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Samedi-sciences (95): les débuts de l'agriculture en Iran

Il y a près de 12 000 ans, les habitants de Chogha Golan, au pied des monts Zagros en Iran, ont commencé à planter des semences d’orge sauvage et de lentilles, d’après une recherche publiée le 5 juillet dans la revue Science. Ces travaux menés par les archéologues Simone Riehl et Nicholas Conard (université de Tübingen, Allemagne), démontrent pour la première fois que l’Iran a été l’un des lieux de la révolution agricole du néolithique,  qui s’est développée dans le Croissant fertile, qui s’étire du Proche-Orient et du sud de la Turquie jusqu’au Golfe persique.

L’Iran correspond géographiquement à la région la plus à l’est du Croissant fertile. Peu de sites archéologiques y avaient été explorés avant la révolution islamique de 1979, qui a quasiment interrompu toutes les recherches des scientifiques occidentaux dans le pays. Les techniques d’archéobotanique qui permettent de tirer des informations importantes des moindres restes de plantes se sont développées dans les années 1990-2000. Elles ont mis en évidence des foyers d’agriculture ancienne dans toute la partie ouest et centrale du Croissant fertile, sur les territoires actuels du Liban, de Chypre, d’Israël, de la Palestine, de la Jordanie, de la Syrie, de la Turquie et de l’Irak.

Les choses en étaient là quand Nicholas Conard et Simone Riehl se sont mis en relation avec Mohsen Zeidi, un expert en fouilles du Centre iranien pour la recherche archéologique. En 2009 et 2010, les trois scientifiques ont effectué des fouilles sur le site du village de Cogha Golan, qui se trouve dans une région semi-aride de l’ouest de l’Iran, dans les contreforts des monts Zagros, à une altitude de 485 m (voir carte).

Le site contient des dépôts archéologiques sur une profondeur de 8 mètres, avec de nombreux vestiges de pierres taillées, de figurines d’argile, de mortiers et de pilons. Le site comporte onze « horizons archéologiques », autrement dit onze couches correspondant à des époques différentes, qui ont été datées entre 12 000 et 9 800 ans avant l’époque présente. Pendant cette période de 2 200 ans, le site a été constament occupé. Simone Riehl et ses collègues ont recueilli 21 000 restes de plantes correspondant à 116 espèces. Parmi celles-ci, ils ont identifié de l’orge sauvage, plusieurs espèces de blé sauvage, des lentilles et des légumineuses. Ils ont aussi retrouvé des traces de faune, notamment de chèvres, gazelles, bovidés, lièvres, poissons, crustacés d’eau douce, etc.

Les chercheurs ont analysé la répartition des différentes espèces végétales selon les onze horizons archéologiques. Schématiquement, les habitants de Chogha Golan ont commencé, il y a près de 12 000 ans, à cultiver des espèces sauvages d’orge, de blé, de lentilles ou de pois. A cette époque, ils étaient sans doute encore des chasseurs-cueilleurs, et amorçaient la transition vers le mode de vie des agriculteurs sédentaires. Ils n’avaient pas encore de troupeaux, et chassaient des aurochs, des gazelles ou des capridés sauvages. Il y a environ 9800 ans, on voit apparaître une variété de blé domestique, caractéristique de l’installation d’une économie agricole.

Cette transition a été observée dans toute une série de sites, à des dates proches de celles de Chogha Golan, ou légèrement antérieures. Le premier site a été identifié, il y a une cinquantaine d’années, à Jéricho, et daté de 11 000 ans. Depuis, on a retrouvé des traces de culture de céréales datant de 13 000 ans au nord de l’Irak, et même de 14 000 ans au Proche-Orient.

La découverte de plusieurs foyers d’agriculture a ouvert un débat entre scientifiques : la révolution agricole du néolithique a-t-elle commencé en un lieu précis, avant de se propager dans le Croissant fertile ? Ou bien l’agriculture a-t-elle été inventée plusieurs fois dans la région de manière indépendante ?

Simone Riehl et ses collègues inclinent pour la deuxième hypothèse : le fait que l’agriculture soit apparue à Chogha Golan presque aussi tôt que dans des sites localisés beaucoup plus à l’ouest du Croissant fertile suggère qu’il s’agissait d’un événement indépendant. Riehl et ses collègues supposent donc que le passage à l’agriculture était quasiment inévitable dès lors que les conditions climatiques et environnementales sont devenues favorables dans le Croissant fertile, après la fin de l’âge de glace.

Pour George Wilcox, archéobotaniste à l’université de Lyon, il reste possible que le blé domestique cultivé à Chogha Golan ait été introduit d’un lieu situé plus à l’ouest. Mais les deux hypothèses ne sont pas exclusives l’une de l’autre : on peut aussi imaginer que l’agriculture soit apparue, quasi-simultanément, en plusieurs points du Croissant fertile ; et que parallèlement, des échanges entre les diverses populations aient accéléré le processus.

A l’appui de l’hypothèse défendues par Riehl et ses collègues, certaines de leurs observations suggèrent que l’agriculture aurait pu commencer au pied des monts Zagros encore plus tôt qu’il y a 12 000 ans, ce qui conforterait le scénario de foyers indépendants. Quoi qu’il en soit, il serait étonnant qu’une invention aussi capitale que celle de l’agriculture n’ait été faite qu’une seule fois dans l’histoire de l’humanité.

Tous les commentaires

06/07/2013, 14:05 | Par jbg

J'ai du mal a comprendre ce qui élimine l'hypothèse d'une propagation progressive pendant les centaines d'années d'écart entre sites.

Sans parler que vu que les semences de l'époque n'avaient pas été améliorée par de longues sélections, ca pourrait très bien etre seulement l'idée d'agriculture qui ait été propagée par des voyageurs ou des contacts successifs entre tribus limitrophes et pas directement des semences vu que ca aurait eu peu d'intéret et que ca aurait été difficile de les conserver.

Et je vois mal comment on pourrait éliminer cette hypothèse la vu qu'elle n'aurait laissé a priori aucune trace materielle.

 

06/07/2013, 17:05 | Par Pierre CROUZET

[/quote]...

Sans parler que vu que les semences de l'époque n'avaient pas été améliorée par de longues sélections ...[quote]

Peut-on connaître, ou estimer, en combien d'années une espèce sauvage de blé peut devenir après sélection une variété considérée comme cultivée ?

Comment envisage-t-on la sélection de différentes variétés de blés par les peulpes du néolithique ?

L'autofécondation qui est le mode de reproduction le plus fréquent chez les blés, ne favorise-t-elle pas spontanément l'apparition de populations de différentes variétés ?

07/07/2013, 04:54 | Par jbg en réponse au commentaire de Pierre CROUZET le 06/07/2013 à 17:05

Les blés "sauvages" ont continué a etre cultivé pendant des millénaires en parallele a la culture du blé "domestique" ce qui implique que les premiers étaient encore compétitifs malgré etre plus compliqués a récolter et potentiellement a transformer, ie les gains aquis par la sélection n'étaient pas suffisants comparés aux autres variétés.

http://www2.cnrs.fr/presse/communique/841.htm

Evidemment il n'y a pas de preuves mais il est généralement supposé que la sélection se faisait en sélectionnant les semences de plantes ayant présenté des qualités visibles inhabituelles (grains plus gros, plus de grains, grains ne se détachant pas tout seuls, a survécu a une vague de froid, de secheresse,plante en meilleure forme,meilleur gout...) pour les replanter en priorité parce que c'est la méthode de sélection la plus primitive (sélection massale dans le lien ci dessous).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Culture_sélective_des_plantes

Le premier ancetre cultivé du blé est franchement différent des blés modernes et ils n'ont meme pas le meme nombre de chromosomes mais il n'y a pas de définition génétique pour cultivé. Cependant dans le lien ci-dessous ils indiquent que pour imposer un caractere (une mutation) par simple sélection massale dans une population donnée pour le blé, il faut jusqu'a 12 ans. On peut donc dire qu'en une dizaine d'année de sélection au plus la population sélectionnée est globalement différente de la population d'origine.

http://www.wheatbp.net/WheatBP/Documents/DOC_Breeding.php

Ee enfin je ne suis pas un agronome mais je pense que l'autofécondation est moins fréquente que vous ne le pensez comparé a une pollinisation normale et donc difficile a utiliser pour faire apparaitre une nouvelle variété (par définition génétiquement homogene) vu que a la fois dans le lien ci-dessus (ou autofécondation se traduit par selfing et ou la sélection utilise des doubles haploides)  et dans le lien ci-dessous qui décrit un brevet de méthode de manipulation génétique pour imposer et maintenir génétiquement une variété par autofécondation cela semble des techniques récentes et complexes inconnus de ne serait-ce que des gens du XIXeme sciecle.

http://www.google.com/patents/WO2003057848A2?cl=en

Et d'apres l'article de wikipedia, la sélection généalogique (faire se reproduire les descendants entre eux puis sélectionner ceux qui ont hérités des caracteres recherchés et recommencer) ne daterait que de 1865 (et suppose d'avoir des variétés a croiser pour commencer).

 

 

06/07/2013, 19:00 | Par papyscha

L’agriculture a toujours été considérée comme l’origine de la sédentarisation, transformant le chasseur nomade à la poursuite des troupeaux en cueilleur devenu semeur fixé à sa terre et édifiant logement et surtout grange pour gérer dans le temps cette production saisonnière.

De nouvelles approches de cette sédentarisation sont émises, pour l’Europe particulièrement, qui voient dans l’arc, améliorant significativement la chasse et permettant la chasse solitaire, dispensant de ce nomadisme à la poursuite du gibier la possible sédentarisation ayant permis ensuite la naissance de l’agriculture.

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