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NUCLEAIRE ET DEMOCRATIE

NUCLEAIRE ET DEMOCRATIE Le nucléaire en France est un concentré des travers de l'héritage historique de la vie économique et politique de notre pays.


Le nucléaire en France est un concentré des travers de l'héritage historique de la vie économique et politique de notre pays. L'histoire de France s'est construite sur la base de grands récits mythologiques, entretenus décennies après décennies, cristallisés autour de l'Histoire de France de Michelet.
Constamment reviennent dans l'imaginaire ces grands chefs unificateurs (Vercingétorix, Clovis, Charlemagne, Philippe-Auguste, Jeanne d'Arc, François Ier, Richelieu, Louis XIV, Napoléon I et III, de Gaulle... ) , souvent centralisateurs, et sacrés qui personnifient le pays. La construction politique et économique, le ''dialogue'' social se construisent avec cette vision simplificatrice du grand chef qui décide de tout et dont tous dépendent.
La constitution de la Vème République et les partis soumis en sont les exemples les plus flagrants ; Sarkozy et les courtisans UMP en sont de belles caricatures.
La domination de la vie économique (et politique, étant donnée la porosité des milieux) par de puissants groupes industriels et financiers (Vinci, Véolia, Bouygues, Areva, EdF, Renault, Peugeot...), donneurs d'ordres à une multitude de sous-traitants asservis, traités comme de la valetaille, souvent placés dans des situations quasi-monopolistiques, renvoie directement à cette France féodale, peuplée de grands contes, de ducs et barons, dirigeant la plèbe et ce, sans contre-pouvoir.
Les images du Roi-soleil absolutiste et de ces grands féodaux peuvent sembler s'entrechoquer et se contredire. De fait elles s'interpénètrent et laissent entrevoir une seule version du pouvoir : la verticalité descendante ; la structure pyramidale d'une hiérarchie corsetée.
On est loin de l'histoire de la Scandinavie qui est riche d'une une histoire d'hommes et femmes libres qui ont l'expérience d'une démocratie de plus de mille ans (lire dans les sagas islandaises dans les parlements appelés ''thing'' ou ''althing'' ). L'Allemagne n'a pas vécu le centralisme exacerbé à la française ; au contraire, toute son histoire, depuis le Haut Moyen-Âge jusqu'à Bismarck est une lutte contre les tentatives d'hégémonie des empereurs romain-germaniques. Chaque région était sinon indépendante, du moins autonome. D'où découle aujourd'hui une république fédérale peuplée de Länder aux pouvoirs importants ; par voie de conséquence apparaît une nécessité de concertation, de dialogue, de négociation réelle et vivante, bien loin des situations factices mises en scène par le pouvoir français.
La vie économique française est archi-dominée par les grands groupes vivant des situations de rente ; la colonne vertébrale de l'économie allemande en revanche est un intense réseau de PME essayant de tirer leur épingle du jeu. A structure différente, état d'esprit différent. La Norvège profite de sa manne pétrolière pour faire bénéficier l'ensemble du pays quand dans le même temps Total, les BTP, les autoroutiers et les marchands d'eau thésaurisent, se gobergent et aspirent l'argent à eux sans contrepartie.
La vie sociale française vit les mêmes symptômes : seuls quelques % de la population sont syndiqués en France et les décisions sont arbitrés au plus haut (syndicats dominants, Medef tenu par les grands groupes, gouvernement) par décrets et lois quand Allemagne, pays scandinaves, Pays-Bas ont un taux de syndicalisation de l'ordre de 80-90 % ; les négociations se font directement direction-syndicat ou branche par branche, si besoin est à l'aide d'un médiateur non gouvernemental. On peut remarquer par de multiples exemples cette structure pyramidale, centralisatrice, qui s'infuse dans toute la société française.
Et le conflit « nucléaire versus énergies alternatives renouvelables » est une illustration flagrante de ces biais comportementaux français, ancrés même de façon inconsciente.
Le pouvoir a décidé (ordonnance du 18/10/1945, de Gaulle) de se lancer dans le nucléaire à l'origine pour d'uniques motifs militaires. Quid d'un débat au sein de la société, d'un contre-pouvoir ? Que nenni ! Quand le pouvoir central (on pourrait presque dire le politburo) eut accumulé trop de matières radioactives pour ses bombinettes, ''on'' aurait pu s'arrêter , reprendre son souffle et prendre le temps de s'occuper des déchets plutôt que de planquer la vilaine poussière sous le tapis. Oh non ! Car les ingénieurs des Mines, investis d'une Mission Divine, eurent une idée géniale : pour éponger les stocks des militaires, faisons du nucléaire civil. Mais la structure est restée militaire dans l'âme : secret, projets coûteux, déni des problèmes et des soucis techniques, infaillibilité hautaine de nos ingénieurs. Louis XIV a eu son château de Versailles, la IIIème République sa tour Eiffel, la Vème a ses réacteurs. Ouvrages pharaoniques et dispendieux, expressions de la puissance grandiose du souverain.
En 1981 Mitterrand dans ses 110 propositions promit non seulement de limiter le programme nucléaire aux seules constructions en cours mais aussi de consulter (enfin!) les français par référendum. Mais le souverain, poussé par le redoutable lobbying et d'EdF et du noyau des ingénieurs des Mines a freiné cette belle envolée. Conséquence : si Plogoff sera arrêté, 34 réacteurs seront couplés au réseau (contre 16 sous Giscard) sans compter l'extension du ''traitement'' des déchets.
Le nucléaire reste les deux pieds dans le XIXème siècle : le mythe du progrès envers et contre tout et le mythe de la science qui peut tout, qui résoudra tout...un jour. Superphénix en est un reflet caricatural. Les déchets ne font que s'accumuler et, 70 ans après, on n'a toujours aucune solution. ''On'' ne peut que nier le problème (voir les conférences de Jancovici, ingénieur maison, aux futurs ingénieurs).
Culture du secret, opacité, raison contre tous. L'élite a raison et la populace n'est qu'un ramassis de crétins à qui il faut apporter le bien malgré eux. L'expression de cette morgue est exemplaire lors des « incidents » (c'est-à-dire les presque-catastrophes) qui émaillent l'histoire du nucléaire français. Trois exemples parmi d'autres : le 17 oct. 1969, et le 13 mars 1980, les réacteurs 1 (en 69) et 2 (en 80) commencent à rentrer en fusion à st Laurent des Eaux (50kg d'uranium en '69, 20 kg en '80). Qui le sait ? Le 27 déc. 1999 la tempête provoque une montée des eaux qui menace la centrale du Blayais. La catastrophe est évitée, par chance, d'extrême justesse. A chaque fois les mesures de sécurité seront renforcées, heureusement, mais tout indique que le pire, l'imprévu, le cas rare n'a pas été pris en compte.
Et le pire est à venir. Car, pour cause du seul critère désormais de rentabilité depuis quelques années, de distribution de cash aux actionnaires, nous entrons dans une ère à courte vue : centrales vieillissantes qu'on va tenter de faire durer le plus longtemps possible (70 ans au lieu des 30 prévues initialement), le moins d'arrêts possibles pour réparations et/ou révisions, personnels intervenants de moins en moins formés et peu impliqués, gestion confiée non plus à des ingénieurs conscients des dangers mais à des traders inconscients, constructions avec quantité de malfaçons (EPR à Flamanville par Bouygues). On chercherait la catastrophe qu'on ne s'y prendrait pas autrement.
Quant aux syndicats, aux petits soins... Je me souviens de Daniel Cohn-Bendit malmené et molesté par les agents EdF estampillés CGT, lors de la campagne présidentielle de 2002.
Face à cette machine géante tenue à bout de bras par les grands groupes rentiers, par les gouvernements naïfs dans leurs croyances et ivres de toute-puissance, par les ingénieurs enfermés dans leurs mythes (comment renoncer à deux générations d'aventure dans la magie techno-scientifique ?), par la mentalité française acceptant sans rechigner une centralisation monarchique et une domination des grands seigneurs industriels, dominant eux-mêmes les grands medias, les énergies alternatives proposent l'exact inverse. L'éolien, le solaire, la géothermie, la micro-hydroélectricité, la méthanisation des déchets, la cogénération peuvent mettre en avant une multitude de petites unités, décentralisées, à circuit court. Chacun pourrait largement consommer moins d'énergies (voir le scénario Négawatt), produire soi-même sa propre électricité.
Où est le problème ? Il est simple : nos Grands perdraient le pouvoir !
D'où campagnes intenses pour discréditer l'éolien, pour sabrer le secteur du solaire en faisant depuis 40 ans avancées et reculades qui flinguent les industries naissantes, pour encourager l'utilisation de l'électricité dans le chauffage, un véritable non-sens !, pour minimiser les catastrophes de Fukushima et Tchernobyl, pour mettre en avant l'indépendance énergétique qui n'existe plus depuis longtemps.  Il s'agit d'occuper le terrain des renouvelables par d'autres projets industriels gigantesques (grands champs de panneaux solaires par exemple) plutôt qu'encourager les micro-investissements.
Au pouvoir centralisé symbolisé par les centrales nucléaires et les grandes lignes à haute tension pourrait répondre une multitude décentralisée réunie en coopératives.
La question du nucléaire est en fait un enjeu démocratique et traduit une vision duale de la société. Choisir son camp c'est faire un choix radical et de société et de démocratie. L'abandon du nucléaire suppose et nécessite une révolution conceptuelle de la démocratie.

Tous les commentaires

merci de votre commentaire qui fait du bien !

dans la série "reproduisons à l'infini les mêmes conneries, voici un communiqué du PCF du Vaucluse qui vaut son pesant de cacahuettes.

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Fabienne HALOUI /Fédération de Vaucluse du PCF
Sujet : demande d’insertion d’un communiqué
Date : Sat, 21 Jan 2012 16:52:50 +0100

Mesdames et messieurs les chefs d’agences de la presse locale,

Je vous remercie de porter à la connaissance de vos lecteurs et auditeurs le communiqué de la Fédération deVaucluse du PCF

La politique énergétique de notre pays mérite mieux que le coup médiatique perprété par le collectif antinucléaire lors de la séance publique du conseil général de ce vendredi 20 avril 2012.
Il est certes naturel que des français s’interrogent sur les risques que peut engendrer le nucléaire. Mais nous refusons les méthodes qui consistent à jouer sur les peurs "sans débat raisonnable".
Il est aussi légitime que les citoyens s’interrogent aujourd’hui sur l’urgence de sortir des énergies carbonées car si nous ne parvenons pas à diminuer les gaz à effets de serre, le réchauffement climatique, à terme, peut menacer la vie sur terre.

Aujourd’hui, quoi qu’en pensent certains "intégristes de l’écologie" qui demandent l’arrêt immédiat et définitif des centrales nucléaires du tricastin, il est bon de rappeler que seul le nucléaire peut produire de l’électricité de façon permanente sans émission de gaz à effet de serre. C’est un des éléments qui’il faut mettre dans le débat que le PCF appelle de ses vœux avec le Front de Gauche, un grand débat public qui devrait permettre la remise à plat de tous les choix énergétiques, du nucléaire et la préparation de l’alternative aux énérgies fossiles. Nous voulons ce débat comme une véritable confrontation citoyenne et comme un prélable au référendum que nous proposons et lors duquel les français se prononceraient pour la sortie du nucléaire ou pour le maintien d’un nucléaire sécurisé et public***.

Le PCF se prononce, par contre, pour la dénucléarisation militaire pour laquelle peu s’expriment ; l’armement atomique, véritable menace pour l’humanité, représente 20 % du budget militaire de la France qui a dépassé, en 2011, les 40 milliards. Agir pour la dénucléarisation et la baisse du budget militaire, ce serait réaffecter des crédits au développement humain, à la protection de notre environnement, à la culture de paix et pourquoi pas à la récherche sur la diversification de nos choix énergétiques.

Fabienne HALOUI
Fédération de Vaucluse du PCF
le 21 janvier 2012
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Ah, ce PC... changera-t-il vraiment un jour, avec ou sans Mélanchon ?

Votre analyse rejoint ce qu'a pu dire André Gorz sur le sujet.

Ce sont les risques mêmes du nucléaire qui imposent une centralisation, dans des centrales hyper-sécurisées (quoi que pas tant que ça). Cette centralisation de la production énergétique en quelques lieux enferment les populations dans une dépendance énergétique alors que les énergies renouvelables permettent au contraire une autonomie, partielle ou complète.

Excellent document  - vivement recommande de lire ! Merci monsieur Loic Chabannes.

Lu, recommandé et partagé...

 

Très bonne analyse.

Les grands travaux, les grands projets, les grandes industries... une vision française tout droit issue de la "formation de l'élite à la française" ("grandes" écoles/moule de pensée),

-et qui déjà est loin d'être opérante dans le monde économique actuel : les PME étant plus réactives/innovantes - ou du moins un tissu de PME étant nécessaire;

- et qui politiquement et éthiquement parlant demande des exécutants et de  la hiérarchie - ceci étant encore une fois contraire à l'innovation, et de plus (ou surtout) porteur d'une conception anti-citoyenne des pratiques de travail.

Il s'agit d'un point de vue partial et partiel qui, notamment, fait l'impasse sur la crise dite "du pétrole" de 1973 et ignore la différence qui existe entre l'énergie et la puissance, c'est-à-dire la quantité d'énergie par unité de temps.

Au cours des siécles, l'homme a toujours cherché des sources d'énergie de plus en plus concentrée: l'on peut le regretter mais c'est ainsi, chaque source d'énergie ayant d'ailleurs ses avantages et ses défauts.

 

 

 

 

Wparc,

L'intention de l'auteur est bien de montrer que, en France, il y a une tradition de centralisme politique qui diminue d'autant le démocratique. Le nucléaire en constituant un excellent exemple.

Et oui, c'est ainsi!

La tradition jacobine de notre pays est multiséculaire!

Vous conviendrez que cela n'a pas que des inconvénients.

Alors que faire? Peut-être que veiller au bon fonctionnement de nos institutions,c 'est-à-dire dans le respect de notre Constitution, serait la première chose à faire.

Par ailleurs, je connais un peu le Japon et le fait que TEPCO se soit mal comporté ne doit pas conduire à une généralisation hâtive.

La complexité est moins confortable que la binarité.

 

en effet respecter la Constitution ne sera jamais une mauvaise chose; mais l'esprit de la Constitution de la Vème n'en donne pas moins une vision monarchique de la République. Le centralisme démocratique opère aussi une "simplification" de la politique bien inquiétante. Concernant le Japon, je ne vise pas spécifiquement Tepco mais j'évoque le fait que la vie industrielle est basée sur de grands groupes. Ou plutôt a été car l'évolution de désindustrialisation, même moins poussé qu'en France, modifie les données. Ce qui n'empêche pas de fonctionner. Mais l'esprit induit crée des automatismes qui peuvent devenir des freins.

Concernant la complexité, je vous renvoie à mon texte précédent, l'éconocratie.

en effet respecter la Constitution ne sera jamais une mauvaise chose; mais l'esprit de la Constitution de la Vème n'en donne pas moins une vision monarchique de la République. Le centralisme démocratique opère aussi une "simplification" de la politique bien inquiétante. Concernant le Japon, je ne vise pas spécifiquement Tepco mais j'évoque le fait que la vie industrielle est basée sur de grands groupes. Ou plutôt a été car l'évolution de désindustrialisation, même moins poussé qu'en France, modifie les données. Ce qui n'empêche pas de fonctionner. Mais l'esprit induit crée des automatismes qui peuvent devenir des freins.

Concernant la complexité, je vous renvoie à mon texte précédent, l'éconocratie.

Chère Etoile,

On ne peut pas tout savoir mais, depuis au moins 20 ans, cette question de la sous-traitance dans le nucléaire en France est bien connue de tous ceux qui se penchent sur cette source d'énergie !

Mais resoulever la question serait particulièrement intéressant en la comparant à ce qui se passe ailleurs, en Allemagne par exemple.

L’Allemagne pratique-t-elle aussi cette détestable politique de la sous-traitance, une culture très française : EDF, SNCF, Grosses sociétés de la construction, etc.

Une manière très aisée de réduire les coûts tout en se dégageant des responsabilités. La porte ouverte à tous les accidents.

Oui, la sous-traitance n'est pas le problème en soi.

Il existe d'excellents sous-traitants qui travaillent de manière compétente et font pour d'autres entreprises des parties de la production. Par exemple dans l'automobile, Bosch est un sous-traitant qui fabrique les parties électriques. C'est une entreprise qui a une excellente réputation et qui fait un excellent travail.

Ce qui pose problème, ce sont les boîtes d'intérim, qui "louent" du personnel à d'autres boîtes pour "éponger" les variations de charge de travail.

Il y a par exemple beaucoup d'intérimaires qui travaillent dans l'aéronautique en Allemagne. Mais pour en avoir cotoyé à Hambourg, je sais qu'ils sont pour la plupart très spécialisés dans leur métier, qu'ils sont passés par exemple chez Dassault, Airbus, dans la construction navale, etc. Ils sont parfois plus compétents que les propres employés de l'entreprise, car ils en ont vu toutes sortes.

Ce qui pose problème, comme dans les centrales nucléaires en France, ce sont les gens peu formés, qui font le boulot de base qui doit être fait, mais qui ne demande pas de compétences particulières. Ils sont donc formés sur une toute petite "plage" de compétences et ne comprennent pas l'ensemble des problématiques qui se posent parfois, ce qui est très dangereux dans le nucléaire.

 

 

Un autre souci de la sous-traitance dans le nucléaire est l'encadrement. Jusqu'à récemment les cadres qui chapeautaient les sous-traitants avaient eux-mêmes directement travaillé quelques années auparavant. Mais de plus en plus ceux-là partent à la retraite, laissant la place à des cadres n'ayant jamais directement bossé eux-mêmes sur ces problèmes de maintenance. Conclusion, le savoir se perd peu à peu.

Sans compter la pression exercée pour que les petits défauts soient "oubliés" afin de ne pas laisser la centrale arrêtée trop longtemps. Les arrêts, ç a coûte cher et l'argent passe de plus en plus devant la sécurité.

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