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Microsoft, l’Afrique et le fric

Sangaré - Depuis mon poste sous Windows 7 Ultimate Edition* (je vous expliquerai plus loin cette précision), j’écris cet article pour vous faire partager mon point de vue sur la stratégie que devraient adopter les dirigeants africains en charge des politiques sur les Nouvelles Technologies de l’information et la Communication communément appelées NTIC.

En tant qu’Ivoirien, je vous parle en m’appuyant sur mon expérience [européenne] de près de 2 décennies dans le domaine.

imgres8 Microsoft, l’Afrique et le fricJ’ai travaillé dans les études (conception), fait du développement (programmation), de l’administration système  et depuis quelques années, je me suis spécialisé dans la qualité logicielle et l’optimisation des systèmes d’informations.

Pour ceux qui sont pressés, le résumé de mon exposé est celui-ci:

les états africains doivent miser sur les logiciels libres et de préférence « open source » (programme dont on dispose du code source).

Si je vous ai parlé de tout ça c’est pour vous dire que ce suit n’est pas un point de vue de néophyte prosélyte qui prêcherait pour les Systèmes Libres parce que ça fait « geek » (passionné d’informatique qu’on suppute « doué » du fait de passion… icon lol Microsoft, l’Afrique et le fric ): c’est en connaissance de cause.

Logiciels « Open source », qu’est-ce que c’est?Un logiciel open source est un logiciel gratuit dont le créateur met à disposition le code source pour permettre à n’importe qui de le modifier à la condition qu’il rende publiques les modifications effectuées. Ce qui a pour objectif d’améliorer le logiciel de départ.

On les trouve à tous les niveaux depuis le système d’exploitation aux jeux en passant par la bureautique: le patrimoine mondial s’est tellement enrichi depuis la popularisation de cette philosophie qu’on en trouve presque dans tous les domaines (comptabilité,mathématiques,biologie etc…).

Oui, gratuit est le logiciel « open source » contrairement à d’autres logiciels dits « propriétaires ».

A moins d’avoir un besoin très spécifique lié à votre système d’exploitation, vous pouvez construire un poste de travail ou un serveur qu’avec des logiciels « open source ».

Petite table de correspondance de quelques logiciels standards

  • Système d’exploitation: Windows / Linux
  • Outils bureautiques : Microsoft Office / Open Office
  • Outils de communication : Internet Explorer (gratuit) /Firefox (gratuit)

Etc…

Microsoft, éditeur de logiciels commerciaux (par excellence)Microsoft Windows est de loin le système d’exploitation le plus usité dans nos contrées (et ailleurs, mais de moins en moins).

Des cyber-cafés aux postes des ministères en passant par les entreprises.

Ce qui fit la notoriété de Microsoft en plus de Windows c’est sa suite bureautique Office. Elle fut l’un des premiers éditeurs à unifié tous les outils nécessaires à la bureautique:

Un éditeur de texte pour écrire et composer des textes : Word

Un Tableur pour effectuer des calculs et manipuler des données : Excel

Un outil de présentation des exposés : Powerpoint

etc…

Ces logiciels ont gagné au fil des années en qualité: c’est un fait. Mais ils sont payants. Mis en rapport avec le revenu moyen dans nos pays, leur coût est loin d’être négligeable.

Pendant longtemps leader sur ces marchés, Microsoft doit faire face à la diffusion de produits « open source » d’une architecture et d’une qualité qui n’a rien à envier à ses produits mais qui ont un argument très fort: ils sont GRATUITS.

Qui n’aime pas « douflé »?Mais alors pourquoi le Monde Entier ne s’est pas jeté sur les logiciels gratuits? Les gens n’aiment pas « douflé »? [gratuit, NDLR]

Il y a plusieurs raisons à cela:

  1. au début il est vrai qu’ils n’étaient pas assez matures et souffraient d’un défaut : ils n’avaient pas été construits pour le grand public.Tout problème qui pouvait survenir lors de leur utilisation prenait des allures de casses-têtes…
  2. l’offre logicielle n’était pas assez étoffée : surtout le manque d’une suite bureautique intégrée comme chez Microsoft a été pendant quelques années l’une des raisons de la non-adpotion par le grand public.
  3. Une raison liée à psychologie est que si c’est gratuit, cela ne doit pas être bon
  4. pourquoi changer quelque chose (les logiciels Microsoft) qu’on connaît et qui marche (tant bien mal…;-)) par autre chose dont on ne connaît pas grand chose?
  5. comme les logiciels open source ont souvent été les oeuvres d’étudiants, de chercheurs bénévoles, en cas de dysfoncyionnement on ne savait pas vers qui se tourner (pas de service après-vente).
  6. Sans compter le « lobbying » de Microsoft… dont une des stratégies est de faire rentrer ses logiciels par les Educations Nationales afin de « formater » dès leur jeune enfance ses futurs utilisateurs… (c’est méchant et je n’ai pas beacoup de preuves mais je dis quand même na!)

Pour toutes ces raisons et d’autres la diffusion des logiciels libres (même s’ils sont « open source ») reste encore en dessous ce quelle pourrait (devrait) être.

Mais toutes ces raisons sont aujourd’hui dépassées!

Pourquoi Microsoft? Pourquoi ce titre volontairement polémique?Pointer du doigt de Microsoft et uniquement elle serait profondément injuste et partial. En effet les éditeurs de logiciels commerciaux sont légion et certaines vendent leurs solutions à des prix totalement indécents. A côté d’eux les prix Microsoft font pâle figure…

A commencer par Apple dont le snobisme le dispute au coût…

Mais aussi c’est surtout le cas des logiciels dits ERP (Entreprise Ressource Management, Gestion de ressources humaines/centre d’appels…) tels que SAP, SIEBEL, Peoplesoft etc…

(J’espère qu’aucune administration n’a acheté (ou l’intention) ce type de solution…les licences sont monstrueuses)

L’absurdité de la situation vient du fait que ces logiciels non seulement nécessitent des armées « mexicaines » d’experts et de spécialistes mais ne sont utilisés qu’à de faibles pourcentages de leurs possiblités! Pourtant il existe des solutions plus souples et moins onéreuses (avec moins de fonctionnalités, certes) .

Ces solutions une fois qu’elles ont investi un système d’informations, elles le rendent captif ad vitam eternam…

Pourquoi Microsoft, alors? Parce que c’est le plus répandu et surtout celui qui concerne les jeunes et le « grand public »….

Bien que l’idée de parler de l’apport des solutions libres et « open source » en Afrique ne m’est pas venue maintenant, j’ai  fini par l’écrire suite à un article qui voyait le Responsable Microsoft à Abidjan se plaindre du piratage dont sa compagnie faisait les frais.

Il arguait le fait la Côte d’Ivoire (ou Microsoft?) perdrait 6,5 milliards de FCFA du fait de la piraterie. Fichtre! (Une question taquine: d’où sort ce chiffre? Vu le manque de données statistiques sur la Cote d’Ivoire, je serai très étonné qu’une étude ait été menée à ce sujet… Mais bon: c’est possible. Peut-on se procurer l’étude en question?)

Du coup il semble évident que si ces logiciels n’avaient été pas été piratés cela ferait comme disent les économistes 6,5 milliards de déficit du commerce extérieur… N’est ce pas? (Dans l’hypothèse où c’est Microsoft qui les perdrait).

Vous voyez où je veux en venir? Bien sûr… Mais je vais poursuivre mon idée…

La situation se présente comme suit : « J’ai le choix entre deux choses: une payante et une gratuite. Elles remplissent toutes les deux avec la MEME qualité les fonctions PRINCIPALES dont j’ai besoin ».

Je choisis quoi? Vous choisissez quoi?

Quand je parlais dans mon introduction de mon expertise en qualité logicielle ce n’était pas pour faire étalage de mon CV mais pour justifier un morceau de la phrase ci-dessus: « la MEME qualité ».

Oui j’ai pratiqué Linux, OpenOffice, Firefox etc… Tous des logiciels libres et open-source… Et j’affirme que pour un usage courant, les commerciaux et les open-source aujourd’hui se valent.

Ce serait de la mauvaise foi que de prétendre le contraire, mais la mauvaise foi est une denrée si répandue…

Alors pour économiser 6,5 milliards + ce qui est acheté légalement (combien de milliards?) , il est urgent d’adopter les logiciels libres et surtout « open-source ».

Les pays riches l’ont déjà comprisL’administration française mène depuis quelques années (récentes…) une politique vigoureuse en matière d’adoption des logiciels libres. D’autres pays aussi…

Vous comprenez le titre maintenant? Question fric…

Les majors de l’industrie logicielle ont compris qu’il y avait un marché en émergence: l’Afrique, sub-saharienne notamment. Elles mettent les bouchées doubles à coups de concours et de « dons » et de « partenariats » avec les administrations (colifichets) pour installer des sortes de « comptoirs coloniaux » de nouvelle génération (2.0 lol)

Mais il est urgent de mettre la balle au centre: que proposent elles? Combien cela nous coûte? Que peut-on gagner à suivre leurs offres?

Mes 4 (principales) propositions

  1. Refuser autant que faire se peut l’introduction des logiciels payants sur les postes de l’administration publiques notamment de l’Education Nationale
  2. Installer et promouvoir les systèmes d’exploitation et les logiciels  libres « ouverts »
  3. Promouvoir auprès du grand public ces solutions
  4. Encourager l’émergence de chercheurs, Ingénieurs et techniciens capables de s’approprier les codes sources de ces solutions, de les modifier afin de les adapter à nos besoins.

Conclusion

Nous n’avons pas su créer des usines de transformation de nos matières premières… Elles nous reviennent à des prix totalement exhorbitants par rapport au produit brut, n’est-ce pas?

Mais une usine ça ne se monte pas facilement..

Pour les logiciels, les NTIC en général nous avons la possibilité, l’intelligence et le savoir-faire pour créer nos propres « usines…logicielles », ne laissons pas passer cette chance.

Une licence logicielle commerciale contre plusieurs vaccins (Je sais c’est démago… Excusez mon « activisme » c’est sincère icon rolleyes Microsoft, l’Afrique et le fric )

Attention ce post n’est pas un énième post anti-Microsoft (j’ai passé l’âge… relisez).

(*) J’ai des postes Windows, Linux et Mac… Lundi : C’est Windows, du mardi au samedi : Linux et le dimanche: le jour de la pomme icon evil Microsoft, l’Afrique et le fric …

Article original: Microsoft, l’Afrique et le fric

Tous les commentaires

16/07/2013, 00:36 | Par ©Lylo

!

16/07/2013, 14:21 | Par Tisuisse

Dommage que cette promotion du libre mélange malencontreusement les concepts de "libre", "open source" et "gratuit"... Déçu

23/07/2013, 10:16 | Par Mohamed SANGARE

Il n'y a pas de confusion dans ma connaissance du domaine mais je concède que dans ce billet elle y est... Je corrigerai.

Ce que je défends c'est le principe de la diffusion des logiciels gratuits (et libres)  dans les pays pauvres.

Et s'ils sont gratuits, libres et open source c'est la cerise sur le gâteau...

:-)

27/07/2013, 21:26 | Par Mohamed SANGARE

"Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux." 

Mentionné par l'APRIL [Mediapart] Microsoft, l’Afrique et le fric

http://www.april.org/mediapart-microsoft-l-afrique-et-le-fric

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