Monsieur Bernard Cazeneuve
Ministre de l'Intérieur
Place Beauvau
75800 Paris Cedex 08
Lettre Recommandée avec Accusé de Réception et lettre simple
Copie : Presse et médias
Paris, le 1er octobre 2015,
Monsieur le Ministre,
Par la présente nous vous alertons sur la situation explosive du lycée Jean Quarré dit « maison des réfugiés » dans le XIXe arrondissement de Paris. Nous dénonçons cet état de fait comme une des conséquences de votre politique d'accueil des migrants et des réfugiés en France. Nous réaffirmons que cette politique ne respecte pas la Convention de Genève sur le droit d'asile.
Faudra-t-il un mort pour qu'enfin les pouvoirs publics mettent sur la table les moyens qui s'imposent ? Sans cela un accueil digne et apaisé des migrants à Paris et plus généralement en France est impossible.
Tandis qu’à Munich on ouvre grand casernes, gymnases, stades... pour accueillir des dizaines de milliers de personnes en quelques jours, en France vous n'avez mis en place aucun dispositif d'accueil des nouveaux arrivants, même à titre provisoire. Rien n’est fait pour faire face à un afflux certes moindre que dans d'autres pays d'Europe mais bien réel.
A Paris tout au long de cet été, de La Chapelle à Austerlitz, en passant par Éole, Pajol ou le square Jessaint…, les démantèlements et évacuations en série des camps de rue ont laissé sans alternative les migrants, nouveaux arrivants et laissés pour compte de vos opérations de « mise à l'abri ». Avec le concours de personnes solidaires, ils sont allés occuper le lycée Jean Quarré. Celui-ci est désormais la seule échappatoire à la rue dont ils sont régulièrement chassés par les forces de l'ordre.
La « maison des réfugiés » est passée d’une centaine de personnes aux premiers jours début août à plus de 600 aujourd’hui. Les actions initiées sur les camps s’y poursuivent, tels l’orientation juridique et sanitaire des migrants et les cours de français qui peinent par ailleurs à se mettre en place dans les centres d’hébergement. Chaque semaine près de cent occupants supplémentaires trouvent refuge au lycée sans aucun secours des pouvoirs publics.
En l'absence d'un dispositif d'accueil digne de ce nom, même le Samu social et la PAOMIE envoient régulièrement des personnes au lycée Jean Quarré, occupé « illégalement » et surpeuplé !
De même, le 17 septembre, lors des évacuations des camps d'Austerlitz et de la mairie du XVIIIe, les forces de l'ordre bouclaient le lycée Quarré afin d’empêcher ses occupants de rejoindre les points d'évacuation. Cela aurait contribué à réduire le surpeuplement source de dangerosité au lycée.
Quelles que soient la solidarité et la mobilisation des voisins, citoyens et militants autour des migrants, personne, aucune structure, ni association, ne pourrait gérer ce lieu avec un tel surpeuplement dans de pareilles conditions !
Nous vous accusons aujourd’hui de non-assistance à personne en danger, dans la rue comme au lycée Jean Quarré, et nous vous demandons :
- une prise en charge digne, pérenne, respectueuse des engagements internationaux de notre pays ainsi que de sa législation. Cela passe par la création de centres d’accueil réservé aux migrants.
- à être reçus par les préfectures de région et de police, compte tenu de l’urgence de la situation dans une délégation comprenant des migrants, des réfugiés et des personnes solidaires.
Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de notre très haute considération.
Des membres et bénévoles de
La Chapelle en lutte et la Maison des Réfugiés