entre l'amour nécessaire et les amours contingentes. Ce contrat amoureux ne protège pas bien sûr des accidents de la jalousie ni des blessures du cœur. Une fois ils faillirent se perdre, mais il était dit qu'ils ne se quitteraient jamais.
L'autre grand homme de sa vie fut son père, qui l'éleva seul et qui tomba sous les balles d'un SS en août 1944. Dominique Desanti a dédié son livre à cet homme généreux et élégant dont l'assassinat – qu'elle garda durant des années comme un secret inavouable – fut le drame absolu de sa vie:
«Pour faire mon deuil j'ai dû me dénaturer. Tuer en moi les séquelles du "vieil être". Ma véhémence et ma fureur à défendre le Parti, quatre ans plus tard, prennent leur source dans ce moment. Une manière de venger mon père? L'érection du Parti en père, projection classique? Peut-être les deux.»
Ce fut donc jusqu'en 1956 l'adhésion corps et âme à la contre-société communiste. Les Desanti, pris dans «la magie déréalisante du Parti», furent des stals purs et durs, dressés à combattre les «hitléro-trotskistes», les «traîtres titistes» ou autres opportunistes boukhariniens. Les révélations du XXe Congrès soviétique les délivrèrent de leur foi collective, sectaire et dévorante. Heureusement, après la rupture, l'amour et l'amitié leur donnèrent le courage de revivre et de «redevenir soi-même». Sans repentir. En bon spinoziste, Jean-Toussaint Desanti rappelle que «le repentir n'est pas une vertu».
Gilles Anquetil
« Ce que le siècle m'a dit. Mémoires », par
Dominique Desanti, Plon, 1997, 692 pages
"Le petit cercle des staliniens disparus", ces intellectuels qui avaient perdu la liste qu'avait dréssé leur maitre.
......En 1945, j'ai vu aux actualités cinématographiques, la montagne de drapeaux nazis que les soldats soviétiques jetaient, sur la Place Rouge, aux pieds de Staline, je l'ai alors remercié et admiré.
En 1965, mon expérience aidant, je le haïssais....
Pour les gens de la France d'en-bas comme moi Il faut avoir vécu les journées ennivrantes de la Libération, puis la deception et la colère d'apres Budapest et Prague pour comprendre tout çà.
Dominique Desanti et la deuxième personne qui vinrent au meeting des sociétés savantes le 9 juin 1950 ne m'ont pas empêché de prendre la parole ! Je disais dans mon papier qu'ils étaient venus un quart d'heure après le vidage des staliniens : c'est sans doute plus tard ( alors que le meeting allait vers sa fin ...) Je n'avais moi même aucune envie de parler ( sauf peut-être de traiter Dominique de " Salope" )...Je n'ai pas lu ses livres sur le stalinisme sauf le livre qu'elle écrivit sur Eksa Triolet et Aragon où elle raconte d'une manière amusante la méchanceté d' Aragon...
J'ai été Trotskiste jusqu' en 1960 et je ne le regrette pas : malgré toutes leurs erreurs les Trotssjistes ont gardé du passé un fil , un fil rouge qui gagnera à être partagé par des millions d'individus qui souffrent aujourd'hui sur la terre ...
Amitiés
Jean Baumgarten
Et à propos de libraires qui ont l'audace, comme Louis Armel à la Lucarne des Écrivains (115 rue de l'Ourcq à Paris 19e), de dynamiser l’activité de lecture en la croisant aux autres activités de nos existences, j'ai également eu pu connaître celle-ci, que je crois pouvoir vous recommander :
Librairie Antre Monde : ésotérisme, érotisme, et plus si affinitésAvec, pour annonce :
L’inauguration de la Librairie L’Antre-Monde, nouvelle librairie SF/Fantasy, aura lieu le samedi 16 avril à partir de 17h.
Michel Borderie, l’illustrateur qui inaugure la partie galerie, sera présent à partir de 17h pour une rencontre / dédicace.
Librairie L’Antre-Monde, 142, rue du chemin vert, Paris.
Pour la lucarne des écrivains, 115, rue de l'Ourcq, 75019, voici le site :
http://lucarnedesecrivains.free.fr/
La Lucarne des Ecrivains
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PROGRAMME AVRIL
Exposition du lundi 28 mars au 16 avril Couleurs de mots
Peintures d’un collectif, Annie Brethomme, Daniel Château, Michel Cornillon, Pierre Dotter, Jeannine Guillemot, Françoise Namy et Catherine Weil, accompagnant des poèmes d’Emmanuelle Veil
Vernissage le 31 mars à 18h, lecture de poèmes à 19h30 suivi d’un buffet.
Ce soir, vendredi 15 avril 2011 à 19h30, à la Lucarne des Écrivains, 115, rue de l'Ourcq, 75019 (métro Crimée), Jean-Jacques M’U et Denis Masot présenteront leur première publication sous le label de la maison d’édition qu'ils ont créée en octobre 2010 :
LA FORCE DES GUEUX, théâtre-forum par la compagnie NAJE (Nous n’Abandonnerons Jamais l’Espoir), de Fabienne Brugel et Jean-Paul Ramat, Chez ABC’éditions, collection SPECT’AUTEURS Les voies du dire, janvier 2011, ISBN 978-2-919539-02-4.
Ce sera l’occasion de parler d’Augusto Boal et du théâtre de l’opprimé de l’altermondialiste Rajagopal et son ONG Ekta Parishad, en Inde, ainsi que du groupe Gandhi France qui en est l’émanation et qui prépare pour octobre 2012 la marche internationale pour la dignité et contre la pauvreté JAN SATYAGRAHA.
ABC’éditions engage un travail inédit d’ateliers d’écritures qui allie le théâtre-image aux méthodes du GFEN, groupe français d’éducation nouvelle, mouvement issu des pédagogies actives de Célestin Freinet. L’une des grandes figures des années 1990 en est Michel Ducom qui a su instituer les “situations-problèmes”.
Ce sera l'occasion aussi d’aborder, pourquoi pas ?... si nous en avons le temps, les poètes Jacques Prévert et Henri Michaux cités dans le spectacle créé.
Jean-Jacques M'µ