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Mariano Rajoy : l'image manquante

Cette image est extraite d'une vidéo publiée samedi soir par l'AFP TV, en langue espagnole. Elle représente le chef du gouvernement face à la presse. Le problème, c'est que ce face-à-face n'a pas eu lieu. Plusieurs journalistes se sont d'ailleurs plaints de devoir rester dans cette salle face à un écran, sans avoir de contact direct avec l'homme politique. Alors d'où vient cette image?


Le Partido Popular espagnol est actuellement au centre d'un vaste scandale de corruption révélé par El Mundo et El País (lire ici). Après avoir essayé de ne rien dire pendant quelques jours alors que son nom était apparu dans des documents publiés par la presse, Mariano Rajoy a finalement été obligé de faire une déclaration publique ce samedi, dans laquelle il nie – en bloc et en détail, comme on dit chez nous ;-) – avoir reçu des salaires occultes. Le seul problème c'est que les journalistes n'étaient pas vraiment les bienvenus à cette déclaration. Aucune question n'a été acceptée et la plupart des professionnels ont dû suivre l'allocution dans une salle voisine, face... à un écran.

Cette situation a animé twitter et des images ont circulé pour dénoncer cet étrange face-à-face, comme celle-ci postée sur le compte de Pablo Ximenez :


Des montages critiques ont d'ailleurs rapidement vu le jour pour railler la présence virtuelle de M. Rajoy, tel que celui posté par Armando el pollo, retweeté des centaines de fois :


Samedi en fin de journée, l'AFP TV/Espagnol a publié une vidéo qui s'intitule Rajoy niega corrupcion et qui résume les déclarations de M. Rajoy sur l'affaire en cours. À aucun moment le commentaire n'évoque l'absence de dialogue démocratique avec la presse, ce qui n'est pas très étonnant quand on connait le format vidéo pratiqué par l'agence, généralement succint.

En revanche, si on observe l'image qui termine ce compte-rendu, l'AFP semble bien avoir été la seule à voir Mariano Rajoy effectivement face à la presse :

Alors voilà, c'est quand même bizarre.

D'une part, un homme politique concerné par de graves accusations de corruption fait en quelque sorte semblant de donner une conférence de presse, alors qu'en réalité il s'adresse à des membres de son parti. Aucune interpellation n'est possible, mais son message parvient tout de même largement jusqu'à l'opinion via des journalistes présents par écran interposé.

Et d'autre part des journalistes de l'AFP choisissent une vieille image, tournée dans d'autres circonstances, pour restaurer l'image manquante. C'est approximatif, voire carrément faux, mais beaucoup plus simple : une belle image de fin, celle qu'on attendrait, l'image logique d'une démocratie dans laquelle un «responsable» est effectivement quelqu'un qui répond.


épilogue
Retour à la question inaugurale : d'où vient la séquence qui illustre la fin du reportage de l'AFP TV sur les déclarations du 2 février 2013 ? En fait, elle a été tournée lors d'une conférence de presse donnée par M. Rajoy le 28 mai 2012. Le chef du gouvernement s'exprimait alors sur le sauvetage de Bankia. Ce choix peut éventuellement se justifier si on considère que dans les deux cas il s'agit d'évoquer des corruptions présentes, ainsi que des faillites à venir...


Il est courant de recycler des images illustratives pour combler des vides dans le montage d'un sujet vidéo d'actualité. Mais en l'occurence cette lacune, cette absence de l'image-clef «Rajoy face à la presse», n'était-elle pas plus porteuse d'information que l'image d'archive qui lui a été substituée?

Posons-nous donc la question simplement : pourquoi M. Rajoy a-t-il tout fait pour éviter les questions des journalistes?

Tous les commentaires

03/02/2013, 10:42 | Par GILLES WALUSINSKI en réponse au commentaire de gérard jacquemin le 03/02/2013 à 10:07

Je plussoie autant qu'il est possible!

Merci La Parisienne!

03/02/2013, 11:08 | Par Jean-Yves Mège

Alors, elles en sont là certaines images ? Et nous ne sommes qu'en Espagne, que l'Italie de Berlusconi nous soit épargnée et me dîtes pas qu'en France, on verrait des trucs pareils !  Rigolant. PPDA devisant paisiblement avec Fidel Castro... Ah, si tous les bidonnages nous étaient comptés... Ce serait Versailles !

03/02/2013, 11:25 | Par raybor

Beaucoup de bidonnages français nous sont révélés par Yann Barthès dans le Petit Journal de Canal+.

N'en déplaise à ses détracteurs !

03/02/2013, 21:05 | Par GRACQUES en réponse au commentaire de raybor le 03/02/2013 à 11:25

Le problème c'est que Yann Barthès en commet autant qu'il n'en "denonce" .... et c'est normal

En tant qu'amuseur.....

Le soucis c'est qu'il se croit journaliste, et n'est pas  ACRIMED qui veut !

03/02/2013, 23:57 | Par raybor en réponse au commentaire de GRACQUES le 03/02/2013 à 21:05

Gracques,

Je suis d'accord, l'exercice de Yann Barthès a ses limites. Mais malgré ses imperfections, je pense que son rôle est plus positif que négatif.

On peut le déplorer, mais : combien de gens regardent Yann Barthès et combien lisent ACRIMED ?

03/02/2013, 11:40 | Par joelle.lanteri@orange.fr

la corruption et le mensonge mis en abîme bravo

03/02/2013, 14:30 | Par juan23

Excellent travail de décryptage.
Merci

03/02/2013, 15:24 | Par Jean-Louis Legalery

Remarquable et convaincante démonstration.

03/02/2013, 15:24 | Par Patrig K

Ceci de méthodes, n'annonce rien de bon

Merci de se dépessage média

03/02/2013, 17:56 | Par vertige en réponse au commentaire de La Parisienne Liberee le 03/02/2013 à 16:19

@la parisienne libérée : Si ce n'est pas du professionnalisme !!! Toutes mes félicitations et mes remerciements.

Il est un autre point qui m'interroge : n'est-ce pas une grande première qu'une image (la vidéo de monsieur Rajoy) soit tellement révélatrice de l'absence, de la vacance totale du politique, au-delà de celle à la conférence de presse bien entendu, qu'il faille la remplacer par une "présence physique", aussi fausse soit-elle ? Je ne suis pas certaine d'être très claire...

04/02/2013, 10:04 | Par Brusseleir en réponse au commentaire de La Parisienne Liberee le 03/02/2013 à 16:19

Belle leçon d'analyse de discours dans sa composante "image". Trop rare pour ne pas être saluée. Bravo et merci à vous !

Interrogation : qu'aurait fait le dictateur fasciste Franco d'internet ?

04/02/2013, 12:35 | Par Bonavion en réponse au commentaire de La Parisienne Liberee le 03/02/2013 à 16:19

Beau travail, bravo !

Rigolant

04/02/2013, 01:25 | Par lutin2

en tout cas le bricolage de l'AFP en dit long sur le professionnalisme des journalistes de sa rédaction.......

c'est de l'info, on se croirait en Corée du Nord....

04/02/2013, 12:49 | Par Brusseleir en réponse au commentaire de lutin2 le 04/02/2013 à 01:25

"Corée du Nord" : il y a déjà quelques décennies, l'AFP était comparée à l'agence Tass. Tass a disparu, mais l'AFP est restée.

L'AFP : un des plus étranges "machins" de la République, contrôlée par l'État et par… ses propres "clients", les supports d'information qui font la loi dans l'entreprise.

À quoi sert l'AFP, sinon à fournir à bas prix l'essentiel de la matière de la presse française ?

04/02/2013, 02:19 | Par Béatrice Turpin

Merci et bravo! En plus d'une chanson par semaine on a aussi le plaisir de ce genre de décryptage. Et j'adore le décryptage du décryptage....

04/02/2013, 07:48 | Par JJMU

Beau travail de démontage des mécaniques de propagande !...

Simultanément (et réciproquement), les gens, dans la population, sont loin d'être dupes et beaucoup rejoignent des assemblées destitutives dans les villes et les quartiers, visant à faire le ménage des élus et fonctionnaires corrompus de leurs environnements :

http://blogs.mediapart.fr/blog/jjmu/020213/assemblees-destituantes

À peine Rajoy avait-il fait son intervention, que les journaux espagnols lançaient un questionnaire en ligne demandant si le discours les avait convaincus. Et, devinez quoi ?... Il y a tout de même eu 2% pour se déclarer satisfaits de la déclaration gouvernementale !...

Il y a aujourd'hui trois nuits que campent résolument devant le siège du PP (Partido Popular -sic), place Génova, des centaines de personnes indignées déterminées à ne pas céder devant la corruption généralisée.

Jean-Jacques M’µ

04/02/2013, 09:09 | Par mauwa09

Politiciens avides et corrompus <=>presse "officielle" aux ordres <=> ? dictature "soft"

(Rappelons-nous le bidonnage  sur Timisoara !)

04/02/2013, 09:30 | Par Geronimo Ramos

Depuis déjà qq temps je ne fais, en particulier, aucune confiance à ces illustrations vidéos ou de tout ce qui lui ressemble. rappelons-nous  du faux "dialogue"de PPDA avec Fidel Castro!

04/02/2013, 12:21 | Par TOURITOURIST

La grosse honte! et il ne se trouve pas un syndicat de journalistes à l'AFP pour s'insurger contre ce trucage indigne qui les ridiculise?

Nous attendons des explications de l'AFP et des sanctions contre les responsables de la tricherie!

06/02/2013, 14:54 | Par Vivre est un village

Juste un très léger rappel...Bouche cousue

Débuts dans l'ombre de Manuel Fraga

Au début des années 1980, il adhère à l'Alliance populaire (AP), le parti de droite fondé par l'ancien ministre franquiste Manuel Fraga, puis est élu député au Parlement de Galice lors des premières élections régionales, le 20 octobre 1981.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mariano_Rajoy

A bientôt.

Amitié.

07/02/2013, 13:29 | Par Vivre est un village en réponse au commentaire de Vivre est un village le 06/02/2013 à 14:54

Manuel Fraga Iribarne, né le 23 novembre 1922 à Villalba et mort le 15 janvier 2012 à Madrid, est un homme politique espagnol.

Ministre du Tourisme et de l'Information du général Franco entre 1962 et 1969, il est brièvement ministre de l'Intérieur de 1975 à 1976, après l'accession au trône de Juan Carlos Ier.

Cette même année 1976, il fonde le parti Réforme démocratique (RD), avec des modérés du franquisme, qui participe à la création de l'Alliance populaire (AP) peu de temps après. Il devient secrétaire général de l'AP en 1977 et participe à la rédaction de la nouvelle Constitution, dont il fait partie des « pères ». Ayant été désigné président de l'AP en 1979, il fait du parti la première force de l'opposition aux élections générales de 1982.

Bien qu'il ait démissionné de la direction de l'AP en 1986, il y revient en 1989 en fondant le Parti populaire (PP), qui rassemble toutes les forces du centre-droit. En 1990, alors qu'il est devenu président de la Junte de Galice, il cède la présidence du PP à José María Aznar et en est élu « président fondateur ».

Il passe quinze années à la tête du gouvernement régional galicien, abandonnant le pouvoir au socialiste Emilio Pérez Touriño après avoir échoué à conquérir un cinquième mandat en 2005. En 2006, il est élu au Sénat, auquel il ne se représente pas en 2011. Il meurt l'année suivante.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_Fraga

A bientôt.

Amitié.

06/02/2013, 18:29 | Par jamesinparis

"Infotainement" est un produit médiatique de masse fait de deux ingrédients : entertainement et containement. C'est à dire, du divertissement et du contrôle.  Comme le "sens commun" du temps de Descartes, c'est désormais "la chose la plus partagée au monde".

Informer, il faut croire que c'est trop dangereux... étant donné qu'il privilégie la formation des esprits libres.

 

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