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Pourquoi l’école est réduite aux «compétences de base»

«Il se dégage, dans toute l’Union, une tendance claire en faveur d’un enseignement et d’un apprentissage axés sur les compétence et d’une démarche fondée sur les acquis de l’apprentissage. Le cadre européen des compétences clés a largement contribué à cette évolution. Dans certains pays, celui-ci a été au cœur de la réforme des politiques éducatives». En écrivant ces lignes dans un rapport de 2009, la Commission européenne exprimait sa très grande satisfaction. Mais les professeurs, les élèves et les parents doivent-ils pareillement se féliciter de l’omniprésence du mot «compétences» dans l’enseignement ?


Le concept de «compétence» et les doctrines pédagogiques qui s’en revendiquent sont soumis à des feux de critique intense au sein même du monde éducatif. Dans les pays où l’approche par compétences a été introduite depuis plusieurs années déjà (Québec, Pays-Bas, Suisse et Belgique francophones, France...) on lui reproche de négliger les connaissances au profit des seuls savoir-faire pratiques, d’induire une plus grande inégalité entre les élèves, de figer les pratiques enseignantes dans des procédures routinières, d’imposer des procédures d’évaluation incessantes et de naturaliser de façon idéaliste une pure abstration : la «capacité de mobiliser des savoirs». Pourtant, malgré ces critiques et comme en témoigne la citation de la Commission européenne ci-dessus, les diverses formes d’enseignement axé sur les compétences (ou de «outcome-based education») continuent de fleurir de par le monde.

C’est que la raison de ce succès ne doit pas être cherchée dans les travaux des sciences de l’éducation ou de la psychologie cognitive, mais plus simplement dans les évolutions du marché du travail et les attentes que les employeurs formulent à l’adresse des systèmes d’enseignement.


Flexibilité et polarisation

La crise mondiale du capitalisme se traduit par une grande instabilité économique et une quête obsessionnelle d’innovation. Il est impossible de prédire quels seront les secteurs ou les produits les plus «porteurs» d’ici quelques années; impossible aussi de savoir à quoi ressembleront les rapports techniques de production dans dix ans. Par conséquent il est vain de prétendre anticiper les connaissances dont les travailleurs devront être dotés demain. Sur cette instabilité de l’environnement économique et technologique vient en outre se greffer une redéfinition de l’organisation du travail : celle-ci ne consiste plus à découper la production en opérations partielles et répétitives confiées, chacune, à un travailleur. Désormais chaque travailleur doit accomplir des tâches variées et donc maîtriser des compétences extrêmement diverses. La seule chose que l’on puisse dire du travailleur futur, c’est qu’il devra être à la fois adaptable et polyvalent. En un mot : flexible.

La deuxième grande évolution du marché du travail concerne les niveaux de formation et de qualification. Le vocable «économie de la connaissance» pourrait faire imaginer une élévation généralisée des niveaux d’instruction requis par le marché du travail. Mais cette vue est absolument trompeuse. En réalité, la plupart des études indiquent plutôt une «polarisation» du marché du travail.

Selon les projections de l’agence européenne CEDEFOP, on observe certes une croissance des emplois à haut niveau de connaissance, comme les managers et les professionnels hautement qualifiés. Mais parallèlement, le nombre de postes dans les «elementary occupations» continue aussi d’augmenter : dans les 25 pays de l’UE, il est passé de 8,6% en 1996 à 10,9% en 2006 et on prévoit 11,8% en 2015. L’idée que le monde du travail tend à se polariser entre Mac-Jobs (par référence à l’ordinateur d’Apple) et Mc-Jobs (par référence à la chaîne de fast food) fait son chemin et dicte désormais les orientations des politiques de formation.

Ainsi l’OCDE estime que «tous n’embrasseront pas une carrière dans le dynamique secteur de la “nouvelle économie” – en fait, la plupart ne le feront pas – de sorte que les programmes scolaires ne peuvent être conçus comme si tous devaient aller loin»

Adapter l’enseignement

La question fondamentale qui se pose aux décideurs de l’enseignement dans les pays capitalistes avancés est donc la suivante : à quoi doivent ressembler les contenus et les pratiques d’éducation, en particulier pour les années d’école qui sont communes pour tous, si l’on veut que celles-ci répondent aux tendances lourdes des marchés du travail ?L’approche par compétences intervient comme un élément importante de réponse à cette question.

Premièrement, elle permet de rapprocher le monde de l’enseignement du monde de l’entreprise. Les élèves rencontreront rapidement les procédures de formation et d’évaluation, les exigences et les attentes qu’ils rencontreront dans le monde professionnel.

Deuxièmement, l’approche par compétences permet, de la maternelle à l’université, de recentrer la formation sur les exigences premières du marché du travail : l’adaptabilité et la mobilité des travailleurs. Grâce à elle, estime Perrenoud, l’élève sera «capable de mobiliser ses acquis scolaires en dehors de l’école, dans des situations diverses, complexes, imprévisibles ».

Enfin, l’approche par compétences résoud la contradiction entre un enseignement largement commun (de l’école maternelle jusqu’à 12, 14 ou 16 ans, selon les pays) et un marché du travail de plus en plus polarisé. Il est désormais superflu et économiquement inadmissible de d’envisager l’instruction de tous les élèves dans le latin, le calcul différentiel, l’histoire de la littérature, tous ces savoirs «gratuits» qui ne sont d’aucune utilité sur le marché du travail. Quant aux savoirs techniques, aux qualifications professionnelles, ils sont trop éphémères, trop vite obsolètes, pour que cela vaille la peine d’encore les enseigner au niveau d’une formation de base. C’est pourquoi, «l’approche par compétences vise à l’intégration de vastes connaissances professionnelles, de coopérations socio-communicatives, d’une pensée orientée vers la résolution de problèmes et de capacités autorégulatrices. Nous nous dirigeons vers des formations de base plus polyvalentes (...) Etre capable d’agir efficacement dans des contextes changeants exige que les processus d’apprentissages partent de situations réelles, de projets concrets».

Les compétences-clé

Par le fait même que leur formulation est extrêmement vague, les compétences permettent de ramener les objectifs de l’enseignement obligatoire à ce qui doit constituer le bagage commun de personnes aux destins professionnels aussi différents qu’un ingénieur et un vendeur de hamburgers. La forme ultime de ce «plus petit commun dénominateur», ce sont les compétences de base que s’attache à promouvoir l’Union européenne : communication dans la langue maternelle, communication dans une ou plusieurs langues étrangères, culture scientifique, technologique et mathématique, alphabétisation numérique (utilisation d’un ordinateur), flexibilité et adaptabilité, esprit d’entreprise...

Telles sont en effet les compétences requises pour tous les emplois, y-compris ceux occupés par des travailleurs réputés sans qualification. Ces derniers doivent pouvoir lire et écrire, effectuer une multiplication et une addition, baragouiner quelques mots d’anglais et de néerlandais, utiliser un traitement de texte, effectuer une recherche sur Google, transférer un fichier sur une clé USB, s’exprimer poliment, faire la conversation aux clients, posséder un permis de conduire et trouver leur route au moyen d’un GPS. On attend aussi d’eux qu’il aient le sens du travail d’équipe, qu’ils soient disponibles le week-end et en soirée, qu’ils sachent se sacrifier à leur entreprise, qu’ils puissent prendre des initiatives quand c’est nécessaire, qu’ils n’en prennent surtout pas quand il ne faut pas, qu’ils soient disciplinés au travail, qu’ils fassent copain-copain avec leur supérieur lors du barbecue de fin d’année et qu’ils y apprennent avec le sourire qu’ils seront virés à la rentrée.

L’approche par compétences, le travail sur des projets de mini-entreprises scolaires et le recentrage sur les compétences de base énumérées ci-dessus doivent transformer les travailleurs «non qualifiés» en ces espèces de «bonnes à tout faire» du marché du travail. Leurs compétences de base éparses, partagées par tous, ne devront pas être reconnues comme telles sur le marché du travail, ni donc valorisées. Actuellement, selon la Commission européenne, 75 millions de travailleurs européens (soit 32%) ne possèdent pas ces compétences de base. Dès lors, ils restent en marge du marché du travail et ne participent pas à la rotation rapide de la main d’œuvre. Si demain le réservoir dans lequel on peut puiser les «travailleurs non qualifiés mais compétents» augmentait de 75 millions d’unités, imaginez les pressions que les employeurs pourraient exercer sur les salaires et les conditions de travail...

Remarquons encore que la formulation des compétences de base ne signifie évidemment pas que personne ne devrait aller au-delà. Une partie importante des futurs travailleurs devra poursuivre des études en vue de l’acquisition de qualifications de haut niveau. Et les élites sociales continueront aussi de s’assurer que leurs propres enfants aient accès à la formation humaniste qui leur offrira la capacité de diriger le monde. Mais cela se fera en partie en dehors de l’école et en partie dans les écoles qui sont, aujourd’hui déjà, réservées aux élites. Là encore, l’approche par compétences prend toute son importance puisque son caractère flou, imprécis, permet justement d’interpréter les mêmes programmes de façon extrêmement variable.

Quelle école voulons nous ?

Au fond, que nous demande-t-on ? D’appauvrir l’enseignement, d’en réduire les objectifs à une demi-douzaine de «compétences de base». Et au nom de quoi ? Des besoins d’un système économique dont la faillite est patente et la fin irrémédiable, quoiqu’imprévisible. La question qui se pose aujourd’hui à l’humanité n’est plus : «l’économie capitaliste a-t-elle un avenir ?». Mais seulement : «par quelles violences, quelles souffrances nous faudra-t-il encore passer pour mettre fin à ce système ?» Et pour l’école, la question pertinente n’est donc pas «de quels savoirs armer les jeunes pour être compétitifs dans cette économie, pour être les plus forts, pour écraser les autres», mais bien : «quels savoirs et quelles valeurs leur seront nécessaires afin de sortir le monde des crises économiques, climatiques, écologiques, énergétiques, alimentaires, sociales, culturelles... qui s’enchaînent avec une force toujours redoublée ? Quels savoirs et quelles valeurs l’éducation doit-elle transmettre — et à qui les transmettre ? — pour accélérer la fin d’un ordre économique et social anarchique et inique, qui conduit l’humanité à la ruine ?». La réponse à cette question-là réside beaucoup moins dans la quête de compétence que dans la fusion d’une solide formation générale et polytechnique et d’une éducation aux valeurs d’ouverture, de solidarité et de réflexion critique.

 

Une version nettement plus développée de cet article est disponible sur le site de l'Appel pour une école démocratique sous le titre : L'approche par compétences, une mystification pédagogique

Tous les commentaires

24/02/2010, 22:01 | Par Yakasurfer

Merci Nico,

Comme tu le sais à SUD Education Manche, tes écrits et commentaires font toujours partie de nos réflexions sur Quelle école pour demain ?

Encore un texte que je publierai avec ta permission sur notre site internet.

25/02/2010, 11:21 | Par Nico Hirtt en réponse au commentaire de Yakasurfer le 24/02/2010 à 22:01

Permission accordé, bien sûr.

24/02/2010, 22:43 | Par jlcassel

Merci pour cette analyse éclairante et utile.

25/02/2010, 00:51 | Par Liliane Baie

Très intéressante analyse sur cette question des "compétences" qui recoupe ma propre réflexion sur le passage progressif, dans l'enseignement, du projet de l'acquisition d'un savoir à celui de l'acquisition d'un savoir-faire.

Ainsi, je trouve qu'actuellement un enfant qui montre qu'il a compris un mécanisme étudié mais qui ne parvient pas à rendre un résultat convenable est davantage considéré comme étant en échec qu'un autre qui reproduit des procédures répétées en classe sans les comprendre, mais sans erreur ( on trouve une description détaillée, avec de nombreux exemples de ces principes appliqués aux mathématiques dans l'ouvrage "Si 7 = 0 : Quelles mathématiques pour l'école ? " de Stella Baruk, chez Odile Jacob, 2004).

Je considère que la prédominance, à l'école comme dans le milieu du travail, des évaluations standardisées, participe de cette confusion, et la favorise. Faudrait-il envisager que, progressivement, les décideurs aient mis en place un système conditionnant les enfants à appliquer sans comprendre ?

En effet les apprentissages semblent surtout, et de plus en plus, centrés sur l'intégration de séquences présentées de façon descriptive sans recherche de compréhension ou d'analyse. Cela se voit en français, en mathématiques, en histoire... Même dans l'étude des langues étrangères, la compréhension de la structure de la langue a tendance à s'effacer au profit d'une répétition de formules répétées en classe. Quant à ce que peut apporter l'exercice répété de la rédaction au niveau de la mise en forme de la pensée, de la capacité à l'illustrer de références, de la nécessité d'envisager des contre-exemples et des points de vue opposés, cela est souvent balayé par la disparition parfois presque complète de l'exercice. C'est toute la formation à l'exercice d'une pensée critique qui a tendance à évoluer vers une disparition progressive ( je parle davantage ici des programmes que des pratiques des enseignants qui font comme ils peuvent pour faire coincider le plus possible leur vocation pédagogique avec ce qui leur est demandé).

Je crains que cela n'aille, comme le suggère Nico Hirtt, dans le sens de l'école considérée, non comme le lieu de transmission du savoir des hommes, mais comme celui de la formation, voire du formatage, des travailleurs de demain. Sachant, qu'effectivement, les élites vont pouvoir trouver, elles, pour leurs enfants, les établissements, ou les répétiteurs, qui sauront leur donner les éléments qui leur permettront d'avoir une pensée libre, née d'un savoir et d'une culture historique, et d'une formation à l'esprit critique. Or, c'est cette pensée libre qui seule permet de conduire son propre destin et de réfléchir au destin des hommes.

25/02/2010, 01:27 | Par JoHa

Cher Nico,

J'ai particulièrement apprécié ce paragraphe d'une ironie sombre :

" Telles sont en effet les compétences requises pour tous les emplois,
y compris ceux occupés par des travailleurs réputés sans qualification.
Ces derniers doivent pouvoir lire et écrire, effectuer une
multiplication et une addition, baragouiner quelques mots d’anglais et
de néerlandais, utiliser un traitement de texte, effectuer une
recherche sur Google, transférer un fichier sur une clé USB, s’exprimer
poliment, faire la conversation aux clients, posséder un permis de
conduire et trouver leur route au moyen d’un GPS. On attend aussi d’eux
qu’il aient le sens du travail d’équipe, qu’ils soient disponibles le
week-end et en soirée, qu’ils sachent se sacrifier à leur entreprise,
qu’ils puissent prendre des initiatives quand c’est nécessaire, qu’ils
n’en prennent surtout pas quand il ne faut pas, qu’ils soient
disciplinés au travail, qu’ils fassent copain-copain avec leur
supérieur lors du barbecue de fin d’année et qu’ils y apprennent avec
le sourire qu’ils seront virés à la rentrée. "

 

Un petit bémol quand tu dis que la raison de ce succès ne doit pas être cherchée dans les travaux (...) de la psychologie cognitive.

La montée de la psychologie cognitivo-comportementale aux USA puis au Japon est contemporaine et homogène à la Total Quality (normes ISO en Europe) de toute la chaîne de production du produit à vendre. Elle est homogène au libéralisme effréné par ses approches dites d'évaluation, lesquelles sont constituées de grilles chiffrées. C'est à l'U.Lg., très orientée par les cognitivo-comportementalistes, que j'ai entendu pour la première fois l'existence de cette nouvelle branche de la psychologie : la psychologie de la sélection ! Les TCC seules n'auraient peut-être pas pu obtenir un tel succès mais avec l'alliance qu'elles ont formé - notamment avec le monde de l'entreprise pharmaceutique mais aussi avec les mécanismes de contrôle sécuritaire dans nos sociétés -, elles ont d'autant plus le vent en poupe que l'emploi est promis aux psychologues qui choisissent cette orientation vivement conseillée.

 

C'est ainsi que les enfants en difficulté scolaire - cela commence par l'évaluation de leur comportement, de leur 'savoir-être' comme on dit maintenant, et ce dès la maternelle - se voient de plus en plus accompagnés de chiffres abscons, n'ayant que peu ou pas de valeur scientifique.

Comme je l'écrivais récemment dans un commentaire sous un billet psy : Cela tue la qualité de la vie en substituant à celle-ci la quantité -
autant en "socle" de compétences
scolaires, autant en QI, autant en bilan logo, autant en bilan psychomoteur, tel chiffre au DSM et tel
autre à la CIM10... Cela devient du harcèlement chiffré. Les enfants
sont évalués sous toutes les coutures, (sans compter les bilans neuro
et génétiques maintenant). Pendant qu'on les évalue puis rééduque, on
ne leur donne pas la parole : ils sont de plus en plus nombreux à avoir
des idées suicidaires dès l'âge de latence, quand ils ne passent pas
aux actes (accidents inopinés, etc.)

Et quand ils rentrent à la maison, reste le sport pour apprendre à se défouler de la bonne façon - mens sana in corpore sano - puis les petites 'consoles' de jeux pour se vider la tête des questions sur la vie, voire parfois les idées noires.

 

A quand les bébés ISO ?

 

Post-scriptum : les chiffres en début de commentaire tiennent au fait que j'ai enregistré ce commentaire il y a une heure car le site était en dérangement au moment de poster !

25/02/2010, 12:17 | Par Liliane Baie

Je pense, comme JoHa, que le developpement de l'aspect comportemental dans l'abord psychologique, quand il devient l'abord exclusif, va dans le sens de cette évolution. Il n'est plus question alors d'aborder un signe présenté par l'enfant comme un élément à intégrer dans son histoire singulière et qui ne revet un caractère inquiétant que s'il correspond à une souffrance ou un blocage de son developpement, mais de considérer que tout écart de comportement à la moyenne est pathologique. Dans ce cas-là, l'aspect descriptif du signe, vu d'emblée comme symptôme de maladie ou d'anormalité, prime sur la compréhension de celui-ci.

Ainsi, si le fait qu'un enfant soit agité représente quelque chose de dérangeant pour une classe, c'est cependant souvent moins inquiétant que d'autres signes, plus discrets et moins génants, qui, faute d'être entendus, révèleront plus tard le problème qui se développait à bas bruit. Mais ces signes ne peuvent pas, en général, apparaitre sur des échelles d'évaluation : pour entendre il ne faut pas observer et compter, mais écouter et comprendre.

25/02/2010, 13:35 | Par Thierry T. d'Ouville

Dans certaines approches de la compétence (Le Boterf) on trouve la notion de ressources beaucoup plus intéressante et correspondant mieux à ce que l'école (et les parents) devraient transmettre : connaissances générales, savoir-faire relationnels, cognitifs et expérentiel, aptitudes et qualités...A condition de sortir de ce jargon très Ressources Humaines.

25/02/2010, 14:43 | Par Nico Hirtt en réponse au commentaire de Thierry T. d'Ouville le 25/02/2010 à 13:35

Oui, mais le même Le Boterf écrit : « la compétence ne réside pas dans les ressources (connaissances, capacités,…) à mobiliser, mais dans la mobilisation même de ces ressources. La compétence est de l’ordre du “savoir mobiliser” »

En d'autres mots, Le Boterf confirme que l'objectif de l'enseignement (dans une approche centrée sur les compétences) n'est pas de transmettre (faire découvrir, faire reconstruire, faire comprendre) les ressources dont question mais uniquement de s'en servir comme instrument pour développer des compétences, entendues comme capacités de se servir de cesoutils.

25/02/2010, 15:13 | Par Thierry T. d'Ouville en réponse au commentaire de Nico Hirtt le 25/02/2010 à 14:43

Rien n'empêche de détourner Le Boterf est de centrer l'enseignement sur l'acquisition des ressources, et non des compétences.

25/02/2010, 16:23 | Par Nico Hirtt en réponse au commentaire de Thierry T. d'Ouville le 25/02/2010 à 15:13

Tout à fait d'accord. Mais alors on ne se situe évidemment plus dans l'approche par compétences.

28/02/2010, 23:29 | Par maus KNOCKOUT

Ce mouvement général visant à introduire les référentiels de compétences pose un gros problème : le mot compétence est traité à toutes les sauces, et recouvre selon les contextes des choses extrêmement différentes, du point de vue des stratégies ’enseignement à mettre en oeuvre, comme du point de vue des évaluations. Ces «écarts de sens» sont visibles dans le socle, comme dans le livret de compétences.

"Ne laissons pas la notion de compétence aux employeurs. La compétence vient du monde judiciaire, c’est ce sur quoi on est en droit de juger… La savoir, c’est une compétence."

01/03/2010, 00:59 | Par JoHa en réponse au commentaire de maus KNOCKOUT le 28/02/2010 à 23:29

@ maus,

 

Compétence, nouveau must parmi les maîtres-mots nouveaux traités à toutes les sauces : qu'est-ce ça signifie ?

Le savoir est-il une compétence ? Il me semble qu'il y a de la marge car le savoir varie selon les lieux où on le place dans les discours - désiré ou pas ? valorisé ou pas ?

Vous dites que "la compétence vient du monde judiciaire". Au cas où vous repasseriez par ce billet, pourriez-vous en dire plus à ce sujet ? Cela m'intéresse.

Vous dites aussi qu'il ne faut pas laisser cette notion aux employeurs. Vous pouvez expliquer pour les lecteurs lambda ? Je pourrais éventuellement disserter à ce sujet mais vous, qu'est-ce que vous voulez dire à ce sujet ?

 

02/03/2010, 10:19 | Par maus KNOCKOUT en réponse au commentaire de JoHa le 01/03/2010 à 00:59

pas d'énoncé de compétence sans préciser le contexte où elle s'exerce.
Beaucoup de descripteurs font l'impasse sur le contexte.
pas le temps de developper en ce moment. A plus tard. Cordialement.

 

09/02/2011, 18:27 | Par ithchio

Votre analyse est séduisante. Sur le fond, vous avez assurément raison. Le savoir est une marchandise comme les autres, c'est ce que l'on voudrait. Par contre pour ce qui est du livret de compétences que l'on tente d'imposer en France, je pense que c'est encore plus tordu que cela. Pour moi, le principal but est de délégitimer les notes. D'ailleurs en parrallèle on nous refait le coup de l'abolition de la notation traditionnelle au prétexte que nos chers écoliers seraient stressés. Mais de qui se fout-on ? Allez interroger les profs de collège dont je fais partie. De quel stress ( scolaire ) parle-t-on ? Un élève sur deux en France est tellement abruti par la société que nos élites ploutocratiques ont mis en place qu'il ne ressent aucun stress à l'école. Combien d'élèves ne font plus leurs devoirs, combien ne rendent plus les rédactions, même avec un mois de retard. Pense-t-on réellement que le fait de sortir une notation parralléle stressera ces élèves dont je parle ? Pour les autres, les notes suffisent. Vivant dans un environnement sain ( je parle en premier lieu de la famille ) ils ressenmblent aux élèves que nous étions. Ils feront partie des scribes. Je pense, au contraire de vous, que ce livret de compétences qui s'appuie sur les thèses pédagogistes ( qui signifient en bonne novlangue l'inverse de ce qu'elles annoncent ) est une cartouche de plus pour d'une part : occuper ces cons de profs qui sont tellement cons qu'ils ne savent même plus pourquoi ils donnent des devoirs et d'autre part : couper la société en deux, ce qui est déjà le cas d'ailleurs. Alors revenons au fait le plus criticable de l'EN qui s'appuie depuis maintenant fort longtemps sur les thèses pédagogistes annoncées comme de gauche, voire d'extrême gauche mais qui sont pour tous ceux qui regardent les effets et non pas les intentions de la plus pure veine libérale. Un enfant sur deux en France ne maîtrise pas sa propre langue. Les cours en primaire ( IUFM oblige ) empêchent les enfants de catégorie socio-professionnelle défavorisée d'accéder à la condition de scribe. Toutsous les ceci a été confectionné discours les plus à gauche, ce qui est une blague totale. PISA ne dit pas mieux d'ailleurs. Allez voir, c'est écrit noir sur blanc.

Les profs n'ont plus aucun pouvoir dans leur classe. Si 4 élèves décident de foutre le bordel, il n' y a rien à faire. On ne peut pas les exclure de la salle. Les parents contestent la parole des enseignants. On ne met plus de sanctions négatives sur le bulletin. Il faut positiver. Un résultat faux peut rapporter des points. Les élèves arrivent en classe sans feuille, sans stylos. Certains n'ont jamais appris une seule leçon en arrivant en sixième depuis qu'ils ont quitté le CP. Un élève sur 4 sait conjuguer les verbes de sa propre langue. Merci qui ? Premièrement, la société hystérico-marchande qui fait qu'un enfant de 10 ans a bien d'autres choses à faire en rentrant chez lui que d'ouvrir son cahier ( cela avalisé par les pédagogistes : ils ne font plus leurs devoirs ? - Supprimons les devoirs ). Deuxièmement les parents qui eux aussi sont trop occupés à assouvir leur propre plaisir de consommation pour s'intéresser à l'avenir de leur progéniture et/ou qui sont complètement déconnectés de la réalité. Troisièmement, nos amis les pédagogistes qui sont alors responsables de l'état de la langue, de l'apprentissage des savoirs, du par-coeur, de toutes leurs thèses fumeuses qui ont permis d'ôter 900 heures de français du CP à la Seconde. Quatrièmement, il faut régenter les troupes. Après avoir fait passer aux enseignants l'épreuve de la lobotomie, ôtons-leur la seule chose qui leur reste : celle de mesurer le niveau des élèves. Bien sûr que la note n'est pas un graal. Elle doit servir à l'élève à se repérer dans l'acquisition des savoirs. Mais je vous le répète, nombre d'élèves n'en ont rien à carrer d'avoir des zéros. Ils n'ont plus le temps de cerveau disponible. Mais il faut absolument arriver à faire taire ce grand corps enseignant, car vous savez quoi ? Il y en a encore qui ont gardé leur cerveau intact et qui continuent à essayer de faire acquérir à leurs élèves de vraies connaissances. J'espère faire partie de ceux-là, mais je vous rassure, dans les collèges à population défavorisée, cela est devenu en partie impossible. Un élève qui en entrant en 6ème ne sait pas conjuguer ETRE et AVOIR au présent n'a absolument aucune chance de conjuguer un verbe à l'indicatif en 3ème. ( Avant de réagir à cela, renseignez-vous ). A n'importe quel temps de l'indicatif. Donc il ne saura jamais écrire. La seule question que l'on devrait poser est celle-là : Qu'enseigne-t-on à l'école primaire et comment le fait-on ? Pour un élève qui dès le CP trébuche, ne serait-il pas judicieux de doubler les cours de français et de math, plutôt que de l'emmener faire du vélo ? Combien de temps cela va-t-il encore durer ? Par pitié, dans vos commentaires , arrêtez de parler de l'école que vous avez connue, elle n'existe plus ! ( Ele subsiste dans quelques bourgades ou dans le privé ). Pourquoi les responsables de cet effrondrement ont gagné ? Parce que c'est le peuple cultivé lui-même qui a intégré les schémas de pensée du pégagogisme ( qui est un néolibéralisme comme un autre, je parle du pédagogisme appliqué dans l'EN ). Les profs sont des cons. Aucun respect ni des élèves ni de leurs parents, plus aucun silence possible dans une classe. C'est fini, ça c'est l'école d'antan. Pas besoin du livret de compétences pour que l'école devienne libérale. Elle l'est depuis que l'on a créé les IUFM et que progressivement on a retiré tous les pouvoirs des mains des enseignants ( dont autrefois certains abusaient certes ). La plus grande connerie que j'ai jamais entendue, c'est cette fameuse "constante macabre" ( qui vient des USA ) qui dit qu'un prof , c'est tellement con que dans son logiciel de pensée, il ne peut pas mettre une bonne note à toute une classe, car il lui faudrait pavloviennement lui-même instituer l'échec scolaire. Donc il fabriquera un tiers d'élèves mauvais. Quelle connerie. C'est exactement l'inverse qui se passe aujourd'hui : Les profs n'osent plus mettre les notes qu'ils mettaient il y a encore quelque temps. Au conseil de classe, les profs ont peur d'être mal vus par leur direction. Donc quelque soit la classe, on a tendance inconsciemment ( ou pas ) à gonfler les notes pour que la moyenne générale ne soit pas trop pourrie. Arrêtons, je vous en supplie, de dire que nos enfants sont stressés et qu'ils seraient soumis à des tests toute l'année. C'est totalement faux. Les quelques tests qu'ils font maintenant en CE2 et en CM2 ne servent à rien ! Que sont devenus les tests que l'on faisait passer en 6ème. A quoi ont-ils servi ? Ils étaient incompréhensibles dans ce qu'ils devaient diagnostiquer. C'est de la poudre aux yeux. Il n' y a que le prof à être stressé dans certaines classes. Pourquoi ? Parce qu'il est le seul à savoir que ce qui se passe n'est pas normal. Que ces élèves qu'il a devant lui en 4ème et qui n'ont même pas un niveau moyen de CM2 ( niveau qui ne veut plus rien dire aujourd-hui ) bientôt seront des électeurs.

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