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Étudiants étrangers en France : le devoir de désobéissance

La situation imposée en France, depuis plusieurs mois, aux étudiants étrangers, est ubuesque. Ubuesque, et particulièrement nocive, pour notre pays comme pour les individus. En voici, concrètement, l'un des aspects.

 

Un des principes de base, appliqué quasi-systématiquement par l'administration depuis la "Circulaire Guéant", est : "l'étudiant doit quitter le territoire national aussitôt le diplôme obtenu".

 

Peu importe que l'étudiant ait une promesse d'embauche (même sous forme de CDI), ou qu'il soit un jeune chercheur dont la soutenance de thèse marque moins "l'obtention du diplôme" qu'une étape dans une carrière très souvent internationale. 

La conséquence de cette politique menée par l'administration est catastrophique, pour les individus, engagés souvent depuis des années dans des projets et des constructions à long terme, pour les entreprises qui ont entrepris les démarches pour les recruter, pour la science française, déconsidérée et à terme ostracisée.

 

La loi proprement dite n'impose pas de telles pratiques. Selon les propres termes d'un haut responsable de la Préfecture de Police, " il n'y a aucun problème à renouveler pour un an le titre de séjour d'un étudiant qui vient de soutenir sa thèse ". Aucun problème… sauf que l'administration le refuse quotidiennement.

Pratiques qui s'apparentent à un abus de pouvoir. Pratiques qui ressemblent fort à une politique de "préférence nationale", et qui sont contraires, oh combien, à "l'intérêt national" au sens large. Pratiques qui sont l'exact contraire de toute la tradition de notre pays, de ce qui a contribué à la place qu'il occupe encore dans la science internationale.

Pratiques qui nous imposent, toutes les fois que nous le pouvons, le devoir de désobéissance.

 

C'est ainsi que j'ai saisi publiquement le Premier ministre, il y a quelques jours, du cas d'un jeune mathématicien  biélorusse que je connais bien, qui soutient sa thèse le 2 février, et dont le titre de séjour expire le 7 (voir ma lettre au Premier ministre). On lui a bien sûr refusé un processus de naturalisation, qu'il avait tenté sur le conseil de son université puisque, encore une fois, la pratique administrative impose qu'il quitte le territoire national dès l'obtention du diplôme.

 

Le Cabinet du Premier ministre comporte sans doute quelques universitaires responsables, qui savent ce que "recherche scientifique" veut dire : à la suite de ma lettre le jeune mathématicien a été invité à se rendre à la Préfecture de Police le 6 février prochain, 4 jours après sa soutenance, 1 jour avant l'expiration de son titre de séjour, pour envisager comment prolonger son autorisation de séjour. Nous nous en réjouissons, mais suivrons très attentivement les suites données à cette affaire.

 

J'invite tous les lecteurs de Mediapart qui veulent participer à la lutte contre la bêtise et la malfaisance qui prévalent dans ce domaine, à se reporter au site "Université Universelle" et à participer, dans toute la mesure de leurs possibilités, aux initiatives répertoriées sur ce site.

Tous les commentaires

01/02/2012, 20:07 | Par LOUX

Convoqué un jour avant la fin de son permis de séjour... et vous vous réjouissez ?

J'espère pour ce jeune mathématicien qu'il n'a rien oublié des dégâts qu'une Administration peut produire, en Bielorussie aussi bien qu'ici.

Vêtements chauds, barres sucrées & dattes (pour la soif) et beaucoup de courage !

 

02/02/2012, 06:14 | Par Annie Madarasz-Bauchet

J'espère que les étudiants et apprentis chercheurs étrangers ne confondront pas à l' avenir le peuple français avec l'oligarchie qui gouverne actuellement. Ces jeunes gens n'ont vraiment pas besoin d'avoir un souci en plus à cause de papiers pendant qu'ils étudient et s'impliquent dans leur travail.

C'est méchant et stupide comme beaucoup de choses en France avec Sarko et ses sbires.

02/02/2012, 10:13 | Par Capitaine Némo

La désobéissance civile est en effet nécessaire à l'université. En particulier dans les cas que vous évoquez. Elle le serait également à propos de l'ensemble des réformes LRU qui construisent le cadre idéologique, mais aussi pratique et institutionnel, qui permet à la recherche de se déshumaniser.

02/02/2012, 12:02 | Par GILLES WALUSINSKI

Seul commentaire possible : signer !

02/02/2012, 13:07 | Par Jean-Michel MUYL

La politique du gouvernement dans cette affaire est marquée par l'idéologie, le cynisme, et la bêtise.

L'idéologie, car il s'agit de plier la réalité à des fantasmes nationalistes ou identitaires.

Le cynisme quand on affirme sans rire que ces étudiants brillants devraient retourner dans leur pays pour contribuer à son développement (ouvrir une friterie à Minsk ou une pizzeria à Marrakech ?).

Le cynisme encore quand MM. Guéant et Klarsfeld affirment sans broncher qu'ils n'ont fait que réaffirmer  la loi alors que ce sont en fait les décrets d'application parus cet été qui ont rendu la situation infernale.

La bêtise, dans le contexte annuel de mondialisation de l'économie du savoir. Toutes ces compétences acquises grâce aux efforts du contribuable français qui finance prépas, universités et grandes écoles vont s'échapper aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, et Allemagne.

La bêtise encore qui consiste à rendre notre pays détestable à ces élites étrangères confrontées à une administration kafkaïenne.

La bêtise toujours qui pousse aussi l'élite de la jeunesse française à chercher ailleurs un air plus respirable.

Quel gâchis.

02/02/2012, 13:50 | Par Annak

Depuis le 31 mai 2011, la circulaire Guéant, sous couvert de crise économique, vient remettre à l’ordre du jour la préférence nationale et la France aux français 

Il est explicitement écrit dans cette circulaire que  le nombre d’étrangers sur le territoire pour motif professionnel doit diminuer. Pour cela, « aucune facilité particulière dans l’examen de la procédure de délivrance d’une autorisation de travail »  ne doit plus être accordée

De nombreux étudiants de lEcole Nationale Supérieure de Paris-La Villette, concernés par ces changements de statuts à la suite de l’obtention de leurs diplômes, sont déjà touchés par le traitement aléatoire et partial des préfectures dans le cadre de leurs démarches administratives (délais d’attente de décision à rallonge, refus de guichet, informations et demandes de documents contradictoires d’une Préfecture à l’autre…).

Alors pour soutenir et appuyer la motion votée par notre CA et parler d'une seule voix quand il s'agit d'une (des) circulaire scélérate, nous vous invitons à aller signer la pétition qui se trouve sur le lien : http://10968.lapetition.be/

03/02/2012, 03:48 | Par Jean-Michel PRUDHOMME

On semble oublier ici que ces étudiants reçoivent le plus souvent une bourse de leur pays d'origine pour acquérir en France une instruction dont leur patrie a grand besoin. Ces étudiants qui ambitionnent du tout cuit bien confortable à l'effort de participer au développement de leur pays et au bien être de leurs concitoyens ne me paraissent pas mériter notre compassion et devraient plutôt être qualifiés de déserteurs. 

05/02/2012, 10:52 | Par Jean-Michel MUYL en réponse au commentaire de Jean-Michel PRUDHOMME le 03/02/2012 à 03:48

Votre commentaire, M. Prudhomme, est exemplaire d'une approche uniquement idéologique. Il relève également d'une certaine forme de paternalisme et d'une ignorance de la réalité. J'ai le plaisir d'enseigner à des étudiants étrangers. Mes étudiants marocains par exemple, sont TOUS passionnément amoureux de leur patrie. Leur dire ce qu'ils doivent faire, et comment ils doivent aider leur pays en les mettant dehors d'une manière aveugle après l'obtention de leur diplôme, les insulter comme vous le faites en les traitant de déserteur est injuste, et vécu par eux comme une humiliation.

Ces jeunes gens ont infiniment plus de valeur que ceux qui veulent leur départ, pour leur pays comme pour la France. Entre un auditeur biélorusse ou marocain de l'école normale supérieure et M. Klarsfeld, désolé, il n'y a pas photo. Ne peut-on simplement leur faire confiance, sachant que leur parcours professionnel, y compris à l'intérieur d'une firme française, leur permettra tôt ou tard à rendre service à leur pays, avec lequel la plupart rêvent de travailler un jour ou l'autre ?

Il y a des lustres, M. Broué avait défendu un mathématicien ukrainien qui fuyait l'URSS ; le voici aujourd'hui aux côtés d'un mathématicien biélorusse menacé d'être expulsé de France. Ce raccourci, ironie de l'histoire, est désolant pour notre pays.

03/02/2012, 09:14 | Par Anne-Marie Sénéchal

Et pourquoi, par souci de cohérence, ce gouvernement n'appliquerait-il pas de telles mesures à tous les footballeurs ????

04/02/2012, 10:38 | Par Jean Francois Monin

Convoqué 1 jour avant la date de départ... on joue au chat et à la souris ? Pour quoi faire, sinon pouravoir le temps d'organiser quelque chose avec la presse et surtout, pour mettre cet étudiant, ainsi que ses éventuels soutiens, en situation de ne pouvoir échapper à une interview (présentable comme bénigne) dont il sera ensuite facile d'extraire ce qui convient... Cà sent la manip en période électorale. A suivre attentivement en effet...

 

04/02/2012, 10:38 | Par Jean Francois Monin

Convoqué 1 jour avant la date de départ... on joue au chat et à la souris ? Pour quoi faire, sinon pouravoir le temps d'organiser quelque chose avec la presse et surtout, pour mettre cet étudiant, ainsi que ses éventuels soutiens, en situation de ne pouvoir échapper à une interview (présentable comme bénigne) dont il sera ensuite facile d'extraire ce qui convient... Cà sent la manip en période électorale. A suivre attentivement en effet...

 

04/02/2012, 10:38 | Par Jean Francois Monin

Convoqué 1 jour avant la date de départ... on joue au chat et à la souris ? Pour quoi faire, sinon pouravoir le temps d'organiser quelque chose avec la presse et surtout, pour mettre cet étudiant, ainsi que ses éventuels soutiens, en situation de ne pouvoir échapper à une interview (présentable comme bénigne) dont il sera ensuite facile d'extraire ce qui convient... Cà sent la manip en période électorale. A suivre attentivement en effet...

 

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