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Géorgie: Washington est irresponsable, par Alain Joxe
Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, Alain Joxe est spécialiste des questions de défense, de stratégie et de relations internationales. Pour Mediapart, il revient sur la crise géorgienne.
«Qui a fait quoi pour précipiter le conflit entre la Russie et la Géorgie? La question importe peu», écrivait Robert Kagan, un des penseurs néoconservateurs les mieux connus en Europe. Cette question au contraire importe énormément.
Le professeur Kagan n'est pas sérieux. Il est célèbre notamment pour sa vision critique d'une Europe dévirilisée qui met stupidement la paix mondiale au-dessus de tout et n'hésite pas à coexister pacifiquement avec des régimes peu démocratiques, tendance moralement condamnable – sauf pour les Etats-Unis eux-mêmes.
La comparaison historique qu'il préconise met la Russie d'aujourd'hui à la place de l'Allemagne de Hitler et fait de l'affaire géorgienne – honte à l'Europe – un nouveau Munich. Cette "vision" se répand dans les médias anglo-saxons en s'appuyant sur les réactions de pays baltes hostiles à l'ébauche de l'accord de cessez-le-feu.
Cette politologie de foire d'empoigne, caractéristique de la pensée pragmatique américaine, brouille toute analyse. Evoquer comme il le fait des « impressions d'analogies » avec le nazisme est une méthode inavouable qui tente ici de « créer une nouvelle peur » sur deux anciennes terreurs, celle d'Hitler plus celle de Staline.
Il faut rappeler en ouverture que ce sont les Etats-Unis qui sont en voie d'expansion offensive stratégique en tant qu'empire et non les Russes, qui ont subi depuis l'auto-destruction de l'URSS un recul constant de leur zone d'influence. Leur contre-offensive en Géorgie peut donc bien être considérée comme défensive, en dehors de toute considération morale ou juridique, et l'Europe peut calmer le jeu.
Au début des années 90, la Géorgie étant devenue indépendante suite à l'effondrement de l'Union soviétique, les Ossètes du Sud, attribués par Staline à la Géorgie, proclament une sécession visant éventuellement à rallier l'Ossétie du Nord (laissée dès 1920 à la fédération russe). Ce soulèvement et sa répression par le président georgien Gamsakhourdia se terminent par un cessez-le-feu, fruit d'une médiation russe, qui dès juin 1992 dispose des « peace keepers » russes, ossètes et géorgiens chargés de veiller au maintien du cessez-le-feu sous l'égide de l'OSCE.
Depuis, les Russes ont accordé la nationalité russe et des passeports russes à la majorité des habitants de l'Ossétie du Sud, apporté un soutien à l'économie de la région. La tranquillité régnait donc depuis seize ans, entre 1992 et 2008, quand la Géorgie attaque l'Ossétie du Sud par un duel d'artillerie qui se prolonge en occupation de la capitale puis par la contre-offensive russe, refoulant les Géorgiens et allant jusqu'à l'occupation de la ville de Gori, menaçant la principale voie de communication est-ouest et la capitale Tbilissi, pour opérer finalement un retrait au rythme ralenti.
Avec l'offensive américaine vers l'Ukraine et le Caucase, Washington, averti de l'irritation de Moscou, cherche à refonder l'union de l'Occident sur la peur du Russe : un produit traditionnel pour un marché captif. La menace russe surgit comme sous-produit d'une alliance insécuritaire offensive : c'est la définition qu'on peut donner d'une OTAN gonflable sans limites, remplaçant par petits glissements de sens récents l'alliance militaire défensive prévue par la Charte atlantique qui n'a pas été modifiée. Cette alliance est insécuritaire, parce que c'est par l'insécurité qu'elle crée, qu'elle promeut une solidarité entre alliés, et elle agit ainsi sur les rapports de force au profit de l'Empire plus que des Etats membres.
Trois échecs de relance de la suprématie stratégique
américaine par les petites guerres
Telle est la « tendance » qui est relancée par l'administration Bush en fin de course. Le prochain président peut redresser la barre, mais il faut s'alarmer car cette action intervient après l'usure et finalement l'échec de trois tentatives faites pour forger le nouveau leadership mondial sur une peur commune et sur des actions guerrières localisées. La droite américaine aura du mal à assumer un nouvel échec. Ces trois tentatives pour refonder l'Alliance sur la peur sont les suivantes :
1. La peur du terrorisme délocalisé, mais centré sur Ben Laden et ses hôtes talibans, qui accompagne l'expédition d'Afghanistan ; mais, malgré la popularité initiale de l'intervention ONU-OTAN contre la tyrannie salafiste, les destructions collatérales sont rapidement à l'origine de la résurrection des talibans comme résistants.
2. La peur de l'Iraq : la guerre contre cet agresseur du Koweit, écrasé sous Bush père et Clinton, et accusé faussement d'Alqaidisme nucléaire, pour faire bon poids, devait mériter destruction, avant restauration démocratique ; mais les dégâts sont presque irréversibles et la reconstruction consacre un Etat tri-communautaire fondé sur des purifications ethniques et des massacres.
3. La peur de l'Iran et la guerre contre l'Iran - avec le même dossier d'accusation que l'Iraq - et un traitement par menace de bombardement préemptif. Mais constamment empêché par l'Union européenne, la Russie et la Chine de lancer contre l'Iran des sanctions onusiennes graves, Washington a été obligé d'accepter de négocier au rythme lent des palabres asiatiques, et la guerre préemptive d'Iran a été écartée au profit d'une négociation-contrôle des niveaux militaires d'enrichissement de l'uranium iranien.
Sur tous ces chantiers hautement islamisés, hautement pétroliers, faussement nucléaires, les Etats-Unis de Bush ont échoué à créer des « victoires » et à convaincre complètement leurs alliés européens qu'on pouvait forger de la démocratie par bombardements aériens, guerre d'invasion et généralisation des fortifications et des murs d'apartheid sécuritaire, dans les centres-villes (Israël, Bagdad, Kaboul).
Le retournement américain
C'est pour compenser ces trois échecs à « rassembler l'Occident » que le gouvernement Bush, en fin de mandat, s'emploie depuis 2006 à titiller la Russie pour faire surgir ainsi un adversaire plus gros et plus crédible pour l'OTAN en expansion.
Il n'y a donc rien d'improvisé ni de très surprenant dans la crise géorgienne qui se prépare lentement, du côté américain, et donc du côté russe, par des contre-stratégies virtuelles de joueurs d'échecs. L'Empire américain est parti à l'offensive mais à la légère. La guerre de Géorgie n'a donc pas seulement pour origine le mauvais calcul du président géorgien Saakachvili mais un faux calcul de Washington.
Les Etats-Unis n'ont pas pu réunir derrière eux dans ces trois guerres toute « l'OTAN gonflante ». Mais l'OTAN qui continue de gonfler a engrangé progressivement tous les Etats ex-membres du pacte de Varsovie puis les petites républiques baltes sécessionnistes de l'Union soviétique. Finalement, ils en arrivent à de plus gros morceaux : l'Ukraine, cœur de la chrétienté orthodoxe russe, propriétaire des ports de mouillage de la flotte russe (ex-soviétique) en mer Noire ; et, à la pointe extrême de leur avancée virtuelle, la Géorgie et le Caucase, espace montagnard pluriethnique balkanisé sous Eltsine dans la destruction de l'URSS.
La complexité des identités pré-soviétiques et pré-russes est héritée de la longue histoire coloniale des frontières sud de la Russie.
Le retournement de la politique américaine se fait en trois temps. Premier temps : techno-militaire ; l'affaire des antimissiles américains déployés en Tchéquie et Pologne. Deuxième temps: politico-militaire ; la poussée vers l'adhésion à l'OTAN de l'Ukraine et de la Géorgie. Troisième temps : militaire indirect ; l'encouragement à la Géorgie de mettre fin au cessez-le-feu d'Ossétie du sud et d'affronter ainsi l'armée russe.
1. Le projet américain de déploiement de dispositifs d'alerte et de fusées antimissiles en Tchéquie et en Pologne. C'est une proposition unilatérale des Etats-Unis, non de l'OTAN ; elle aboutit au mois d'août 2008 avec l'accord tchèque. La mesure annoncée en 2006 déplaît aux Russes qui tentent d'abord de neutraliser la version qui leur paraît menaçante en proposant de collaborer à la défense contre l'Iran « nucléaire virtuel » par des déploiements plus proches de l'Iran, en Azerbaïdjan où ils possèdent déjà une base d'observation. Cette solution étant écartée, ils interprètent alors le déploiement comme offensif.
Dès février 2007, le président Poutine confirme l'opposition formelle de la Russie à ce projet. C'est une violation de l'esprit et de la lettre de l'acte fondateur OTAN Russie. Soyons précis : sur la "violation de l'esprit", l'Acte, en effet, prévoit une concertation, une consultation et même une connivence militaire et stratégique constante entre les deux parties. Ce dialogue intensifié entre militaires reposera sur le principe selon lequel aucune partie ne considère l'autre comme une partie adverse... Il comprendra des exposés réciproques, à intervalles réguliers, sur la doctrine militaire et la stratégie de l'OTAN et de la Russie, et sur le dispositif de forces qui en résulte.
Sur la « violation de la lettre », l'Acte contient des engagements précis sur le non-déploiement de nouveaux dispositifs correspondant à des moyens en matière de stratégie nucléaire sur le territoire de nouveaux membres de l'OTAN : les Etats membres de l'OTAN réitèrent qu'ils n'ont aucune intention, aucun projet et aucune raison de déployer des armes nucléaires sur le territoire de nouveaux membres, et n'ont aucunement besoin de modifier un quelconque aspect du dispositif ou de la politique nucléaire de l'OTAN - et n'en prévoient nullement le besoin pour l'avenir.
Dans l'esprit des Européens et des Américains d'alors, ce document n'était pas un chiffon de papier mais un pacte, ouvrant sur un avenir durable de relations apaisées, fondées sur le développement économique et le contrôle commun du terrorisme plus ou moins islamiste.
2. La deuxième étape est la proposition faite à l'Ukraine et à la Géorgie d'entrer dans l'OTAN.
Cette double candidature qui n'est pas encore acceptée par l'OTAN tendait à impliquer l'alliance atlantique dans l'équilibre politique ukrainien très divisé sur la question et, au-delà, dans les complexités juridiques et militaires de la situation caucasienne.
En créant par l'avancée de ce pseudopode un poste avancé, militarisé, de l'influence américaine, se projetant jusqu'à la Caspienne par le pipeline BTC Bakou-Tbilissi-Ceyhan, l'OTAN coupait symboliquement, politiquement et militairement la Russie de son accès aux mers chaudes, c'est-à-dire des ports de la mer Noire.
Les réticences au recrutement d'une cooptation d'Etats à problèmes, bien compréhensible de la part des pays les plus importants de l'OTAN, diminuent aujourd'hui du fait du niveau de conflit atteint par le niveau de la riposte russe.
3. La troisième étape est ouverte par l'attaque par les forces géorgiennes de la province sécessionniste de l'Ossétie du Sud. Pour la comprendre, il faut bien revenir historiquement sur les identités des acteurs en présence.
L'Ossétie du Sud, ses citoyens ossètes et ses citoyens russes, soi-disant autonomes dans l'immense Union soviétique, se sont méfiés du petit nationalisme de la nouvelle Géorgie depuis la répression qu'y a lancée le gouvernement géorgien de Zviad Gamsakhourdia en 1990 et réclament depuis une indépendance ou la réunification avec l'Ossétie du Nord, restée depuis toujours dans la fédération russe.
Le séparatisme abkhase est du même ordre et le statu quo non guerrier s'est établi partout il y a plus de dix ans, tandis que les habitants de plus en plus nombreux se voient dotés de la nationalité russe et de passeports russes, ce qui n'est pas un acte de guerre.
La situation est, en effet, comme on l'indiquait en introduction, comparable à celle du Kosovo, province toujours autonome dans la République de Serbie, sous le régime fédéral de Tito, et qui se méfie du petit nationalisme hargneux qui se manifeste dans la Serbie devenue indépendante, qui cherche à expulser les Albanais et à écraser l'autonomie des Albanais du Kosovo. Cela pouvait entraîner une sécession voire une réunification avec l'Albanie. Mais c'est la répression qui déclenche alors un droit irréversible et légitime à l'insurrection et à la Libération, comme dans les empires coloniaux.
La Russie par son argumentaire ossète se rallie à une version européenne du respect des droits de l'homme : les volontés populaires de libération sont supérieures au respect de l'intégrité territoriale des Etats, quand les Etats se conduisent comme des empires coloniaux à l'intérieur de leurs frontières. Avec ce même instrument, la Russie devrait ultérieurement s'engager dans la direction d'une condamnation de ses exactions en Tchétchénie. De toutes façons, son argumentaire est défendable.
Négation de l'histoire réelle et manipulation des terreurs locales
Le malheur de la Géorgie, dit Kagan, est d'être située sur le Caucase, parce que passe par là, comme il dit, « une nouvelle ligne de faille », qui court soudain des Etats baltes au Caucase en passant par la Pologne et l'Ukraine pour aller jusqu'en Asie centrale : expression inadéquate.
Ce n'est pas une nouvelle ligne de faille, c'est la frontière russe, un glacis qui est un produit de l'histoire plutôt que du droit. La promotion de la menace russe, l'offensive de « l 'Occident » sur le Caucase, sont des thèmes porteurs dans les médias, où l'on évoque les crimes de la guerre commis en Tchétchénie par les gouvernements russes antérieurs.
Mais Washington s'est trompé en croyant pouvoir jouer avec les inquiétudes suscitées chez les anciens Etats et nations membres de l'Empire soviétique en cherchant à utiliser au profit de son leadership global la haine ou la peur des Russes qui subsistent chez ceux qui vivent aux frontières de la Fédération de Russie dans le souvenir de l'URSS. Les Républicains au pouvoir ont pensé pouvoir dans un conflit armé local transformer ces sentiments frontaliers anti-russes localisés, parfaitement explicables, de la Baltique aux Balkans et de la Pologne au Caucase en facteur paneuropéen d'alliance apeurée avec les Etats-Unis.
L'Europe acéphale mais consensuelle malgré les apparences se défend mollement mais fermement contre cette logique, malgré les beaux discours sur le droit des Etats à maintenir leurs frontières. Le petit impérialisme intérieur des Géorgiens ressemble à celui des Serbes et le « respect absolu des frontières d'Etat » est neutralisé, dans l'opinion, par le droit supérieur d'une population opprimée à s'insurger et à se libérer, et c'est ce qui l'a emporté au Kosovo.
Les Russes par leur argumentaire se rallient à une importante disposition de la doctrine européenne des droits de l'homme. Poutine certes, reconstituant un Etat russe quasi tsariste, est devenu hyper-populaire, non pas par les crimes commis en Tchétchénie, mais parce qu'il a remis de l'ordre dans l'appareil de production et pu mener quelques politiques sociales notamment en récupérant la gestion par l'Etat des ressources essentielles du pétrole et du gaz. La volonté de sécuriser en le militarisant l'approvisionnement de l'Europe en gaz et pétrole, au lieu d'en faire l'objet d'une négociation interétatique rationnelle, est partie de Washington, offrant sa garantie OTAN à l'Ukraine et à la Géorgie, et non de l'Union européenne qui a tendance à penser l'équilibre Russie-Europe comme un ensemble d'intérêts suffisamment communs pour qu'on puisse arriver à un prix juste sans exhiber la force militaire.
La Géorgie qui est un petit pays s'est persuadé trop vite, naïvement, que l'alliance américaine lui permettait d'agir offensivement en toute sécurité. Il est raisonnable de penser qu'il a donc été manipulé par Washington le poussant dans l'aventure de la reconquête de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhasie. On lui a envoyé un peu de matériel moderne et des uniformes neufs et la promesse de grandes manœuvres conjointes, manœuvres qui étaient en préparation et ont été suspendues par la guerre.
L'Eurasie, zone de paix
Une représentation « réaliste » de l'avenir des relations russo-européennes n'est compréhensible que si on perçoit que ce qui unit l'Asie, la Russie et l'Europe, c'est d'une part la complémentarité des échanges et d'autre part la volonté générale des peuples d'Eurasie d'éviter la guerre, je veux dire la troisième guerre mondiale. Plus jamais ça.
C'est cette chose profonde, que l'école des néoconservateurs, par machisme, tourne volontiers en dérision. Elle unit pourtant tous les pays de l'Union et de la Russie en une realpolitik responsable du maintien de la paix, comme condition à long terme de la démocratie. C'est cette représentation du monde qui scellait déjà le traité entre la France, même gaullienne, et la Russie, même stalinienne, et qui a résisté aux réchauffements épisodiques de la guerre froide et c'est ce pacifisme aussi qui scelle aujourd'hui l'entente entre l'Allemagne et la Russie. Il n'est pas question de le détruire pour jouer avec le feu. Mais il n'est pas nécessaire de tomber dans l'éloge des tyrans.
Sur toutes ces questions, c'est d'abord aux Européens de se prononcer, pas aux Américains, en gardant évidemment en tête l'idée fondamentale qu'il faut arrêter les opérations militaires. Et les roulements de tambours américains et russes devront demeurer des moments politiques électoraux.
On espère que le futur président américain et le nouveau président russe seront obligés d'en modérer les effets. »
Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, Alain Joxe est spécialiste des questions de défense, de stratégie et de relations internationales.


Tous les commentaires
Bravo pour la clarté de votre analyse qui vient rééquilibrer la couverture univoque des évènements de Géorgie par les media occidentaux.
Kagan, "pas sérieux" ! Il n'y a que sur les bords de Seine, auprès de Delpech, Heisbourg, Ancel ou Tertrais que ce monsieur passe pour un grand analyste. La lecture des travaux de Kagan montre un nationaliste américain néoconservateur dont les séjours dans les régions du monde révèlent le plus souvent une errance entre les couloirs des Sheraton et les salles de conférence. Mars devrait revenir sur Terre. Pour compléter la lecture du texte de Joxe, Brzezinski publie un article dans Commentaire N°122, Eté 2008. Je me demande dans quelle mesure le texte de Z.B permet d'anticiper la future attitude de la Nouvelle Administration américaine vis-à-vis de Poutine et de la Russie.
Merci pour cette belle analyse qui nous montre clairement le changement de politique de nos amis américains. Après nous avoir entraînés dans la peur du terrorisme après le 21 septembre (Afghanistan, Irak, Iran), ils veulent maintenant, suite à l'échec de cette politique, nous entraîner à nouveau dans la peur des Russes. Il leur faut toujours un ennemi quelque part pour justifier leur rôle de gendarme du monde...ou pour avoir simplement le sentiment d'exister. Comme c'est triste. Belle analyse nous montrant le rôle que pourrait jouer l'Europe si elle n'était plus vassale des USA. Allez Européens, réveillez-vous!
Encore une guerre que les USA organiseraient de loin et que les EUROPÉENS feraient de près pour mieux servir les intérêts US. On pourrait dire que la Grande Bretagne, pour la compétition économique, et l'OTAN, pour la guerre, sont les chevaux de batailles des USA en EUROPE.
kairos Les chinois au Thibet, c'est à eu près normal; les russes en Géorgie, faut en découdre... La géopolitique déconcerte... Certains envisagent-ils sérieusement un conflit militaire avec Moscou? La "pax américa" démocratique semble promte à emboucher la trompette guerrière de la juste cause... Je sais bien que comme pour l'Irak et l'Iran, le pétrole selon les experts joue sûrement un rôle négligeable dans cette affaire, mais tout de même, il est encore question du passage d'un pipe line... Ne serait-ce pas le fameux procédé de la lettre volée: mettre au premier plan ce qu'on veut dissimuler?
Précisément, comme le disait Dupin au préfet de police : - trop - évident ; ce qui est le moins caché est ce qui est le moins vu, le mieux protégé. Merci kairos ( et Poe).
Remarquable éclairage en profondeur sur cette crise géorgienne qui réveille chez les nostalgiques de la guerre froide les frissons des chars russes qui avancent. Les fiascos de la guerre contre le terrorisme poussent les bushistes à réveiller la peur de Moscou avec le si peu sympathique Poutine. Mais comment et surtout pourquoi ne pas admettre que la Russie puisse avoir des intérêts et une influence à défendre, si près de sa porte. L'Europe qui s'est tant mobilisée pour le Kosovo doit être fort embarrassée de refuser à l'Ossétie du Sud et à l'Abkhazie leur revendication.
Pierre Bazin, ingénieur d'étude, Rennes Je me pose quelques questions sur l'éclairage médiatique de la crise en France. La semaine dernière, il n'était pas du tout évident, à l'écoute des radios nationales (inter, culture) et de la lecture de Libération (Mediapart , mais je ne lis peut être pas la bonne presse, que l'initiative militaire agressive était en provenance des géorgiens, non des russes. Rien sur l'action (le bombardement de la Tskhinvali, la capitale de l'Ossetie du sud par les géorgiens), et beaucoup plus de bruit sur la réaction russe. J'ai personnellement surtout entendu et perçu les commentaires sur les combats menés par l'armée russe. C'est seulement hier, en lisant le rebond de Gorbattchev et du professeur Urjevicz dans libé que j'ai compris que la version de l'histoire qui nous a été racontée était une version orientée, et, que je flaire malhonnête : en gros, les bon géorgiens et les mauvais russes, pour faire court. Aujourd'hui, le gros des caractères sont partis à Kaboul, donc rideau sur l'affaire ossète : on n'en saura guère plus. D'autant merci pour l'article éclairant de M. Joxe. Je ne sais pas si d'autres ont ressenti celà : J'aimerais un travail de décodage sur ce qui s'est passé dans la presse depuis le déclenchement : qui a informé et désinformé qui? : l'affaire me semble grave, vu l'importance des enjeux. On part si vite en guerre sur la base d'informations douteuses, par les temps qui courent!
Enfin quelquechose de sérieux, faute de mieux en terme de positionnement du gouvernement de la France, cela donne de l'intelligence à notre vieux monde !!! Merci Jean-Paul LE FLAGUAIS
Il existe une autre possibilité pour expliquer l'attitude de boute-feu des USA (cf. les propos avant et après la crise de Condoleeza Rice), liée à la situation intérieure des USA. Les conservateurs ont très peur de perdre le pouvoir, surtout face à un candidat peu aisément malléable tel que semble être Obama. Or, le principal point faible de Barack Obama est son incapacité supposée à faire face à une crise majeure (contrairement à John Mc Cain, héros militaire et supposé expérimenté en ce domaine). La peur d'une crise majeure proche est donc la seule solution pour permettre la défaite d'Obama. La "mayonnaise" iranienne ne prenant pas, il faut trouver urgemment un pays puissant à diaboliser et se rapprocher au plus prés du déclenchement d'un conflit majeur... Lors de l'un des derniers sondages d'opinion, Mc Cain vient de passer devant Obama... Etonnant, non ?
“Les méchants Russes et les bons Géorgiens”, et on aurait été bernés, ma pauvre dame?! Alors qu'en vérité, ce sont les Russes les bons, innocents et inoffensifs chatons? Encore un coup de George Bush!
Ça fait un moment que cette histoire de Géorgie couve, et qu'elle s'émaille de mois en mois de petits incidents de plus en plus remarqués. Le dernier dont je me souviens, c'est un missile russe tombé "par erreur" sur le sol géorgien, il y a quelques mois. Moi qui habite un pays voisin de la Russie, je sais bien que les "erreurs" fréquentes et répétées des Russes (surtout en incursions par l'aviation militaire, mais aussi sur bien d'autres plans...) ne sont que des signes d'insouciance primesautière, d'innocence bon-enfant et de notre vilain-pas-beau acharnement insensé contre ce grand pays qui ne veut que le bien de ses voisins!
Bon, blague à part, je suis bien d'accord avec le fait que les Americains sont en train de tourner en rond dans un cercle vicieux de peur avec un grand P, tout comme d'ailleurs les Européens qui fonctionnent tout pareil, exacte-même mentalité sauf que chez nous ca se situe au niveau social. Mais de là à transférer le problème, de là à rendre l'Amérique responsable et à oublier les Russes, pardon mais non seulement c'est trop tendancieux, mais en plus c'est se tromper dangereusement.
Néo-cons ou pas néo-cons, il y aurait eu la même escalade géorgienne, alors dire que "c'est de la faute à Bush comme d'hab", je crois que c'est même faux?
Bush selon un site du Venezuela. Les photos sont parlantes, nul besoin de comprendre ce qui est ecrit. Il a simplement force un peu sur sa dose d alcool . - http://www.radiomundial.com.ve/yvke/noticia.php?995 ou http://gawker.com/5035885/bush-looking-drunk-at-the-olympics - Bush est-il vraiment responsable ? Entre Sarko et Bush, le monde est entre de bonnes mains :((((( Marie Paule.
Ayant buté, à la lecture de ce billet, sur la compréhension de la notion de guerre ou de bombardement "péemprif" utilisée dans le texte, voici un lien qui explique cette notion. http://www.irenees.net/fr/fiches/notions/fiche-notions-175.html
Bravo Alain Joxe, un article profond, très informé et très éclairant...
Article de qualité, merci Joxe et Médiapart. Il y a cependant un point faible dans l'argumentaire de J. lors ce qu'il ose l'analogie entre le Kosovo et l'Ossétie du Sud : "L'Europe acéphale mais consensuelle malgré les apparences se défend mollement mais fermement contre cette logique, malgré les beaux discours sur le droit des Etats à maintenir leurs frontières. Le petit impérialisme intérieur des Géorgiens ressemble à celui des Serbes et le « respect absolu des frontières d'Etat » est neutralisé, dans l'opinion, par le droit supérieur d'une population opprimée à s'insurger et à se libérer, et c'est ce qui l'a emporté au Kosovo." Amalgame entre d'une part, une agression occidentale contre une Yougoslavie hyper-endettée, aux abois, en désintégration, incarnant l'ultime pays "socialiste" européen à éradiquer, provoquée par une attaque en règle de l'OTAN sans l'aval de l'ONU et avec le soutien diplomatique allemand précipitant la sécession des états fédéraux "riches" du nord (Slovénie et Croatie) et de surcroît anciens alliés NAZIS ! (pendant que Mitterand tentait de soutenir l'allié historique serbe) et d'autre part, l'instrumentalisation US de la Géorgie comme cheval de Troie contre un adversaire russe, toujours utile au belliqueux empire malgré la disparition du bolchévisme. Mais le Kosovo n'est pas l'Ossétie du Sud. Le Kosovo était le prétexte pour un châtiment occidentale de la Serbie. L'agression géorgienne de l'Ossétie, une tentative impériale de harceler et faire plier la Russie. Joxe pratique une lecture droit-de-lhommiste du monde, qui l'empêche d'aller au bout de l'analyse.
Si je dénonce l'attitude d'une grosse partie de la presse française qui a globalement pris le ton “Les méchants Russes contre les bons Géorgiens”, c'est ce manichéisme simpliste qui m'est pénible. Le contraire me serait tout aussi insupportable. J'ai juste envie de journalistes qui informent sur ce qui se joue avant de nous embarquer dans ce parti pris facile et en l'occurrence pas très net. Je peux exprimer ça sans me prendre des "ma bonne dame"? Merci.
Il me semble que si l'on ne doit pas faire dans le simplisme (gentils russes défendant les Ossètes d'un côté ou USA-sauveur-du-monde-libre de l'autre), force est de constater que l'évolution de la "politique" de l'OTAN sur cette frontière sud de la Russie interroge amplement. Pourquoi cette tendance à l'expansion ? Qu'est-ce qui garantit le mieux l'équilibre et le calme dans ces régions ? .... Permettez-moi juste un PS en forme de fiction : des bases pour un bouclier anti-missile installées par la Russie dans les pays frontaliers des USA ....
Même texte après corrections. Bonjour, Pour l'avoir souvent entendu entre les deux guerres, j'hésite à parler de "marchands de canons", pourtant, ces mots s'imposent quand je lis Médiaparts, Alain JOXE et ses commentateurs. J'ai remarqué que des esprits bien intentionnés proposaient de fournir aux Géorgiens qui ne disposeraient pas de matériel lourd pour combattre les Russes, des fusées anti-aériennes portables "Stinge" ainsi que des mines anti-chars perfectionnées qui, placées en bordure de route, envoient un ou des projectiles perforants en direction du blindé qui passe. Or, les fabricants de ces matériels modernes et coûteux sont Nord-Américains, ce qui ne peut qu'augmenter leur chiffre d'affaires et leurs bénéfices chaque fois qu'un coup part. C'est pourquoi, je crains que ces raisons de faire la guerre au Koweit, en Irak, en Afganistan et même en Iran n'aient été parfois oubliées d'ailleurs comme celles des transnationales (et non pas multinationales) originaires du même pays et qui ne font pas qu'une boisson pétillante colorée au caramel. En plus des "pétroliers", les "munitionnaires" sont souvent désireux de voir naître et se développer les conflits qui accablent tant de populations. A nous de le rappeler pour tenter de limiter leur influence sur les décisions des gouvernements fussent-ils impériaux. Enfin, un autre question de mots, pourquoi écrire TECHNOLOGIE = ETUDE des outils, méthodes et procédés, inutilement plus long que TECHNIQUE = SAVOIR-FAIRE sur un métier, un art... qui, dans la plupart des cas, conrrespond mieux au sens voulu. Merci pour votre attention patiente. Jacques Brillot j.brillot@neuf.fr
Merci à Joxe qui en intégrant les analyses spécifiques du conflit géorgien dans son contexte mondial (la globalisation?) nous permet enfin une analyse plus rationnelle. Deux questions: Comment interpréter l'action de la présidence française semblant en contradiction avec ses positions récentes sut l'OTAN ? (le narcissisme sarkozien, c'est un peu simpliste) ? Les bruits de bottes sont toujours bienvenus pour masquer l'impuissance face aux crises économiques. Y a-t-il cette tentation ? Si oui, l'Europe joue avec les allumettes.
Merci de nous permettre d'entendre "un autre son de cloche"qui n'accepte pas le consensus apparent comme la vérité. Il n'y a pas de "gentils et de méchants" en politique, mais des stratégies diverses afin d'atteindre son but. Il n'est pas nécessaire de juger mais d'analyser sans se laisser berner par les apparences souvent trompeuses, au delà du bourrage de crâne , et des peurs collectives et individuelles. Et cela, il est impossible de le faire seul. C'est une des raisons essentielles de soutenir la presse libre qui informe même si ça dérange.
Créer des tensions de plus en plus fortes dans le monde, n'est-ce pas aussi un bon moyen pour les Conservateurs d'aider Mc Cain à se faire élire ?
Le Parallèle fait avec le Kosovo et la Serbie est-il totalement pertinent ? Il ne faut pas oublier qu'il n'y avait pas en ex Yougaslavie ou proche d'État susceptible de jouer les gendarmes. En tous les cas, l'Albanie, nain politique et stratégique, ne pouvait pas jouer le rôle de la Russie, géant politique intéressée au maintien du statu quo ossète. Et personnellement, je ne vois pas en quoi distribuer massivement la nationalité et des passeports russes aux ossètes favorise l'autodétermination de ces derniers. A moins de considérer que ces derniers souhaitent être rattachés à la fédération russe, mais ce n'est pas ce que j'ai cru comprendre, il me semble que la Russie profite de son statut de protecteur pour annexer "en douceur" une partie du territoire géorgien. Et le pire, c'est qu'in fine l'agression géorgienne favorise ce dessein !
Merci Somni, c'était exactement ce que je pensais. Et la soi-disant agression géorgienne n'est pas dûe qu'à une sorte de manque de contrôle par des individus aux desseins calculés au sein de la Géorgie, ni non plus par les Etats Unis de Bush même si cela est vrai aussi dans une petite mesure. C'est la Russie, géant incontournable de la région, passage obligé, permanent et éternel partenaire qu'on le veuille ou non, et qui en joue en permanence comme un énorme colosse qui prendrait ses aises et contre qui les nains forcés de partager la même banquette, ne pourraient jamais rien, c'est la Russie, qui est aussi rompue et experte à provoquer insidieusement de ces situations où elle pourra être vue comme victime se défendant légitimement.
Que l'on soit contre Bush et contre la politique actuelle américaine de "conflit des civilisations", c'est certes louable et juste, mais que cela en aveugle à ce point au sujet de l'éternel cavalier-seul-doigt-levé de la Russie, c'est un nonsens mais c'est surtout dangereux.