Sun.
27
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

C'est quoi, refuser?

Ça n’en finit pas. Cela finira bien par se terminer, mais pour l’instant ça ne finit pas.

Et quand ça se terminera, quand on finira par arriver à un accord qui fera cesser le feu, on froncera les sourcils… on dira tout bas ou tout haut que peut-être ce n’était pas nécessaire, tout ça…

On se demandera si tous ces morts on « servi » à quelque chose.

Et la réponse viendra : non, non et non.

A quoi ça pourrait servir ?

Cette soldate de la radio militaire qui affirmait ce matin que « les habitants de Gaza sont las de la guerre et en veulent beaucoup au Hamas… ils savent sans doute que tout ça est la faute de l’organisation terroriste » pense-t-elle vraiment que c’est avec des bombes qu’on fait avancer les idées ?

 

Les questions qu’on se pose dans la rue c’est :

tu as vu/ lu les nouvelles ?

ton mari/ ami/ voisin est appelé ?

tu manifestes ce soir ? demain ?

 

Il y a quelques jours de cela, Nadav et moi avons téléphoné à Myriam pour l’inviter au cortège de protestation contre la guerre… Myriam ne voulait pas… On pensait que c’est parce qu’elle est à son huitième mois de grossesse, mais en fait c’était son mari qui ne voulait pas y aller. Et puisqu’il ne voulait pas y aller avec elle, elle a décidé de rester avec lui à la maison.

Pourquoi Daniel, le mari de Myriam, ne veut-il pas manifester ?

Daniel n’est pas contre la guerre… il pense que la riposte est nécessaire… oui, démesurée, mais nécessaire sans aucun doute.

On a argumenté un peu avec lui, on lui a dit que, oui, il faut défendre les frontières du pays, mais pas comme ça… Il nous a répondu que le Hamas exagère, qu’il faut leur montrer... aucun de nos arguments ne l’a fait bouger, rien n’y a fait…

 

On est allé à la manifestation sans eux, très déçu de notre ami, fâché même.

On s’est promis qu’on parlerait avec lui.

 

Avant-hier, Daniel a été appelé par son unité d’artillerie.

 

Myriam est dans tous ses états, paniquée.

Elle me dit : il y a des morts, tu sais.

Je sais.

Je lui dit de ne pas s’inquiéter, que son mari ne partira pas à la guerre, qu’on ne le laissera pas… qu’il refusera.

Non… elle me dit qu’il ne veut absolument pas aller en prison… il est décidé à partir s’il ne trouve pas d’excuse valable…

Myriam décide de faire jouer sa grossesse. Elle téléphone à son médecin, lui demande de faire une lettre disant que sa grossesse est surveillée et que Daniel ne peut pas la laisser seule sans risques pour l’enfant. Le médecin refuse, après moult tergiversations.

C’est là où Daniel se souvient qu’il a été opéré du genou il y a deux ans de cela… Son médecin accepte de lui faire une lettre pour l’exempter.

Daniel et Myriam sont descendus à la base de Daniel au Sud du pays, pour apporter la lettre en main propre. Entre son mauvais genou et le ventre très très rond de Myriam, ils ont réussi à convaincre les autorités militaires que Daniel n’était pas apte au service.

Daniel ne partira pas à Gaza.

Alors que je suis ravie, rassurée et contente pour nos amis, Nadav est furieux.

Il en veut à Daniel de ne pas avoir fait de choix : Nadav pense que s’il est pour la guerre, il n’a qu'à la faire, et s’il est contre, il n’a qu’à le dire haut et fort, assumer sa décision, en payer le prix… c’est à dire être jugé par un tribunal militaire et passer quelque temps en prison.

 

Cet entre-deux déçoit Nadav au-delà de tout.

 

Nadav fait son service de réserve parce qu’il refuse que ce soient toujours les mêmes qui se battent pour le pays. Toujours les mêmes, c’est-à-dire les pauvres, les défavorisés, les minorités qui veulent profiter de l’illusion d’ascenseur social que l’armée promet…

Nadav va à l’armée pour qu’il y ait aussi des hommes Ashkénazes de gauche issus de milieu privilégiés qui défendent le pays. Il est beaucoup critiqué par certains de nos amis qui ne comprennent absolument pas sa démarche, estimant qu’on ne peut pas servir dans une armée d’occupation un point c’est tout.

Nadav a signé la pétition de ceux qui refusent d’aller en territoires occupés.

Mais Nadav continue de passer trois semaines par an en uniforme, parce qu’il sait que s’il ne le fait pas quelqu’un d’autre devra le faire à sa place. Et surtout parce que il sait ainsi que s’il refuse de participer à une opération comme celle qui a lieu en ce moment à Gaza, il aura toute la légitimité pour le faire puisque son refus se fera dans le cadre de ses droits et de ses devoirs de citoyen.

 

La triste vérité c’est que dans le consensus médiatique, même les refus sont étouffés…

Saviez-vous que 3 soldats de l’armée israélienne ont refusé de servir la guerre qu’Israël mène en ce moment à Gaza ?

Nous non plus, on ne savait pas…

et sans les listes couriel anarchistes et gauchistes auxquelles nous sommes abonnés, on n’en aurait jamais rien su…

trois… c’est un début

 

On a suivi un drôle de débat sur un forum anarchiste à la suite d’un appel à une manifestation du mouvement « Courage de Refuser » qui organise une grande parade demain soir.

Les membres de « Courage de Refuser » appelaient les « anars » et les « rouges » à venir protester contre la guerre avec eux et à se joindre à eux pour demander aux soldats d’Israël de refuser de participer à cette guerre injuste. Mais, ils demandaient par la même occasion, de laisser à la maison slogans violents et drapeaux rouge et noirs, de manière à permettre à un maximum de gens d’entendre leur cause et peut-être même de la rejoindre dans le refus. Les refuzniks, comme on les appelle ici, soutiennent que leur manifestation est une manifestation patriotique, une manifestation qui célèbre un autre Israël, juste et pacifiste.

Certains anars étaient très vexés de la demande et se sont déchaînés sur le forum internet, insultant les ex-soldats, leur patriotisme putride et leur drapeaux moches.

D’autres ont promis qu’ils mettraient leurs différences de côtés, aux vues de la situation… et qu’ils seraient de la manifestation demain.

 

Discipline ! Il faut qu’on se discipline ! Tous contre la guerre ! je ne veux pas voir une seule tête qui dépasse !

autorisation de débattre dans les rangs, mais tous ensemble

pour une fois…

pourquoi laisser aux autres le privilège de la cohésion ?

 

Tous les commentaires

J'ai tant apprécié vos deux histoires, Naruna : celle de Daniel, et celle du forum anarchiste. Votre talent pour rendre compte simplement de la complexité des humains est un espoir pour moi. L'espoir que l'avancement de l'humanité (dans les deux sens du mot) est lié à la compréhension que chacun de nous peut avoir de lui-même, de "l'autre" en soi, celui qui, têtu, garde la contradiction ouverte : L'humain, double, qui dit : Je suis pour la guerre, mais pas pour la faire, moi. Je suis contre une riposte demesurée, mais je la soutiens. Je suis contre la guerre, mais je veux défendre mon drapeau d'abord.

Entièrement d'accord pour souligner le talent. Une écriture pleine de sentiment et exempte de sentence.

Mensonges, crainte pour soi, peur, colère, lâcheté, courage, vexation, espoir.... merci pour cette entrvu venu du terrain. C'est vrai que cette agissement criminel n'aurait servi à rien. Des telles crimes ne "servent" personne, et les morts et les blessés ne "servent" pas, pas plus que les familles et foyers détruits, ou que des terres confisqués. Tout au plus, le blocus dangereusement aggravé depuis 8 mois aurait servi une certaine idée de la politique, tout comme le Mur d'annexion. Celui du mépris, de la haine, de la propagande, de la mise à pas d'un peuple. Les participants et complices de cette longue et lente crime de guerre "servent" cette politique, la justifient et la soutiennent comme un "droit à la défense" en réponse au désespoir et à la souffrance qu'elle a fait naître, et à la colère qu'elle a fait naître aussi, et parfois même de la haine, d'où les "tirs de roquettes", que l'état d'Israël utilise pour justifier toute une politique. Comment y répondre ? C'est quoi refuser, Mediapart ? Sommes-nous condamnés à n'être que quelques voix marginales, tandis que les médias de masse racontent une fable : celui du "choc des civilisations", de la "lutte contre le terrorisme", de l'"introuvabilité d'une solution", de l'"incompatibilité", de la "fatalité" ?

@ James : Je suis en train de lire un petit livre de Stefan Zweig, Erasme. Dès le premier chapitre, jeme suis dit que la réponse à votre question est là : Oui, nous sommes condamnés à être ultra minoritaires à certaines époques de folie des hommes. Zweig en vivait une, en 1935. Il fait le parallèle avec celle qu'Erasme a vécu (Erasme, le premier humaniste européen, dit-il) quand les passions religieuses se sont déchainées dans l'Europe de Luther. Notre époque de folie a débuté dans les années 80, il me semble. Cette guerre qui ne fait que se continuer en est un des symtômes.

Merci pour cette information. A noter également, l'article de Bernard Langlois, sur le site du magazine Politis : Silence, on tue ! http://www.politis.fr/Silence-on-tue,5331.html

Pour continuer dans l'esprit de Jamesinparis, des docteurs Folamour israéliens ne manquent pas. Ainsi un député de la Knesset veut éradiquer "le problème" par voie atomique: . faire au Hamas ce que les Etats-Unis ont fait au Japon (Lieberman) AFP 13.01.09 | 17h16 Un député ultranationaliste israélien a estimé mardi qu'Israël devait combattre le Hamas dans la bande de Gaza comme les Etats-Unis l'avaient fait face au Japon durant la Seconde guerre mondiale, dans une apparente allusion à l'utilisation de la bombe atomique. "Nos devons continuer à combattre le Hamas comme les Etats-Unis ont combattu les Japonais durant la Seconde guerre mondiale", a affirmé le député et ancien ministre Avigdor Lieberman, lors d'une intervention à l'Université Bar Ilan près de Tel-Aviv. "La conquête du Japon alors n'avait pas été nécessaire", a souligné M. Lieberman, chef du parti d'extrême droite Israël Beitenou, dont les propos ont été rapportés par le site du quotidien Jerusalem Post. Les Etats-Unis ont mis fin au conflit avec le Japon en larguant des bombes atomiques sur les villes d'Hiroshima et Nagasaki.

Naruna, c'est passionnant de vous lire . Cette recherche d'unité entre toutes ces mouvances de la radicalité, de la contestation est essentielle parce que ce n'est que de là que peut venir l'espoir mais à la seule condition effectivement que tous regardent ensemble dans la même direction, en arrêtant de se regarder le nombril.

Merci Naruna,merci pour tous vos articles. Vancouver

Naruna, je pense beaucoup à vous. Comme c'est compliqué de convaincre mais surtout d'avoir une lucidité totale. Ici, bien sûr, il est facile d'avoir un avis, de dire "si j'étais là-bas, je sais ce que je ferai.". C'est vrai que pour ma part je trouve cette guerre monstrueuse et que je me dis que le gouvernement israélien est criminel de guerre, que les médias israéliens sont partiels et partiaux. Mais je ne vis pas ce que vous vivez. En tout cas, et c'est votre cas, l'essentiel est de ne pas être lâche, comme l'a été la majorité de mes concitoyens pendant l'occupation nazie. La lâcheté c'est la pire des choses car c'est laisser faire le pire. Samedi il y aura une nouvelle manifestation à Paris, j'irai bien sûr mais est-ce que ça sert à quelque chose, d'autant qu'on est entrain d'exacerber les haines entre ce qu'on appelle des communauté une notion à laquelle je ne crois pas tant il y a des opinions différentes qu'on"appartienne" à l'une ou à l'autre. En fait je n'appartiens à aucune ces communautés.Je suis seulement française et juive. Je vous embrasse.

J'écris avec dans la piece la voix de Stéphane Hessel, dont le propos a une force qui impose l'écoute. Propos de l'homme qui ne peut appeler qu'à un cesser immédiat des interventions Israeliennes. En contact d'heure en heure avec ces amis en Israel et à Gaza, il condame avec eux, avec des personnes comme vous Naruda. Continuez à nous parler pour que tout le monde entende, pour que le monde entende, afin que cesse l'épouvante.

Grand merci pour vos textes, votre présence ligne à ligne. Ce que j'ai lu ici c'est la grand difficulté de rejoindre l'autre, sa complexité, ce qui peut apparaître contradictoire ou même "coupablement" contradictoire, dans le vif des situations, dans l'orage. Mais j'ai lu aussi ce qui peut faire la force : la décision qu'on prend de placer plus haut une voix collective. Peut être qu'on est toujours à négocier entre le niveau personnel, là où on en est, et le choix "raisonnable" de faire avec les autres.

Bonjour et merci du fond du coeur Naruna, Vous êtes en "plein dedans" et cela transpire par tous les mots de votre article. Dans le drame que vous traversez c'est un cadeau que vous nous faites. Conscience, simplicité, exigence, ouverture, volonté de vivre avec l'Autre, chaque seconde de vie chez-vous demande, en ces temps, une force et un courage dont, ici , hélas, nous ne sommes pas mieux pourvu ! Votre propre empathie pour les Gens de Gaza entraîne la notre pour ce qui se passe sur le terrain aussi bien en Israél qu'à Gaza et nous interdit avec intelligence de tomber dans les clichés hbituels qui fabriquent du camp contre camp barbare et remet de la vie et peut-être de l'espoir quand la destruction frappe comme pour ne jamais s'arrêter . G. Miski

Chère Naruna, nous avons tous des drapeaux à remiser pour nous réunir et marcher du même pas. C'est bien comme ça qu'une minorité éparpillée fédère les énergies et se donne peut-être une chance d'être écoutée dans la dignité.

Chère Naruna, Comme je suis sur une liste de courrier, je lis en ce moment des échanges de mails entre amis juifs sur cette guerre. Tous les dialogues - entre ceux qui disent pourquoi il fallait quand même bombarder Gaza, et ceux qui disent qu'ils ont honte d'Israël - témoignent du malaise profond de nombreux juifs aujourd'hui. Comme vous l'exprimez dans votre touchant Billet, ceux qui sont contre la guerre ont peu de latitude pour le dire et aucune liberté de l'exprimer en actes. Il est donc ô combien important que vous, vous le disiez. La triste vérité c’est que dans le consensus médiatique, même les refus sont étouffés…Saviez-vous que 3 soldats de l’armée israélienne ont refusé de servir la guerre qu’Israël mène en ce moment à Gaza ? Nous non plus, on ne savait pas…et sans les listes courriel anarchistes et gauchistes auxquelles nous sommes abonnés, on n’en aurait jamais rien su…. Merci, Naruna, de nous faire partager la complexité des situations humaines, à partir de l'expérience des "vrais gens" qui sont là-bas, et non des caricatures que l'on nous en donne souvent.

J'ai manifesté hier à Montpellier, avec un petit panneau sur lequel était écrit : DES ISRAELIENS SONT ANTI JUIFS (le contraire de juif) TOUS LES JUIFS DEVRAIENT ETRE CONTRE CE GOUVERNEMENT D'ISRAEL C'était un peu trop compliqué, les gens mettant un certain temps à comprendre ; mais les réactions ont été très positives, et aucune négative. Aucun regard de haine envers ce vieux monsieur qui tenait sa pancarte sur le bord de la manif ...ostensiblement juif !

Naruna, depuis le temps que je vous lis: heureuse de voir que tant de personnes se rendent sur votre blog aujourd'hui, malheureuse de voir qu'il faut ça, pour qu'on vous lise..Trois, deux, un , trois et demi: l'histoire se fait avec ces isolés qui disent non, en Israël, et en France, dérisoires d'abord. Essentiels, déjà, et ensuite. Et j'ajoute: je vous lis parce qu'avec vous j'entends des voix diverses, les difficultés, les contradictions, et que cela seul nous fait avancer.

Naruna, merci de nous donner à sentir les choses avec ce sens des nuances, cette empathie et cette rigueur et aussi ce battement du cœur.

Newsletter
Je m'identifie