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Rentrons en résistance!
Le 15 mars 1944, en assemblée plénière, les représentants des organisations de la Résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du Conseil National de la Résistance, décidèrent de s'unir sur un programme précis.
Ce programme était un plan d'action en deux volets : l'un pour en finir avec les occupants, l'autre détaillant les mesures nécessaires pour instaurer un ordre social plus juste. C'est évidemment ce second volet qui est tout particulièrement intéressant pour nous!
Les diverses tendances de la résistance commencent par proclamer qu'ils resteront unis après la libération sous la figure du Général de Gaulle pour pouvoir, entre autres choses :
- défendre l'indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle.
- assurer :
-- l'établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel.
-- la pleine liberté de pensée, de conscience et d'expression.
-- la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l'égard de l'Etat, des puissances d'argent et des influences étrangères.
-- la liberté d'association, de réunion et de manifestation.
-- l'inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance.
-- le respect de la personne humaine.
-- l'égalité absolue de tous les citoyens devant la loi.
- faire les réformes indispensables :
-- sur le plan économique :
--- l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie.
--- une organisation rationnelle de l'économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l'image des Etats fascistes.
--- le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurances et des grandes banques.
--- le développement et le soutien des coopératives de production, d'achats et de ventes, agricoles et artisanales.
--- le droit d'accès, dans le cadre de l'entreprise, aux fonctions de direction et d'administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l'économie.
-- sur le plan social :
--- le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l'amélioration du régime contractuel du travail.
--- un rajustement important des salaires et la garantie d'un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d'une vie pleinement humaine.
--- un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés de l'Etat.
--- la sécurité de l'emploi, la réglementation des conditions d'embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d'atelier.
Un grand nombre de ces décisions ont été en effet mises en oeuvre après la libération. Enfin un programme qui fut tenu et, chose à remarquer, qui porta de bons fruits! C'est tout le modèle français qui s'exprime et dont la crise rappelle à notre ingratitude toute la valeur.
Après cette lecture, trois questions se posent :
Qu'ont fait les politiques depuis bien longtemps? Ils ont détricoté ce programme.
Si ce programme avait été maintenu, serions-nous dans la crise actuellement? Assurément non.
Sommes-nous actuellement dans une situation pire qu'en mars 44? Je laisse chacun libre de répondre. Mais si, en effet, nous sommes dans une situation pire qu'au sortir de la seconde guerre mondiale, il faudra très largement revoir les "progrès" de dévoppement économique et politique de l'Occident dont nous sommes si fiers!
Si l'on se demande encore ce que c'est que le Gaullisme (au-delà même de la personne du Général de Gaulle, car on ne fait pas parler les morts), ils ont là un exemple tout à fait parlant : c'est un synthèse faite de telle sorte que les citoyens demeurent maitres de leur destin.
Certains, à ce mot de "gaullisme", se mettent à sourire et expliquent, avec un peu de condescendance : "mais enfin, c'est du passé tout cela! Il faut regarder vers l'avenir!".
Il devrait pourtant être évident que la valeur d'une pensée ne tient pas à son âge. Mais, même si c'était le cas, il est étonnant que ceux qui font ce reproche se revendiquent soit du libéralisme soit du marxisme (même si ces derniers sont tout de même moins nombreux, me semble-t-il, à oser cet argument). Nous devrions alors en conclure que, "pour être moderne", il est préférable de se référer deux systèmes de pensée qui datent du 18 et 19ième siècle (et encore, si je prend Smith, et non Locke, pour origine du libéralisme économique). Au petit jeu de la pensée la plus "moderne", le gaullisme a l'avantage d'un bon siècle!
Sarkozy et les Sarkozistes sont-ils gaullistes? Après ce que l'on vient de lire, une telle affirmation ne pourrait que préter à rire. Et il y a une véritable tromperie à oser le prétendre, ce qui fut pourtant fait lors de sa campagne présidentielle.
La droite a cessé d'être gaulliste lorsqu'elle a cru aux sirènes du libéralisme économique, c'est-à-dire depuis un bon moment.
Il y a heureusement encore quelques exceptions. Mais, puisqu'ils ne peuvent plus se dire "de droite", car alors ils feraient parti des libéraux, ni "de gauche", car alors ils feraient parti des "internationalistes", et que les journalistes aiment bien la pensée binaire, on ne les entend plus guère.
N'est-ce pas fort dommage?
Eh bien puisqu'il n'y a plus que ce moyen, chers amis lecteurs, entrons à nouveau dans la résistance!


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Le préambule de l'actuelle Constitution comprend la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 et le Préambule de la Constitution de 1946, qui reprend les idéaux de la Résistance. Vous trouverez facilement cela sur le Net. Le Conseil Constitutionnel a décidé que ces deux textes faisaient partie intégrante de la Constitution, avaient pleine valeur constitutionnelle (en foi de quoi, par exemple, le chômage -sauf passager - ne peut exister qu'an-ti-cons-ti-tu-tion-nel-le-ment ! ce que trop de citoyens ignorent).
Vous pouvez lancer une pétition.
"Mon premier rapport au gaullisme et en réalité à de Gaulle lui même fut le référendum de 1962 par lequel il fit voter à une majorité écrasante (près de 80%), l’élection au suffrage universel du président de la république. Sensibilisé au « fait politique » au cours des deux ou trois années précédentes dominées par les développements de la guerre d’Algérie et consacrées par mes parents à la lecture assidue du « Canard Enchaîné » et au décryptage tout aussi assidu des infos de la RTF, j’étais mûr à 10 ans pour écouter à mon tour et essayer de comprendre. Comprendre en particulier pourquoi le suffrage universel, cet accomplissement de l’idéal démocratique et républicain qu’ils souhaitaient me transmettre de toute évidence, était tout d’un coup devenu si suspect et comment il avait pu accoucher d’une réforme aussi contestable aux yeux de mes éducateurs. Deux lectures sont possibles de cette petite introduction. 1- J’entrais donc en politique par la mauvaise porte, celle d’une ultra-minorité condamnée à priori à le rester, celle aussi (peut-être surtout) d’un apprenti citoyen prématuré, ignorant des évènements de 58, incapable en conséquence de comprendre 62 et à qui il ne restait, en réalité comme à tous les autres, qu’à grandir. 2- Cette confrontation au paradoxe fut la meilleure des introductions dont j’aurais pu rêver si j’avais alors eu conscience de l’ambivalence fréquente et de la relativité quasi permanente des évènements politiques et de leurs significations. J’ai donc essayé de grandir un peu, et j’ai gardé un goût certain pour le paradoxe. Bien des années plus tard, dans les années 80, débarrassé du sectarisme juvénile contracté à la confluence de mon enfance et de mon adolescence « soixantuitarde », je n’ai jamais pu souscrire au mitterrandisme galopant qui submergea pourtant cette partie du peuple où je me sens en famille. Je ne réussi jamais à me départir de l’indéfectible scepticisme dont faisaient déjà preuve mes parents aux moments de la F.G.D.S. à l’égard de l’inspirateur de cet engouement collectif et je ne pouvais ignorer que son personnage était pour moi spontanément, systématiquement évocateur de je ne sais quelle référence diffuse au jésuitisme dont il avait été nourri dans sa propre jeunesse, si j’ai bien tout compris du personnage. Dans le même temps, j’ai par contre toujours considéré que le Mitterrand de 58, celui que je n’avais pas connu, celui qui s’était élevé contre « le coup d’état permanent » était alors dans le vrai quelles que fussent ses motivations. Son ralliement à la constitution de la Ve république par l’usage qu’il en fit dès 1981 confortait cette défiance discrète, presque clandestine mais indiscutable qu’il m’inspirait. Depuis il m’a fallu, moi qui par principe et par respect pour l’histoire et pour les générations qui ont su mener tous les combats, qui ai toujours malgré quelques infidélités de surface accordé mon vote et ma confiance au parti socialiste, il m’a fallu avaler cette reddition, ce reniement collectif et quasi unanime de la nouvelle génération des leaders socialistes qui depuis la mort du « père » se précipitent pour chanter en cœur et au mépris de celui qu’ils adulaient hier, la louange du général et faire acte à son endroit d’une dévotion à mon avis imbécile et suicidaire. Le plus insupportable est que selon toutes les apparences ils font écoles auprès de la base et qu’aujourd’hui remettre en cause le gaullisme y compris à gauche devient politiquement incorrect. C’est en réaction à ce mouvement qui relève je pense d’une véritable dégénérescence de notre culture politique collective que j’ai donc envie de formuler l’hypothèse et de tenter l’analyse de ce que j’appelle « l’illusion ou l’usurpation gaulliste ». Tout ne commence pas je crois en juin 40. C’est à l’ombre de Pétain puis contre lui que de Gaulle se fait d’abord un nom au sein de l’armée après avoir donné toute sa part à la « grande guerre ». Il semble indéniable que l’éducation qu’il a reçue, son expérience singulière de la vie, ont fait de lui un homme de grande culture, un homme du devoir et un patriote authentique. A certains égards très certainement, mais avec une grande pudeur,c’est aussi un exalté, qui s’exprime (avec talent disent ses exégètes) par l’écrit. D’une certaine façon il donne aussi l’impression de porter en lui toute l’histoire de France et en même tant d’être l’incarnation de toutes les nostalgies du 19ème siècle. Il ne peut être que l’un des hommes de la situation en juin 40. Certainement pas le seul comme on a voulu nous le faire croire depuis. Peut-on sérieusement imaginer qu’en son absence il n’eut été personne pour prendre une initiative ? A ce stade, il serait intéressant de se demander qui avait intérêt à l’époque à ce que les choses se passent comme elles sont advenues. Nous y reviendrons plus tard. Toujours est-il qu’après se fameux appel, une formidable mobilisation va se déployer non pas pour bouter le teuton hors de France, non pas pour armer la résistance, mais pour organiser des réseaux de résistance parallèle aux réseaux communistes et aux réseaux issus de la tragédie espagnole qui s’étaient spontanément développés sur la base de l’engagements militant de leurs membres. Ensuite pour unifier cette résistance volontairement diversifiée au préalable, va naître dans l’ombre des alliés un mythe fédérateur, un commandeur suprême, c’est de Gaulle. La première bataille livrée et gagnée par de Gaulle en tant que chef symbolique de la résistance c’est à l’évidence contre les communistes qu’elle l’a été. Les enseignements de l’histoire peuvent nous permettre de penser aujourd’hui qu’il ne faut pas le regretter. On ne peut toutefois pas faire l’impasse sur l’ambiguïté originelle de ce mouvement d’unification autour du personnage; mouvement porteur à terme d’une adhésion populaire massive à la symbolique dont ce personnage s’est voulu l’incarnation. Cette ambiguïté s’exprime très clairement à travers le paradoxe que représente l’acceptation par les communistes de cette autorité qui revendique une légitimité exclusivement patriotique alors qu’eux mêmes, dans le même temps sont entièrement dévoués à la cause marxiste de l’internationale ouvrière. Elle est ensuite confirmée par la participation des communiste au Conseil National de la Résistance et à l’élaboration de son programme. Peu importe si ce ralliement n’était qu’apparent, peu importe si ces participations n’était que conjoncturelles et/ou stratégiques, de fait et pour les décennies qui suivirent, le patriotisme devenait le passage obligé pour tout prétendant à une quelconque légitimité politique. Et la naïveté avec laquelle les communistes se sont laissés enfermer dans cette logique, submergés qu’ils furent par les hommages assassins qui ont été unanimement et à juste titre rendus à leur patriotisme, laisse rêveur…à moins qu’il ne faille parler de fragilité au lieu de naïveté. Fragilité de l’encadrement, fragilité ou faiblesse de l’appareil face à l’ampleur et surtout à la profondeur culturelle de l’attaque. Fragilité aussi en raison de l’exemple également ambigu donné par le grand frère soviétique sur le même thème. Hommages assassins et pourtant justifiés, là se concrétise l’ampleur du paradoxe. L’attachement patriotique est en tout cas devenu tout de suite un fond de commerce juteux pour le gaullisme après en avoir été la matrice. Et les soubresauts d’Indochine puis d’Algérie n’y ont pas changé grand chose. La grande débâcle institutionnelle de la IVe République qui est surtout l’achèvement de la débâcle du socialisme français, sur les rail depuis en gros 1920, étant passée par là. Les agitations du PSU de Rocard, les apostrophes répétées de grands intellectuels, la révolte culturelle et sociale de 68 n’y pourront rien. Après 58, 62, 65, puis juin 68, puis Pompidou, la diversion giscardienne, puis l’intermède Mitterrand, nous avons hérité de Chirac. Chirac, dernier avatar d’un gaullisme désormais moribond à force d’avoir été usurpé, mais Chirac toujours là, et en guise d’alternative …? Une alternative à droite en cours d’élaboration par un énergumène dangereux. Point. C’est en réalité dans un véritable bain de naphtaline que la République française est plongée depuis 60 ans. C’est qu’au début du temps, après le big-bang, subrepticement, est venue s’imposer sans crier gare l’idée selon laquelle chaque citoyen est d’abord Français, ensuite et seulement ensuite citoyen. Ou plutôt que l’expression la plus aboutie de la citoyenneté est l’attachement à la patrie, les convictions ou le débat politiques étant renvoyés à une forme subalterne voire dévoyée (à la solde de l’ennemi) de citoyenneté. Ou encore que la vie politique du pays et l’expression des citoyen doivent s’organiser et se déterminer selon l’intérêt de la patrie, l’intérêt de la patrie étant compris comme « l’intérêt général », fondement de l’exercice démocratique. Ainsi a été substitué la légitimité fondée sur le culte du « sol » à la légitimité fondée sur l’engagement social pourtant si chèrement conquise durant 150 ans de luttes depuis Valmy. Voilà à mon avis la grande œuvre politique du gaullisme, une supercherie originelle, une tare aussi, une illusion en fait. Tenace. En vertu de laquelle depuis 60 ans nous élisons comme président de notre république non pas le porteur du projet social ratifié par la majorité d’entre nous, mais celui qui est censé incarner le mieux aux yeux de cette majorité les sacro-saintes unité et gloire de la patrie. Il est élu CHEF de L’Etat (presque chef des services de l’état), CHEF des Gaulois, CHEF de la Patrie…allons enfants ! Et ça marche. Moyennant quoi il est aussi intéressant de revenir quelque peu sur ce que j’ai appelé un peu plus haut l’intermède Mitterrand. Tout a été dit sur sa personnalité, je n’ai rien à ajouter sur ce sujet à ce que j’ai exprimé plus haut. Mais, faisant partie de ceux qui ayant voté pour lui à chaque fois, et ne le regrettent pas, je n’éprouve aucune gêne à m’exprimer avec une apparente dérision sur l’action de l’homme et surtout sur le crédit que nous avons accordé, nous ses électeurs, à son action sur le moment. En 58 Mitterrand disait non, en 81 il a dit oui. En disant non en 58, il prenait rang, 23 ans plus tard en disant oui il rentrait dans le rang, a-t-il mesuré la portée dévastatrice de cet acte ?" Voilà une petite réflexion écrite en 2005 quelques mois après la supercherie du référendum sur le TCE. Elle mériterait quelques précisions, parfois correctives, mais l'essentiel est dit : le Gaullisme est l'une, si ce n'est LA tare rédhibitoire du débat politique Français actuel. Ce bonapartisme rampant qui s'est propagé et a contaminé l'ensemble du spectre politique. (Revoir quelques articles de L. Mauduit sur Médiapart) Par contre, la référence au programme du Conseil National de la Résistance est bien sûr opportune. Mais faire de de Gaulle et des godillots gaullistes, son propriétaire et ses héritiers légitimes, est une injure. J'espère qu'il ne s'agit que d'une maladresse. Mais au cas où : Au fait, Monsieur PAPON ... ? Et Ben Barka ... ?
Il serait sans doute fastidieux de faire une étude des mérites comparés des divers personnages de l'histoire. Ce qui m'importe, c'est non pas de Gaulle lui-même, qui n'est plus là, mais une certaine voie politique, qui est illustrée par le Programme du CNR, et qui a été mis en oeuvre, que vous le vouliez ou non, par un gouvernement dont de Gaulle était le chef. Vous semblez trouver qu'il y a du bonapartisme dans l'élection du président au suffrage universel. C'est peut-être le cas, mais c'est d'abord l'application d'un principe démocratique, rappelé au début du Programme. Il n'y a guère de maladresse dans mon billet : la personne même du général de Gaulle n'apparait que très indirectement. Pour le reste, je vous suis : de Gaulle et les gaullistes (et je souligne encore qu'il y a de prétendus gaullistes qui n'en sont pas : Chirac ne resta gaulliste qu'en ce qui concerne certains aspects importants de la politique extérieure) ne sont pas propriétaires de ce Programme. Mais le fait est que les quelques gaullistes qui ont résisté à la déferlante de la modernité libérale en restent aujourd'hui quasiment les seuls défenseurs (il faudrait sans doute rajouter les républicains de gauche, proches de Chevènement) et ils ne s'en réjouissent certes pas! Enfin, puisque vous semblez assez proche des communistes (mais peut-être est-ce une fausse impression), je vous reconnais en effet la compétence pour juger qui est godillot et qui ne l'est pas. Mais je voudrais terminer sur une question, car je ne suis pas certain de ce que vous voulez dire : en quel sens entendez-vous que le référendum sur le TCE fut une supercherie? (Je dirai plutôt que c'est la réaction des politiques au résultat de ce référundum qui fut une injure au peuple, mais peut-être était-ce ce que vous vouliez dire).
Merci pour votre relance qui m'éclaire un peu. A mon tour. Relativement au communisme point de proximité, mais pour la période qui nous occupe, il me semble que la lecture officielle qu'on nous en donne implicitement par les références unanimement élogieuses à l'endroit du Général et escamotant quasi systématiquement le rôle probablement déterminant des réseaux communistes procède de l'escroquerie et de l'injustice volontaire. Concernant la question du suffrage universel appliqué à l'élection du Président de la République, je confirme que je suis assez dubitatif ... depuis l'élection d'un certain Louis Napoléon. Disons qu'elle pose plusieurs problèmes : à commencer par les préalables de notre éducation et de notre information, vastes sujets ..., mais il y a aussi et surtout celle des institutions et de la place qu'elles réservent à la dite présidence. En l'occurrence la constitution de 58 a été fort bien jugée en son temps par Mitterrand, je ne reviens pas sur ce que j'ai dit plus haut à ce propos. On pourrait certainement imaginer quelque chose d'un peu plus satisfaisant moyennant un rééquilibrage qui rendrait l'exercice plus acceptable ; mais à défaut je confirme donc mon désaccord avec cette pratique qui n'a de démocratique que les apparences. Avec nos Berlusarkonizy actuels la démonstration n'est plus à faire. (Il ne me semble pas par ailleurs qu'elle figure explicitement au Programme du CNR). J'en viens pour finir à ce qui vraisemblablement nous oppose en effet, la supercherie de 2005. Si vous le voulez bien, je vous propose de prendre connaissance avec ce lien : des deux billets par lesquels je me suis permis d'exprimer dans le détail mon opinion à la suite d'une discussion sur un autre fil. Disons pour résumer qu'à mon avis on nous a posé 2 questions : 1) voulez vous franchir un pas de plus vers l'intégration politique de l'Europe par l'adoption d'une constitution de l'union ? J'ai personnellement répondu Oui à cette question et ne le regrette pas. 2) approuvez-vous le projet de constitution présenté. Une majorité s'est constituée pour répondre Non à celle-ci. La première justifiait un référendum, la seconde certainement pas avant un débat parlementaire. Peut être après. Résultat, un boulevard pour Sarkozy et une, deux, peut-être trois décennies perdues. Si ce n'est pas pire ... De toute façon, et là nous serons peut-être d'accord, l'élargissement à 25 en 2004 était déjà suicidaire dans les conditions où il est intervenu. En conclusion l'injure à postériori que vous dénoncez légitimement n'est que le fruit de l'injure à priori qui nous fut faite par cette suite de manipulations imbéciles. Et Machiavel ne devait pas être loin.
Sur le premier point, je vous confirme donc que l'intérêt que je porte à ce programme vient précisément de ce qu'il opère une synthèse, et qu'il prend donc en compte le point de vue communiste - mais ne se réduit pas à lui. Pour le reste disons qu'il y a des "légendes dorées" de la résistance des deux côtés, gaullistes et communistes. Mais ces points d'histoire ne sont pas vraiment la raison de mon billet. Concernant l'usage du suffrage universel pour l'élection du président de la république, je ne suis pas de votre avis : il me semble que ce serait bien pire si les "grands électeurs" seuls continuaient à l'élire. Le pouvoir serait encore davantage éloigné du peuple. La comparaison avec Napoléon III est tout de même un peu forcée : aucun président de la 5ième république n'a fait de coup d'Etat au sens propre (Napoléon fit arréter les députés qui s'opposérent à lui, tout de même!). Par ailleurs, je partage ce que vous sous-entendez (si je comprends bien) sur la manipulation des masses, mais cette tendance, contre laquelle il faut lutter, existera tant que le peuple pourra voter (même si ce n'est pas pour le président) et constituera donc une "gêne" pour quiconque désire lui imposer ses volontés. A propos du TCE, la question est complexe. Vous avez raison de dire qu'il y avait deux questions en une. Et peut-être valait-il mieux les diviser en effet, pour plus de clarté. Mais, là encore, mon avis est plus tranché que le votre : il aurait fallu soumettre les deux étapes au suffrage universel. Le soumettre seulement au parlement pose un grave problème de légitimité : aucun des parlementaires n'ayant reçu du peuple le mandat pour faire une telle chose (le "mandat" des parlementaires étant défini par la constitution, ils ne peuvent logiquement prendre sur eux de la modifier à ce point). Par ailleurs, évidemment, il ne faudrait pas trop vite supposer que le NON était un non à la seconde question seulement. Personnellement, j'aurais vraisemblablement répondu non aux deux. Car je ne crois pas qu'une coordination des politiques européennes puissent être efficace et démocratique, et je pense même qu'il y a beaucoup de propagande à nous affirmer sans cesse que "sans l'Europe" nous ne sommes rien (et il y a déjà un fin procédé rhétorique à parler d'"Europe" laquelle est un fait géographique et historique qui ne dépend pas de nous, et ne relève pas d'une décision politique - au contraire de la construction qui se fait en voulant nous faire croire que c'est "le sens de l'histoire", contre lequel on serait "anormal" de s'élever). S'il s'agissait de répondre oui au TCE, pour la première question seulement, l'ennui est alors que les "producteurs" du TCE y aurait vu un "blanc seing" pour continuer sur la voie des Etats Unis d'Europe libérale. Car il faut prendre en compte non seulement l'interprétation du texte par les électeurs, mais aussi l'interprétation du vote par les "élites" européennes...
OK sur les légendes dorées, il suffit donc que la dorure soit équitablement répartie. OK également sur l'exercice de synthèse en tant que tel, encore qu'il ne puisse constituer une fin en soi, et prétendre à une quelconque fin de l'histoire, et n'est donc réellement intéressant qu'en tant que relance. Sur la question du suffrage universel et de son usage ... pas si simple. Je veux dire réellement par là que la question est difficile. Le nombre ne fait pas raison. C'est bien pourquoi Badinter et Mitterrand ont eu raison de proposer et d'obtenir l'abolition de la peine de mort contre l'avis majoritaire des citoyens. Plus avant sait-on ce qu'il serait advenu des lois Neuwirth pour la contraception en 1967 sur l'IVG de Simone Veil en 74 ? Il est cependant impensable de contester la légitimité du suffrage universel. L'exemple du TCE me permets donc d'imaginer non pas l'hypothèse d'une confiscation de la décision finale par la représentation nationale, mais au moins celle d'une instruction par elle du débat préalable, "finalisée" par le vote d'une résolution contributive au débat public. Enfin je vous confirme notre désaccord quand vous dites "il y a déjà un fin procédé rhétorique à parler d'"Europe" laquelle est un fait géographique et historique qui ne dépend pas de nous". Si, justement cela dépend de nous. La réalité d'aujourd'hui n'est que le résultat de l'histoire, et l'histoire n'est que le produit de l'action des hommes. D'où soit dit en passant la légitimité du suffrage universel.
Pour confirmer et préciser le dernier point. Que dire par exemple de la légitimité de la nation française, forgée par le fer et le sang, par exemple au moment de l'annexion des provinces du sud lors de la croisade contre les albigeois ? Loin de moi une quelconque nostalgie, mais ne sommes nous pas là devant un simple produit de l'histoire ? Et au nom de quoi y aurait-il une fin de l'histoire ? Où serait la cohérence ?
A propos du suffrage universel, vous avez raison de rappeler les risques qu'il y a à laisser le peuple décidé : il peut mal choisir. D'où l'importance de l'éclairer, comme vous le dites par la suite. Pour le reste, je me serai mal exprimé : j'ai voulu dire que l'expression "sans l'Europe" ou d'autres de la même eau relevait d'un raccourci, intentionnellement ou non, trompeur. Car, sauf à être fou, nul ne peut penser que la France puisse être "sans l'Europe", puisque celle-ci est le continent dont la France est un élément. Ceci est "le fait qui ne dépend pas de nous" dont je parlais. Et puisqu'il serait fou de vouloir que la France soit "sans l'Europe", les opposants à "l'Europe" sont des fous. C'est cette rhétorique (pas nécessairemement intentionnelle, mais induite pas l'usage du langage) que je dénoncais. A propos de votre dernier message, vous avez bien raison : l'unité du peuple français a été faite par le fer et le sang. Et il n'y a pas de démocratie véritable possible sans un sentiment d'unité populaire. C'est tout le paradoxe de la démocratie. Mais c'est aussi tout le problème de la construction politique européenne : il n'existe pas de "peuple européen" (au singulier). Ce pourquoi l'idée d'un suffrage universel du "peuple européen" pose un problème. Le peuple français (ou le peuple tchèque ou le peuple italien) peut se choisir une constitution. Mais pourquoi devrait-il admettre une constitution pour lequel il aurait pas voter Oui à la majorité, même si le oui est majoritaire parmi les votants européens? Il faudrait donc admettre que le peuple français (ou italien ou tchèque) doive se soumettre à la volonté des autres. Il y a là un vrai problème. On peut vouloir créer un "peuple européen", mais, comme vous le signalez, on sait comment il faut faire... et je préfère personnellement que l'on ne force pas les peuples. Surtout que je doute très fortement de l'intérêt réel de dépasser les nations et les accords de coopération, au delà de la simple idéologie.
Lors de la révolution française, un révolutionnaire a dit, je ne sais plus si c'était Sieyes ou l'abbé Grégoire (mais celui qui ne l'a pas dit le pensait aussi), que le Royaume de France était "un agrégat de peuples désunis". Young rapporte que vers octobre 89, des tas de gens, dans la "France profonde", n'avaient pas encore entendu parler du 14 juillet ! Le peuple européen est beaucoup plus conscient de son existence, et de ses aspirations à l'unité, que vous ne croyez (quoique moins que je ne le souhaiterais).
Le football professionnel n'est pas du tout ma tasse de thé, mais force est de constater que les Turcs sont européens, sinon ils ne seraient pas vice-champions d'Europe...
Je ne sais pas comment il faut prendre votre première phrase ... Mais je préfère "corriger" en disant qu'il y a toujours risque de manipulation et qu'il est donc, à défaut de mieux, toujours bon de faire jouer toutes les instances intermédiaires de la démocratie et de laisser libre jeux à tous les contre pouvoirs préalablement à l'appel au suffrage universel, qui ne doit intervenir me semble-t-il qu'en dernier lieu, en tant que ce qu'il est, c'est à dire l'expression du peuple souverain (juge ultime). Je comprends bien votre position sur l'Europe, et votre constat de la non existence d'un peuple européen en tant que tel est juste. Mais, la question qui est posée est celle du sens (en tant que direction) de l'histoire que nous pouvons souhaiter, et donc du sens (en tant que signification) de nos actes politiques. Sont-ils en opposition ou en adéquation avec cette évolution historique que nous pouvons souhaiter, la favorisent-elle, ou au contraire sont-ils des coups de frein. Il y a donc deux niveaux de débat ou d'analyse. Le second relatif au choix et décisions immédiates étant indexé au premier, relatif au long terme. Je pense pour ma part souhaitable, l'intégration politique, à terme jusqu'au niveau planétaire. C'est en gros l'utopie posée à travers la Déclaration Universelle des Droits et qui progresse lentement à travers la mise en place hésitante d'instances internationales, dans tous les domaines et à toutes les échelles. S'il en était besoin, la crise actuelle nous apporte la démonstration que ce souhait d'intégration ne relève en aucun cas d'une idéologie irrationnelle, mais au contraire de l'émergence d'une nouvelle rationalité indispensable pour faire face à l'irrationalité du capitalisme mondialisé, qui lui, a déjà disqualifié l'ancienne rationalité des Etats Nations (aujourd'hui impuissants et désarmés). Alors il ne faut pas je crois fantasmer sur la disparition des peuples, de leurs cultures et de leur droit aux différences. Intégration ne veut pas dire uniformisation et nivellement. Sauf si, au lieu d'être négociée, construite, et résulter d'une volonté partagée, elle devait advenir par nécessité, sous la pression et par la contrainte. Ce qui n'est pas à exclure.
Qu'il y ait une "harmonie" planétaire, c'est évidemment souhaitable. Mais c'est la forme que doive prendre cette "harmonie" qui doit faire l'objet d'une longue reflexion. Car l'expression "intégration politique" me semble fort vague et supposer une sorte d'Etats-Unis du Monde, qui poserait malgré tout des problèmes, dont celui de l'uniformisation (je vais m'en expliquer ensuite). On peut aussi interpréter la crise actuelle comme le preuve que la tendance au "mondialisme" sert d'abord les puissances de l'argent et non celles des peuples. Par ailleurs, en imaginant une intégration mondiale, et donc une politique mondiale (qui, en économie, a déjà eu lieu au moins en partie), on est bien obligé de considérer que, si celle-ci avait eu lieu, elle aurait suivi l'idéologie dominante, cad le néolibéralisme, et tous les pays auraient été libéralisés. Et on revient au problème de l'uniformisation. L'avantage de la pluralité, c'est comme pour la biodiversité, en cas de grosses erreurs, on peut espérer qu'un des modèles politiques aient davantage de capacité de résistance que d'autres. Et de ce point de vue, je crois que nous serons d'accord pour dire que le modèle français n'était pas si mauvais. Mais que serait-il devenu dans une "intégration politique" mondiale? Vous dites que cette intégration doit se faire par négociation et volonté partagée. Alors nous serons bien d'accord. Mais ce n'est pas tout à fait ce qui se produit en ce moment. Pour avoir le fond de ma pensée sur la question, une "harmonisation mondiale" ne sera viable qu'à la condition d'être une organisation très décentralisée, qui place au niveau mondial le jugement des principes les plus essentielles (faire respecter les droits de l'homme par exemple). Mais, en tous les cas, elle ne peut se faire correctement qu'à la condition qu'il y ait une volonté largement partagée. Cette volonté largement partagée - cette volonté de faire "peuple" unifié - ne peut pas apparaitre de rien. Il faut d'abord longuement mener des politiques communes, cad mettre en place des coopérations qui construisent peu à peu le sentiment des intérêts et d'un destin communs. Il me semble qu'en ce moment, on veut aller plus vite que les peuples. Et ceci n'est pas constructif. Plutot que de se dire "mauvais peuple qui a répondu non", il faut se dire "mauvais projet qui est venu trop vite". Enfin n'oublions pas que des guerres civiles, cela s'est déjà vu : il ne suffit pas d'intégrer dans une même structure politique des peuples différents pour assurer que tout ira bien. Le destin de la Yougoslavie aurait du nous en avertir. Ceci pour rappeler que parfois avec les meilleurs intentions on fait pire que mieux.
Au niveau mondial, l'uniformisation n'est pas une fatalité si l'on applique le principe de subsidiarité. C'est-à-dire traiter à l'échelon supérieur ce qui ne peut pas être mieux traité aux échelons inférieurs. Dit autrement, traiter au plus près des gens (le quartier, la commune) tout ce qui peut y être traité, et le reste aux échelons au-dessus, au niveau du degré le plus pertinent. Dans le cadre de la France, cela se fait par la décentralisation (collectivités territoriales) et la déconcentration des services de l'État (services centraux, régionaux, départementaux). L'Union Européenne a adopté ce principe. Qu'il soit bien appliqué ou pas, c'est à voir. Extrapoler au niveau de la planète est techniquement possible, même si politiquement parlant ce n'est pas pour aujourd'hui, ni pour demain. A l'heure actuelle personne ne nie la nécessité d'une gouvernance mondiale. Elle existe : ONU, OCDE, FMI, etc... Elle est très imparfaite, très oligarchique, très injuste. Par exemple, Israël n'a que faire des résolutions de l'ONU le concernant. Récemment le Secrétaire Général de l'ONU a assisté à une réunion où se pavanait le président du Soudan, lequel est poursuivi par la Cour Pénale Internationale. Le rapport de la Commission Mondiale sur l'Environnement et le Développement remis à l'ONU en 1987, devant les inégalités sociales mondiales et les risques pour la survie même de la planète, vise à défendre une double solidarité, entre les habitants et sociétés de la planète aujourd'hui ainsi qu'à l'égard des générations futures. Depuis 1987, quelle a été l'efficacité de la gouvernance mondiale actuelle (multi-polaire) alors que les scientifiques es écologie nous disent qu'il faut réagir et que ça urge ? Quelle a été la solidarité vis-à-vis des Fanfan La Tulipe du tiers monde qui n'ont pas d'autre solution que de migrer clandestinement vers les pays développés qu'ils prennent pour des eldorados et d'où ils se font rejeter. Une gouvernance mondiale unipolaire, que j'appelle la République terrienne, aurait l'avantage de s'occuper vraiment de l'aménagement du territoire planétaire (1) et permettrait enfin le désarmement généralisé de telle sorte que la partie de PIB (toutes Nations confondues) consacrée aux défenses nationales et aux armes, serait redéployée en faveur d'un développement efficace, durable et solidaire pensé à l'échelle de la planète. Le XIXème siècle a vu l'avènement des Etats-nations. Le XXIème siècle verra-t-il la mise en place du conseil municipal du village planétaire global ? C'est ce que je nous souhaite, à nous, à nos arrières-petits enfants et leurs contemporains. (1) A l'origine de la création des ancêtres de nos régions françaises dans le cadre desquelles est organisé l'aménagement du territoire français, avait paru le livre "Paris et le désert français".
Si nous avions une Europe unie et active, nous pourrions aller dans ce sens. Outre la construction européenne, une aide au mouvement démocratique chinois (par erxemple) pourrait aissi y contribuer. De même l'émergence d'un Islam tolérant, qui permettrait de désarticuler l'alliance de fait entre la religion et la domination patriarcale en Asie et en Afrique... Qu'on pense à ce que pourrait apporter au monde une Turquie devenue pleinement démocratique...
14-18 et 39-45 sont déjà perçues par les plus jeunes générations comme d'absurdes guerres civiles.
Le problème est de faire en sorte que cela n'arrive plus, et pour cela, il ne suffit pas de forcer les peuples à s'unifier politiquement, au contraire. Un gouvernement mondial ne devrait avoir à s'occuper que du respect des principes universels, par définition. S'il devait faire plus en un domaine, il travaillerait à une uniformisation dans ce domaine, en empéchant une autre voie qui pourtant ne serait pas contraire aux principes. Je me méfie des discours qui attendent avec espoir cette "mondialisation" politique, et qui, pour cela, s'accomode en réalité fort bien de la mondialisation économique. Ce sont parfois les mêmes qui expliquent qu'ainsi il faut diviser le travail au niveau mondial : les secteurs à faibles qualifications dans les pays les plus pauvres, et les secteurs à haute qualifiaction dans les pays riches... C'est beau, c'est bien proportionné, ca a la beauté d'une équation mathématique. Cela oublie seulement que des personnes de faible qualification, il y en a partout, et on les condamne donc au chomage dans les pays "riches" (sans compter que l'on provoque la "fuite des cerveaux" des pays pauvres). Bref, ceci n'est qu'un exemple que le malheur vient parfois des belles théories. Et tout ce qui est dit là peut trouver son application particulière concernant l'union européenne. Le problème de la subsidiarité est qu'il faut s'accorder sur ce qui, réellement, ne peut être plus efficacement fait au niveau national. C'est le cas pour ce qui demande de grandes dépenses : la recherche et le développement de grandes industries spécifiques (Airbus, etc.) par exemple. Et encore cela nécessite-t-il une coopération et non une coordination des politiques (Airbus et Ariane, n'en déplaise à certains, c'est l'Europe des Nations, ce n'est pas l'Europe de Maastricht). Mais le reste... on nous a surtout présenté comme très nécessaire d'unifier nos politiques économiques... pour éviter de resister au libéralisme (car c'est dans le système libéral "qu'il faut être concurrenciel" avec les pays à bas niveau social sans aucune contrepartie douanière et qu'il est donc impératif de coordonner la politique économique pour la soumettre à cette concurrence "sans la fausser"). Enfin bref, je ne vois toujours pas la nécessité vitale d'en finir avec les nations, qui, contrairement à ce que l'on dit, sont encore ce qui essaie de nous protèger de la crise et, pour la France en tout cas, ce qui luttait (par "son modèle social") contre les causes de cette crise.
Vous êtes donc d'accord avec moi quand je dis qu'il faut rétablir les frontières entre, par exemple, l'Orléanais et la Bourgogne. Il est inadmissible que les Bourguignons s'arrogent le monopole de la moutarde, de la cocotte-minute, et de la vulgarisation économique. S'il le faut, nous irons détruire Dijon par le fer et par le feu.
Donc vous êtes d'accord pour dire aux ouvriers d'aller travailler en Pologne ou en Tchéquie.
@Melchior Peu me chaut la moutarde, les cocottes ou le pain d'épices ; mais quant à vouloir nous prendre l'oeuf meurette, ça non!
(Je précise, au cas où, puisque c'est la deuxième fois que vous évoquez cela, qu'il n'y a pas de différence de langue, de culture, de système social et qu'il y a une distance acceptable entre l'Orléanais et la Bourgogne, et qu'un même peuple, le peuple français, les intégre tous deux. Ce qui est différent entre les pays de l'union européenne. Si vous voulez une telle homogénéisation au niveau européene, soit, mais alors il ne faut pas défendre en même temps la diversité).
Bonsoir Marc et bonsoir à tous, J’avais prévu de poursuivre l’échange à partir de votre intervention du 5 à 11h37 (comme dirait la Comtoise de Melchior) mais j’ai eu depuis quelques autres occupations. Bien m’en a pris, finalement j’ai permis à Miradou de mettre à contribution exactement et mieux que je ne l’aurait fait les thèmes que j’avais en tête : subsidiarité et décentralisation. Ce sont en effet à mon avis les principes qui doivent permettre de garantir à la fois cette diversité qui vous tient à cœur, à juste titre, et la stabilité de l’édifice. Mais j’avais aussi envie de commencer par la notion du temps. Je crois qu’il faut du temps. Et qu’inscrire ces projections, que d’aucun jugent irréalistes, fantaisistes voire dangereuse, dans une perspective historique à long terme, permet aussitôt de dédramatiser, de comprendre qu’il ne s’agit nullement d’imposer à partir d’une idée préconçue, au contraire. La question est bien plutôt de conduire une évolution sur un mode pacifique, avec pragmatisme, sur le mode de la négociation et de l’adhésion et non sur celui de la contrainte ; sans préjuger du résultat, mais en étant par contre exigeant sur la méthode et les motifs (vous pointez ci dessus, à mon avis toujours à juste titre, les droits universels). L’alternative à la mondialisation dévastatrice, par l’économie, ne peut être qu’une mondialisation politique, c'est-à-dire procédant de la volonté des citoyens ; autrement dit une mondialisation qui assujettisse l’économie et non l’inverse (à quoi nous assistons). Certainement pas un repli sur les nations historiques porteuses de toutes les dérives en dépit des meilleures intentions initiales dont je ne peux que vous faire crédit. Ce serait à mon avis jouer avec le feu. Et c’est hélas une hypothèse qui me paraît fort probable. (Je ne doute pas en particulier que Nicolas Sarkozy soit capable demain, si le service de ses intérêts électoraux l’exige, d’emboucher les trompettes de la nation. Autant qu’il me souvienne sa contribution pour le Oui en 2005 fut particulièrement discrète, en tout cas le plus possible, et je persiste à penser que la conséquence politique essentielle de la victoire du Non fut de lui ouvrir un boulevard pour 2007, en liquidant le thème de différenciation et de succès d’audience de Le Pen, et simultanément en désintégrant en plein vol la dynamique PS. (Mais il y avait des Machiavel partout)). Cette parenthèse fermée, je reviens à la notion de temps avec deux remarques. C’est bien au regard de cette nécessaire projection à long terme qu’il me semble important de juger des engagements politiques du moment, non pour ce qu’ils proposent à l’immédiat, mais pour l’infléchissement des représentations de l’avenir, voire l’engagement dans des impasses futures qu’ils induisent. Pour autant qu’il faille du temps, il nous est désormais compté par la crise écologique. C’est une variable qui complexifie singulièrement la problématique politique, en tant que ce qu’elle est, c'est-à-dire celle de la conduite de l'évolution des opinions publiques. Et à cet égard, le repli, ou l’illusion d’un ressourcement national ne me semble pas du tout productif.
Pour précision du sens de la dernière phrase ci-dessus. Au regard de la prise de conscience et de la mobilisation écologistes qui sont bien nécessaires, la thématique nationale est à mon avis contre productive. On en revient donc toujours à la même question initiale : dans l'ordre du diagnostic (ou de l'analyse de situation) préalable à toute parole politique mais hélas toujours implicite, quelle est la hiérarchie des priorités ? et quelles sont les relations de causalité ?
Il est un peu tard pour donner une réponse complète à votre intéressant message, j'y répondrais plus complétement par la suite, mais je voudrais immédiatement lever une ambiguité : ma position - et celle des gaullistes - n'est pas un "repli national". C'est une position qui prend appui sur les nations (et ne cherche pas à les remplacer) mais pas pour que chacun s'enferme chez soi. On prend appui sur les nations - parce que c'est, pour faire vite, l'identité des peuples souverains - pour mettre en place ensuite des coopérations pour tout ce qui le nécessite (et des projets écologiques le nécessitent sans aucun doute). Vous me direz peut-être : oui, mais alors il faut attendre que chaque nation accepte de le faire! C'est à la fois exact et inexact : oui, seules les nations qui acceptent de se lancer dans la coopération (pour développer des énergies renouvellables, par ex) le feront. Mais, précisément parce que les nations sont libres de leurs coopérations, elles n'ont pas à attendre une autorisation des autres ni à craindre un quelconque refus : il suffira que deux pays veuillent se lancer pour le faire. Une union européenne supranationale tend à ne pas laisser cette liberté : que de temps perdus à se demander s'il faut faire une europe à une ou deux vitesses! Il faut que ce soit une europe des projets à la carte pour les pays qui désirent s'y investir, et tant pis si d'autres ne sont pas intéressés! Il y a donc une question d'efficacité, en effet, qui se pose. (P.s. : je rajoute un lien vers un dialogue tout récent entre Nicolas Dupont Aignan et les internautes organisé par le Monde, où, répondant aux questions, il décrit sa position et ses propositions http://www.debout-la-republique.fr/Je-ne-serai-jamais-le-flotteur.html )
De même, sans avoir le temps de développer à l'immédiat. L'échelle, et la gravité des motifs de crises (économique, écologique, idéologique et morale) ne justifient-elles pas justement l'émergence par transferts volontaires, de nouvelles souverainetés à dimension régionales (au sens de continentales) sur la voie de l'intégration planétaire ? Avec la Déclaration Universelle des Droits, actualisée, comme pierre angulaire.
Dans votre précédent commentaire, vous souligniez la notion de temps. Vous rappeliez avec raison que cette construction devait prendre du temps, mais que certaines urgences (écologiques) nous forcaient aussi à nous presser. Et de nouveaux, vous soulignez l'importance des problèmes devant lesquels nous sommes. Vous avez raison de souligner ces problèmes. Mais le transfert de souveraineté ne me semble pas le meilleur moyen d'y faire face, pour deux raisons : 1) puisqu'il n'y a pas de peuple européen, c'est restreindre la souveraineté populaire que de la transférer ailleurs qu'aux peuples existants. 2) du point de vue de l'efficacité immédiate (puisque le temps presse), il serait plus facile de mettre en place des alliances de coopération : par exemple, on lance un projet de recherche sur la voiture de l'avenir, et on ouvre cela à tous les pays qui désirent y participer. Et on fait de même avec la recherche sur les énergies alternatives, etc. On multiplie ainsi les coopérations, comme nous avions fait pour Ariane ou Airbus ; ce qui a deux conséquences positives : cela fonctionne, et cela developpera peu à peu l'idée d'une réelle communauté de destin et d'intérêts (beaucoup plus que ces constructions politiques abstraites), tout en conservant la pluralité des modèles et des cultures. Actuellement, si je ne me trompe pas, si un pays n'est pas d'accord, il peut empécher ces regroupements, au nom de l'égalité et pour ne pas fausser la concurrence. Il faut donc l'accord de tous, ce qui rend toute action impossible. L'alternative qui nous est proposée est de passer au vote majoritaire. Mais outre que cela empécherait toujours des rapprochements et des projets qui, pour concerner des pays minoritaires, pourraient être malgré tout intéressants, cela conduit encore une fois à limiter la souveraineté des peuples en imposant à tous la décision de quelques-uns. La proposition des coopérations évitent ces deux soucis. Pour lutter contre la crise idéologique et morale, j'avoue ne pas bien voir en quoi un transfert de la souveraineté serait une solution. Pouvez-vous préciser ce que vous entendiez par là?
Sur la non fonctionnalité des institutions européennes actuelles, nous serons forcément d’accord. Qui pourrait ne pas l’être ?! Par contre votre refus du principe majoritaire au nom d’une imposition « à tous » de « la décision de quelques-uns » est pour le moins singulière. Par définition en démocratie une décision procède de l’expression majoritaire et ne peut dès lors être contestée au motif qu’elle ne serait le fait que de quelques-uns. J’avoue ne pas comprendre. Par ailleurs, je ne vois pas pourquoi la poursuite de coopérations bi ou multilatérales (je suis d’accord avec vous sur leur intérêt) serait incompatible avec l’établissement d’une souveraineté européenne. Selon le principe de subsidiarité, il ne me semble ni nécessaire ni opportun de concevoir une Europe omnipotente, et dans les champs de compétences qui ne seraient pas transférés à l’Europe les politiques de coopérations pourraient très bien être poursuivies. N’est-ce pas en tout cas le principe qui vaut au titre de la décentralisation française ? Concernant enfin votre point 1 et le concept de souveraineté, ou de peuple souverain, je pense justement que s’est au peuple d’en décider. Autrement dit la souveraineté du peuple ne peut être, qu’autoproclamée. C’est le fondement même de notre propre république, c’est l’héritage de 1789 et de Valmy. En conséquence de quoi il n’y a pas lieu de préjuger et surtout de considérer que l’histoire est finie. Si demain les peuples de plusieurs pays décident d’unir leurs destinées et de ne faire plus qu’un, ils seront pleinement légitimes à le faire. Et c’est bien en fait le fond du débat.
Merci, Marc Lefrere, pour ce rappel du programme du CNR, et pour sa mise en perspective au regard des politiques passées présentes et à venir
A J.-Cl. Charrié Vous comprendrez mieux la logique de mon raisonnement en l'abordant dans le bon ordre : C'est parce qu'il n'y a pas de "peuple européen" (mais uniquement des peuples) que le principe selon lequel la décision de quelques-uns doit s'appliquer à tous ne peut pas être démocratique au niveau européen. Ce sera seulement la volonté du peuple le plus nombreux (ou des peuples qui, associés, seront les plus nombreux) qui s'imposera aux autres peuples. Le principe de la démocratie est celui de la libre détermination des peuples, et non la soumission des peuples les moins nombreux aux peuples les plus nombreux. En revanche, si vous considérez qu'il existe actuellement un peuple européen (mais j'avais cru que vous disiez le contraire), le problème devra être posé autrement, en effet. Je ne crois pas avoir dit que la poursuite de coopérations bi- ou multi-polaires seraient, en soi, incompatibles avec l'établissement d'une souveraineté européenne. Mais cette souveraineté européenne, si on la veut démocratique, ne peut apparaître qu'en même temps que la réalité d'un peuple européen (car c'est le peuple qui est souverain en démocratie). Or, je disais précisément que c'est en accomplissant des coopérations que l'on pouvait le mieux rapprocher les peuples, les souder et espérer peut-être ensuite arriver à un peuple européen. Il ne s'agit donc pas pour moi de déclarer la fin de l'histoire. Mais il ne s'agit pas non plus de dire que ceci ou cela est le sens de l'histoire. Ce n'est pas le sens de l'histoire qui m'importe, c'est l'avenir des peuples et de la démocratie. Il est certain que la description que vous faites de la construction européenne serait bien préférable à une Europe centralisée. L'ennui est de savoir garder la juste mesure : où commence le domaine européen? Ou finit-il? Lorsque l'Europe impose tout un ensemble de normes économiques et industrielles, sont-ce là vraiment des domaines qui relève nécessairement de sa compétence? Et si oui, qu'est-ce qui ne le sera pas? Enfin, dans la comparaison avec la décentralisation française, se pose encore et toujours la difficulté liée au fait que l'Etat français a une légitimité à "chapeauter" l'ensemble dans l'unité du peuple français, tandis qu'un Etat Européen n'a pas de légitimité à "chapeauter" l'ensemble des "régions européennes" dans une unité du peuple européen. Comprenez que cette question du "peuple européen" n'est pas un petit détail : il doit y avoir une unité qui rende possible une Volonté Générale, et non seulement l'addition des volontés particulières des divers peuples - sans quoi on en revient au premier problème que j'évoquais plus haut. Finalement, c'est presque une question "métaphysique" : je crois que l'existence de l'unité d'un peuple est nécessaire à la démocratie (et doit la précéder d'un point de vue logique pour que celle-ci puisse s'exercer normalement), et non pas l'inverse, à savoir que ce seraient les structures politiques qui créeraient l'unité du peuple : ceci n'est selon moi pas possible sauf à le violenter, comme cela fut fait autrefois. Quant à laisser le peuple décider, pourquoi pas? Mais je n'ai pas beaucoup de doutes à la réponse des français (et de certains autres peuples) si on leur demandait : "voulez-vous transférer votre souverainté au niveau européen, si tous les peuples européens le font aussi, afin de soumettre la souveraineté nationale à la souveraineté de l'Europe?" Et c'est d'ailleurs pourquoi on se gardera bien de le leur demander.
Bonsoir Marc désolé de n'avoir pu poursuivre notre échange plus tôt. Je suis bien d’accord avec vous sur le fait que le peuple européen n’existera que le jour ou il se sera autoproclamé (la volonté générale de votre conclusion) ; et qu’à défaut, en attendant il ne demeure qu’une hypothèse. Pour l’immédiat, nous serons également d’accord (pas forcément pour les mêmes raisons) sur l’analyse critique du fonctionnement actuel des institutions européenne et sur la nocivité d’un certain nombre de ses décisions, ou de ses non décisions. Sûrement divergerions-nous toutefois d’appréciation s’il nous fallait répondre à la question : « la situation d’aujourd’hui serait-elle meilleure ou plus mauvaise si nous en étions restés à la C.E.E. ? » Mais ce serait pure spéculation. Pour en revenir à la question des modalités possibles d’émergence d’une souveraineté européenne, je suis également d’accord sur le préalable démocratique de l’engagement volontaire des peuples nationaux à ne faire qu’un. C’est pourquoi je fais partie du camp des vaincus de 2005, selon l’analyse faite plus haut des « deux questions » en une. Et c’est là que je voudrais réintroduire à la fois les notions de temps et de sélectivité progressive des transferts utiles et souhaitables (sélectivité adossée aux principes de subsidiarité et de décentralisation), en regard de votre hypothèse de conclusion. Vous me refaite là le coup de 2005. Poser la question du transfert de souveraineté pleine et entière, telle que vous la formulez, n’est rien d’autre que rechercher la réponse négative. C’est bien pourquoi d’ailleurs, pour ne pas tomber dans des simplifications abusives, toujours propices aux manipulations de l’opinion, un débat parlementaire, dans chaque pays, pour instruction préalable du débat, est indispensable avant tout recours au suffrage universel. (L’alternative, ratification par voie parlementaire ou par voie référendaire fut et reste une pure escroquerie.) Ainsi en effet il me semble possible que les nations européennes s’unissent progressivement (en respectant en fait une tradition des petits pas) par transferts successifs de domaines de souveraineté (ou domaines de compétence). La question alors reste de savoir si cela est souhaitable ou non. Le sens de l’histoire vous importe moins dites-vous que l’avenir des peuples et de la démocratie. Ne serait-ce pas tout de même un peu la même chose ? A mon avis donc, depuis les clans tribaux éparpillés des âges primitifs jusqu’à l’établissement futur d’un gouvernement planétaire, le sens de l’histoire ne fait guère de doute, permettant à chaque étape de surmonter la rivalité conflictuelle par l’instauration d’un périmètre élargi de légitimité du politique, c'est-à-dire de délibération, de gouvernement, et de justice. Et ce mouvement me semble tout à fait conforme à l’intérêt des populations, à une réserve près, non négligeable, qu’il s’accompagne d’un même mouvement d’émancipation démocratique. D’une certaine façon et cela résume peut-être les terme de notre débat, la perte d’autonomie collective n’est acceptable qu’en contrepartie du gain qu’elle autorise en droits individuels. De « l’Etat de fait » à « l’Etat de droit », c’est ce que j’appelle le mouvement d’émancipation démocratique, par lequel peu à peu le sujet s’émancipe, devient citoyen gagne en autonomie personnelle et s’affranchi de l’arbitraire. Peut-être en effet jugez-vous que le transfert de souveraineté à une instance supra nationale ne peut être une source de droits nouveaux pour les citoyens ? Reste à savoir si c’est sur le principe, ou dans le contexte, ou les deux à la fois ?
Vous êtes tout excusé d'avoir répondu avec quelque retard; ce qui compte n'est d'ailleurs pas tant le temps que l'on met que la qualité de la réponse! Je vais d'ailleurs moi-même vous répondre avec un peu de retard, ayant peu d'occasion de le faire ce week-end. Cela me permettra d'y réfléchir mieux! Quoiqu'il en soit, je voulais vous assurer le plaisir que j'ai eu à vous lire de nouveau (bien que, comme vous vous en doutez, nos idées ne soient pas encore tout à fait accordées)!
Vous écrivez : "Poser la question du transfert de souveraineté pleine et entière, telle que vous la formulez, n’est rien d’autre que rechercher la réponse négative. C’est bien pourquoi d’ailleurs, pour ne pas tomber dans des simplifications abusives, toujours propices aux manipulations de l’opinion, un débat parlementaire, dans chaque pays, pour instruction préalable du débat, est indispensable avant tout recours au suffrage universel. (L’alternative, ratification par voie parlementaire ou par voie référendaire fut et reste une pure escroquerie.) Ainsi en effet il me semble possible que les nations européennes s’unissent progressivement (en respectant en fait une tradition des petits pas) par transferts successifs de domaines de souveraineté (ou domaines de compétence)." ------------- Il y a là, en effet, un point important et qui me semble très difficile de débrouiller. Il faut bien distinguer le processus par lequel le peuple délègue une partie de sa souveraineté à des représentants (le pouvoir judiciaire aux magistrats, par exemple), et le processus qui est ici évoqué, par lequel un peuple va intégrer sa souveraineté dans une souveraineté autre (ce qui vous appelez « transfert de souveraineté »). Il n’y a pas de difficulté à déléguer « par partie » la souveraineté : c’est au contraire nécessaire pour que ce ne soit pas la même personne qui hérite de l’ensemble. Par ailleurs, cette délégation implique que le peuple demeure souverain. Mais il ne s’agit plus de la même chose pour intégrer la souveraineté du peuple dans la souveraineté européenne. D’abord, parce qu’un transfert de souveraineté ne peut se faire qu’entre souverains, ce qui signifie en démocratie, entre peuples. Pour que le peuple national puisse transférer sa souveraineté (par parties ou en totalité) il faut donc qu’existe un peuple qui la recevra : le peuple européen. Or, vous le disiez vous-mêmes, il n’existe pas. De sorte que ce transfert de souveraineté va enlever aux peuples nationaux une part de leur souveraineté pour la transférer, non à un peuple européen inexistant (même si officiellement c’est en son nom…), mais à des « commissions », à des « assemblées » etc.. Ce serait bien davantage une oligarchie qu’une démocratie. Ensuite, parce que ce transfert de souveraineté, s’il est réellement fait entre peuples, est normalement irréversible : qui a transféré la souveraineté ne l’a pas seulement délégué. Il n’est plus souverain. Ce pourquoi, il sera alors naturel que le peuple français se plie à la volonté générale, même s’il est, quant-à lui, minoritaire. C’est donc un acte très important. Dans ces conditions, il paraît un peu « machiavélique » de préférer opérer par « petits bouts » de souveraineté. Il faut au contraire que le peuple lui-même sache clairement ce dont il est question, et qu’il ne s’agit pas seulement d’une délégation, comme il en a l’habitude. ----------- Vous écrivez également : "Le sens de l’histoire vous importe moins dites-vous que l’avenir des peuples et de la démocratie. Ne serait-ce pas tout de même un peu la même chose ?" --------------- Pardonnez-moi, car je m’aperçois que je fus sans doute trop allusif. « Le sens de l’histoire » est d’abord une certaine idéologie : on ne parle de « sens de l’histoire » que pour indiquer ensuite quel est ce sens et pourquoi, et donc comment devra être l’avenir et ce que devront accepter les peuples. Je m’en méfie beaucoup ; car imaginez que nous parlions il y a 50 ans, il aurait bien été possible que, vous ou moi, nous soutenions que le sens de l’histoire c’est la libération du prolétariat et le communisme inspiré de Russie. En tous les cas, bien des russes, et d’autres, l’ont sincèrement cru. De même d’ailleurs que bien des nazis sincères ont pu croire que le sens de l’histoire était dans la purification de la race. Le sens de l’histoire est toujours plein de bonnes intentions tout à fait sincères (et j’en ai aussi) : mais il faut se méfier des bonnes intentions. Evidemment, je ne dis pas que ni vous ni les constructeurs de l’Europe soient des nazis ou des staliniens (ce serait tout à fait insultant et absurde) ; tous, nous ne voulons surtout jamais revoir cela. Mais si l’histoire nous apprend aussi quelque chose, c’est que le totalitarisme prend bien des figures (raciste, social ou capitaliste) et il n’est pas certain que de nouvelles figures ne seraient pas encore à découvrir. Il faut donc non seulement éviter les formes anciennes, mais aussi éviter les formes encore inconnues – ce qui est évidemment beaucoup plus difficile. Pour ces raisons, il faut se méfier des bonnes intentions du sens de l’histoire, et être attentif à ce qui se passe, derrière le beau discours, dans la réalité des peuples (ce que j’ai appelé « l’avenir des peuples et de la démocratie »). Il ne faudrait pas qu’une fois le processus de création de l’Europe accomplie, on s’aperçoive que, « par inadvertance », on en est venu à mettre en place une oligarchie gouvernant sous l’apparence de la démocratie. Loin donc de vouloir aller à « marche forcée », il est important de prendre son temps. Après tout, nous avons toute l’histoire de l’humanité, pour cela. Surtout que s’il y a échec, il y a désastres (cf. l’explosion de la Yougoslavie), et recul. ---------- Enfin, vous me faites remarquer la chose suivante : "D’une certaine façon et cela résume peut-être les termes de notre débat, la perte d’autonomie collective n’est acceptable qu’en contrepartie du gain qu’elle autorise en droits individuels. De « l’Etat de fait » à « l’Etat de droit », c’est ce que j’appelle le mouvement d’émancipation démocratique, par lequel peu à peu le sujet s’émancipe, devient citoyen gagne en autonomie personnelle et s’affranchi de l’arbitraire. Peut-être en effet jugez-vous que le transfert de souveraineté à une instance supra nationale ne peut être une source de droits nouveaux pour les citoyens ?" ----------- J’ai quelque mal à répondre à une question aussi abstraite. Il n’y a pas de raison a priori pour qu’une instance supra-nationale ne puisse pas préserver des droits. Mais, une fois levée la difficulté concernant le transfert de souveraineté, il faudrait encore savoir dans le détail quels sont les pouvoirs que l’on transfert. Car gouverner n’est pas seulement faire respecter le droit. C’est prendre des décisions concrètes, qui tendent d’autant plus à une normalisation, à une uniformisation, que le pouvoir est lui-même centralisé. A mon avis, il ne faudrait transférer qu’un pouvoir de législation de même généralité que l’échelle concernée. Je m’explique : pour une législation universelle, il faut un droit universel, qui s’attache à ce qui est universel, c.-à-d. à la nature humaine. Ce sont donc les droits attachés à la nature humaine comme telle : ce que l’on appelle les droits de l’homme. Procéder ainsi est à la fois juste et demeure suffisamment large pour permettre ensuite de multiples législations différentes. Si on suit cette logique, au niveau européen, il faut un droit européen, qui, dans le cadre des droits de l’homme, s’attachera cette fois à ce qui est commun à l’homme « européen ». Le problème est que l’on ne sait pas vraiment ce que c’est « l’homme européen », puisqu’il n’y a pas de « peuple européen » pour le dire et que l’Europe refuse tout référence à son passé (exit les racines chrétiennes).Pourtant seule l’histoire permet de se forger une identité commune, et commencer par en refuser la partie principale au prétexte de préserver l’universalité me semble la preuve d’une confusion. L’Europe prétend à la fois à l’universalité et à régir la quantité de beurre contenu dans une barquette. Ce n’est pas très rassurant… Car, en tous les cas, il faudrait que le droit européen soit lui-même assez large pour permettre ensuite à la pluralité des modèles européens de s’exprimer. Or ce n’est pas du tout dans cet esprit qu’est construite actuellement l’Europe.
Bonsoir Marc, Je ne sais pas si vous lirez ces quelques lignes. Il y a bien longtemps qu’elles auraient du venir… disons que je me suis laissé quelque peu détourné par d’autres occupations. Et puis j’ai repris en suivant avec intérêt, mais toutefois avec distance, vos échanges avec Renarblanc. Ce soir, je me suis un peu attardé sur le fil de discussion de son billet « A propos des concepts de vérité et de connaissance »… un peu trop érudit pour moi mais, c’est ce qui m’a « réveillé ». A contre temps donc, voici quelques remarques. Votre exercice sur la question du transfert de souveraineté me semble un peu relever du numéro de haute voltige et de pure rhétorique. Le transfert qui ne peut se faire qu’entre souverains ??? Qui décide ? Avant de se déclarer souverain, par le seul fait de sa volonté (en réalité par le seul fait de la volonté de ses représentants), le peuple de France ne l’était pas. Et alors ? Pourquoi devrait-il en être autrement à l’échelle d’un continent ? Et en quoi cela ne pourrait-il advenir progressivement ? Sur l’irréversibilité… il me semble que le principe de l’autodétermination (cher au général)… Mais, c’est là qu’intervient en effet le « sens de l’histoire ». Toutes vos méfiances sont justifiées, je les partage. Mais, il n’en demeure pas moins que depuis les temps primitifs et l’atomisation clanique de l’humanité, notre histoire est celle de la lente émergence d’une humanité unifiée. En suivant, et pour conclure, je ne pense pas que ma dernière question soit abstraite. Elle était certainement mal formulée. Je reprendrais en disant qu’il me semble qu’il y a un lien très étroit entre l’affirmation progressive de l’individu autonome et reconnu dans ses droits d’une part, et l’émergence de l’humanité unifiée dans sa conscience, comme son ultime et seule véritable communauté d’appartenance. Soit une interprétation en effet positive de l’individualisme (qui n’exclue pas l’interprétation négative). Disons que plus les limites de la communauté d’appartenance s’éloignent, plus l’étau des règles communautaires se desserre, et plus l’individu s’affirme, avec ses droits, c'est-à-dire ses libertés et ses devoirs qui peu à peu remplacent le conformisme grégaire.