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Politique de la ville : redonner la main aux populations

ZUS, ZFU, ZEP, CUCS, GPV… autant de sigles obscurs qui se superposent et se multiplient, à l’initiative d’un cercle d’initiés, sans jamais avoir fait la preuve effective de leur efficacité. Car au-delà des progrès certes notables mais encore insuffisants, notamment en matière de renouvellement urbain, force est de constater que la situation de nos quartiers et de ses habitants reste précaire.

L’emploi, facteur d’insertion sociale et d’intégration culturelle y souffre plus qu’ailleurs des effets de la crise. Le chômage y reste deux à trois fois plus fort que celui de la moyenne nationale tandis que le revenu moyen y est presque deux fois inférieur. Alarmant ! L’ensemble des politiques publiques sont mises à mal. La raréfaction des professionnels de santé dans les quartiers, par exemple, le coût dissuasif des soins... plonge grand nombre de nos concitoyens dans la fragilité.  Inacceptable ! La sécurité n’échappe pas non plus à l’équation et les troubles qui agitent nos banlieues seraient immédiatement réprimés ailleurs.  Oui, le seuil de tolérance est à géométrie variable selon les territoires. Incompréhensible… Je pourrais ainsi continuer à dérouler les écueils qui jalonnent la route vers la normalité de nos quartiers sans que quiconque puisse raisonnablement remettre en cause cet état de fait, produit de mon point de vue d’une politique descendante. Et c’est bien là que réside le problème. Car là où la chose publique doit être concertée, partagée et construite avec les principaux concernés - c'est-à-dire les habitants - les pouvoirs publics s’évertuent à penser et agir en leur lieu et place. Nous en connaissons désormais les limites… Et agir de la sorte, c’est se priver d’un vivier important de résilience, d’énergie, d’idées et de talents. Et je le dis, cette impasse est aussi vaine dans son efficacité qu’elle n’est pas saine dans son rapport au pouvoir. L’innovation sociale qui consiste à impliquer les populations, non seulement dans les processus de réflexion mais aussi de décision, par-delà la simple démocratie participative et vers une démocratie représentative, doit trouver sa place et son articulation dans la mise en œuvre de nos politiques publiques.

Concrètement, une piste de progrès et de modernisation de l’action publique serait une délégation de pouvoir - et de moyens- de l'Etat ou des collectivités à « une communauté citoyenne de territoire ». A charge pour cette communauté citoyenne de jouer un rôle dans le débat et surtout de proposer des moyens d'action adéquats pour son territoire. L’exemple américain démontre à travers « l’empowerment » que le mieux-vivre ensemble n’est pas un mirage ou un concept mais bien une réalité accessible vers laquelle il nous faut tendre. Cette dynamique citoyenne collective, révélatrice de talents, réunit les parents, les associations, les organisations laïques et religieuses, l’institution… Barack Obama est le fruit de cette dynamique.

En France, les collectivités locales doivent user de leur droit à l’expérimentation dans un but d'évaluation et de généralisation, prévu depuis 2003 dans l’acte II de la décentralisation. Plus qu’un droit c’est là un devoir et une responsabilité pour nos décideurs qui ont à cœur d’inscrire le territoire et ses habitants dans l’action publique. Sans prise de conscience, nous devrons tirer une fois de plus les enseignements de notre inconsidération et somme toute d’un échec annoncé.

 

 

Mounir Satouri

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