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Mai

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La charrette, le brouilleur et même pas Twitter

Sarkozy en 2007Sarkozy en 2007© Reuters

Moi aussi j’avais ri. En 2007, Sarkozy sur un cheval en Camargue, jeans et chemise à carreaux pour son dernier déplacement de campagne et, à quelques mètres, une charrette pleine à craquer de journalistes. Comme un symbole des dérives de la politique spectacle et de la presse aux ordres. Sûrement, j’avais pensé que jamais, au grand jamais, je ne serais de ces journalistes. Je ne les jugeais pas, je me croyais à l’abri.

C’était penser trop vite. Mercredi, j’étais à Alger pour couvrir la visite de François Hollande. Il avait prévu de commencer par une « déambulation » (le jargon “hollandais” de campagne, importé à l’Elysée, pour dire “bain de foule”, “serrage de mains” et belles images au 20H). La presse est arrivée avec plusieurs heures d’avance –c’est souvent comme ça, les voyages officiels, on attend. Longtemps, parfois très longtemps.

Mercredi, à Alger.Mercredi, à Alger.© L.B.

Sur le front de mer, les Algérois se massent derrière des barrières, dûment fouillés, contrôlés, filtrés par les services de sécurité bientôt aussi nombreux que la « foule » elle-même. Tout est sous surveillance. Il y a des raisons de sécurité : en Algérie, le risque d’attentat ne relève pas du fantasme total. Il y a aussi des raisons politiques : pas question de voir l’opposition débouler, pas un islamiste ni un syndicaliste en vue, mais quelques portraits du président algérien et des slogans tout ce qu’il y a de moins politique. « One two three, viva l’Algérie » mais pas de « visas, visas ! » comme en 2003 lors de la visite de Jacques Chirac. Il y a aussi la com’ : veillons aux images qui feront la Une des journaux et aux reportages qui décriront la « foule en liesse » accueillant Hollande et Bouteflika.

Mercredi, à AlgerMercredi, à Alger© L.B.

Sur le boulevard, on est plusieurs dizaines de journalistes badgés, cordon jaune autour du cou. Devant nous, deux camionnettes aménagées avec un petit escalier (pour qu’on voit bien) sur lequel on est prié de se planter. Deux heures d’attente et voilà le cortège. On n'y voit rien, en fait. La délégation de costumes sombres (très très peu de femmes) est imposante. Elle marche vite, enfin aussi vite que le peut Bouteflika. Elle passe de gauche à droite, serre les mains, fait coucou aux balcons.

Dans l'avion du président, y’avait aussi Jean-Pierre Elkabbach, invité officiel de François Hollande (mais ça ne l’empêchera pas de l’interviewer vendredi matin sur Europe 1, je vous rassure). En attendant, ce mercredi après-midi, on est devant, à les regarder, sur notre charrette à moteur, roulant au pas, sous les cris des photographes qui cherchent le bon angle et les tirs à blanc des cavaliers berbères.

Le brouillage des téléphones, mercredi à Alger.Le brouillage des téléphones, mercredi à Alger.© L.B.

Au pied de la camionnette, un officiel algérien, une valise à antenne à la main. Ah oui, parce qu’en présence de Bouteflika, tous les téléphones sont brouillés. Plus de réseau pour éviter le déclenchement d’une bombe. C’est con, on peut même pas twitter. Reste l’ennui et un malaise grandissant. C’est long, vingt minutes. Vingt minutes à me dire, à nous dire (oui, hein, parce que mes confrères ne sont pas ravis non plus de figurer au cirque) : « Mais qu’est-ce que je fais là ? »


PS : Je couvre l’Elysée pour Mediapart et je suis régulièrement amenée à suivre François Hollande dans ses déplacements à l’étranger. J’aime bien ça, ça m’intéresse. La visite en Algérie était particulièrement importante. Elle ne se résume évidemment pas à ces vingt minutes (cf. mes articles ici, et encore ).

 

 

 

Tous les commentaires

+1

 

Superbe angle de vue ! Merci...Sourire on s'y croirait, en étant content de ne pas y avoir été !

Vos billets sur Hollande sont super intéressants. Bonnes Fêtes de fin d'année à vous.

 

 

ça date un peu, mais il y a aussi Hollande en traineau...

Faut couper les têtes

pour raser

ces oligarchies

crasseuses

.

 

Merci pour ce billet qui nous permet de cerner les événements sous un autre angle. Utile. 

costumes sombres (très très peu de femmes)
Elle marche vite, enfin aussi vite que le peut Bouteflika.

Ce n’est pas anodin, comme remarque ça nous rappelle, d'autres mauvais souvenirs.

une valise à antenne à la main
C’est con, on peut même pas twitter.
Comme quoi ont trouve toujours quelque chose d'amusant ..

Très beau billet, plein de malice :)

 

Ben moi il me fait plaisir ce petit billet d' auto-dérision en sorte de fable de La Fontaine moderne.

Joyeux noel.

Vingt minutes sans pouvoir "twitter", quelle abominable chose. Mais au bout des vingt minutes, yeah, tweet agai-ain !

Chere Lenaig (desole,je ne sais pas taper les accents ou autres) d'abord Bon Noel et merci a toute la redaction.

J'etais un peu inquiet par le passage a gauche de la France et de la reaction de Mediapart,je suis rassure.

Ayant publie le 27 novembre 2010 un billet intitule:A qui se fier?

Sans vouloir donner de lecons a qui que ce soit,je crois qu'il est toujours d'actualite.

Encore merci a Mediapart.

Désormais, dans la politique spectacle, journalisme et communication sont mélés dans un fusion chaotique. Il faut lire les journaux gratuits (metro, 20 minutes, direct soir, matin plus...), où publi-reportages et articles de surface se confondent dans un salmigondi abêtissant. Dans ces journaux, le journaliste est clairement chargés de tordre l'info, vers les intérêts des actionnaires...Pour faire du journalisme, l'idée pourrait paraître simple, lorsqu'il y a 50 journalistes, cantonnés derrière une barrière, c'est sans doute qu'il n'y a pas grand chose à dire  : c'est souvent de la com et nombreux sont ceux qui se laissent encore séduire. Lorsque il n'y a qu 'un seul journaliste, et que ça chauffe, c'est sans doute que les journalistes n'ont pas été invité et il y a des raisons à cela. Il y a plus de chance que ce soit du journalisme, mais c'est autrement plus risqué et bigrement plus rare. Finalement le meilleur journaliste est il celui qui se fait accréditer ou celui qui rentre sans frapper ? 

A Bugarach parait que le% de journalistes et de policiers  vis à vis du nombre d'habitants était encore plus ahurissant '@si"

Merci de nous avoir fait partager ce regard et cette très sympathique auto-dérision, qui nous conduisent à conclure que le changement ce n'est décidément pas maintenant.

OK, la première photographie est bien, mais pour ma part je regrette que vous n'ayez pas publié celle où non seulement on voit N.Sarkozy sur son cheval mais à coté de lui N. Kosciusko-Morizet, elle aussi sur un cheval blanc.Parceque cette photographie là avec les journalistes qui ont bien voulu être trainés comme du betail dans une remorque,il faudrait pouvoir lui montrer bien en face chaque fois qu'elle voudra se présenter comme une soit disante renovatrice de l'éternelle droite méprisante et droit dans ses bottes. 

3105619.jpg            Nathalie-Kosciusko-Morizet-Nicolas-Sarko

Retour de boomerang. Il est à espérer que vous n'étiez pas la seule journaliste a avoir ce resenti... Petite critique, dépendance à tweeter, ennui, dans le cadre de sa profession, un journaliste se doit d'exercer sa curiosité et son écoute, son regard sur les autres?

Je vous taquine, mais votre article tres clairvoyant au demeurant, m'interpèle sur le journaliste invité spécial, telle une anguille, il sera parvenu à être l'invité de la plupart des présidents français. Pourquoi? Il faudrait peut-être investiguer sur cette question?

-

Dans les années Boumédienne, les salariés des sociétés nationales à Alger était régulièrement "autorisés" par des notes écrites (sur les tableaux d'affichage) et oralement par leurs supérieurs de cesser le travail à une heure précise pour se masser sur le trajet du cortège, afin d'accueillir chaleureusement le visteur du jour. Cette pratique bien connue à l'époque semble perdurer de nos jours.

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