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Les sciences, de A comme autonomie à Z comme Zététique : D comme Démocratie

La science et la démocratie, vaste question. On peut dire que la science est démocratique en ce qu’elle ne reconnait pas « l’argument d’autorité » à l’intérieur de son champ d’intervention, que tous et toutes doivent prouver et argumenter leurs découvertes, et que tous les chercheurs sont sur un plan d’égalité sur le plan des « droits » (mais pas nécessairement des moyens, de l’influence, et donc de la possibilité de porter une question comme intéressante). Le fait que la constitution des « sciences modernes » l’ai été en même temps que la montée des revendications démocratiques, et qu’elle ait participé aux « lumières » jetées sur notre horizon humain sont aussi deux arguments qui semblent indiquer une congruence entre idéaux semblables (sur le plan de la Raison)

Pourtant, l’exigence insistante à « faire entrer les sciences en démocratie » montre que cette homologie n’est pas si naturelle qu’on le prétend, et que la science est aujourd’hui sommée de participer aux discussions et aux disputes qui sont le sel de toute vie démocratique véritable.

Que signifie alors ce « faire entrer les sciences en démocratie » ? Le nombre d’électrons tournant autour d’un noyau va-t-il faire l’objet d’un vote ? Discutera t on au sénat ou à l’assemblée nationale pour savoir laquelle des théories concurrentes censées participer à l’unification des théorèmes physiques fondamentaux sera choisie ? Verra t on le centre défendre le modèle sandard, tandis que le Front de Gauche guerroiera sur la Théorie du tout ?

Evidemment, ces spéculations n’ont qu’un rôle anecdotique visant un effet comique ou servent de dernier argument cherchant à tourner en dérision les prétentions de « démocratiser les sciences »

La question centrale de la « démocratisation des sciences » n’est en effet pas d’intervenir sur le contenu des sciences, mais de revendiquer le fait que les sciences ne servent pas de dernier argument servant à clore le débat sur toute décision technico scientifique. En effet les sciences n’ont aucune valeur « morales », elles ne peuvent en aucun cas donner à l’innovation technique leur aura, qui est celle de la vérité. Elles peuvent tout au plus éclairer quelques points obscurs controversés, mais elles peuvent également les obscurcir.

On voit bien comment les sciences sont manipulées, faussées, instrumentalisées dans de nombreux dossier (le nucléaire, les ogm, l’importance des causes qui tiennent au milieu dans l’explosion de certains cancer, le danger des portables, etc.) où elles sont données comme la justification suprême de choix politiques et économiques qui sont de toute façon décidés par d’autres.

La première exigence concernant ces choix est la transparence. Or si les scientifiques (dans certaines limites) font preuve entre eux d’une certaine transparence, il n’en est pas de même vis-à-vis du « grand public » où la raison scientifique invoque les dangers d’incompréhension et d’interprétation « sauvage » pour recourir aux vertus du secret et de la discrétion.

Une autre nécessité fréquemment rencontrée est la prise en compte de la « sensibilité » propre du public, de ses « raisons d’agir ». Or les sciences servent fréquemment à les disqualifier sous prétexte de leur irrationalité, de ce qui les qualifie de savoirs naïfs et crédules, toujours au risque de la charlatanerie…

Devant la montée des méfiances, des expériences ont été tentées qui recouraient soit à de la contre expertise (ce qui a été utilisé par les malades du sida pour lutter contre une certaine conception du secret médical dont ils s’estimaient victimes) ou sous la forme de « forums hybrides » qui rassemblent chercheurs, associations concernées et particuliers. Mais aucune de ces solutions n’est parfaitement satisfaisante.

Le problème de la démocratie reste donc ouvert. Il ne pourra se résoudre que si les scientifiques prennent également conscience de leurs responsabilités.

Tous les commentaires

03/03/2011, 23:49 | Par christian paultre

La communauté scientifique est un système complexe au sens moderne de cette expression elle en a les propriétés principales: auto-organisation en réseau très faiblement hiérarchique, imprédictible au sens strict, avec des propriétés émergentes qui ne peuvent se déduire du travail de chacun.

Ce modèle a évolué au cours des siècles mais ses principes fondamentaux demeurent établissement de consensus sur des connaissances objectives.

Dans la société contemporaine très individualiste, très vedette bling bling les principes fondamentaux de la science posent problème et les valeurs sociales actuelles en ralentissent la marche .

A mon sens la science n'a rien à faire de son vedettariat, rien à faire d'une démocratie représentative qui ici comme ailleurs ne représente qu'elle même.

Le développement du copinage pour avoir accès aux ressources, aux publications sont une très mauvaise chose qu'au lieu de combattre on encourage.

04/03/2011, 08:34 | Par Marc Tertre en réponse au commentaire de christian paultre le 03/03/2011 à 23:49

Je suis d'accord avec la plupart de vos observations, mais le probléme de la démocratisation des sciences concerne aussi (et surtout, si on considère la revendication de "faire entrer les sciences en démocraties") la communauté scientifique avec l'extérieur. Il s'agit alors de considérer le "grand public" non comme un ennemi ou un géneur, mais comme un allié...

04/03/2011, 19:47 | Par Shaams en réponse au commentaire de christian paultre le 03/03/2011 à 23:49

 

Je voudrais intervenir sur un point précis :

Comment combattriez-vous « le développement du copinage pour avoir accès aux ressources» autrement dit le pouvoir de ceux qui détiennent des ressources ?

L’exploitation de compétences de post-doctorant précarisés par le system et par de grands professeurs dans des universités de renoms, seigneurs régnant sans partage, pouvant faire et défaire une carrière, est un fait. La compétition dans ses hauts lieux de connaissance est impitoyable et le mérite n’est pas forcément dans la matière grise mais dans des réseaux. Soit on est dans le system des baises mains ou bien on fait face aux refus des promotions.

04/03/2011, 21:27 | Par Marc Tertre en réponse au commentaire de Shaams le 04/03/2011 à 19:47

il y a deux choses dans votre message :

Le fonctionnement en réseau : a mon avis, il fait partie des compétentes et des connaissanes nécessaires.

le copinage : il doit être banni. En pratique, il faut collectiviser les lieux de pouvoir (et non les privatiser comme on le fait a l'heure actuelle)

05/03/2011, 12:41 | Par Shaams en réponse au commentaire de Marc Tertre le 04/03/2011 à 21:27

En parlant de réseau j’entends ‘’les bandes organisées’’ ; une structure quasi mafieux dans le sens de ‘’ l’infiltration de la société civile et des institutions’’ pour détourner les ressources qui théoriquement sont mis à disposition par la société pour le bien être de tous, mais qui pratiquement sert l’intérêt d’un group. 

J’aime l’idée de la démocratisation de la science dans le sens où la société civile participe dans l’évaluation par exemple de l’attribution des fonds de recherches. Il faut qu’il y ait des contre- pouvoirs pour balancer l’avis des experts qui peuvent s’échanger des services entre ‘’copines’’.

Rien n’est et ne sera parfait mais il n’est pas impossible d’envisager un system qui ‘’s’auto-corrige’’.

05/03/2011, 13:21 | Par Marc Tertre en réponse au commentaire de Shaams le 05/03/2011 à 12:41

Si il y a "bandes organisées", cela signifie probablement une dynamique sociale. Encore faut il l'expliciter et la comprendre. Il y a actuelement une poussée vers l'investissement dans la recherche de logiques de profits immédiats qui n'y ont rien à faire et qui sont pernicieuses pour l'avenir même de la science.

04/03/2011, 11:41 | Par christian paultre

L'interface entre la communauté scientifique et la société a toujours posé problème aujourd'hui comme hier. Les compromis qu'il faiut trouver sont plus ou moins bons mais sont toujours des compromis.

04/03/2011, 12:31 | Par Marc Tertre en réponse au commentaire de christian paultre le 04/03/2011 à 11:41

Que ces rapports soient "toujours des compromis" est exact, mais ils montrent clairement leurs limites aujourd'hui. Reste à inventer de nouveaux modèles (en prenant en compte le modèle de la contre expertise et des forums hybrides) plus sur le mode de la discussion que de la dispute selon moi (mais la discussion n'exclue pas les désacords)

04/03/2011, 21:00 | Par christian paultre

Dans des sociétés individualistes comme les nôtres les experts chargés d'évaluer la valeur des nouvelles connaissances produites sont plus intéressés par les profits qu'ils peuvent tirer de leur expertise pour eux même et leur équipe que par les profits qu'en peut tirer la science.

Sous couvert d'honnêteté et de rigueur scientifique on voit de plus en plus prospérer ces pratiques encouragées par les politiques qui y voient une façon de justifier leur pouvoir .

La démocratie est une méthode qui nécessite pour être efficace un minimum de rigueur morale qui malheureusement on le constate partout est de plus en plus défaillante

Il faudrait donc s'inspirer en les codifiant un peu des évaluations ouvertes comme on les voit sur wikipédia . Le copinage devient plus difficile, la transparence est plus grande et les enjeux deviennent beaucoup plus scientifiques.

04/03/2011, 21:30 | Par Marc Tertre en réponse au commentaire de christian paultre le 04/03/2011 à 21:00

Voilà une chose à creuser : je me préparais pour la prochaine lettre (E comme Expérience), mais je crois que je vais passer à E (comme Evaluation)

04/03/2011, 21:37 | Par christian paultre

L'évaluation est au coeur de toutes les activités humaines individuelles et collectives. C'est l'une des raison pour laquelle on dépense tellement d'énergie à biaiser contourner les différentes évaluations pour en tirer des profits indus.

05/03/2011, 10:31 | Par Belange

on se sert des évaluations pour abrutir le profane et faire du profit . Ils ont bon dos les scientifiques

05/03/2011, 11:28 | Par Marc Tertre en réponse au commentaire de Belange le 05/03/2011 à 10:31

Eh bien non ! Mais l'évaluation des travaux scientifiques est une activité qui n'a rien de "triviale" (dans le sens "mathématique" du mot "trivial : ie "évidente", "facile", immédiat")

De toute façon il y a plusieurs niveaux et registres d'évaluation : l'évaluation entre pairs, l'évaluation via la publicité (et les "médias"), l'évaluation indispensable des "institutions", etc etc etc.

Une des questions les plus brulantes de l'évaluation des sciences serait " Y a t il une évaluation "scientifique" des travaux scientifiques ? ". Et la réponse pour l'instant, est "non"...

Mais bon, plutot que E comme "évaluation", ce sera S comme scientomètrie...

05/03/2011, 11:55 | Par christian paultre

Une publication scientifique explique comment l'auteur a évalué ce qu'il avance et la place de la connaissance produite parmi les autres connaissances.

La communauté scientifique doit à son tour valider,invalider discuter, la publication proposée. C'est l'essence même du travail scientifique, c'est aussi sa difficulté. Il faut absolument éviter les biais sociaux ou politiques qui viennent altérer ce travail critique et ralentir inutilement la bonne marche de la science.

05/03/2011, 12:05 | Par Belange

l'évaluation est subjective c'est pour ça que je n'aime pas les évaluations. Quand deux théories contraires sont argumentées comment dire que l'une est meilleure que l'autre .Il y aurait des théories plus scientifiques que d'autres ? Je ne comprends pas très bien mais je ne suis pas scientifique. je pense qu'on peut mesurer les applications concrètes des découvertes mais mesurer les découvertes par elle-mêmes: ou elles sont scientifiques ou pas

05/03/2011, 12:40 | Par Marc Tertre en réponse au commentaire de Belange le 05/03/2011 à 12:05

Non l'évaluation n'est pas subjective par nature. On cherche au contraire à donner aux évaluations le caractère le plus "scientifique possible" (c'est a dire rationnel, réfutable, arguumenté, objectif) C'est là tout le travail d'une discipline comme la scientométrie...

05/03/2011, 13:01 | Par Belange

du moment que l'homme intervient, c'est subjectif : on ne peut pas fabriquer un appareil (genre baromètre ) et l'étalon de la mesure serait quoi ?et même c'est dangereux parce qu'il n' y aurait plus de discussions possibles la scientométrie a dit ça c'est scientifiquement incontestable .Et que faites- vous de l'éthique , la morale, la philosophie etcetc

05/03/2011, 13:16 | Par Marc Tertre en réponse au commentaire de Belange le 05/03/2011 à 13:01

//// du moment que l'homme intervient, c'est subjectif

Non. Je peut dire "dehors il pleut", et ça n'a rien de subjectif. Mais si je dis "dehors, il fait un temps dégueulasse", alors là mon avis est totalement subjectif (parce que certains peuvent aimer la pluie, parce que le fait que le temps soit "dégueulasse" est un phénomène totalement "interprétable")

Aprés, l'homme intervient partout dans la science (il intervient sur les instruments sur la scription, etc)

Mais c'est faux de dire que le fait de renvoyer à la recherche de la plus grande objectivité possible "coupe court à la discussion". Elle la rend au contraire possible...

Aprés, toute évaluation renvoit à une question de mesure. Et avant de se glorifier de ladite mesure, encore faut il savoir ce qu'on fait, les critères qu'on utilise, les méthodes, etc.

Quand à l'éthique, la morale, la philosophies, elles ont aussi une vie propre, indépendamment de la science et de sa recherche de vérité. Il y a aussi une vérité éthique, morale, philosophique, qui n'a rien à voir avec la "vérité scientifique", et qui n'en est pas moins vrai...

05/03/2011, 13:42 | Par christian paultre

La définition opérationnelle de l'objectivité est au coeur de la science.

Dans les cas difficiles , il y en a souvent en médecine, sciences humaines, ...la notion de consensus éclairé quand il est produit dans de bonnes conditions rend de grands services.

05/03/2011, 14:02 | Par Belange

Quand je dis que ça peut être dangereux, je ne par le pas dans le milieu scientifique mais dans le reste de la société parce que nos politiques ils entendent que ce qu'ils veulent bien entendre

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