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Corbis Images Europe licencie la moitié de son personnel

2001, manifestation des photographes de Sygma et Gamma.© Michel Puech / Photos.Puech.info

Plan social chez Eyedea Presse (Gamma), « réorganisation » chez Getty, plan social et « réorganisation » dans les bureaux européens de la société de Bill Gates, Corbis images. Le Net continue à dynamiter le marché de la photographie et ses métiers. Interview de Dan Parlet « World wide press contact » de Corbis.

L’augmentation vertigineuse des stocks de photos en ligne et l’effondrement dramatique des prix ne cessent de s’amplifier. Selon Gary Shenk, « patron » de Corbis Images le marché du « stock image licensing” va baisser de 2,3 milliards de dollars en 2007 à 2,2 milliards de dollars en 2011…

Mardi 20 octobre 2009, un coup de fil m’apprend que le « grand patron de Corbis images » a atterri à Paris, rue de la chaussée d’Antin pour une réunion du comité d’entreprise.

Ce même mardi, l’excellent British Journal of Photography m’apprend que Getty opère une grande réorganisation pour accentuer son ouverture à l’Internet, où de multiples concurrents se développent. Chez Corbis, l’heure est aux mêmes « réorganisations ».

Selon mes informations, au bureau de Paris entre 35 et 40 salariés sont en cours de licenciement. La consigne venue d’outre Atlantique est simple : les chefs de service taillent 50 % de leur effectif. C’est comme ça dans tous les bureaux européens. Comment faire ? C’est simple : être marié et/ou chargé de famille, donne des points dans un calcul mortifère, hyper stressant qui va conduire ceux qui en ont le moins de points, à la porte..

Bref, un plan social avec toutes les conséquences humaines qu’aujourd’hui tout le monde connaît.

Joindre « une personne habilitée à parler » de la situation de Corbis France à Paris, tourne vite à l’aventure parfois ubuesque. D’Issy-les-Moulineaux pour joindre la rue de la chaussée d’Antin, il m’a fallu téléphoniquement « passer » par Londres et par Bruxelles après qu’un robot m’eut averti que ma conversation pouvait être écoutée... Ces « accueils » sont charmants. Un jour, je vous narrerai comment ça se passait au siècle dernier.

Heureusement après quelques « tirs de maill » Clémentine Duguay, vint à mon secours ! Elle est chef de groupe chez Golin Harris un cabinet de lobbying. Grâce à elle j’ai pu interviewé uniquement en anglais, Dan Perlet, Directeur de la Communication « world wide » pour Corbis.

Voilà une société française, où aucun dirigeant ne parle la langue du pays ! On se sent tout de suite remis à sa place. Paris capitale de la photo, c’était au siècle dernier. Dan Perlet est toutefois charmant, et a bien voulu forger des réponses qui pour être en anglais, sont également dans cette belle « langue de bois » que tous nos dirigeants économiques et politiques ont adoptée depuis que l’Union soviétique qui l’a particulièrement développée, s’est effondrée.

 

Quelle a été la teneur du comité d’entreprise du mardi 20 octobre 2009 ? Quel type d’information a été fournie au personnel ?

Corbis doit en permanence réévaluer sa stratégie d’entreprise et son organisation interne afin de répondre à l’évolution constante des besoins de ses clients pour l’acquisition d’images.

Mardi 20 octobre 2009, des propositions de réorganisation au niveau européen ont été discutées, avec l’objectif de mieux servir les clients en ligne en facilitant et en accélérant l’acquisition de licences d’images.

Dans ce cadre, l’entreprise propose de gérer l’ensemble des ventes et services auprès de ses clients français, à partir du bureau de Paris, plutôt que de son centre d’appel basé à Londres, que nous pensons supprimer. Ce choix nous permettra d’être au plus près du marché et de nos clients, de les rencontrer en personne quand nécessaire pour leur montrer comment se servir de notre site internet. Il est prévu de réduire les équipes de Ventes et Marketing afin de répondre aux attentes du marché actuel.

Nous proposons également de centraliser nos activités marketing à Londres avec une équipe essentiellement dédiée aux activités de marketing en ligne pour toute l’Europe. Il est préférable de rassembler et consolider cette équipe dans le même bureau pour une meilleure collaboration et efficacité.

Nous prévoyons également de redéfinir nos offres pour nous concentrer sur les produits les plus demandés. Nous proposons donc de supprimer certains postes en Europe, notamment en France, dédiés à des types de contenu moins demandés par nos clients.

De quels types de contenus « moins demandés » et « plus demandés » parlez-vous ?

« Quel que soit le type de contenu photographique, la demande tend vers du contenu bon marché, d’un bon rapport qualité-prix, et de moins en moins vers du contenu premium haut de gamme. Cela est particulièrement vrai pour la photographie créative commerciale, et à un moindre degré pour l’éditorial. Le contenu photo libre de droits à moindre coût est plus en demande et plus facilement et largement fourni par des photographes contributeurs freelance. »

Combien de personnes vont quitter l’entreprise ?

« En tant qu’entreprise privée, Corbis ne partage pas ce type d’information, et ne peut donner aucun élément de réponse tant que les discussions sont en cours avec le comité d’entreprise. »

D’après mes informations, 40 postes sont menacés, faisant tomber le nombre de salariés en dessous du seuil qui rend obligatoire l’existence d’un Comité d’entreprise à Corbis. Pouvez vous confirmer ?

« Nous sommes désolés mais alors que les discussions sont en cours avec le comité d’entreprise, nous ne sommes pas autorisés pour des raisons légales à donner des détails sur le nombre de postes qui seraient concernés ».

Dans quel contexte cette décision a été prise ? Et pourquoi ?

« L’entreprise cherche à assurer son positionnement sur le marché pour répondre aux besoins des clients, qui attendent de plus en plus à trouver des images de haute qualité et à bas prix, directement disponibles sur le site internet. Ces propositions de réorganisations doivent permettre à Corbis de rester compétitif sur le marché et d’améliorer la qualité de ses services. »

Quelle sera la nouvelle organisation en France et en Europe ?

« Dans le cadre de la nouvelle organisation, les Ventes et Services dirigés vers l’ensemble du marché européen seront gérés par des équipes dédiées sur les marchés locaux. Par exemple, toutes les demandes des clients français seront gérées par le bureau de Paris. »

Pouvez-vous nous préciser le rôle des deux sociétés que vous détenez en France Corbis, agence de publicité et Corbis Sygma, agence de presse ?

« Corbis existe en France sous deux entités juridiques distinctes, chacune servant un segment propre : Corbis France s’adresse à notre clientèle publicitaire, commerciale, corporate et Corbis Sygma à une clientèle média. »

Rappelons que Corbis a racheté en 1999, l’agence Sygma. Sygma l’enfant d’Hubert Henrotte et de Monique Kouznetzoff, né en 1973 d’une scission des actionnaires de l’agence Gamma. Gamma, Sipa, Sygma, les trois sœurs régnantes, dans les années 70-80, sur le marché mondial de la photographie d’actualité.

En dix ans, la photographie de reportage, d’illustration, de mode, de création est devenu un « contenu » fourni par des amateurs ou des professionnels. Peu importe. De toute façon, il y aura de moins en moins de personnes pour parler à ceux qui font ces images.

L’objectif pour ces sociétés mondiales est « haute qualité et à bas prix ». Ajoutons : pas de charges sociales et pas de risque juridique relatif au droit à l’image des personnes photographiées.

Jadis les agences photographiques constituaient des équipes de photographes, diffusaient et défendaient économiquement les auteurs ou les photojournalistes en essayant d’obtenir des clients les meilleurs prix.

Aujourd’hui ces « agences » cherchent à répondre à la demande des clients en diminuant constamment les prix.

En ce mois d’octobre 2009, ne ratez pas la promo Corbis: baisse de 20 % ! On ose imaginer ce que vont inventer Getty, Eyedea et les autres pour attirer le chaland.

 

Michel Puech

avec la collaboration de Charlotte Trillaud / Aleph-traduction.eu.

Issy-les-Moulineaux le 22 octobre 2009

Tous droits réservés, pas de reproduction sans autorisation.

Allez plus loin

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« A l’œil » s'intéresse essentiellement au photojournalisme, à la photographie comme au journalisme, et à la presse en général. Il est tenu par Michel Puech, journaliste honoraire (carte de presse n°29349) avec la collaboration de Geneviève Delalot, et celle de nombreux photographes, journalistes, iconographes et documentalistes. Qu'ils soient ici tous remerciés.

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Tous les commentaires

Profits pour les patrons et actionnaires.

Les "emmerdes" pour les photographes travailleurs!    Dure est la chute...

C'est le même principe du CAPITAL qui est appliquée qqsoit l'activité.

 

"la demande tend vers du contenu bon marché, d’un bon rapport qualité-prix": bref, sans langue de bois, de la merde ! Qui n'est pas chère et que tout le monde peut produire. Les agences ne sont plus que les tuyaux ("fournisseurs de contenu" en nov'lang) centralisant les petites crottes des producteurs (l'auteur, de préférence indépendant voire amateur) pour les acheminer jusqu'aux grands ventilateurs de la presse et de la pub. C'est un peu la Grande Bouffe revisitée !

Cher Hugues,

Et bien oui, la photographie, le journalisme, le photojournalisme ont une évolution comparable avec d'autres "objets".  On est passé de la création solitaire à la diffusion confidentiel, à un artisanat (1930-1940), puis avec l'essor des propagandes de l'avant-guerre et de la guerre à une rationalisation de l'artisanat. Les années d'après guerre et en particulier les années 70 ont vu "l'artisana" devenir PME, et le XXIeme siècle introduit la "grande diffusion" dans ces domaines ou elle était quasi absente (bien qu'il y eut déja des tentative au XXe).

 

Voilà... Capa, c'était un petit photographe malin et talentueux opérant avec des potes. Les "Capa" d'aujourd'hui, primés ici, loués là, sont devenus des "têtes de gondole" pour des Hypermarchés de l'image...

 

Je vous signale le n° 24 d'Etudes photographiques sous sous presse - que je vais m'empresser de lire - ou je vois deux articles sur le sujet :

  • Estelle Blaschke, "Du fonds photographique à la banque d’images. L’exploitation commerciale du visuel via la photographie. Le Fonds Bettmann et Corbis" ("From the Picture Archive to the Image Bank. Commercializing the Visual through Photography: The Bettmann Archive and Corbis").
  • André Gunthert, "L’image partagée. Comment internet a changé l’économie des images" ("Shared Images: How the Internet Has Transformed the Image Economy"). André Gundhert est abonné à Medipart et écrit dans l'édition "Le bruit des images"

A vous lire

 

 

difficile d'imaginer qu'un journal acceptera encore d'envoyer à ses frais un photographe à l'autre bout du monde pour prendre des clichés, alors que sur place, des amateurs peuvent lui en fournir des centaines qui compenseront par leur variété et leur authenticité leur absence de qualité. (et encore ! il est si facile maintenant de retoucher un cliché médiocre ! ).

Je me demande si la profession n'aurait pas du exposer plus souvent, sous forme de comparatifs : bonnes photos vs médiocres. Les expositions se multiplient, mais quand ne sont exposées que les oeuvres de qualité, on en ressort avec l'idée que c'est simple, et que n'importe qui peut en faire autant. C'est en voyant la différence qu'on comprend que la qualité est rare et précieuse.

Par ailleurs, si la photo n'est qu'une donnée numérique on voit mal pourquoi elle ferait l'objet de plus d'égards que n'importe quel produit de consommation, ni pourquoi elle conserverait un cours artificiellement gonflé.  Si c'est une oeuvre d'art, ses difficultés sont les mêmes qu'une peinture ou que n'importe quelle production artistique: on ne peut pas demander au client d'être le seul à en supporter le coût, la collectivité doit y participer aussi .

Tout à fait juste. Aujourd'hui seules les agences anciennement appelées "télégraphique" : AFP, AP, Reuters... peuvent "couvrir le monde", avec souvent des photographes locaux.

"Aujourd'hui, en Afghanistant, il n'y a que France 24 et le New York Times qui ont des envoyés spéciaux la bas" me confiait, hier mercredi 28 octobre 2009, Jean-François Leroy.

Ce qui est magnifique avec la photographie c'est effectivement que n'importe qui peut en faire ! Quand on y réfléchit elle n'est pas grand chose d'autre que l'automatisation du dessin. Relisons Baudelaire : "L'industrie photographique était le refuge de tous les peintres manqués, trop mal doués ou trop paresseux pour achever leurs études, cet universel engouement portait non seulement le caractèrede l'aveuglement et de l'imbécillité, mais avait aussi la couleur de la vengeance."(Qu'il est cruel, après ça, de penser à Cartier-Bresson. J'arrête de faire l'enfant qui saccage les idoles. En fait, je suis de mauvaise humeur. Sourires).

Par ailleurs, tous les "picture editor" savent que les professionnels de la photographie font aussi des images médiocres (le non-choix, n'est-ce pas). La différence entre les photographes tient plus dans la sensibilité (Lewis Carroll était-il un photographe professionnel ?) des uns et des autres. Dans la nouvelle donne, les photographes qui mourront les premiers, seront sans doute ceux qui se contenteront d'être de bons artisans.

Concernant Corbis, d'après mes informations, le secteur éditorial serait le plus touché. On peut même estimer, semble-t-il, que son bureau parisien ne sera plus dédié qu'à la vente. La totalité des activités éditorial étant rapatriées aux Etats-Unis. Toutefois, notons le discours très contrasté de Gary Shenk annonçant à Perpignan la signature de onze photographes (Tim Clayton, Elizabeth Kreut, David Turnley, Steve Lipofsk, Sandy Huffaker, Brendan Hoffman, Noah Addis, Ricardo Cepp, Les Stone, Amy Sussman, Trevor Snapp) et laissant apparemment entendre dans l'entreprise les plus grandes réserves quant à l'avenir de l'editorial. Si cela était, "as usual", Corbis confirmerait qu'elle est une société qui ne sait pas très bien où elle va.

Enfin, et pour répondre au premier commentaire, n'oublions pas que Corbis est une société qui n'a jamais été profitable et qui est entièrement subventionnée par Bill Gates .

Cordialement,

Vous écrivez : " Dans la nouvelle donne, les photographes qui mourront les premiers, seront sans doute ceux qui se contenteront d'être de bons artisans."

Si j'en juge parce que je vois sur le Net, c'est plutôt l'inverse. Les "artisans de photoshop" sont les rois de la Toile. Aujourd'hui, ce qui compte c'est la qualité du scan, et de ce qu'on nomme pudiquement la "post prod", c'est à dire la retouche. Et que je te "remonte" un ciel, et que je t'éclaire un visage dans l'ombre.... C'est ça qu'il faut savoir faire aujourd'hui.

 

Deuxio, le fait que Corbis, comme Getty "signent" de grands photojournalistes n'est absolument pas contradictoire avec leur politique de ventes massives a bas prix. Regardez Renault : l'entreprise entretient une écurie de course a grand frais, pour vendre le maximum de petite bagnole à Mr Tout le Monde....

Vous avez entièrement raison Michel ! Certes, depuis toujours on retouche au pinceau, on recadre (même Cartier-Bresson!), on masque, on efface, on rajoute bref on triture l'image, et que ces tireurs étaient déjà des artisans de talent mais, il est vrai qu'aujourd'hui l'impact de ces techniques a qualitativement changé. J'avais une amie qui avait travaillé pour un site de vente en ligne. Elle m'expliquait que le catalogue était "shooté" n'importe comment et que la photo était au trois-quarts faite en "post-prod" comme vous dites.

Ces nouveaux artisans, si l'on conserve cette terminologie, remplaceront peut-être ces photographes pourvoyeurs en « visuel » que je désignais. Et, même, l'imagerie virtuelle venant, la prise de vue elle-même pourrait disparaitre au profit de « bibliothèques » d'objets que les génies du montage numérique assembleront pour créer de nouveaux visuels. Peut-être est-ce même déjà en route, non ? Cette photographie utilitaire qu'on appelle d'« illustration » ou de « stock » a ses jours comptés. Les possibilités techniques aidant, on verra de plus en plus une déréalisation complète des images photographiques qui ne seront plus la trace de quoi que ce soit ayant eu lieu. Dans les bidouillages « fictionnels » de Patrick Chauvel il y a quelque chose de qualitativement très différent des montages des Heartfield, Höch, et autre Georges Hugnet. Là où Heartfield donnait du sens à la réalité, Chauvel produit finalement du divertissement (il est entendu que ça n'est sans doute pas son but).

© Patrick Chauvel

Concernant Corbis je me suis mal fait comprendre. Je relevais plutôt une contradiction entre les annonces du CEO et la marginalisation, depuis le départ de Brian Storm, de l'éditorial. Il ne me semble pas que Getty ait eu la même politique. Corbis se positionne avant tout comme un hypermarché de l'image, c'est un distributeur qui ne prend pas même soin de ses têtes de gondole. Voyez comment à Corbis on a laissé partir David LaChapelle alors photographe chez Outline (racheté par Corbis). Son revirement mollasson vers l'éditorial tient sans doute à la volonté de courir encore, toujours et sans imagination aucune, aux basques de Getty. Mais il est à craindre qu'il n'y ait là que des effets d'annonces.

Quant aux prix de vente, il est suffisant de voir que les supports eux-mêmes, en France, ne tiennent plus vraiment compte des tarifs élaborés par la FNAPI. Enfin, c'est ce que je me suis laissé dire. Difficile, arrivé là, de ne pas enfoncer des portes ouvertes et rappeler que c'est un modèle de production et de diffusion de l'information qui s'effondre. La photographie n'est qu'un aspect du naufrage.

Cordialement

Gamma, Vu, Corbis, etc. (j'en oublie sûrement).  Il faudrait commencer à comptabiliser combien de personnes, tout cela va laisser sur le carreau...

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