Thématiques du blog
Nouvelles d'Israël, en chiffres et en slogans
Hier soir, marche pour le nouvel an avec quelques autres anti-guerre. On était peu, très peu.
Mais passons: on a réussi à faire un peu de bruit sur les allées Rothchild.
Slogans, en traduction libre:
UN PILOTE COURAGEUX LANCE DES BOMBES SUR DES ENFANTS
LE SANG COULE DANS LES RUES DE GAZA ET DE SDEROT
JE NE MONTE NI NE DESCEND, SUR L'ERECTION DE LA PATRIE
REFUSER, C'EST POSSIBLE: SOLDATS AVEC NOUS
JE NE TIRE PAS, JE REFUSE, JE NE VEUX PAS DE TA GUERRE (ceci dit tantôt au féminin, tantôt au masculin)
MINISTRES CRIMINELS, ON VOUS ATTEND A LA HAYE
JE NE TIRE PAS, JE N’ENFANTE PAS, JE TRAHIS MON PEUPLE (au féminin)
VOISINS QUI VOUS TAISEZ, DU SANG D'ENFANTS SUR VOS MAINS
TELAVIVIENS INDIFFERENTS, ON TIRE SUR EUX EN VOTRE NOM
et... sur la vidéo de la manifestation entre Tel-Aviv et Jaffa samedi dernier (le soir de l'opération)
IL N'Y A PAS DE PAIX, IL N'Y A PAS DE SECURITE, IL Y A JUSTE LE REGIME DE LA FORTUNE
ETAT POLICIER, ETAT POLICIER
SI T'ES PAS UN FLIC, SAUTE AVEC NOUS
Le fait est qu'on s'est un peu fait chahuter par les quelques passants qui regardent notre défilé avec, au choix, ironie ou mépris.
On est une petite cinquantaine... allez, soixante dix...
Allez vivre à Sdérot, qu'ils nous crient... la honte sur vous!
On leur dit qu'aujourd'hui il y a une manifestation à Jérusalem des habitants de Sdérot contre la guerre...
Nurith Aviv m'a raconté son émotion de rencontrer trois de ses douze étudiants en cinéma de l'université de Sdérot lors d'une manifestation... Si parmi ceux qui souffrent le plus des attaques du Hamas il y en a encore une poignée de modérés, alors une fin à ce chaos infini est peut-être possible...
Dans les journaux ce matin, des chiffres:
52% de la population est pour l'opération en cours
19% de la population est pour une opération terrestre
20% de la population est pour un cessez-le feu immédiat
et, sans surprise... Barak et Livni et Olmert et Bibi renforce leur côte de popularité... tout le monde trouve que ce qu'il font est ferme et bien et qu'ils s'en sorte pas trop mal ou avec panache, c'est selon.
La question si oui ou non les élections doivent être repoussées a été débattue et rejetée: il y aura des élections à la mi-Février... et le plus belliqueux gagnera, à ce qu’il paraît.
(aujourd'hui, les intellectuels appellent à manifester contre la guerre devant l'appartement de Barak à Tel-Aviv... un appartement qui a été mis sur le marché pour 20 millions de dollars l'année dernière... pour protester contre la
Le plus grand problème est de savoir vraiment ce qui se passe à Gaza... puisque personne, pas même les journalistes, n'a le droit d'y entrer.
J'ai eu hier au téléphone Gaëtan Pellan, le directeur du centre culturel Français de Gaza (oui, il y a un centre culturel français à Gaza, et il a réussi à se maintenir ouvert pendant presque tous les événements subit par la bande de Gaza dans les dernières années).
Gaëtan est revenu de France où il était en congés forcés après que les portes du check-point Erez lui aient été définitivement fermés après la reprise des hostilités entre le Hamas et l'armée israélienne. Il n’a toujours pas le droit de rentrer, mais il me dit qu’il n’en pouvait plus d’être mis à l’écart, qu’il était trop inquiet, voulait prendre des nouvelles. Il me raconte les appels échangés depuis Jerusalem avec les gazaouïtes restés au centre...
L'un deux lui a dit: en Afrique, les gens s'enfuient, ils partent, il se déplacent quand il a des catastrophe... nous ici on a nul part où aller... on est pris en tenaille, comme dans une souricière. Gaëtan me dit qu’il a déjà entendu ses collègues angoissés, mais jamais comme ça. Il me dit : ils répètent les choses plusieurs fois, comme si eux-même n’y croient qu’à peine.
Au téléphone avec un ami, je l'invite à venir nous rejoindre à la manifestation d'aujourd'hui...
Il me demande si j'ai lu le papier de Shavit, dans Haaretz
(voici le lien, en anglais encore http://www.haaretz.com/hasen/spages/1051661.html)
Ceci pour donner une idée de ce que pense le "centre" israélien de l'opération à Gaza...
Le ton est très remonté contre les israéliens-anti-israéliens, ceux qui pensent que l'opération est un crime... l'article les accusant dans la foulée de soutenir le Hamas.
Je ne pense pas qu'être contre la guerre c'est minimiser le danger que représente le Hamas pour Israël et pour la population de Gaza. Je pense que quand pour arrêter le Hamas il faut tuer des innocents, alors il faut réviser sa stratégie. Vite.
Même le maire (de droite) de Netivot (bombardé hier) le dit aujourd'hui dans le journal: il ne s'agit plus de se demander si oui ou non il faut parler avec le Hamas... il n'y a plus personne avec qui parler à part le Hamas.
J’ai reçu un mail de l'association Btselem avec un lien internet à partir duquel ils vont tenter de poster des informations sur ce qui se passe à Gaza, tentant de démêler les informations du flou général… c’est en anglais, mais voici : http://gazaeng.blogspot.com/


Tous les commentaires
Grand merci Naruna, pour ce témoignage, pour ce refus obstiné de la violence, de la guerre et de l'ignorance de l'autre. ça reste pour moi une pitié ce que l'Etat hébreu entreprend et perpétue, sans d'autre solution que le massacre du voisin résumé à un problème. C'est une question maintenant d'identité et de rapports de force régionaux: combien de temps un Etat pourra-t-il s'imposer comme "unireligieux" sur les épaules d'un seul côté de la méditerranée devenue monde? Depuis des années que je suis le problème israélo-palestinien, je ne vois rien de neuf ni d'optimiste. Des ami(e)s vont et reviennent d'Israël enthousiasmés par ce pays, le multiculturalisme qui s'y pratique, l'intelligence et la sympathie de la "rue", mais nous avons toujours affaire à un Etat militaire, Ehud barak étant un militaire, jusque récemment le plus décoré des services secrets, un tueur!, et l'on nous propose derrière, le fasciste populiste nétanyahu... J'ai peur et honte pour ceux qui ont été les témoins et victimes du totalitarisme européen et reproduisent la violence coloniale au milieu du silence et de la surdité internationale. En écrivant cela, je risque les accusations qui ont sali edgar morin ou daniel mermet, je pense juste à Jacques Derrida et aux juifs de gauche qui ont cherché à construire une identité de la victime omnisciente, en somme, le bouc-émissaire juif qui devient l'homme universel. Aujourd'hui, Israël se veut "Etat juif", c'est-à-dire fermé culturellement, réduit à une seule identité, fermé sur un Dieu: mais derrière le Dieu ou Yavhé, il n'y a que des hommes et des discours, des logiques et des guerres. Israël peut vouloir la suppression des arabes alentour comme menace perpétuelle quand ils sont au coeur du monde arabe, quand ils "sont" eux-mêmes arabes. Un ami philologue me disait l'autre jour qu'il fallait finalement sortir du "sémitisme" pour bloquer le cycle antisémite. Le sémitisme comme noeud inextricable d'identités, de gênes et de dieux, quand nous devrions parler d'hommes et de territoires. Alors, cette guerre se réduirait à une guerre entre "sémites", arabes ou juifs, qu'importe. En tout cas, cette guerre est strictement un "génocide", n'en déplaise aux théoriciens de l'unicité du crime final! Un génocide comme volonté politique, raisonnée et globale de suppression d'une ethnie, d'un peuple ou groupe identifié comme homogène: c'est le sort des gazaouis, réduits à un "ghetto" digne des premiers, initiés par la veille europe de la "réforme" catholique. Nous devons tous réagir, demander une intervention internationale, enfin, un règlement international du conflit, une force de pacification frontalière "internationale", réaffirmer les directives de 67 de l'ONU, imposer une délimitation stricte des frontières. Sinon "l'Etat juif" ne sera que l'ombre de lui-même, un Etat guerrier. Soyons tous des marranes pour défendre une autre judéité, un autre Etat d'Israël. Sans Dieu ni guerre... J'ai pourtant "foi" dans le peuple d'Israël, le plus critique contre lui-même, multiculturel et le plus averti des longues sédimentations de la violence ancestrale et enfin... le plus conscient de l'unicité d'une chose, l'humanité, avec ou sans dieu, allah, yahvé ou pas... Merci pour votre texte et bon courage à vous, soyez là, continuez, soyez seule ou des centaines, vous êtes et défendez la dignité d'Israël comme mes aïeux ont pu condamner un "génocide" algérien qui se montrait sous les traits de la civilisation et défendre la France que j'aime, critique contre elle-même... Je vous embrasse et continuez d'écrire, s'il vous plaît!!! gwen, d'identité bretonne comme j'aurais aimé être juif, homme du monde... athée! radicalement
@ Naruna : Tous mes voeux Naruna, pour vous et vos amis qui tenez cette position si courageuse, et qui les appuyiez par vos actes, sans tomber dans l'angélisme (sans soutenir le Hamas). Votre texte billet illustre tellement bien la complexité des affaires humaines, qu'il est si facile au contraire de simplifier. Les belliqueux gagnent dans les sondages. Mais "Allez vivre à Sdérot, qu'ils nous crient... la honte sur vous! On leur dit qu'aujourd'hui il y a une manifestation à Jérusalem des habitants de Sdérot contre la guerre... Nurith Aviv m'a raconté son émotion de rencontrer trois de ses douze étudiants en cinéma de l'université de Sdérot lors d'une manifestation... Si parmi ceux qui souffrent le plus des attaques du Hamas il y en a encore une poignée de modérés, alors une fin à ce chaos infini est peut-être possible..." Ce que vous dites sur l'affolement des gazaouis fait écho à une interview sur France Info hier, d’un habitant qui disait ne pas savoir où aller, ou dormir, son appartement étant trop près d’une cible (une mosquée islamiste). Je pensais alors à l’imminence annoncée par d’une intervention terrestre, qui irait jusqu’à la mer pour couper le Hamas des tunnels. Comment savoir où aller si on est habitant de Gaza et qu’on sait qu’une armée va arriver ? ****************************************** @ Gwénaël : "En tout cas, cette guerre est strictement un "génocide", n'en déplaise aux théoriciens de l'unicité du crime final! Un génocide comme volonté politique, raisonnée et globale de suppression d'une ethnie, d'un peuple ou groupe identifié comme homogène:" Où voyez vous Gwénaël la volonté de suppression d'une ethnie ou d'un peuple ? Absolument pas d'accord pour confondre guerre, massacres, génocides etc. Cela banalise les vrais massacres et génocides (encore en cours), et les fait disparaître dans le brouillard de la confusion. Si le sens des mots se perd, nous ne pourrons plus parler. Nous ne serons plus humains. Cette discusison a aussi lieu sur le fil qui suit l'article d'Edwy Plenel, en particulier à propos de Chomsky. Voir ce qu'en disent ou rappellent Pascal b. puis Edwy Plenel. Et une petite discussion sur "Israël doit-il être exemplaire?" :http://www.mediapart.fr/journal/france/311208/dieudonne-ce-pitre-qui-ne-fait-pas-rire entre les commentaires 94-114 (sur 124) (Je ne sais pas où serait la place de cette discussion , peut-être pas ici non plus, Naruna ?)
A fantie, je réponds rapidement et ne veux pas rentrer dans ce labyrinthe des vraies et fausses violences, vrais et faux massacres, vrais et faux génocides. alors d'accord, ce n'est pas un génocide parce que ehud barak nous dit qu'il attaque le hamas seul, comme organisation terroriste, c'est cela, comme les Etats-Unis attaquaient Saddam Hussein seul, au moins 1 million de morts. Donc ce n'est pas un génocide... Mais demandez aux stratèges militaires, aux idéologues et à la majorité des israéliens, l'organisation du "massacre" de gaza, la fermeture, la délimitation du "ghetto", l'interdiction aux journalistes d'y pénétrer ou à toute personne extérieure, le bombardement à la louche sur le territoire... en mettant cette définition, je provoque le discours historique officiel, et cette "classification" des massacres, je m'en moque en fait, ce qui m'intéresse, ce sont les logiques, conscientes ou inconscientes, officielles ou cachées, et pourquoi ne pas confondre massacres, guerres et je ne sais quoi encore... évidemment que les palestiniens sont identifiés par la pensée militaire et raciste de l'Etat israélien comme un peuple plus ou moins homogène et une menace, à tord et à raison d'ailleurs. Toute l'histoire israélienne est celle-là, comment identifier l'ennemi, intérieur et extérieur? Le "peuple palestinien" s'est d'ailleurs construit dans cette dialectique, l'OLP est une construction du conflit "israélo-arabe", le "peuple palestinien" est une invention, voulue par ceux qui s'en réclament mais aussi par israël. Et enfin, la droite israélienne, raciste fondamentalement, n'allez pas lui dire que le but de la guerre est de mettre à bas le Hamas, elle sait très bien que le hamas est une construction politique qui doit beaucoup aux services secrets israéliens, la guerre produit les mêmes! Israël doit se réformer, radicalement, mais elle ne peut pas le faire seule, la communauté internationale doit s'imposer et arrêter ce mimétisme "génocidaire", proprement, pardon, mais je reproduis le mot. Je n'aime pas jouer avec ce mot, mais il y a clairement identification "ethnique" et territoriale du problème. Tant qu'Israël ne sortira pas de la culture coloniale qui l'imprègne, je veux dire le sionisme (un peuple sans terre pour une terre sans peuple!) et qu'elle ne mettra pas le doigt sur une culture "fasciste" juive, réactionnaire et belliqueuse, nous serons internationalement dans un blocage. L'Europe et les Etats-Unis, maitres actuels du monde, sont encore coupables du totalitarisme nazi du XXè, donc ils appliquent une relation "incestueuse" avec Israël, et ce depuis la fondation de 48 et avant. Il faut enfin au niveau international atteindre une relation la plus dépassionnée possible et "nommer un chat un chat". quand il y a massacre, il y a massacre, qu'on ne me parle pas de faire la différence entre tel ou tel, ou dire que le génocide juif est supérieur ou pire à un autre, qu'est-ce à dire, que les juifs sont supérieurs aux autres? ce serait avoir une drôle de morale de l'histoire! Derrida avant de mourir demandait l'ONU à Jérusalem, ville des trois monothéismes, faisons-le! enfin! Et arrêtons clairement, les logiques racistes et ethnicistes d'Israël et le rapport incestueux qu'entretient l'Occident avec Israël, fabrication européenne. Israël doit se découvrir entièrement "sémite", pour ne pas effectivement reproduire une violence inversée que je vois sous les traits d'un génocide en Palestine aujourd'hui. Ce n'est pas une blague, arrêtons enfin les grands débats épistémologiques sur le concept de "génocide", il y a un massacre en Palestine aujourd'hui, comme depuis des années et le monde doit stopper Israël dans son cycle mortifère, pour sa dignité, parce que oui, "Nous sommes tous des juifs allemands"! ou arabes... Point! Vive Israël, à bas Tsahal...
Non. Dire ou non "génocide"n'est pas un débat formel, mais un débat politique. Le désaccord pour ma part est total. Point.
Qu'il soit politique, alors, soit!
Un peu de ménage intérieur peut-être Gwen ? Au lieu de résoudre tout avec des "i faut" et des "yaka" et "des chats qui sont des chats" ? Facile d'en appeler à "dépassionnaliser" au niveau international, moins facile de savoir quoi faire avec la haine intérieure que chacun emporte en son sac. Evacuer la notion de génocide, ne serait-ce pas nier l'héritage de ceux qui ont témoigné minutieusement des mécanismes infernaux dans lesquels ils ont été pris dans l'espoir que plus jamais... ? Il y a des massacres, petits et grands, partout en ce moment sur la planète. Je termine à l'instant un livre d'Atiq Rahimi, Syngué sabour, Pierre de patience, un récit écrit à la mémoire d'une poétesse afghane sauvagement assassinée par son mari. L'auteur y décrit bien l'atmosphère de violence qui règne quelque part en Afghanistan ou ailleurs. La spirale des violences, cela ne s'arrête pas si facilement et d'autant moins que certains conflits sont instrumentalisés par les "grandes puissances" et les intérêts économiques qui s'y déploient.
Finalement je ne résiste pas à l'envie et au besoin de répondre. Je n'étais pas dans la manif de cet après-midi, retiré du monde que je me retrouve, alors je prends cette petite place pour crier encore contre l'inacceptable, l'innommable. Je ne nie et ne renie rien du tout, certains le font très bien tous seuls, je critique. Quand au "plus jamais ça", je le laisse aux légendes des bouquins d'histoire pour enfant, quand adorno ou d'autres restaient effrayés de la shoah, le 8 mai 45, la foule s'encanaillait avec les américains (je peux m'en féliciter) mais au même moment l'armée française tuait des milliers d'Algériens. Et le poids du passé, comme l'enseignait Orwell, est instrumentalisé par ceux qui maitrisent l'histoire, Staline, Sarkozy, etc. Quand on veut mettre un mort juif sur la tête de chaque enfant français, il y a un petit problème, j'espère que je n'ai pas besoin ici de polémiquer sur cette question. Et quand on clôt des frontières pour y déverser des bombes, je ne vois pas de "guerre juste", comme tous les croisés voudraient nous en vendre depuis 2000 ans. L'Etat israélien est foncièrement militaire et je pense sur cette question au livre de Shlomo Sand, "vaincre Hitler". Le génocide européen, je dis bien européen, des juifs sert aujourd'hui d'alibi à des fanatiques (comme toutes les religions monothéistes en produisent) et à une politique de supériorité (la ministre israélienne des affaires extérieures parle encore du "monde libre" pour s'autoriser le massacre en cours) et coloniale (la droite colonialiste israélienne a gagné dans les années 20 et 30 par l'entremise d'une politique anglaise de realpolitik et au milieu des grandes catastrophes des années 30 contre des possibilités de cohabitation avec les arabes et d'installation pacifique dans une terre qui avant d'être sainte, fut une terre-refuge). Ce conflit concentre donc, mais je ne découvre pas l'eau chaude, toutes les problématiques que Huntington voulait voir comme guerre entre civilisations. Les israéliens sont un produit de l'Europe totalitaire et raciste du XXème et j'ai bien peur que cette ultime diaspora n'ait en partie emporté avec elle les défauts de ses bourreaux: vaincre enfin Hitler, ce serait peut-être, mais je vais choquer, refuser de s'identifier en premier lieu comme juif, pour contedire la volonté nazie. Etre juif, c'est être mondial, c'est ne pas être identifiable. L'Etat d'Israel a un peuple sui generis et il est bien dommage (à mon goût d'athée) que son unité se fît sous la bannière d'un Dieu. Un Etat qui se réclame d'un Dieu ou de quoi que ce soit d'autre qui induit une totalité transcendantale me fait peur. Je fais les mêmes critiques évidemment sur des mouvements théocratiques comme le Hamas. C'est justement pour cela que j'appelle, comme toutes les mouvances de gauche au monde, à repolitiser le débat et interdire une fermeture du conflit sur des dieux ou des ethnies, sinon des races (les discours collectifs en Israël et en Palestine, comme dans tous les conflits d'une telle violence mimétique, finissent par identifier l'autre comme une race distincte). Voilà. Je suis désolé mais je trouve que le terme de "ménage" dont tu m'affubles, chère Joha, me semble un peu "à côté de la plaque". On parle de morts et d'un massacre en cours, pour ne pas parler de génocide...
Cher Gwen, J'ai parlé de 'ménage intérieur' mais ce n'était certes pas pour t'affubler de ce terme, cela n'aurait effectivement pas de sens. J'aurais du être plus explicite. Ce que je voulais dire par 'ménage', c'est qu'il nous faut parfois procéder à un travail de tri (ce que je fais souvent avant de faire le 'ménage' !), un travail de différenciation. Actuellement, les mots sont de plus en plus souvent utilisés comme vidés de leur sens, pas spécialement par toi plus qu'un autre, mais il y a cette tendance dans l'époque. Nous ne sommes pas 'tous' des 'ceci' ou 'cela' et des morts, un massacre ou un génocide, cela n'est pas identique. Mais nous ne sommes pas obligés d'être toujours d'accord, j'entends bien ton indignation et celle de beaucoup de gens et je me lève chaque matin en pensant à ce conflit si proche de chez nous, déclenché comme par hasard dans les derniers moments de la présidence Bush qui se hâte peut-être de laisser quelques brûlots de plus derrière lui ?
tu es toute excusée, Joha, j'ai pris ce terme de "ménage" sur le ton de l'ironie, si m'a un peu agacé, mais qu'importe. Sur la question du massacre et du génocide, pour information, je travaille sur les "affrontements religieux 1500-1650", donc je suis un peu immergé dans mes études dans les violences de religion. La différence académique entre massacre et génocide, c'est que le premier est dû à un groupe plus ou moins organisé, alors que le génocide serait une volonté globale, dûe à une politique d'Etat, de destruction d'un groupe clairement identifié selon une identité fermée par les idéologues du génocide, donc selon la race, l'ethnie, la culture, qu'importe. Le génocide, réduit radicalement l'Autre au gène. Donc c'est en effet une question politique de pouvoir identifier et attribuer des génocides à untel ou untel. Officiellement, la guerre d'Israël ne peut être un génocide, vu qu'elle attaque le Hamas, mais la stratégie et les méthodes de fermeture d'un territoire sur lui-même, sans parler la mentalité commune israélienne anti-arabe, font penser à une logique de destruction totale de l'autre. Je me moque en fait de parler de génocide ou de massacre, pour moi le mot massacre est plus violent, il ne signifie que le massacre et ne porte tout un débat sémantique et historique en lui. Regardons seulement comment le massacre fonctionne, selon les époques et les lieux, selon les guerres, de races, de territoires, de religions et vous ne pourrez pas m'interdire d'analyser les agissements d'Israël comme un massacre... Voilà, pour préciser une dernière fois ma position: Nous devons arrêter le massacre perpétré par Israël, sa logique coloniale au Proche-Orient et imposer une nouvelle architecture démocratique mondiale contre les hégémonies criminelles! Par delà ces tristesses des temps, je t'embrasse Joha. Bonne année, malgré tout! Y viva convivencia...
J'ajoute juste pour qu'on ne me méprenne pas, après ma critique "violente" de la politique israélienne, que malgré tout j'ai de l'espoir dans le peuple israélien et je ne considère pas toute la société israélienne comme éprise de colonialisme et de violence, loin s'en faut. Cette situation ne pourra pas durer, il y aura, selon les prédictions, bientôt plus d'arabes que de juifs en israël et que l'hégémonie culturelle sioniste le veuille ou non, Israël est à la fois européenne, historiquement et culturellement et devient (elle ne fait que devenir depuis cent ans) moyen-orientale sociologiquement et géographiquement. La volonté farouche de se distinguer des "barbares", des "animaux", en dressant des murs ou en faisant des nettoyages ethniques, selon le gré et les manipulations des colons fanatiques, aura un jour ses limites. La réalité du monde, la démocratie intérieure, je l'espère, le métissage qui noiera les dieux dans une religion (religare) qui relie, la force du vent qui mettra à bas les murs. Les résistances altermondialistes, hétérogènes, subalternes contre les structures impériales. Alors, Naruna, nous serons des millions... Bonne nuit depuis Paris!
Que veut selon vous Israël pour les Palestinens ? La paix, le respect de leurs droits fondamentaux alors qu'il sont emmurés dans un enfer hyper-pollué qui ne survit qu'avec l'aide internationale ? Mais Pascal B. voyez-vous bien la réalité de ce ghetto qui en rappelle un autre ? Israël est désormais un pays capitaliste néo-libéral, consumériste, inégalitaire et non fraternel qui a perdu son âme dans sa prétendue quête de sécurité. On bronze sur les plages avec un fusil à la main et on casse du Palestinien à l'occasion en toute impunité. Israël est un pays raciste, violent qui pratique la discrimination, l'oppression, l'annexion, la destruction ouverte ou larvée par tous les moyens et se plaint aussitôt des créatures du Hamas ou du Hezbollah qu'il a fabriqué à force de désespoir et d'injustice. Alors aujourd'hui, tristement, le Hamas c'est Gaza. C'est vrai, le grand massacre du ghetto palestinien n'a pas encore commencé. Reconnaissez cependant que ça les démange fortement et depuis longtemps. Vous semblez avoir perdu la mémoire de Sabra et Chatila, les 16 et 17 septembre 1982. Gwénaël a raison de souligner le parallèle avec l'idée génocidaire vue comme la seule issue d'un conflit provoqué par "le monde civilisé" car les massacres coloniaux et les génocides sont toujours construits sur le racisme et la Shoah en constitue l'aboutissement apocalyptique. On ne peut pas renvoyer dos-à-dos les extrémistes palestiniens et le pouvoir militariste et policier d'Israël. Car Israël domine et écrase depuis le début. Israël ne veut pas de la paix avec les Palestiniens, ne veut pas d'une Palestine apaisée et développée à sa porte. Que veut-elle alors ?
La différence entre crimes de guerre et génocide, c'est que les génocidaires tuent systématiquement toutes les générations, pour éradiquer un filiation. Pour les nazis, c'était pour que le noms de juif, tzigane, disparaissent. les enfants aussi, voire surtout devaient être traqués et tués. Les slaves ne furent pas l'objet d'un génocide, mais de massacres monstrueux. Les massacres de l'armée coloniale française dans l'immédiat après-guerre en Algérie et à Madagascar, n'épargnaient pas les enfants, ils étaient terrifiants. Il reste que la volonté de les exterminer tous et toutes ne fut pas mis en oeuvre. Les génocides arméniens et rwandais, eux, sont prouvés. En aucun cas "je ne renvoie dos à dos les extrémistes palestiniens et le pouvoir militariste et policier d'Israel", soyez en sûr. Je ne connais pas la réalité de ce ghetto, je n'y suis pas allé, mais je ne l'ignore pas non plus, je tente de comprendre un peu. Il ne s'agit pas de génocide de la part des forces israeliennes. Distinguer génocide de crime de guerre reste important. Mais les criminels de guerre doivent être jugés et punis. Que les habitants de ce purgatoire à ciel ouvert ait le sentiment qu'Israel serait prêt à les tuer jusqu'au dernier (d'autant plus que les militaires israeliens sont persuadés d'affronter leur ennemi mortel), je peux le comprendre. Ce monde est assez difficile à vivre sans qu'on utilise plus que nécessaire le mot de génocide
-Merci Pascal de continuer à défendre les définitions des mots dont nous avons besoin pour comprendre. Génocide, volonté de détruire les générations. D'autant que Gwénaël a bien dit "pour moi le mot massacre est plus violent". Ce qui se discute aussi, car quand un peuple se rend compte qu'il est victime d'un génocide, à al violence des massacres s'ajoute une intolérable voire indicible violence psychique, je pense. Et que penser du Cambodge, ou il s'agissait d'éliminer une partie, sélectionnée, du peuple.
-Pour un aperçu de la vie à Gaza, le blog de Claude-Marie Vadrot éclairait un peu l'angle de l'environnement. "Purgatoire à ciel ouvert " semble une formule adéquate.
doublon
Votre "papier" est d'une grande dignité. Merci pour ce message de combat pour une paix juste.
Merci pour cet acte de coeur, de courage et de sagesse. Merci pour ces voix différentes. Minoritaires aujourd'hui mais sommeillant au fond du coeur de chaque homme. Une lumière, même faible, dans le noir, perce le voile des illusions.
J'admire votre courage, Naruna.
Vous êtes l'honneur de votre pays.
Il faut discuter avec le Hamas. N'a-t-il pas été élu en toute légalité? J'ai l'impression que le gouvernement israélien est en dehors de toute raison et qu'il fait risquer le pire au peuple israélien mal informé, manipulé. Il ne faut compter ni sur les Usa ni sur l'Europe : Israél leur semble un rempart contre les pays arabes et peu leur importe les massacres commis par le gouvernement qu'il soit travailliste ou conservateur, ou centriste.
Non. Si on cessait d'invoquer n'importe comment la légalité en cas et en temps de guerre, que de choses iraient mieux !
De tout cœur et en partage avec vous pour ce bel exemple de courage et de sagesse contre cette guerre et pour la paix.
Merci Naruna de ce témoignage, et oui continuez d'écrire . Les slogans que vous avez traduits sont terriblement forts et il faut que nous les fassions connaitre, il faut que nous fassions savoir ici dans nos rues françaises ce que vous, israéliens qui voulez la paix, dites dans vos rues. je m'associe à ce qu'écrit Gwenael, je comprends que ça puisse en choquer certains mais pourtant ! pourtant ça fait soixante ans qu'on n'en sort pas, soixante ans qu'Israël dit vouloir donner des leçons d'abord pour soi disant négocier après mais négocier avec qui ? personne n'est jamais assez digne de l'Etat hébreu ! Franchement comment qualifier une politique qui réduit de plus en plus les droits d'un peuple voisin, qui enferme dans une nasse un million et demi de personnes, qui les affame, les prive du droit à se soigner et à s'instruire, du droit à circuler, pour finalement les punir encore et encore d'avoir choisi des "mauvais" dirigeants ? Il y aura des manifestations dans pas mal de villes demain samedi. A Marseille on défilera derrière une banderole qui dira ceci : HALTE AU MASSACRE A GAZA! LEVEE IMMEDIATE DU BLOCUS ISRAELIEN MARSEILLE SOLIDAIRE AVEC LA PALESTINE!
Bravo...
Bravo Naruna pour votre courage, et merci de votre témoignage. Je vous accompagne, je voudrais être à vos cotés. Après le sang, il y aura la paix et c'est votre force qui fera la différence.
Merci, continuez d'écrire, de témoigner. Il y a partout des hommes et des femmes pour qui le son des armes ne sera jamais la solution. Les initiatives comme les vôtres doivent être mises en avant. Elles sont l'illustration que le monde n'est pas binaire. Derrière l'information de nos médias, il y a d'autres voix, d'autres faits.
@ Gwenaël ***En tout cas, cette guerre est strictement un "génocide", n'en déplaise aux théoriciens de l'unicité du crime final!*** Je ne suis pas choqué qu'on parle de génocide à propos du pilonnage actuel et les gens pas d'accord n'ont d'autre argument pour le contester que de dire qu'il n'est pas intentionnel ou pas total : pauvre ! Cependant je suis un adepte résolu de "l'unicité". Le judéocide hitlérien est et restera unique, non point parce que les Juifs (ou plutôt les gens désignés comme tels par les nazis) seraient des victimes plus dignes d'intérêt que les Amérindiens ou les Tutsis, mais parce que pour la première et unique fois un fou (au demeurant très habile) les a instaurés comme bacilles et parasites universels en se dotant des traitements adaptés. Contre une billevesée aussi criminelle c'est à toute l'humanité de se défendre et de défendre sa propre unicité. De ce point de vue le tribunal de Nuremberg a tapé dans le mille en instaurant la notion de crime contre l'humanité. Il s'ensuit entre autres que l'équation Hamas (ou Arafat ou Nasser etc.) = Hitler est irrecevable... même si certains islamistes d'aujourd'hui arborent des croix gammées ou diffusent les Protocoles des sages de Sion... ce que les pro-palestiniens d'aujourd'hui devraient leur reprocher beaucoup plus sévèrement.
@ François Delpla : "Je ne suis pas choqué qu'on parle de génocide à propos du pilonnage actuel et les gens pas d'accord n'ont d'autre argument pour le contester que de dire qu'il n'est pas intentionnel ou pas total : pauvre !" Vous nous avez mal lu. C'est vous qui n'avez pas expliqué votre choix de ce mot là. Votrez argument revient à qualifier toute guerre - ou toute guerre disproportionnée, de génocide. Il y a des discussions intéressantes sur la différence entre massacre et génocide dans divers billets. Pourquoi avoir besoin de recourir à ce mot de génocide, spécialement semble-t-il dans le cas où Israël est l'agressseur ? Vous voulez dire que le but d'Israël est d'éliminer physiquement une bonne partie des habitants de Gaza ? Y a t-il des regroupements, de personnes abattues ensuite ? C'est une guerre, avec des moyens de destruction très grands, et une guerre dans la zone très peuplée, où vivent un million et demi de personnes. On peut parfaitement imaginer le nombre de morts civils, le nombre de blessés, les difficultés de survie.... Aucun besoin de faire de la surenchère verbale pour être indigné et révolté. La notion de ghettoïsation par contre mériterait d'être posée.
Un lien qui recense les billets au sujet de Gaza : http://www.mediapart.fr/club/blog/animateur-du-club/050109/gaza-un-debat-dans-le-club Dans le 2ème commentaire, j'ai ajouté des liens où on discute de ces définitions : génocide, massacre.
Relisez vous-même ! Je n'ai point prétendu engager un débat sémantique mais dit simplement que je n'étais pas choqué. Puisque vous-même ne l'êtes pas par le terme de "ghettoïsation", mettez-vous une seconde à la place d'un ghetto pilonné et investi par des gens mille fois mieux armés que ses habitants et demandez-vous ce qu'ils penseraient du fait qu'on leur marchande le terme de génocide...
doublon.
Je crois que le sens des mots est important, on n'a que ça pour nous parler. Les mots sont importants dans les négociations, par exemple. Beaucoup de temps leur est consacré, quand il doivent figurer dans un constat, un accord. Je vous ai demandé si les soldats israéliens massacraient tout le monde sur leur passage, par exemple. je me suis mise depuis longtemps à la place des habitants (autant que l'imagination peut le faire, d'ici), mais pour autant, je ne vois pas ce qui me ferait renoncer à défendre le fait que génocide a un autre sens. Ce n'est pas avec les habitants de Gaza que nous discutons ici, et dan sla manifestation à laquelle j'ai participé, l'accusation de génocide ne faisait pas partie des slogans. Dévier , banaliser ces mots, pour moi ce n'est pas innocent, c'est participer à l'occultation des vrais massacres et génocides de hier, aujourd'hui et demain.
Je vous entends bien et je crois que nos points de vue sont proches. Ce sur quoi je veux attirer l'attention, c'est l'hypocrisie fréquente des mises au point sémantiques... en faveur d'un camp comme de l'autre. "Les Israéliens ne sont pas nazis mais dans tel cas ils se comportent comme si", "les Palestiniens ne sont pas nazis mais voyez comme ils se laissent aller à des slogans antisémites"... tout cela sue le prétexte pour se donner bonne conscience dans le choix d'un camp. Tout comme Sarkozy qui trouve l'attitude d'Israël "condamnable" et celle du Hamas "impardonnable" : le plus idiot a compris et ne pourra pas dire "je ne savais pas". Halte au feu, point final. Verbal comme matériel. Deux deux côtés. Avec contrôles et sanctions adaptés.