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François Baroin et le financement des mosquées en France.

Ne nous voilons pas la face au sujet des mosquées.

Aujourd'hui, les maires sont les premiers constructeurs de mosquées.

 

Le financement des mosquées soulève bien entendu une polémique qui risque d'enfler. Dans mon esprit notre état ne pouvait pas légalement financer ces constructions étant donné la Loi de 1905. J'ai donc fait ma petite enquête, afin d'avoir des données précises, et je vous la soumets.

Je dois dire que j 'ai été très surprise, non pas que je sois contre, mais je ne pensais pas trouver cela et je me dis que c'est peut-être la raison pour laquelle notre président veut un débat sur l'Islam, afin de clarifier tout simplement ce qui existe.

(photo Laban-Mattei/AFP).

 

 

La construction d'un lieu de culte pour les musulmans peut être financé à 30% par les pouvoirs publics.

A Créteil, en 2008 une mosquée cathédrale a été inaugurée. Coût 5 millions d'euros. Le député-maire a soutenu le projet par la signature d'un bail emphytéotique pour le terrain, une aide à la construction de 1 million et une subvention annuelle de 100,000 euros (officiellement dirigée vers les activités culturelles).

Ceci s'est fait sans infraction à la loi de 1905 qui dit que la « République ne reconnaît, ni ne subventionne aucun culte ». (même procédé que pour les subventions attribuées aux écoles privées catholiques ou autres, la rémunération des prêtres catholiques en Alsace et Moselle. Egalement en Guyane Française : budget de 800.000 euros du Conseil Général pour la rémunération et frais annexes de 27 prêtres).

Les églises catholiques construites avant 1905 sont à la charge des communes qui en sont propriétaires, en ce qui concerne l'entretien et la restauration avec des aides de l'Etat.

 

 

Il y a actuellement en France(La Croix) :

  • entre 1500 et 1800 mosquées, salles de prière et foyers avec en fait quelques dizaines de vraies mosquées.(insuffisant pour le nombre de musulmans).

  • 45,000 à 60,000 églises catholiques dont 2,000 construites durant les 30 dernières années

  • 3,000 lieux de cultes protestants

  • (moins de 200 synagogues : juste pour info car cela n'entre pas dans le cadre).

     

Les projets de construction de mosquées se multiplient.

Pourquoi, nos élus de tout bord et de tout niveau depuis environ 5 ans sont-ils favorables et aident-ils au financement de la construction et du fonctionnement d'une mosquée ?

  • par intérêt électoral (dans des scrutins serrés). Il est difficile de chiffrer le nombre de personnes françaises ou pas de religion musulmane. (C'est un critère qui est interdit lors des recensements). Selon les sources entre 5 et 10 millions de personnes sont musulmanes ; attention cela ne veut pas dire arabes. (33% se déclarant pratiquants). Les musulmans ne sont pas tous maghrébins, et tous les Maghrébins ne sont pas musulmans. Les français et non-français d'origine étrangère comme les Turcs, Pakistanais, Afgans, Iraniens, Sénégalais, Mauritaniens, Maliens, Indonésiens, Bangladeshis sont en majorité musulmans sans être arabes. (pour comparaison : 2/3 des français sont catholiques d'après la Croix soit environ 40,000,000 - recensement des baptisés catholiques j'imagine)

 

  • par volonté de contrôler d'où vient le financement (Ainsi l'Arabie Saoudite a vu certains de ses fonds bloqués par un organisme dépendant du Ministère de l'Economie qui surveille les flux financiers. Les fonds étrangers représenteraient toujours 50 %.

  • pour améliorer la sécurité et le bien-être des habitants. Plus l'Islam s'officialise, plus il est modéré confirment les policiers. Les dispositifs s'affinent par ailleurs, et les mairies utilisent les activités culturelles de la mosquée.

 

Monsieur Baroin, ministre du Budget, propose une résolution parlementaire détaillant : « le cadre technique et juridique pour permettre aux communes de taille importante, nécessitant logiquement des lieux de culte, de disposer de règles claires en matière immobilière", pour construire des mosquées, à la demande de Nicolas Sakorzy afin de réafirmer « les principes de la République et la laïcité ».

M. Baroin précise que cette résolution -"et la gauche pourrait l'accepter"- "créerait une pression vertueuse sur les mairies réticentes à libérer un terrain, et préciserait les modalités de signature des baux".

"Elle formaliserait également le principe d'un code de la laïcité applicable et utile pour tous les services publics français - hôpitaux, cantines scolaires, équipements sportifs par exemple", a-t-il conclu. (ceci par rapport au port du voile semble-t-il : Le recteur de la Grande Mosquée de Paris s'est déclaré favorable à une résolution parlementaire pour contrer le port du voile intégral en France, question qui fait actuellement débat dans la classe politique et l'objet d'une mission parlementaire.

Monsieur Baroin dit qu'il n'est pas question de modifier la loi de 1905, ajoutant que Le gouvernement n'envisage pas de financer la construction des mosquées en France, clarifiant les intentions de l'exécutif après des propos contraires d'un membre du gouvernement. Sans que l'Etat finance directement la construction des mosquées, il pourrait la favoriser en défiscalisant les dons des fidèles, a-t-il dit, soulignant que cela permettrait également de garantir la traçabilité des fonds.

Sources Le Figaro, La Croix, Le Monde, France soir, internet (photo Laban-Mattei/AFP).

 

 

 

Personnellement, si c'est cela le fond du débat sur l'Islam qui est envisagé, j'aimerais qu'il soit présenté clairement, sans faux-fuyant (Mr Baroin n'est pas clair dans ses explications).

La réaction première pour nombre de français va être : on ne touche pas à la laïcité.

Si on brandit le drapeau de la laïcité comme arme absolue, il ne faudra pas occulter ce qui se passe pour les églises et écoles catholiques.

Finalement, dans ce cas, ce ne serait pas un débat sur l'Islam mais plutôt sur :

la laïcité peut-elle intégrer nos différentes cultures religieuses et traditions et comment ?

Par contre un tel débat pour notre président serait moins porteur de voix.

 

Tous les commentaires

13/03/2011, 10:12 | Par La Louve ἄλφα

je me permets de reproduire ce commentaire de Max Angel sur un autre fil.

Le débat sur la laïcité a eu lieu avant le vote de la loi de 1905 qui a donné à la France un moyen de mettre un terme, (relatif) à l'hégémonie de la pensée catholique, à consolider la République, à permettre aux citoyens de toutes croyances de vivre ensemble en se respectant, et en donnant aux lois républicaines la priorité sur celles des religions qui relèvent de l'intime, de la conviction personnelle, du choix en son âme et conscience.

Il n'y a aucune raison pour que ces principes fondamentaux soient rediscutés aujourd'hui, sous le fallacieux prétexte que nos concitoyens de religion musulmane sont en plus grand nombre que jadis, mais sont des citoyens français, donc partisans de la laïcité qui leur garantit le libre exercice de leur religion.

Seuls, les pratiquants extrémistes des différentes religions posent des problèmes à l'ensemble de la société, par leur tenue carnavalesque, leurs pratiques ostentatoires, leurs défilés et leur volonté de remettre en question la loi de 1905 afin que les lois de leur religion prétendument révélée s'imposent à tous.

C'est aux différentes religions concernées de traiter le problème, et à l'Etat, si besoin est, de les aider en ne déviant pas d'un pouce de l'esprit de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat.

Point final.

Il est vrai que pendant que l'on perd notre temps à discourir sur ce sujet, l'on ne parle point de cette malédiction propre à notre Conducator et Chanoine de Latran qui transforme en boue putride tout ce qu'il touche.

13/03/2011 09:53Par Max Angel

13/03/2011, 17:31 | Par La Louve ἄλφα

mon commentaire sur billet de JPYLG dont le titre est :

Observatoire chrétien de la laïcité, racines chrétiennes de la France, un détail oublié.En tant qu'ancienne secrétaire générale de mairie, j'ai toujours vu voté dans ma commune, lors de l'établissement des budgets primitifs ou complémentaires, des subventions pour le fonctionnement des écoles privées et autres associations cultuelles, sans que cela ne soulève de vrais polémiques. Dans les grosses communes, les budgets sont tellement "embrouillés", "rationalisés" et "travestis" qu'il est parfois difficile de savoir où vont les fonds votés dans le domaine des subventions.

Pour ajouter à ces échanges, quelques exemples divers soulignant la complexité du problème (il semble que ce débat va ouvir la jarre de Pandore) :

1) construction d'une nouvelle église catholique 1991/1994, ouverte en 1995, inaugurée en 1997 : Cathédrale de la Résurrection d'Evry.

financement évalué à 90 millions de francs. Financement du ministère de la culture de 13 millions pour un centre d'art inclus dans le bâtiment. Le reste du financement : mécenat d'entreprises et dons faits par 400.000 fidèles. (?)

2) Une mosquée a été construite à peu près à la même époque près de cette cathédrale. (financement : donateurs privés et institutionnels > Fondation Hassan II et peut-être Arabie Saoudite)

3) Inaugurée en 2008 : Pagode Khanh-Anh (bouddhiste, vietnamienne) coût estimé près de 8 millions - financement principal la communauté bouddhiste de Bagneux.

4) La grande mosquée de Strasbourg :

2006 : le conseil municipal de Strasbourg vote une subvention de 610 000 euros (?) pour
financer la construction de la mosquée.

Pour mémoire, les subventions accordées par la Ville, qui a également cédé le
terrain, le conseil général et le conseil régional, couvrent respectivement 10
et 8 % du montant initial

 

5) département de la Guyane : 27 prêtres sont payés par le conseil général de ce département (budget de 800.000 euros fonds publics). La Martinique, la Guadeloupe et la Réunion sont soumises à la loi 1905.

Alsace-Moselle : les prêtres sont payés par l'état.

(donc encore une fois :

La question serait donc : La loi 1905 peut-elle intégrer les traditions/identités confessionnelles et comment ?)

(comme sont intégrées les traditions culturelles en France)

13/03/2011, 18:01 | Par jean_paul_yves_le_goff

.

Merci, Nihile, pour toutes ces précisions ; toutefois, comme je le dis sur l'autre fil, je crains que l'on mélange beaucoup de questions, alors que le problème pourrait être de vouloir démêler l'écheveau.

.

jpylg

14/03/2011, 12:06 | Par La Louve ἄλφα

JPYLG

Je pense que tant que nous n'aurons pas le courage de redéfinir ce qu'est la laïcité, nous ne pourrons pas avancer.

Ce mot est utilisé à toutes les sauces et permet de cacher bien d'autres mots.

14/03/2011, 12:28 | Par La Louve ἄλφα

1-Qu'est-ce que la laïcité : la réponse est simple et facile.

2-Etes-vous pour la laïcité : idem

Alors pourquoi avons nous besoin de parler de laïcité et d'Islam ?? On ne devrait pas avoir à inventer un débat puisque le 1 et le 2 sont si clairs.

Et pourtant, là il y a une dérive qui doit être expliquée. Et si l'on commence à expliquer, il faut aller jusqu'au bout.

Jusqu'au bout des raisons qui font que certains veulent un débat (relativement facile aussi)

Jusqu'au bout de la redéfinition de la laïcité :

la loi de 1905 a été modifiée/assouplie par différentes lois plus récentes (voir les lois de financement en faveur de l'école privée qui ont sapé le principe constitutionnel et notamment la loi Debré 32/12/1959 qui a introduit le dualisme scolaire, loi Rocard, accords lang-Cloupet et la loi Carle votée en 2009 !).

Alors si on s'appuie sur la loi 1905, et qu'on ne veut pas la modifier, il faut considérer les différents assouplissements fait par la loi depuis plus d'un siècle, et étudier la jurisprudence dans ce domaine.

14/03/2011, 12:58 | Par samines

Bonjour NIHILE

1-Qu'est-ce que la laïcité : la réponse est simple et facile.

Ah ?

Cela ne m'apparaït pourtant pas clairement, sauf à penser que la laïcité n'est qu'une absence d'autre chose. Mais ce serait réduire les athées et agnostiques à des gens de "mauvaise Foi".

En théorie, certes, la laïcité suggère l'absence d'intervention du religieux (au sens religions officielles) dans l'exercice politique. Votre Billet témoigne que ce n'est aujourd'hui pas le cas en France.

Comment déconnecter explicitement deux façons d'agir sur la conduite de la Cité ? Le politique et le Religieux ne peuvent que s'affronter ou négocier, donc s'entremêler de toute façon.

Et puis l'exercice du Politique est-il si éloigné que cela des pratiques du Religieux ?

Initialement (moyen-âge) destinée à conjurer les épidémies (Peste) à l'échelle de chaque village, la procession de la Sanch (Pyrénées-Orientales) est un "témoignage" chrétien que l'Eglise catholique a vainement tenté d'interdire au cours de siècles, en Catalogne. Aujourd'hui, c'est une manifestation soutenue (dans tous les sens du terme) par la Mairie de Perpignan.

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Alors voyons :

Est-ce un évènement traditionnel aux conotations religieuses mais mis en scène dans un cadre laïc ?

Est-ce une survivance de croyances religieuses intemporelles ?

Est-ce le culte d'une Foi hérétique ?

Est-ce un évènement touristique sans incidence politique ?

Est-ce un peu de tout çà ?

14/03/2011, 16:59 | Par La Louve ἄλφα

Quand on parle de laïcité dans le cadre de ce débat envisagé, les réactions sont les suivantes en général :

loi 1905 séparation de l'église et de l'état ; donc cela paraît simple dans son application. Et si l'on ne veut pas approfondir la question ou si on veut s'en servir comme argument définitif, c'est pratique. Fin de la discussion pour beaucoup.

En fait ce questionnement menait ainsi que le point 2 vers : alors, pourquoi avons nous besoin........

(Merci de me dire que cette photo n'a pas été prise en France ?! pour me rassurer)

voir billet : la laïcité racontée aux nuls.

 

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