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Haine publique et vieilles lanternes

 


Ecrans.fr a bien voulu accueillir mes chroniques, et a gentiment accepté qu'elles soient librement republiées dans ce blog. L'original de ce 1er épisode est là: http://www.ecrans.fr/BBS-Ne-pas-cacher-cette-haine-que,15887.html.

 

Photo CC-BY eldh

« La guerre n’est que la simple continuation de la politique par d’autres moyens » : l’Union des Étudiants Juifs de France (UEJF) semble avoir intégré la phrase de Clausewitz à son ADN depuis longtemps puisque, depuis près de 20 ans, sa politique concernant Internet ressemble à une guerre de tranchées. Reprenons.

 

Un peu d’histoire

 

Début 1996, l’association avait déposé plainte contre 9 fournisseurs d’accès (annecdote amusante : le président de l’UEJF de l’époque en avait trouvé la liste dans un opuscule Que sais-je qui n’était pas très à jour) pour avoir permis l’accès du public à des propos négationnistes. Elle n’avait pas porté plainte contre les sites en cause, notez bien, ni même contre leurs hébergeurs, mais contre les FAI eux-mêmes. À l’époque, Stéphane Lilti (car si les membres de l’association changent avec le temps — le statut d’étudiant étant de nature transitoire —, son avocat, lui, est toujours le même) affirmait au tribunal « Les fournisseurs sont co-éditeurs (...) et sont comptables de ce qui se passe derrière la porte qu’ils ont permis d’ouvrir ».

En Avril 1997, l’UEJF remet ça. Cette fois il s’agit d’une chanson de Jean-Louis Costes, dont le texte — violemment raciste et choquant — se veut « représentatif des aspects négatifs de la nature humaine ». C’est de l’art (et le thème du spectacle de Costes), mais le texte est difficilement supportable : outrancier, très provocateur et, surtout, décontextualisé par sa publication sur le Web. Devant le refus d’effacer son texte, l’association porte plainte non seulement contre l’artiste mais aussi contre son hébergeur : Altern.

L’affaire des objets nazis fait grand bruit : en mai 2000, le portail Yahoo ! propose des enchères en ligne et, parmi celles-ci, une collection d’objets nazis (drapeaux, médailles, croix gammées...) est proposée à la vente. La LICRA et l’UEJF portent plainte, et gagnent leur procès en obtenant de la justice, déjà, l’obligation pour l’intermédiaire de filtrer les contenus qu’il présente aux citoyens français.

Ça continue, en 2001, avec la mise en cause de Napster, service de partage de musique sur lequel certains utilisateurs mettent en ligne des chants et des discours néo-nazis. Encore et toujours, l’UEJF s’attaque à l’intermédiaire technique plutôt que de mettre en cause les auteurs des supposés délits. Mais le combat est perdu d’avance : la directive européenne 2000/31 (transposée quelques années plus tard en France dans la Loi pour la Confiance dans l’Économie Numérique) est passée par là, qui impose des limites aux responsabilités juridiques des intermédiaires techniques sur les contenus qu’ils transportent ou qu’ils hébergent.

La bataille est perdue, mais la guerre se poursuit. Et nous voici au présent, avec des déclarations politiques affirmant, pour toutes sortes de motifs, que le statut des intermédiaires doit évoluer : le débat récent sur la neutralité du Net (dans lequel certains demandent que les FAI filtrent les contenus qui les dérangent — du partage non-marchand, à la pédophilie en passant par les paris illégaux, la liste est longue) n’est que le dernier en date. Il y a eu l’ACTA, qui voulait imposer des sanctions pénales aux acteurs du Net qui n’auraient pas censuré le piratage de leur propre chef. Il y a eu le CSA, qui promeut l’idée d’une régulation générale des contenus en ligne (sous son contrôle). Et il y a la mission Lescure, qui rendra bientôt ses conclusions et dont le principal intéressé a déclaré récemment qu’il allait « falloir revenir sur la définition d’un certain nombre de statuts d’aujourd’hui, à commencer par celui d’hébergeur ».

 

#UneBonnePub

 

C’est donc le bon moment, dans cette guerre, pour que l’UEJF tente une contre-offensive et porte plainte contre Twitter dans l’affaire du « mot-dièse » #unbonjuif. Affaire qu’elle gagne, en annonçant une « victoire historique » alors que la décision est pratiquement identique à celle rendue dans l’affaire Yahoo !, il y a 13 ans déjà.

Je sais : l’histoire est une matière un peu chiante. Mais je crois que cette petite rétrospective est nécessaire, si on veut comprendre les enjeux au delà de la simple actualité judiciaire : il ne s’agit ni d’une attaque isolée ni d’une simple réaction à un phénomène récent. C’est une stratégie de long terme, invariable et fermée à toute négociation, dont l’objectif est la responsabilisation des intermédiaires.

Le fait que l’UEJF (toujours rejointe par la LICRA une fois l’attaque déclenchée) s’attaque, de façon systématique, à l’intermédiaire plutôt qu’à l’émetteur des contenus mis en cause n’est pas anodin. On ne cherche pas à punir le responsable au premier chef, mais à garantir que — dans le futur — on aura les moyens de faire censurer tout propos dérangeant par un intermédiaire sans avoir besoin d’en passer par un juge. Et l’UEJF n’est pas la seule à le souhaiter, loin de là, et tant pis si au passage c’est toute la notion du droit à la liberté d’expression telle qu’elle est définie par les déclarations des droits de l’homme qui disparaît : l’UEJF se croit en guerre, et si les droits fondamentaux en deviennent les victimes collatérales, eh bien, tant pis.

C’est une stratégie gagnante à tous les coups : si on perd le procès, on dénonce le « non-droit » sur Internet en demandant que la loi change pour contraindre les intermédiaires à se soumettre aux volontés de censure diverses et variées. Et si on le gagne, on fait évoluer la jurisprudence, et on aura plus de poids lorsqu’on enverra la prochaine lettre demandant à un hébergeur de faire taire son client.

C’est aussi la stratégie stupide du général qui demande à ses soldats de se tirer une balle dans le pied : toute l’armée touche sa cible, c’est sûr, mais à quel prix !

Responsabiliser les intermédiaires pour les contraindre à censurer de façon « pro-active » les contenus litigieux, illégaux ou même criminels est stupide, oui, je le répète, et (au moins) pour trois raisons.

 

Inutile Anastasie

 

D’abord, et surtout, parce que c’est inutile, voire dangereux.

Inutile parce que — le tribunal l’a dit pour #unbonjuif comme il l’avait déjà dit à de nombreuses reprises — le droit national s’applique sur Internet comme ailleurs. Si l’UEJF portait plainte (contre X, pas en référé), contre les auteurs des tweets les plus racistes plutôt que contre l’outil qu’ils ont choisi d’utiliser pour s’exprimer, alors la justice ferait son boulot. Un juge instruirait, en demandant si nécessaire à Twitter de conserver les données permettant l’identification des responsables le temps pour qu’une commission rogatoire internationale (ou pas : la question de la territorialité de la loi reste entière et j’y reviendrai) contraigne le moteur de micro-blogging à lever l’anonymat des auteurs, de manière à les poursuivre individuellement pour leurs actes.

Ce serait plus lent. Oui. Le sentiment d’injustice face à des abrutis haineux se croyant à l’abri de leur pseudonimat serait douloureux. Oui. Oui, la justice est lente. Mais elle est lente aussi parce que, justement, la justice n’est pas une affaire de sentiment, mais de droit. Quand elle devient expéditive, alors on peut le prendre par tous les bouts : ce n’est plus la justice mais la loi de Lynch.

Inutile aussi parce que ce ne sera pas parce qu’on aura contraint Twitter à censurer tout ce qui contiendra le mot « juif » qu’on aura fait disparaître l’antisémitisme. Oui, avec l’avènement d’Internet, les racistes ont trouvé un terrain qui va au delà du cercle familial et du bistrot du coin pour tenir leurs discours de haine. Mais non, ce n’est pas en l’ignorant, en le cachant aux yeux du grand-public, qu’on aura résolu le problème. Le racisme vient de l’ignorance, de la peur de l’autre, et Internet — justement — est le meilleur des lieux pour apprendre à mieux connaître l’autre. En faisant disparaître les discours de haine on ne fait que cacher sous le tapis un phénomène qui en ressortira, tôt ou tard, encore plus fort.

A l’occasion du buzz médiatique et politique entourant le succès de ce hashtag haineux, on aurait pu espérer que les associations antiracistes, plutôt que d’en profiter pour se faire de la publicité à bon compte, l’utilisent pour rappeler que le dimanche 27 janvier, c’était le 63e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, et la commémoration du 71e anniversaire des rafles de juifs en 1942 (dont celle du Vel d’Hiv) date de la semaine dernière. La presse en aurait peut-être parlé d’avantage qu’elle ne l’a fait : l’occasion était adaptée, l’actualité était là, l’attention des médias aussi, quoi de mieux que d’utiliser Internet pour rappeler à quelles horreur a mené, dans notre histoire, la haine raciale, plutôt que de simplement en profiter pour se féliciter d’une minuscule victoire juridique ?

Dangereux, enfin, parce que, dans un monde dans lequel les intermédiaires censurent de leur propre chef — comme le demandent les tenants de leur responsabilisation — les délits ou les crimes n’apparaissent plus pour le grand public ou les autorités, mais ils sont quand même commis. Ce ne sera pas parce que Twitter censurera, en France, tout ce qui contiendra le mot « juif » que la haine raciale disparaîtra. Et ce n’est pas non plus quand on filtrera les forums de discussion des adolescents que la pédophilie disparaîtra : tout au plus empêchera-t-on que les services de police spécialisés infiltrent ces réseaux pour pouvoir identifier ces malades. Ce n’est pas en demandant à de simples entreprises, fussent-elles géantes, d’empêcher le constat des crimes et des délits, qu’on les limitera.

La seconde raison pour laquelle cette guerre (comme toutes les guerres ?) est stupide, c’est parce que — comme l’armée qui se tirerait dessus, elle est fondamentalement contre-productive.

 

Balle, Pied, tout ça

 

Bien sûr, le racisme prend aux tripes. On y réagit instinctivement, on ne veut pas voir ça, ni l’entendre. La tentation de la censure est grande. Mais il existe, et ce n’est pas avec ses émotions qu’on peut et qu’on doit réagir. C’est avec sa raison. Si, demain, j’entendais ma femme de ménage se plaindre de ces nains au nez et aux doigts crochus qui accaparent la richesse nationale, je me sentirais mal, serais choqué, énervé. J’aurais envie de la virer, évidemment. Ce qui, évidemment, ne ferait qu’accroître son ressentiment et son rejet de l’autre. Il me semble que, bien que difficile, long et pas forcément suivi d’effets, la meilleure réponse serait pourtant de discuter, sans forcément attaquer en retour. De faire partager ma culture, d’expliquer les causes du rejet, les raisons pour lesquelles il est toujours plus facile de désigner un bouc émissaire que de résoudre les vrais problèmes.

À l’échelle d’Internet, plus que jamais, c’est cette stratégie-là que devraient choisir ceux qui luttent contre le rejet de l’autre. Ce sera tout aussi long, difficile, mais ce sera, enfin, aller dans la bonne direction plutôt que dans la mauvaise. Parce que, oui, la censure est la pire des options. Parce que, oui, la censure c’est l’arme des dictatures quand la raison est celle des démocraties. La dictature, comme le racisme, c’est la haine de l’autre, son interdit, son enfermement, son bannissement. Un dictateur ferait taire ceux qui pensent autrement, et vouloir utiliser les armes de son adversaire, c’est encore et toujours lui donner raison. Ce serait se tirer une balle dans le pied.

Si le sentiment raciste monte au point qu’on le voit débarquer en masse sur Twitter, alors plus que jamais il faut investir le Net pour apporter de la raison, apaiser les passions, démolir les mensonges, et finalement réunir les gens grâce à cet outil au lieu de refuser qu’ils expriment leur ignorance. Que les associations mobilisent leurs adhérents pour réagir aux tags racistes, avec de l’humour (même juif), de l’histoire, du partage, plutôt que de fermer leur Twitter pour ne plus voir « ça » et d’aller s’en plaindre aux médias traditionnels.

 

DUDH ? WTF !

 

Enfin, et c’est fondamental, Internet est l’outil qui a rendu possible l’exercice de la liberté d’expression à l’échelle internationale. La censure d’un Twitter, contraint de ne plus diffuser en France ce qu’une association lui demanderait d’interdire, implique que l’intermédiaire technique recrée sur Internet des frontières artificielles. La pseudo-solution consistant à faire appliquer localement des décisions judiciaires inapplicables à l’échelle internationale (parce que — par exemple — les Etats Unis n’acceptent pas d’interdire l’expression de la haine raciale, même anonyme) entraînera des effets secondaires que les tenants du filtrage oublient d’évaluer.

Oui, la loi française s’applique en France. Parfait. Mais oui, parfois, il est difficile de la faire appliquer à des sociétés étrangères qui n’en dépendent pas. La tentation d’une législation des réseaux identique à l’échelle mondiale (qui revient, parfois, comme lors du G8 de 2001) serait la négation des différences culturelles et historiques qui construisent nos sociétés, quand le respect de la différence devrait — là aussi — prévaloir. Quant au rétablissement des frontières numériques, qui semble à la mode ces jours-ci, c’est bien joli, mais que fera la France quand — ayant réussi à imposer à Twitter de ne plus faire apparaître certains contenus sur le territoire nationale — elle devra faire face à un tribunal iranien qui demandera, par exemple, à Orange ou à Free d’interdire à leurs clients de diffuser des photos de femmes non voilées sur des IP situées sur son territoire ? On accepte ? Parce que, si on veut pouvoir refuser, alors il vaudrait mieux d’abord cesser de demander aux autres l’application de nos lois...

Sinon, ce sera, à court terme, la fin d’Internet au profit de réseaux limités géographiquement aux citoyens de telle ou telle nation. Ce sera la fin, sinon des révolutions arabes, au moins de celles qui ont besoin de l’attention internationale pour éviter la répression sanglante. C’est ce vers quoi nous nous dirigeons, j’en ai peur, en oubliant que l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme implique « de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ». Sans. Considération. De. Frontières. Et un Internet découpé en morceaux territoriaux cessera aussitôt d’être le vecteur de ce droit fondamental.

Alors quoi ? Alors, je crois, il faut parfois savoir se satisfaire d’une demi-victoire judiciaire. Obtenir du juge, même si ce n’est pas suivi d’effets tangibles, la condamnation de tel ou tel propos ou de tel ou tel contenu. Ce n’est pas rien. Ce type de décision n’amène pas forcément la punition des responsables (et, dans le cas d’espèce de #unbonjuif, l’UEJF tient-elle vraiment à faire condamner ce qui n’est sans doute qu’une bande de gamins mal élevés et illettrés ?), mais elle rappelle les principes qui fondent notre culture commune. Et on peut rebondir dessus pour, là encore, informer, partager, avoir une action pédagogique plus large.

Bien sûr, c’est compliqué. Bien sûr c’est un combat plus long, plus difficile et moins rapidement gratifiant que le buzz mondial obtenu quand on force un géant du Net à censurer autrui.

Mais cette bataille là, quotidienne, fastidieuse, souvent vaine, est au moins un combat qui vaut qu’on le mène.

Pas la censure.

 

Tous les commentaires

01/02/2013, 13:36 | Par TakuanSoho en réponse au commentaire de richard crevier le 01/02/2013 à 09:13

Tut tut ... MP va certainement recevoir d'ici peu une demande de filtrage de ce sujet ! Parler des palestiniens sera bientot interdit sur la toile par décision de UEJF

01/02/2013, 15:25 | Par Jacques Bolo en réponse au commentaire de TakuanSoho le 01/02/2013 à 13:36

Ce n'est pas le sujet: Tentative de diversion ou stupidité?

03/02/2013, 10:57 | Par JJames en réponse au commentaire de richard crevier le 01/02/2013 à 09:13

Evidemment dès qu'on lit le mot "juif",  il y a un connard pour écrire "palestinien".  

Je me demande si le même écrit "kurde" dès qu'il entend "turc"

ou "tibetain" dès qu'il entend "chine"

ou "Kashin" quand il lit "Birmanie".

Je parie que non, certaines indignations sont plus selectives que d'autres ...

05/02/2013, 13:52 | Par Jacques Bolo en réponse au commentaire de JJames le 03/02/2013 à 10:57

Ne sous-estimez pas la généralité de la connerie.

01/02/2013, 13:20 | Par punku

Le fait de considérer qu'une fraction de la population identifiée sur la base d'un critère génétique, religieux, sexuel, ou idéologique est différente et supérieure ou inférieure à une autre et qu'elle doit faire l'objet de discriminations positives ou négatives est intrinsèquement raciste.

01/02/2013, 13:24 | Par behemothe

Et si on parlait de l'avalanche des hoax racistes sur l'Islam?

Quelques liens? ici et ici où sont répertorié tous les hoax et dieu sait si cela ne manque pas. Mais n'est-ce pas Israël reçoit Marine Le Pen et on voit des vidéos sur internet pronant la guerre des civilisations entre le judéo chrétien et l'Islam arriéré et rétrograde où on voit de nombreux israéliens soutenir ce discours.

 

01/02/2013, 15:30 | Par Jacques Bolo

Il n'est pas anormal de porter sur internet la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Si elle connaît les mêmes limites que pour la presse, c'est normal (et critiquable) aussi.

Mais on ne peut pas "défendre internet" parce que c'est internet (ou tout simplement, la loi française n'est pas la loi américaine). Ce que ce billet a un peu tendance à faire.

04/02/2013, 09:59 | Par Brusseleir en réponse au commentaire de Jacques Bolo le 01/02/2013 à 15:30

Sujet complexe. Un exemple parmi des milliers : dans un blog "animé" par M. Assouline, auteur de nombreuses biographies d'écrivains, il a été débattu récemment de la publication ("papier") des écrits antisémites de Céline – autre sujet intéressant en soi : fallait-il publier ces écrits abjects et dans quelles conditions ? Le responsable (canadien, sauf erreur) de l'édition avance qu'une bonne édition annotée et présentée vaut mieux qu'une édition prétendue neutre qui sert en fait l'antisémitisme.

Or, que pouvait-on lire – après modération – de la part d'un intervenant, par ailleurs éditeur (Philippe Régniez, au Paraguay, à l'enseigne des "Éditions de la Reconquête") il y a quelques années de certains de ces écrits (rappelons que la publication de ceux-ci était interdite non pas par la France mais par la veuve de Destouches, suivant la volonté de l'écrivain, courageux mais pas téméraire, comme l'a montré sa fuite sous protection nazie en 1944) ? En substance, que le problème n'était pas posé par l'auteur – le médecin antisémite, fasciste, pro-nazi et ami des bêtes – mais par les lecteurs d'aujourd'hui (à la différence de ceux d'hier, on suppose) qui ne seraient pas capables d'entendre les "leçons" (authentique) de Céline.

En d'autres termes, suppose-t-on, nous ne serions pas capables de comprendre que Céline avait raison de réclamer dans les termes les plus infects la destruction des juifs, avant et pendant que celle-ci avait lieu (quelque 6 millions de personnes tuées) dans tous les pays occupés par les nazis et en France, à l'instigation du régime fasciste pro-nazi de Putain et de Laval ?

À mots couverts, l'antisémitisme le plus primaire via l'internet, tombant sous le coup de la loi. Alors, comment réagir ? Faut-il réagir ?

06/02/2013, 11:11 | Par Jacques Bolo en réponse au commentaire de Brusseleir le 04/02/2013 à 09:59

Le cas Céline (ou Mein Kampf) est un peu bateau. Internet pose plutôt de pb de la conséquence directe, puisqu'on en voit les conséquences dans la production en ligne.

La réponse est donc simple: il est évident qu'on ne devient pas antisémite en lisant Céline (la plupart du temps, on l'est déjà). Les lois ne sont pas générales mais statistiques: certains le deviennent bien. La question est pourquoi. Et la réponse est aussi simple: Ceux qui sont antisémites le sont parce qu'ils produisent certains types de raisonnements, comme Céline (style identitaires: je viens d'en parler dans mon bouquin sur Finkielkraut qui produit les mêmes).

Tout le pb est de savoir si des raisonnements corrects peuvent convaincre la majorité (cf. stats: il y aura toujours des cons). Sinon, il faut donc sévir (et sévir de toute façon pour les cons en question - c'est à ça que servent les lois).

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