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Billet de blog 18 novembre 2011

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Elle dénonce, nue, l'obscurantisme en Egypte

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On ne peut être que admiratif devant le courage de cette jeune égyptienne qui pour dénoncer l'obscurantisme dans son pays, elle s'est mise entièrement nue dans une photographie en noir et blanc qu'elle a posté sur son blog. Elle s'appelle Aliaa Elmahdy, âgée de 20 ans, étudiante en sciences politiques à l’Université américaine du Caire.

Son geste, tel un défit, elle l'explique par sa volonté de se faire « l'écho des cris contre une société de violence, de racisme, de sexisme, de harcèlement sexuel et d'hypocrisie ».

Une simple photo, la sienne, qu'elle à exposé au monde au prix de sa vie, où on y décèle rien de provoquant ou d'érotique. Juste un corps de femme, un corps de liberté avec un cri, un ras-le-bol, un « assez », un « j’ai le droit de vivre en toute liberté où je veux. Je me sens heureuse et accomplie quand je sens que je suis totalement libre », « et, oui, j’ai un corps » !... Dans un regard droit et franc emplit de tristesse du temps, de l'air du temps.

Son blog nommé Le journal d'une rebelle, qu'elle a ouvert le 23 octobre dernier ne contient en fait pas grand chose, juste quelques photos de nus, d'elle et d'un autre ami qu'elle n'omme pas, puis un petit texte qui dénonce en substance les gardiens bien pensants du pays des pharaons. On y lis ceci: « Condamnez les modèles qui posaient nus à la faculté des beaux-arts du Caire au début des années 1970, censurez les livres artistiques, détruisez les statues archéologiques... Déshabillez-vous ensuite et regardez-vous dans un miroir; brûlez ces corps que vous détestez tant et débarrassez-vous de vos complexes sexuels avant de m’insulter et m’empêcher de m’exprimer librement.» Et elle ajoute, « Regardez-vous dans un miroir. Pourquoi détestez-vous votre corps? Vous devez avoir un problème avec votre sexualité.»

L’œuvre d'Aliaa provoque immédiatement une vive polémique, un tollé dans les milieux conservateurs égyptiens, sur les réseaux sociaux, on ne cause que d'elle, son blog a reçu 1,6 million de visites et 3000 commentaires sur son post cette semaine, une sorte de couperet dans le lendernau pré-électoral où les islamistes et libéraux s'affrontent sur la nature de la future Constitution, entre partisans de la charia et ceux qui veulent un Etat civil de ces premières législatives post-Moubarrak qui doivent débuter le 28 novembre.

Dans ce geste sans précédent dans la société arabo-musulmane, que la presse commente à longueur de pages sans montrer la photo en question, il y a d'abord ceux y voient un acte « de courage et progressiste »; ensuite, ceux qui disent que cela heurte « la religion », à l'image de ce laïc, Sayyed el Qimni, connu et reconnu comme tel en Egypte, qui a déclaré, mercredi soir, dans une émission populaire « 90 minutes », regretter ce « désastre »; ou alors, Tarek al-Kholi, porte-parole du mouvement du 6 avril qui a tenu à préciser, ne pas se reconnaître dans l'action d'Aliaa El-Mahdy. « Nous encourageons nos membres à être des modèles d'éthique. Comment pourrions-nous accepter un membre qui agit de la sorte? » a-t-il dit sur les ondes d'Al Arabiya. Et enfin, ça-va-de soi,l'inverse aurait provoqué un tremblement de terre, musulmans et chrétiens, comme un seul homme, s'accordent à condamner vivement « un manque de pudeur ».

« C'est sûr que beaucoup de gens, à commencer par les islamistes, vont chercher à décrédibiliser tous les libéraux qui soutiennent Aliaa Elmahdy en les présentant comme des débauchés et des prostituées», déplore dans Le Figaro Shahinaz Abdel Salam, auteur de «Égypte, les débuts de la liberté » (chez Michel Lafon, octobre 2011). « À titre personnel, poursuit-elle, je respecte totalement sa démarche et je ne vois pas ça comme une provocation, mais il faut reconnaître que c'est très choquant pour l'immense majorité des Égyptiens».

La jeune femme se présente également être la petite amie de Karim Amer, un blogueur alexandrin, condamné en 2007 à quatre ans de prison pour avoir « insulté l'Islam », et pour avoir qualifié Hosni Moubarak de «symbole de la tyrannie»; elle s'assume «non religieuse, libérale, végétarienne et égyptienne individualiste », tout enassurant n'avoir rien voulu faire de transgressif, mais juste s'être inspirée « des modèles nus qui posaient à la faculté des Beaux-Arts du Caire dans les années 1970 ».

Aliaa Elmahdy a aussi repris dans son blog un appel à la libération d'un autre blogueur emprisonné, Maikel Nabil, pour avoir critiqué l'armée au pouvoir, actuellement en grève de la faim.

En très bonne activiste sur le web, son premier événement, avant cette « folie » photographique, Aliaa l'a créé le 1er novembre dernier, baptisé « Les hommes devraient porter le voile » sur Facebook, pour dénoncer les pressions subies par les femmes afin qu'elles portent ce symbole d'oppressions, ceci à trouvé un écho positif chez certains hommes, qui de leur coté, ont voulu organiser, dans ce sens, une manifestation sur la place Tahrir au Caire. Initiative qui n'aura finalement pas lieu à cause de nombreuses condamnations suscitées dans divers milieux conservateurs dans ce pays.

A présent, la jeune rebelle, ne fait l'objet d'aucune compagne des fondamentalistes religieux qui ont le vent en poupe ces derniers mois en Egypte, note pour sa part Le Monde. En revanche, Libération qui a pu contacté, Kareem Amer, le petit ami d'Aliaa,est moins rassurant, soulignantque « les médias égyptiens et, au-delà, dans le monde arabe, certains l'accusent de ne pas respecter la charia et la menacent ». Menaces que confirment L'EXPRESS.fr qui cite, comme Libé, son petit amiqui affirme qu'en effet, Aliaaa « déjà reçu des menaces ».

Quant à Aliaa, pour l'instant, elle refuse de répondre aux nombreuses demandes d'entretiens et d'interviews qui lui sont faites par plusieurs médias du monde entier, notamment occidentaux.

Désormais, le symbole d’une jeunesse émancipée est né, il fera sans doute son chemin qu'il neige ou qu'il pleuve !

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