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Insulte à l'intelligence

L'infantilisation est à l'oeuvre sur tous les fronts. Elle nous guette, nous happe, nous embarque, pour peu que nous nous assoupissions un instant. Elle est partout, au travail, à la maison devant la télé, à l'église (ça, c'est une vieille histoire !), dans la pub, au cinéma, dans les médias. Elle sévit comme la grippe H1N1, et fait elle aussi des ravages.

On s'adresse à nous, ce n'est pas nouveau, mais ça se généralise, comme à des petits enfants ou à un tas de couillons à qui on veut faire prendre des vessies pour des lanternes. Ce n'est plus au citoyen qu'on parle désormais, mais à de vulgaires consommateurs, malléables, dociles et crédules. La dose du cynisme et du mépris dans tout ça est colossale. Les gens de la com et de la pub sont les ennemis du genre humain ! Ils rabaissent tout ce qu'ils touchent, ils réduisent tout discours à néant.

Leur inculture n'a d'égale que leur suffisance. Ils sont à la manœuvre, imposant modèles dominants et consumérisme. Parfaits serviteurs du capitalisme qui infantilise. RTL, Europe 1, RMC, ou même France-inter distillent les « messages » doucereux et débiles des bonimenteurs de l'agro-alimentaire, de l'industrie automobile ou des Assurances. Insulte à l'intelligence. Comme si toute pensée en cette année 2009 finissante pouvait se réduire à cette bouillie infâme.

Le cinéma n'est pas épargné par le phénomène, de plus en plus formaté par les outils technologiques de pointe, au détriment des sentiments humains, des histoires et des personnages. Lourdes machineries apocalyptiques et virtuelles où toute trace de vérité a disparu, au profit d'effets spéciaux numériques. Derniers exemples en date : « 2012 » qui narre la fin du monde, et « Avatar » (en 3D) qui emmène les survivants sur une planète lointaine. Des coquilles vides à message écolo pour public pré-pubère. On s'y précipite, surenchère promotionnelle oblige. Pendant ce temps, l'un des plus beaux films de l'année, « Irène », d'Alain Cavalier, ne réunit que 33.000 spectateurs à Paris.

L'infantilisation, j'enfonce le clou, reste l'arme suprême du pouvoir, petites phrases, effets d'annonces, rodomontades, promesses à hue et à dia. Petits et gros mensonges. Sans doute n'ai-je pas besoin de nommer l'infantilisateur en chef. Celui qui monte chaque jour au créneau pour prêcher la bonne parole aux attardés que nous sommes. Vous savez ce que Maupassant écrivait à Flaubert en 1877 ? « La politique m'empêche de travailler, de sortir, de penser, d'écrire. L'irritation que causent les manœuvres scélérates de ces gueux est tellement intense, continuelle, pénétrante, qu'elle vous obsède à toute heure, vous harcèle comme des piqûres de moustiques. » Sa bête noire dans le collimateur, c'est le président de la République. Il s'appelle... Mac-Mahon.

Chronique publiée dans la «Charente libre» du 19 décembre 2009.

Tous les commentaires

30/05/2011, 22:59 | Par Jean Paul MAIS

C' est bien pour cela que je ne suis plus client d' aucun opérateur de télévision depuis plus de 3 ans ! Mais j' ai gardé mon téléviseur pour visionner les DVD et VHS de mon choix.

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