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Piazza del Quirinale comme la place Tahrir

Chronique de fin de règneDes milliers de personnes se sont ressemblés le 12 Novembre dernier devant le siège de la présidence de la République Italienne pour manifester leur joie après la démission du président du conseil italien Silvio Berlusconi. Une scène qu'on n'avait pas vu en Italie depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Une foule immense a envahi le lieu-symbole de la démocratie italienne. Du jamais vu pour la démission d'un président du conseil. Des gens dans la foule ont même agité des drapeaux comparant le 12 Novembre 2011 au 25 Avril 1945, jour de la libération de l'Italie de l'emprise nazi-fasciste. Cela n'est pas une exagération mais indique à quel point le peuple italien en avait assez de Berlusconi et du berlusconisme. Dix-sept ans de pouvoir qui ont dévasté économiquement, socialement et culturellement l'image du pays de Dante et Michelangelo.

Mainmise sur les médias

Un pays muselé, violé, transformé en entreprise de famille par Berlusconi qui avait bien préparé son coup depuis 1994 en achetant télévisions, journaux, maison d'éditions, agences de publicité et hommes clés de différents partis politiques. Juste un mois après la fondation de son parti Forza Italia, il gagnait haut la main ses premières élections et l'Italie entrait dans la période la plus triste de son histoire de l'après-guerre, la nuit noire du berlusconisme. Le système que Berlusconi avait mis en place était basé sur la mainmise sur les télé privées (les chaînes privées du président du conseil comme Italia 1, Canale 5, ReteQuattro) et les télévisions publiques. La RAI, télévision d'état, a progressivement subi une 'occupation' de la part des fidèles du président, la seule chaîne libre est resté longtemps Rai Tre mais des journalistes qu'y travaillaient comme Enzo Biagi - et à une certaine époque Santoro - ont été limogés car 'hostiles au président'. A travers ses télévisions Berlusconi a transformé aussi les moeurs des Italiens. Il a utilisé - dans des émissions en pleine journée - des femmes presque à poil pour faire de l'audience, il a éliminé (ou déplacé en pleine nuit) les transmissions culturelles et il nous a lentement transformé en un pays de voyeurs (Le Loft en Italie est à sa onzième édition). En 2011 l'Italie était le seul pays européen dans lequel son président du conseil pouvait appeler en direct une émission (AnnoZero, Ballaro', L'Infedele) pour y dénigrer les journalistes et leur manière de travailler (dire la vérité sur le fait que notre président avait couché avec des mineurs et avait transformé sa résidence privée en un bordel immonde en transportant ses prostituées de luxe et ses amis dans des vols d'état payés par les contribuables).

Réseaux maffieux et méprise du patrimoine archéologique

L'immunité a permis longtemps à Berlusconi d'éviter des procès pour corruption, fraude fiscale et seulement grâce à la prescription il a réussi à éviter un procès majeur pour affiliation à la mafia (son collaborateur à Arcore était affilié à un boss reconnu de la mafia sicilienne). Pour éviter d'être rattrapé par la justice Berlusconi est entré en politique (son fidèle collaborateur Confalonieri l'a avoué, « si nous n'étions pas entrés en politique, nous serions maintenant derrière les barreaux ») et a lentement transformé l'Italie en un république bananière (contrôle presque absolu des médias, magistrature muselée et dénigrée, Parlement vidé de son pouvoir). La vraie révolution libérale pour Berlusconi aurait été celle d'investir dans le patrimoine artistique, archéologique, historique d'Italie (unique au monde) un patrimoine complètement négligé par son gouvernement (le ministre Bondi, après l'écroulement de la salle des gladiateurs à Pompéi, n'a pas jugé opportun de devoir démissionner). Berlusconi a même réussi a transformer le tremblement de terre à l'Aquila en champ scandaleux d'échange de contrats d'entreprise privilégiés (et pots-de-vin) pour ses amis.

Décadence culturelle du berlusconisme

Mais il faut surtout signaler la décadence culturelle du berlusconisme. Voilà les seuls messages envoyés aux Italiens pendant 17 ans de règne: couchez avec des mineurs, volez l'argent de l'état, ne payez pas d'impôts (il l'a dit plusieurs fois même dans des réunions publiques), enrichissez-vous aux frais des autres. Et puis quelques mots sur son allié de la Ligue du Nord ? Un parti ouvertement xénophobe, raciste qui humilie tous les jours des immigrés, des étrangers et même des Italiens (du Sud). Un mélange de populisme, péronisme, racisme et néolibéralisme, voilà ce qu'est le berlusconisme. Comme disait un des plus grands journalistes italiens, Indro Montanelli : "Berlusconi est une maladie. Pour la vaincre il faut tomber malade pour développer des anticorps".

Aujourd'hui l'Italie est un pays convalescent qui nécessite de soins particuliers car il doit se défaire de l'image de pays décadent théâtre des multiples scandales de son ex-maître absolu. Une oeuvre colossale qui nécessite une thérapie-choc à tous les niveaux et beaucoup de détermination car il ne s'agit pas simplement d 'éliminer l'homme politique Berlusconi de la scène politique (chose presque déjà faite) mais d'éliminer l'héritage lourd, terne, violent et décadent du berlusconisme. Le chanteur Giorgio Gaber l'avait parfaitement compris lorsque il avait dit: « Je n'ai pas peur de Berlusconi en soi mais de Berlusconi en moi ». Voilà le grand défi pour les Italiens aujourd'hui. Se libérer de cette maladie et restituer la dignité à l'Italie.

Tous les commentaires

14/11/2011, 15:07 | Par Mariethé FERRISI

Vraiment merci pour ce déroulé d'une histoire italienne qui me touche beaucoup et au terme de laquelle une nouvelle page d'espoir et de renaissance va s'écrire... Pourquoi pas "Bella ciao!" A3rcfP8SEoU7RLfoAAAAASUVORK5CYII=

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