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Bayrou et Peyrelevade, en écho pour une politique de l’offre
François Bayrou et Jean Peyrelevade résonnent et raisonnent de concert. François Bayrou a publié le 18 août son dernier livre intitulé « 2012, état d’urgence ». Jean Peyrelevade vient de publier à son tour un essai dont le titre résonne en écho à celui de François Bayrou : « France, état critique ». Cette résonance ne se limite pas au titre, mais elle est confirmée dans le contenu, sur le volet économique de l’analyse, du diagnostic, ainsi que des propositions.
la gauche a aussi sa part de responsabilité. Car si les impôts ont au total baissé de 77,7 milliards d'euros au cours des années 2000-2009, les baisses s'élèvent à presque 26 milliards d'euros pour les seuls trois premiers exercices, ceux des années 2000-2002, comme le relève le rapport de Gilles Carrez. » L’augmentation de la charge financière de la dette publique, du fait de l’augmentation de sa base, la dette publique qui s’incrémente du déficit, ainsi que d’une augmentation potentielle des taux d’intérêt, encore plus menaçant aujourd’hui, contribue aussi à creuser le déficit. Cette charge financière des intérêts est équivalente à l'impôt sur le revenu : 50 milliards d'euros, soit la moitié de notre déficit. Pour rappel notre déficit public s’élève à presque 150 milliards d'euros en 2010 et plus de 100 milliards estimés pour 2011). Nous empruntons pour payer nos intérêts. L’Etat est surendetté. Notre déficit primaire, avant prise en compte de cette charge, est négatif de 50 milliards, ce qui signifie que si les marchés arrêtent de prêter à l’Etat Français, ce dernier se verrait dans l’impossibilité de payer ses dépenses, ses fonctionnaires. Ce qui n’est pas le cas de l’Italie par exemple.
Jean Peyrelevade, comme François Bayrou, étayent leur analyse d’une comparaison très intéressante avec l’Allemagne, argumentation répondant à ceux qui dénoncent l’euro et prônent des remèdes protectionnistes. Par contraste comparée à la France, l'Allemagne a un faible taux de chômage (6,1% en juin 2011 contre 9,2% pour la France), une balance extérieure en fort excédent (154,3 milliards d'euro en 2010 et en hausse de 11,2% sur 2009, contre un déficit de commerce extérieur de 68 milliards en 2010 pour la France, qui s'aggravera en 2011 à un niveau de 75 milliards), des exportations en hausse de 18,5% (60% à destination de la zone euro), un déficit public égal à 3,3% du PIB en 2010 (contre 7,7% du PIB en France). Pourtant en 2004, c'était l'inverse. L'Allemagne subissait les coûts de la réunification, était très endettée et a dû faire appel à une aide de l'Europe, comptait 10% de chômeurs. Ce pays a réussi à s'en sortir, certes en faisant des sacrifices (gel des salaires, augmentation de la TVA) consentis par la population grâce à une nouvelle majorité d'union au centre à l'initiative de Gerhard Schroeder et surtout en adoptant une bonne stratégie industrielle.
La France et l'Allemagne sont très comparables en terme de modèle de société et baignent dans le même contexte économique.
Reprenons quelques points de comparaison entre la France et l'Allemagne :
- L’Allemagne et la France partagent la même monnaie, l’euro. L’euro n’a pas empêché l’Allemagne d’exporter ;
- L’Allemagne et la France partagent également le même modèle social et les mêmes niveaux de salaires, même s'il existe quelques différences, par exemple le fait qu'il n'y ait pas de salaire minimum réglementaire national en Allemagne. Comme le montre ce rapport à la Commission des comptes de la Sécurité Sociale) : le coût du travail reste aujourd'hui plus élevé en Allemagne, en brut commet en net, même si ces dix dernières années l'évolution relative a été favorable aux entreprises allemandes. Les salaires bruts sont 34% en moyenne plus élevés en Allemagne qu'en France. En net de charges et d'impôt sur le revenu, l'écart se réduit car les prélèvements sont plus élevés en % en France, mais restent encore 6% supérieurs. La réduction de l'écart tient à l'importance relative plus grande des prélèvements patronaux en France et de l'impôt sur le revenu en Allemagne. - les charges sociales patronales sont plus élevées en France mais les charges sociales salariales sont plus élevées en Allemagne et donc au final les salaires allemands sont plus élevés en moyenne pour permettre aux salariés de payer leur couverture sociale, avec aussi plus de recours à des complémentaires privées santé et retraite,
- La productivité (PIB/heure travaillée) est en moyenne meilleure en France qu'en Allemagne, Le niveau supérieur du salaire moyen et du coût annuel du travail en Allemagne ne semble pas justifié par une productivité supérieure du travail et n'est que partiellement lié au nombre d'heures travaillées (d'après l'OCDE, le PIB par heure travaillée est plus élevé en France qu'en Allemagne (96,2% du niveau des Etats-Unis pour la France contre 91,4% pour l'Allemagne).
- Les prélèvements obligatoires sont plus élevés en France en % du PIB mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%),
- La mise en place des 35 heures a provoqué brutalement une variation relative en défaveur de la France (représentant un renchérissement du coût du travail de 11% pour notre société globalement concernant les salariés) mais pour arriver in fine à une durée comparable (même légèrement supérieure) à celle des Allemands. La moyenne des heures travaillées par semaine est légèrement plus élevée en France qu'en Allemagne, comme le pointe cet article montre cette étude de l'Insee. La France, avec 1.559 heures en 2007 se situant au niveau de la moyenne de l'UE (1.564 heures). Voir aussi cette étude comparée entre pays européens, datant de janvier 2011 : avec 41 heures de travail hebdomadaire, les Français se situent un peu en dessous de la moyenne européenne (41,5) et les Allemands sont à 41,7 heures malgré une durée conventionnelle de 37 heures. Ceci malgré la mise en place des 35 heures ... La durée conventionnelle moyenne de temps de travail dans l'UE est de 38,6 heures par semaine.
- Enfin, parlons de la TVA sociale, mise en place par les Allemands en 2007, équivalant à une dévaluation compétitive opérée par le transfert d'une partie des charges sociales sur la TVA. L’Etat allemand a augmenté la TVA de 3 points (3%) pour financer des charges consécutives à sa réunification, dont 1 point au titre d’un report de charges sociales. Ce coût a été transféré des entreprises vers les ménages, ponctionnant donc en partie leur pouvoir d'achat. Mais l'Allemagne partait d'un taux de TVA beaucoup moins élevé que le nôtre (16%) et arrive maintenant à 19%. L’effet relatif de compétitivité de prix des produits allemand a été très faible car les importateurs de leurs produits sont peu sensibles aux prix (preuve en est de l’insensibilité à une hausse de l’euro).
En conclusion, il ne sert à rien de dénoncer l’euro et la mondialisation, les problèmes viennent de chez nous et les remèdes doivent aussi venir d’une volonté de s’en sortir par des choix économiques et politiques, favorisant la création et la commercialisation, la recherche de clients et le partage de brevets, par une mise en réseau des acteurs, favorisant le développement des entreprises notamment des PME innovantes et même de PME produisant des produits classiques sur lesquels nous pouvons avoir un avantage compétitif, sur la qualité et par une production plus intelligente. Sans oublier l’action sur la formation, des jeunes, en commençant dès l’école, jusqu’aux choix d’orientation aux études supérieures, sans oublier non plus la formation professionnelle, la reconversion des chômeurs.
Jean Peyrelevade, banquier social démocrate qui se dit « de gauche » et a soutenu François Bayrou en 2007, s’est récemment à nouveau tourné vers le PS, soutenant François Hollande aux primaires, puis a annoncé le week-end dernier qu’il préférait maintenant soutenir Manuel Valls, très proche de François Bayrou sur ses propositions économiques.
Il n’a pas encore choisi entre François Bayrou et Manuel Valls pour 2012, mais si ce dernier n’emporte pas les primaires, il sera certainement à nouveau tenté par François Bayrou. Il encourage en tout cas une « nouvelle majorité » de centre-gauche, composée du vrai centre qu’est le MoDem et du PS qu’il souhaite plus réaliste et moins illusionniste, moins démagogique.
François Bayrou, lui, prône une « majorité centrale », celle « du courage », allant de la droite sociale et républicaine favorable à une Europe forte à la gauche sociale-démocrate en passant par le centre, réalisée à partir d’un projet, de valeurs et de propositions pour reconstruire la France, s’attaquant aux vraies causes des problèmes et fondée sur un discours de vérité.


Tous les commentaires
Suis heureux de lire ça. Depuis plusieurs années certains agitaient le drapeau sur Mediapart : culture de la création (et son éthique) = développement de produits ou services = production = emplois. C'est simple, tellement archi-simple, mais les socialistes n'ont pas encore compris, ni l'UMP (et leurs experts patentés).
Merci Marie-Anne de citer mon article pour son volet didactique sur les mécanismes interactifs entre investissement productif et croissance économique. Je rappelle aussi que j'y présente également l'une des causes structurelles de l'insuffisance de l'investissement productif en France qui est aussi la cause fondamentale de la crise économique et financière ouverte depuis 2008, à savoir l'insuffisance de la part des salaires dans la valeur ajoutée brute (VAB) des entreprises.....ou présentée autrement, la part excessivement élevée en faveur des revenus du capital dans la répartition de la VAB depuis maintenant au moins une dizaine d'années, à l'origine à la fois d'un excès d'épargne (le taux d'épargne des ménages place la France parmi les plus grandes fourmis de la planète !) et d'un surrendement des ménages des classes moyennes et laborieuses, autant d'éléments qui plombent la croissance des débouchés des entreprises. Or, point d'investissement et de production de richesses, sans perspectives de débouchés ! Et c’est là que je me démarquerais des conclusions de Jean Peyrelevade car, notamment eu égard à la faiblesse du poids de nos échanges avec les pays émergents et donc du degré de contrainte de la compétitivité-coût vis-à-vis de ces pays, il me semble absolument prioritaire et urgent de tourner le dos à près de trente ans de "déflation salariale " !
Très bonne analyse. Mais deux points m'interpellent :
* On dit "l'Allemagne", "la France".. mais les décisions d'investissement ou non sont prises par des dizaines de milliers de personnes, pas par l'Etat. Ce n'est pas l'Etat allemand qui investit, mais des entreprises de taille moyenne que nous n'avons pas en France. L'Allemagne travaille au niveau régional (20% de chômage à Berlin, 3% en bavière) : parler de l'Allemagne ne veut pas dire grand chose. Les régions sont puissantes et aident au développement des entreprises régionales, de facon beaucoup plus proche que "Paris" n'aide au développement des PME.
* Ne nous voilons pas la face : l'Allemagne bénéficie EN CE MOMENT d'une conjoncture extrêmement favorable : les départs à la retraite ne sont pas au pic, creux de natalité depuis 20 ans (= moins de dépenses d'éducation), boom des BRICS qui investissement massivement dans des machines outils, les voitures...Euro relativement faible (en tous cas plus faibles que si l'Allemagne avait gardé son DM). Qu'en sera-t-il de ces facteurs dans 5 ou 10 ans?
=> oui, cette solution "sur l'offre" ou plutôt sur l'investissement productif est une bonne solution, indispensable si l'on veut s'en sortir, mais on ne peut pas faire du copier-coller avec l'Allemagne. Il faut trouver les bons moyens pour agir en France.
La France devrait par exemple beaucoup plus exploiter sa créativité : Cinéma, musique, jeux vidéos, arts en général, cuisine : des secteurs inexistants en Allemagne sur lesquels la France peut (pourrait ? pouvait ?) jouer un rôle majeur. Il faut investir massivement là où nous sommes bons et ne pas copier les Allemands. Il faut reprendre l'idée des pôles d'excellence.
@Yves Besançon et @Oliv92
Personnellement je suis d'accord avec vos observations, qui complètent l'analyse d'un éclairage complémentaire sans néanmoins l'affaiblir. Ni Bayrou ni Peyrelevade ne disent qu'il faut "copier l'Allemagne". Ils font un diagnostic fin des causes de notre déconfiture en comparant avec l'Allemagne. François Bayrou axe ses recommandations sur l'environnement favorable que l'Etat doit créer pour les entreprises dans les secteurs à potentiel, pour les PME, l'investissement innovant ou vecteur de gains de compétivité relative (notamment privé). Jean Peyrelevade insiste sur les conditions financières et fiscales à créer pour que les entreprises (notamment les PME) puissent reconstituer de meilleure marge pour investir et s'autofinancer, dépendant moins des banques. Yves Besançon dira que plus on distribue le profit aux actionnaires, ceteris paribus (à salaires stables et à marge brute constante), moins il reste en net pour la mise en réserve, pour l'investissement. Mais c'est sans doute la concurrence à la rentabilité du capital qui a incité les entreprises à pratiquer cela, pour conserver leurs actionnaires ... Tout est lié.