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Comédies tragiques : debout ! ne vous laissez pas faire !

Comédies Tragiques de Catherine Anne, au TEP en juin 2011Comédies Tragiques de Catherine Anne, au TEP en juin 2011© TEP

Le vieil Acteur : Jamais vu ça ! Jamais ! Non ! J’en ai plein les reins !

En cinquante ans de carrière...

L'Immaculée : ... S’adapter !

Savoir assouplir sa pratique, évoluer !

Sinon, couic !

Le vieil Acteur : Vous saccagez le Cid, le Théâtre !

L'Immaculée : Oh et puis Oh, hein !... Le théâtre, rien à battre !

(citation de mémoire, d'après : Comédies tragiques, de Catherine Anne, en juin au TEP)

Contexte : c'est la scène où un veil acteur essaie en vain de tenir le texte de don Diègue devant son public (nous), pendant que l'entreprise « l'Immaculée » survient nettoyer le plateau... en alexandrins !...

Catherine Anne quitte la scène du TEP sur une série de saynètes entre réalisme et symbolisme, entre noir et blanc, entre poésie et réalisme social. Quatre comédiens partagent une centaine de rôles qu'articulent des poses allusives (méditatives ?) d’une intense force lyrique qui, au regard de notre actualité, résonnent comme la métaphore de nos indignations.

L'évocation finale du Corneille contemporain par opposition au dramaturge classique est une invitation à ne pas se figer dans l'impuissant hommage du passé quand notre présent est à ce point menacé : l’appel à l’action est une alerte d’enfant contre la suppression de nos enseignants ; il est le refus des acteurs devant l’hyper-technicité de nos scènes écrasant la moindre défaillance ou contre la récupération par la publicité de nos références culturelles et artistiques...

L’appel à l’action est dans ces moments d’effarement tragique où un vieux nostalgique du très populaire Gérard Philippe se prend dans des discours racistes : comment le Bateau ivre rimbaldien de pareilles envolées pourrait-il ensuite toucher terre, notre terre ?... Car la poésie n’est pas un monument figé pour élites préservées et vieillards séniles, c’est un outil de révolte, c’est-à-dire (c’est dire ô combien) de droit ET de fait.

Par la parole interposée, dite, écrite, lue. Que fera ensuite le spectateur de ces images, miroir de ses contemporains ?

Tous les commentaires

Le TEP ? C'est quoi ? (petite provinciale que je suis... loin dans mon Garlaban...) Embarassé

Comédies tragiques, de Catherine Anne - au TEP en juin 2011 à Paris

“Rien n’est perdu, rien n’est gagné ! Il est encore temps de mettre en scène le combat perpétuel de l’être au monde. Aujourd’hui. Dans un bureau, une chambre, une agence de Pôle-emploi, une salle de rédaction, sur la scène du grand théâtre… En courtes séquences impliquant une foule de personnages, beaucoup plus nombreux que les comédiens réunis. Jouer la métamorphose, la vitalité des mots et l’humour salvateur contre l’absurde de certains pouvoirs. Dans "Comédies tragiques", il est question d’en rire !” Texte et mise en scène de Catherine Anne.

C'est le combat perpétuel de l’être au monde. En courtes séquences impliquant une foule de personnages en face-à-face avec ce qui les domine, il sera question de savoir comment survit la personne humaine face à une organisation de domination qui passe par le mépris de la personne.

Comédies tragiques, de Catherine AnneComédies tragiques, de Catherine Anne© TEP édité à Actes-d Papiers

Bonjour Élisa,

Le TEP, c'est le Théâtre de l'Est parisien.

Effectivement, c'est à Paris (métro Saint-Fargeau). Et c'est Actes-sud (une maison d'édition arlésienne) qui publie le texte, que je trouve très très beau, même si j'aime la mise en scène assistée de la chorégraphe Florence Tassi, le jeu très varié des quatre comédiens et le décor jouant d'audace entre colonnes de Buren et colonnes d'immeubles de Sigolène de Chassy.

Ce n'est pas par parisianisme, mais par conviction que je défends la pièce.

...

Pour autant que j'essaierai de comprendre mes propres raisons, il s'agirait de la mise en évidence d’un paradoxe cruel, chez moi : le texte est très beau, particulièrement percutant, d’une subtile habileté, extrêmement varié, empli de touches justes, bien observées, et, ce qui ne gâche rien, plutôt proche des préoccupations de nos contemporains les plus ordinaires, les gens, comme on dit communément... et, paradoxalement, le parti-pris de recours à la poésie comme refuge individuel me paraît très discutable. J’aurais envie d’interpeller le spectacle là-dessus, sur ce refus qui est le mien de faire de la poésie l'opium des peuples, leur calmant, leur dernière bouée. Cet affrontement en moi entre la pertinence des constats de société qui sont faits, et le rôle d'emplâtre sur une plaie attribué à la poésie, ce sera sans doute l'objet d'autres confrontations. Mais Catherine Anne a-t-elle le temps de discuter ces choses-là ?...

Jean-Jacques M’µ

INFOS PRATIQUES sur le TEP

Dates : Du 7 au 25 juin 2011

Horaires : mar, jeu, sam 19h30 / mer, ven 20h30

Tarifs : Normal >23.00€ | Etudiant > 8.00€

Où : Théâtre de l’Est parisien
159 avenue Gambetta
75020 Paris

Métro : Saint-Fargeau (l.3bis), Gambetta (l. 3 et 3 bis), Porte des Lilas (l. 11 et 3 bis)

Ratp

Lien : www.theatre-estparisien.net

ET LA POÉSIE ?

À Pôle emploi

« Vous avez des droits, mais aussi des devoirs. Vous pouvez être radié. »

Merci Rire

Editions Actes Sud, je connais. Edition indépendante et sensationnelle sur les choix des livres édités. Notamment les polars et la section jeunesse.

Ouai.

C’est une institution. Pour Catherine Anne, par exemple, le contrat était déjà signé et le calendrier de publication envisagé en même temps que celui des représentations... avant même que le texte soit écrit !... Et c’est normal, eu égard à la confiance qu’on peut accorder à la qualité d’une professionnelle comme elle, et on sait, d’autre part, que la vente des ouvrages théâtraux se fait essentiellement au moment du spectacle. Les rayons spécialisés des bibliothèques sont secondaires, notamment en milieu scolaire, pour faire connaître le texte. Un texte de théâtre est plus difficile à lire que de la poésie ou du roman. Les éditeurs publient à 500 exemplaires, ils n'imaginent pas faire fortune avec ça. C’est, avec les librairies spécialisées, un moyen d'atteindre les universitaires et les artistes qui pourront donner un second souffle à l’œuvre, voilà aussi une raison de vivre de l'édition, qui est autre chose, on voit bien, qu'un simple moyen de subsistance des éditeurs, surtout en théâtre.

Émile Lansman, avec L’Arche, L’Harmattan et Théâtrales, sont d’autres éditeurs qui permettent aux auteurs d’être lus, entendus, joués, rejoués. Ils soutiennent la création dramatique et le répertoire.

À ma modeste mesure, ce serait plutôt l’intervention du théâtre dans la cité qui m’intéresserait. Sans vouloir jouer dans la cour des grands (car ces éditeurs sont immédiatement contactés par les auteurs de talent, et ceux qui en ont moins), je me suis donné le pari d’intéresser les auteurs dont j'ai aimé le travail à se faire publier (à compte d'éditeur) par moi.

Ce que j’aime ?... Les textes qui questionnent nos sociétés : ceux qui mettent fortement en débat la cité des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes et des vieux, les relations entre le même et l’autre... Quand je dis “mettre fortement en débat”, je choisis mes mots : verbe d’ACTION + adverbe d’INTENSITÉ + CIRCONSTANCIELS de manière et de but, d’objectif. J’aime quand on ne se paie pas de mots, qu’on ne se repaît pas de beau suffisant et inutile, mais que les mots aient pour “utilité” une beauté-sens, une plastique significative, signifiante. Je n'aime pas les messages, qu'ils soient politiques ou philosophiques ou religieux, mais je ne conçois pas une esthétique indifférente à une éthique plus ou moins évidente de relations entre les êtres, et que j’appelle le DIRE VRAI, en m’inspirant des belles pages des dernières conférences de Michel Foucault qu’il consacre au “parésiaste”, c'est-à-dire celui qui prend le risque de parler de manière authentique au Prince. L’adresse aux décideurs, qui peuvent être gens du peuple, en démocratie.

Bon, j’ai glissé, dans le fil du billet.

Mais c'est mon blog, après tout, et si je ne me situe pas dans ce monde, personne ne le fera pour moi :

www.abceditions.net

Jean-Jacques M’µ

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