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Votre entreprise profite de la crise pour licencier? Témoignez!

Fin septembre, Mediapart créait une carte de la crise sociale. Seuls quelques plans sociaux avaient été annoncés. Presque trois mois plus tard, la carte, mise à jour régulièrement, s’est recouverte de voitures, de clés à molette ou de maisons jaunes, symboles multiples d’une crise économique d’ampleur. Des pans entiers de notre économie comme l’automobile (2,5% des actifs en France), l’industrie, l’immobilier, le transport, souffrent au ralentissement brutal de l’économie. A ce jour, plus de 180 plans sociaux, plans de départs, annonces de licenciements, ont été comptabilisés.

Bien sûr, j’en ai oublié. J’ai pu passer à côté d’annonces de licenciements mentionnés dans la presse quotidienne régionale. Par ailleurs, certains licenciements ne feront jamais l’objet d’un article dans la presse, ni régionale ni nationale. Ils seront discrets, tus, inconnus. Recensés par la seule administration, qui n’en fera pas publicité. Cliquez sur la carte pour la lire.

 

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Pour cette raison, j’ai proposé à tous les lecteurs de ce blog, il y a quelques semaines, de me signaler par messagerie électronique (mathieu.magnaudeix@mediapart.fr) des fermetures d’usines, des licenciements, des plans sociaux… dont ils auraient entendu parler. Vous êtes plusieurs dizaines à avoir joué le jeu. Certains, comme Pascal Kerdraon que je remercie tout particulièrement, ont ratissé la presse régionale pour m’aider. D’autres, qui ont réclamé de rester discret sur leur identité, m’ont alerté sur les difficultés de leur propre entreprise ou de celle d’un proche. Merci à tous de m'avoir aidé dans cette entreprise un peu titanesque. Et merci de continuer!

 

La carte, en accès libre — puisque les blogs de Mediapart sont en accès libre–, a largement circulé. Elle a d’ores et déjà été consultée par plus de 820.000 personnes. Ce n’est qu’un début. Car ce que ce que l’on appelle encore la crise sociale est en train, les dernières prévisions de l’Insee le montrent bien, de virer au marasme économique. Personne aujourd’hui ne sait combien de temps dureront ces difficultés. Quelles seront leurs profondeurs, et les marques qu’elles laisseront sur les territoires, les bassins d’emploi. Il y a, malgré tout, au moins une certitude : dans les premiers mois de 2009, les annonces de plans sociaux vont se multiplier. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un œil sur d’autres symboles disséminés sur cette carte : ces triangles rouges qui signalent des prises de congés et de RTT forcés, des suppressions de postes d’intérimaires, des mesures de chômage partiel. Actuellement, j’en ai localisé près de 110 — et encore, il en manque... : 110 entreprises où la production est quasi-nulle, pour écouler les stocks qui s'accumulent et/ou faute de nouvelles commandes. Cette situation ne manquera pas, d'ici quelques mois, de déboucher dans certains cas sur des licenciements purs et simples.

 

Dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, je continuerai à mettre à jour cette carte d’une France en panne. Mais il faut désormais aller plus loin. Car, on le constate tous les jours, cette crise économique est aussi, pour certaines entreprises, un prétexte bien pratique pour opérer, dans une indifférence générale puisque les mauvaises nouvelles pleuvent, des fermetures de sites, des restructurations, des licenciements. Dans la partie journal de ce site, je suis parti à la rencontre des salariés de la Sopal, à Givet (Ardennes), dont l’usine fermera le 31 décembre. Ils ont occupé leur lieu de travail pendant 52 jours pour protester contre la gestion hasardeuse du groupe au cours des dernières années. J’ai aussi rencontré les oubliés de Johnson Controls au Grand-Quevilly, près de Rouen, virés en dix minutes. Il y aussi ArcelorMittal, Valéo, Faurecia… entreprises bénéficiaires qui ont annoncé des plans de départ de plusieurs milliers de salariés.

 

Je lance donc un appel aux lecteurs de ce blog, qu’ils soient abonnés ou non à Mediapart. Si votre entreprise, ou une entreprise de votre région, annonce des licenciements qui paraissent injustifiés au regard de sa santé économique ; si vous considérez qu’elle profite de la crise pour annoncer des mesures difficiles; si un plan de restructuration qui vous paraît injustifié se prépare; écrivez-moi, toujours à la même adresse électronique (mathieu.magnaudeix@mediapart.fr). Ainsi alerté (il va de soi que votre identité ne sera bien sûr pas mentionnée), je pourrai faire mon travail de journaliste : vérifier et recouper ces informations, et s'il le faut venir venir sur place pour raconter.

 

A vos claviers ! Merci par avance. Et de très bonnes fêtes à tous.

Tous les commentaires

C'est vous qu'il faut remercier Mathieu, bonne fin d'année, salutations les meilleurs

Le titre du billet est quelque peu douteux, quand on lit dans le corps du texte : "Des pans entiers de notre économie comme l’automobile (2,5% des actifs en France), l’industrie, l’immobilier, le transport, souffrent au ralentissement brutal de l’économie." Il y aurait donc une crise économique qui expliquerait une bonne partie des licenciements ? Dans ce cas ce n'est pour "profiter" que les entreprises licencient. A propos, quels sont les syndicats représentés au sein du personnel de "Mediapart" ?

Lorsqu'Amora ferme son site de Dijon alors qu'il réalise en 2008 25 millions d'euros de bénéfices, oui, j'appelle ça "profiter" de la crise pour licencier.

Pensez vous que les constructeurs automobiles américains "profitent" de la crise pour licencier, et suivant la suggestion de vontre confrère Philippe Riès qui considère qu'il faut fermer Détroit, pensez vous qu'il faut fermer "Boulogne Billancourt" (pour utiliser l'ancienne icone) et Poissy en "profitant" de la crise?

Merci pour cet énorme travail de véritable information de base. Et pour tenter de répondre aux critiques, il me semble que l'article distingue bien les entreprises qui ne peuvent pas faire autrement de celles qui, en particuliers les entreprises bénéficiaires, pourraient faire autrement et qui justement "profitent"...

Comment distinguez vous les entreprises qui "ne peuvent pas faire autrement" et celles qui en "profitent" ? Si c'est par le critère du fait qu'elles sont bénéficiaires ceci ne peut être un critère autre que démagogique. Ce n'est pas parce qu'une entreprise jusqu'à présent a fait des bénéfices qu'elle en fera demain . Si l'on prend l'exemple de la SOFAL, qui est dans le papier gomme, il est évident, si l'on échappe à la démagogie, qu'il s'agit d'une entreprise qui dépend d'un produit dont le marché est en train de disparaitre, en particulier parce que les Etats réduisent leurs commandes, il est donc clair que l'entreprise n'a pas le choix. Cette conclusion s'impose objectivement si l'on en croit les informations données dans l'article sur la SOFAL. Si l'on prend certains des exemples donnés, comme ARCELOR, il est évident que l'activité que les entreprises escomptaient ne sera pas au rendez vous : ceci veut il dire qu'elles "profitent" de la crise ? Lorsque les entreprises ne sont pas bénéficiaires, leur gestion est considérée comme "hasardeuse" mais on a l'impression qu'inversement des licenciements seraient légitimes. Et si l'on prend Valéo ou Faurecia, dans la lignée de la philosophie exprimée par M. Philipppe Riès à propos de Detroit, la conclusion doit être que ces entreprises qui sont dans la sous-traitance automobile doivent disparaitre. On constate d'ailleurs sur la case la prédominance des icones avec des automobiles bleues. L'article range Valéo ou Faurecia dans les entreprises bénéficiaires qui donc "profiteraient" de la crise : alors que les constructeurs automobiles sont en crise et par ailleurs poussent aux délocalisations, le fait que jusqu'à présent ils aient réussi à être bénéficiaire rendraient il leurs difficultés futures un prétexte à restructuration ? Que peuvent les équipementiers face aux constructeurs ? L'appel aux financements de marché , qui est à l'origine de la crise financières, avait pour objectif d'essayer de faire financer par les marchés ce que les finances publiques ne pouvaient financer. Les attentes avaient été multipliées, de protection médicale, d'accession sociale à la propriété, de pouvoir d'achat. Les "libéraux" ont prétendu avoir la recette miracle, ils ont dopé l'économie en puisant sur les revenus futurs ( des entreprises et des consommateurs ), ils ont prétendu avoir des martingales pour éliminer les risques du surendettement et en faire simplement des créances à haut rendement. Les bulles successives (immobilier de bureau, dot.coms, immobilier résidentiel) ont éclaté. Comme la croyance au Père Noël est toujours aussi vivace, on veut créer une bulle publique, avec aussi peu de logique que dans le schéma "libéral". On ne veut pas voir l'aspect totalement fallacieux de vouloir ce faisant financer le consommateur par le contribuable. Il y avait au moins une certaine logique à vouloir faire financer la charge des délocalisations par les investisseurs des pays émergents

"Ce n'est pas parce qu'une entreprise jusqu'à présent a fait des bénéfices qu'elle en fera demain" C'est sûr. Heureusement, en virant par charrettes entières, l'entreprise réussira à préserver un peu de profitabilité pour les investiseeurs. "Lorsque les entreprises ne sont pas bénéficiaires, leur gestion est considérée comme "hasardeuse" Par qui? Pas par ceux dont les emplois ont été préféré à l'affichage d'une ligne bénéficiaire dans le bilan comptable. Et sur les délocalisations? C'est souvent la meilleure arme de chantage des directions pour faire accepter aux salariés des conditions de travail plus mauvaises.

Mon fils vient de refuser la place qu'on lui proposait, le travail d'un cadre qui partait mais sans le titre de cadre et bien sur sans le salaire. Il gardait son salaire donc pas d'avancement. Ce qui lui permet dêtre chez lui moins tard le soir de se faire ses meubles qu'il n'aurait plus le temps de faire, et non plus de se payer puisque pas d'augmentation de salaire. Donc pour l'instant il est gagnant. alors travailler PLUS pour gagner PLUS ? BELLE HISTOIRE SARKOZIENNE. L'entreprise étant je précise une multinationnale mais qui n'a pas de risque de délocalisation,puisqu'elle ne fabrique pas.

Pour rebondir et à toutes fins utiles ... . http://www.mediapart.fr/club/blog/serge-uleski/291208/l-entreprise-autre-lieu-d-enfermement ____________ Serge ULESKI : Littérature et peinture à l'adresse suivante : http://sergeuleski.blogs.nouvelobs.com

J'ai utilisé la carte de la crise sociale en cours avec des étudiants en gestion. Premier apport évident : la visualisation du phénomène massif de plans de suppressions d'emploi à l'oeuvre, sur un laps de temps finalement très court. Certes, des annonces (souvent les plus importantes en volume d'emploi) paraissent régulièrement dans la presse ... mais ce travail de recensement permet de mettre à jour des cas plus isolés qui bien souvent, sont moins visibles. En observant la liste les étudiants ont été frappés : toutes tailles d'entreprises, tous secteurs d'activité, toutes régions, toutes catégories d'emploi et de salariés sont concernés, avec en même temps une grande variété de situations (des plans sociaux, des suppressions d'emploi temporaire, des plans avec appel à volontariat ...) : il s'agit bien d'un phénomène massif, "universel". Bref, deuxième impression : un tournis, un vertige ! Alors, nous avons essayé de trier un peu : quid de restructurations "de crise" (et liées à quelle crise, une crise financière, une crise économique ?) vs. des restructurations "de compétitivité" ? Pas facile de faire le tri, mais peut-être la possibilité de distinguer différentes configurations : - des entreprises en situation de survie (liquidations judiciaires par exemple), - des entreprises dans un secteur en crise, quelles que soient les raisons de la crise, qui ne sont pour autant pas nécessairement en situation de survie à court terme, mais qui connaissent - évenuellement depuis plusieurs mois déjà - une diminution de leur activité - en tout cas en Europe occidentale - des entreprises qui avaient entamé depuis longtemps déjà des processus de restructuration (rachats, délocalisations, externalisations, suppressions de métiers, introduction de nouvelles technologies, etc.) qu'elles accélèrent aujourd'hui dans leur volet suppressions d'emploi - des entreprises qui anticipent sur des baisses d'activités / une crise à venir A la fin de cette séance de travail, nombre de questions sont restées en suspens ... mais avec l'idée que dans cette "crise" s'entremêlent à chaque fois des causes et des mécanismes de natures différentes : des contraintes économiques certes, mais aussi des choix stratégiques qui peuvent dater de longs mois, des effets d'annonce, des effets d'aubaine, des formes de mimétisme, ... d'où la difficulté à y voir clair ?

La crise sociale traduit une crise économique, due à la crise financière, qui est particulièrement grave. Le commentaire de Rachel sur la deuxième impression, de tournis et de vertige, traduit la réalité particulièrement dramatique. Il y a depuis de longs mois des choix stratégiques qui pouvaient éventuellement être contestés, mais la crise actuelle parait rendre tous ces débats périmés. Pour toutes les entreprises, la question est à l'heure actuelle une question de survie (étant entendu que celles qui sont en liquidations judiciaires ne sont pas en situation de survie, elles n'ont pas survécu). Les entreprises qui anticipent, avec une crise qui est dramatique, parviendront peut être à survivre, ceux qui sont en restructuration ont peu de chance d'y parvenir. Voila la situation que pour des raisons différentes tout le monde veut occulter, en minimisant la crise. Les plans de relance avec l'explosion de la dette publique rend la survie même des états aléatoires, il est déjà évident que de nombreux états seront bientôt en faillite.

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