Vladimir Vyssotski - «Celui qui n'a pas tiré»
J'vous vends pas des salades, ce n'est pas la saison
J'voyais pas une parade, mais mon exécution.
D'où me vient ce destin, ce triste itinéraire ?
Je ne sais que trop bien, mais j'ai promis d'me taire.
Mon commandant a failli me sauver, mais
Mon crime n'est pas de ceux qui se rachètent
Le peloton obéit sans traîner
Mais y'en a un qui n'a pas pressé la gâchette
Mon sort est tout tordu, d'ennui en anicroche :
J'ai la langue bien pendue mais je n'ai pas de poche !
Et notre commissaire, — un zélé communiste —
M'a mis dans ses affaires, m'a inscrit sur sa liste.
Puis il dévoila les faits fracassants
Dans des chemises reliées et des pochettes
Tout le monde y était impuissant
Sauf le p'tit gars qui n'a pas pressé la gâchette.
La main tombe dans le vide, un « Feu ! » déchire l'air :
Cette salve sera mon guide vers l'aut' côté d'la terre.
Mais j'entends « Il respire, soignez-moi cette enflure !
On fusille pas deux fois, même quand y'a une bavure. »
Et le docteur n'en croyait pas ses yeux
Il retirait les balles, secouant la tête.
Et moi en douce, dans mon délire fiévreux,
J'parlais au gars qui n'a pas pressé la gâchette.
Je soignais mes blessures, les léchant comme un chien
Malgré ça populaire chez le genre féminin
De tous les hôpitaux où j'étais d'aventure
« Hé, viens, l'inachevé, c'est l'heure de la piqure »
Notre bataillon écrasait les Prusses
Et j'envoyais mon glucose en Crimée
Pour que la guerre soit un p'tit peu plus douce
Pour qui ? Bah celui qui n'a pas tiré
Buvant de la soucoupe mon thé parfois corsé
J'ai pu rejoindre nos troupes, vu que j'n'ai pas clamcé.
Mon commandant me dit « Prends ton fusil mon gars
Et cette bavure mon p'tit, Je crois que j'm'en plains pas »
J'me plaindrais pas non plus, mais en sanglots
Comme une baleine, je mugis dans le pré.
Un allemand a achevé l'boulot
En tuant celui qui n'a pas tiré.
Titre original : «Тот, который не стрелял» (Владимир Высоцкий, 1973)



Tous les commentaires
Pensee pour Marina Vladi.MERCI pour ce cadeau.
Il tourne régulièrement sur ma platine, ce vieux Vladia... Si je savais le faire, je mettrais bien en ligne "Les cabans noirs"... "Za nache spinoïou..." :-)
http://www.youtube.com/watch?v=A6DBTGtKWOc
On nous a dit publiquement aujourd'hui : «mourez en héros !»
On essayera, promis ! On verra le tournant que ça prend.
Mais j'ai juste pensé, en fumant la clope d'autrui
Chacun va faire ce qu'il peut, moi je veux voir le soleil levant
À vrai dire, en règle générale je ne suis pas très bon client des chansons "de guerre" de VV. Je préfère ses séries sur le sport, ses satires sur les voyages à l'étranger, la société soviétique...
Mais «Celui qui n'a pas tiré» a un feeling particulier, et surtout cette chute, simple et géniale.
Merci. Rien ne vaut cependant l'original, l'immense Vladimir soi-même:
C'est épatant, j'ai adoré cette chanson de Vissotsky et bien d'autres sans en comprendre plus que trois mots !
et vous traduisez en vers, en plus. Merci pour le cadeau !
et comme dirait la foule enthousiste "Une autre , une autre ! "
"Le chat noir d'Okoudjava", ..please .. .
Attention! le chat de Boulat Okoudjava arbore une moustache, qui pourrait faire ici jaser plus que de raison...
Mais ce chat-là auquel vous faites allusion ne s' attrape pas "à la rondelle de saucisson" ( c koussotcha kalbassi )
Qu'ils jasent qu'ils jasent ... , ils oublient que le diable n'est plus à Moscou, il est à Paris ;-)
Merci, ce genre de réaction fait très plaisir sachant à quel point traduire du Vyssotski peut sembler vain et ingrat. Cette version a été écrite dans le but d'être chantée, le sens/propos original est donc par moments altéré au nom du rythme et de la rime (dans le dernier couplet, c'est un véritable massacre, mais je n'ai pas pu trouver mieux...)
Il est également curieux pour moi de noter que c'est ce morceau qui suscite des réactions alors que je trouve ma traduction de la "Visite d'une Muse" techniquement plus réussie, ou devrais-je plutôt dire "plus chanceuse".
La "Chanson du chat noir", j'ai bien une esquisse (étonnant, n'est-ce pas ?), mais justement je bloque totalement sur le troisième couplet (restituer le sens et le jeu de mots est déjà une gageure, et je ne parle même pas de coller tout ça sur ce rythme très particulier). Je ne peux donc rien promettre (parfois il me faut des années pour passer d'un embryon de traduction qui tourne dans ma tête à un résultat plus ou moins finalisé).
Aljosa, pozalstva !
malenkij kot :)
Je mets en marque page pour revenir plus tard...
bonjour
Je cherche depuis toujours les chansons chantées en francais par vladimir ou puis je les trouver ?
Je n'en connais que deux : "La fin du bal" (aka "Le vol arrêté") et "Rien ne va"...
http://www.youtube.com/watch?v=qz2u4HvVkEM
http://www.youtube.com/watch?v=KIxloPaTZZ4
Superbes chansons, la voix de Vladimir s'imprime sur la langue française aussi magnifiquement que sur la langue russe, de façon à la marquer à jamais.
Okoudjava, Vissotsky, il fut un temps pas si lointain où je me les passais en boucle. Merci de me donner envie d'y revenir.... Dommage que je ne les ai qu'en K7 !
PS: quelqu'unn je crois N. Boublitcki, a publié il n'y a pas longtemps un billet sur Boulat Okoudjava. Dès que je le retrouve, je le mets en lien....
Chose promise....
http://www.mediapart.fr/club/blog/n-boublitchki/170910/boulat-akoudjava-bulat-okudzhava
Merci :]
Quel plaisir de retrouver cette musique ici !
Je l'écoute surtout en hiver, de même que Boulat Akoudjava..
Merci
Et surtout, juste en dessous et par le même, ma préférée.... qui me donne chaque fois envie de pleurer (même si je ne comprends pas les paroles):
>ma préférée.... qui me donne chaque fois envie de pleurer
>(même si je ne comprends pas les paroles):
Boulat Okoudjava - "Pense à moi un peu" ou "La Prière de François Villon"
traduction : Jean Besson, François Maspero (1983)
Tant que la terre tourne encore, tant que le jour a de l'éclat,
Seigneur, donne à chacun de nous ce qu'il n'a pas :
Donne au sage une tête, un cheval au peureux,
Donne à l'homme heureux de l'argent... et pense à moi un peu.
Tant que la terre tourne encore, Seigneur, elle est en ton pouvoir !
Donne à qui veut régner l'ivresse du pouvoir,
Donne, au moins jusqu'au soir, repos au généreux,
A Caïn le remords... et pense à moi un peu.
Je sais : pour toi tout est possible, et je crois en ton sage esprit,
Comme un soldat mourant croit en ton Paradis,
Comme croit chaque oreille à tes propos de paix,
Comme à soi-même on croit, sans savoir ce qu'on fait !
Seigneur Dieu, mon Seigneur, toi dont l'oil vert rayonne,
Tant que la terre tourne encore et soi-même s'étonne,
Tant qu'il lui reste encore et du temps et du feu,
Donne à chacun sa part... et pense à moi un peu.
Une autre traduction, plus littérale :
http://www.ipernity.com/doc/daniela.lucie/7696270
Oh vraiment mille mercis, Lëshat ! Formidable cadeau ! Je me souviens, il y a quelques années, j'avais essayé de l'apprendre par cœur... phonétiquement !
PS: Et Lëshat roux qui est dans votre profil, c'est celui chez lequel vous habitez ?
Cëshat roux héberge gracieusement mes parents =^o^=
Cëlui qui m'héberge est noir, comme celui de la chanson d'Okoudjava....
Et, pour l'hiver qui s'annonce (et revenir au sujet central de ce billet), à écouter au chaud devant un feu de bois. On aimerait en être, non ?
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Si fort, type vodka pas frelatée ! merci.