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Jonathan Nossiter et le cinéma naturel, esquisse d'une nouvelle émotion ...

 

Giovanna Tiezzi (gauche), Valeria Bochi (centre), Corrado Dottori (droite) dans "Résistance Naturelle" de Jonathan Nossiter

Cet été, sous le soleil d’Italie, attablé avec des amis vignerons1 et son ami Gian Luca Farinelli2autour de bouteilles de vins naturels, Jonathan Nossiter, avec l’aide de Paula Prandini, a tourné un film, presque spontanément, pour explorer in situ la manière dont les vignerons résistants pourraient dialoguer avec le cinéma. Ils étaient réunis pour parler d’un projet commun, prévu à la cinémathèque de Bologne, et défendre leurs positions vis-à-vis de la DOC (Denominazion di origine controllata – AOC). Norme administrative qui fait qu’aujourd’hui, par exemple, un Chianti de Giovanna Tiezzi et Stefano Borsa, réalisé selon la tradition toscane, dans le Chianti, à partir des cépages historiques, ne peut plus s’appeler Chianti …

La conversation allait des anecdotes comiques racontant l’absurdité des normes industrielles appliquées à des produits du terroir à des considérations plus profondes sur le rapport des hommes à l’humus, à l’histoire des lieux et à l’éthique artisanale du geste créatif… Gian Luca Farinelli, lui, de son côté, parlait de la restauration indispensable, mais pas nostalgique, des films anciens, du rapport complexe entre la tradition et l’avant-garde, de l’importance de la salle pour redonner sa fonction (sociale) au film. Il était présent parce que la cinémathèque de Bologne doit accueillir prochainement des journées de l’illégalité où des artisans de divers domaines doivent venir présenter leurs produits traditionnels et naturels, déclarés hors normes par les instances officielles… une forme de résistance conjointe des artisans de la culture en faveur des goûts sauvés. Après ces rencontres collégiales, Jonathan Nossiter et Paula Prandini, accompagnés de leurs enfants et de leur chien3, ont rendu visite à chacun des vignerons, dans leur vigne, pour des portraits plus précis, plus investigateurs, en conservant la relation vivante que leur caméra commune, allègre et fouilleuse, jouant avec les objets et les angles, gourmande de vie organique, avait déjà entretenu avec les êtres qu’ils filment dans leur monde… Cela donne des moments d’une grande minéralité visuelle, à la lumière naturelle du mois d’août, où la chimie des hommes et celle de la terre se donnent à voir, au naturel. Personne ne semble savoir qu’un film se tourne, les plans font partie de la conversation, on est devant un geste naturel, organiquement lié au moment, la caméra vient souligner le lyrisme et les gestes des uns et des autres, sans autre intention, semble-t-il, de rendre un film possible. Il s’agit de cultiver l’instant dans le champ du visible, comme un cep aux courbes incertaines, comme les doigts aériens des femmes de Botticcelli. Recours à la caméra comme un outil qui travaille sa terre ; la vie prise au dépourvu.

Le film4, fait avec les moyens du bord, qui en est sorti, a été “assemblé” en toute liberté, dans un esprit expérimental qu’ont pu apercevoir des goûteurs amis à qui Nossiter a fait tester quelques assemblages, lors de projections ponctuelles de son work in progress. Le cinéaste a recueilli des extraits de films, sur internet ou ailleurs, selon les pratiques culturelles actuelles, et il les a glissés au montage entre les paroles de ses amis devenus les personnages de son film -de leur film.  Sortes de contrechamps ou de parerga talmudiques, à déchiffrer au fil du film, ces extraits viennent à la fois honorer un cinéma anticonformiste aux goûts variés, et offrir, parfois, des contre exemples ironiques … jamais clairement lisibles au premier coup d’oeil, comme des vins naturels qui surprennent le goût, ils émancipent les palais curieux de leurs propres ressources, ils viennent troubler le jeu clair du cinéma engagé et ouvrent certainement sur une voie qu’il conviendra peut-être au cinéaste de suivre à l’avenir… une enquête sur le cinéma indépendant… C’est en tout cas ce que laisse penser les bases qu’il a jetées, en plusieurs langues, dans Internazionale (italien), dans Libération (français) et Globo (portugais brésilien),  pour un manifeste appelant à un cinéma artisanal qu’on pourrait appeler, en hommage à son inspiration initiale, un cinéma naturel …

Au-delà des analogies poétiques, l’exemple des vignerons naturels propose en effet un modèle éthique et économique viable pour des entreprises artisanales collectives qui feraient un double deuil ; celui de l’illusion de l’Art dans sa version romantique individualiste où règne le mythe du génie créateur,5 et celui de l’illusion du goût universel, martingale commerciale que devrait découvrir le “bon” produit de l’industrie culturelle. Les modèles du micromarché, de l’aventure gratuite, de l’artisanat suffisamment rentable pour une vie honnête, et surtout la modestie, non, pas la modestie mais l’humilité, des paysans, vis-à-vis des sols qu’ils protègent par leurs bonnes techniques, peuvent être aussi les voies d’une revivification des productions culturelles, où le lien serait plus direct entre les producteurs-artisans et les usagers…

Mais existe-t-il un lien intrinsèque entre le vin et le cinéma ?

Le lyrisme en partage …

Dorothy et Lorelei viennent de se faire renvoyer de leur hôtel, abandonnées par leur milliardaire, protecteur, elles errent dans Paris, et, bien sûr, atterrissent à la terrasse d’un joli petit bistrot typiquement … conforme aux fantasmes américains sur la capitale française, fraîchement libérée avec le “concours” des alliés… Elles ne peuvent plus commander que deux cafés… même pas un petit Chardonnay ! Dépit… et puis … When love goes wrong…  Nothing goes right… montant du fond de leurs entrailles serrées, un chant ironique et joyeux s’élève et transfigure leur soirée plutôt sombre… le lyrisme s’est emparé des lieux, on se sent si bien ensemble autour d’une table, à vivre ce moment paradoxal, intime et pourtant public, triste et pourtant gai, qu’on soit dans la salle ou à la table, une ivresse légère et fraternelle nous déplace tranquillement, allégresse, dans l’instant, vers la joie qui sommeillait en soi… en nous !

Les hommes préfèrent les blondes de Howard Hawks

C’est en regardant Les hommes préfèrent les blondes d’Howard Hawksqu’on peut saisir ce qui pouvait unir l’amour du vin et l’amour du cinéma : le goût d’une forme de lyrisme simple, à la fois fraternel et rieur, parfois ironique, qui naît, soudain, au coeur d’une situation sociale partagée, la commensalité (ou “comme en salle – ité”) … Le cinéma, dont la comédie musicale est la forme la plus lyrique, comme le vin partagé, proposent des déplacements sociaux, psychologiques et culturels qui ouvrent directement l’esprit qui les fréquente sur les racines anthropologiques de la fraternité. Le cinéma, en offrant aux spectateurs la possibilité d’expérimenter différents points de vue, grâce au découpage, et particulièrement grâce au champ-contrechamp, devient vite une expérience de la position de l’autre, certes imaginaire, mais non sans conséquence dans la vie quotidienne. Des gestes, des idées, des empathies peuvent naître de ces déplacemenst intimes qui invitent l’autre à prendre place en soi, comme ils nous invitent à sa place. De la même manière, le vin ne désaltère pas, il altère savamment les murs de nos inhibitions sociales pour nous offrir un territoire de jeux multiples où les échanges vont bon train et où les ressemblances se reconnaissent. Je suis frappé, souvent, par le nombre de points communs que le vin dévoile, entre les convives, dans le lyrisme qu’il provoque, alors que les inhibitions du jour les dissimulent si facilement par crainte des désirs et des émotions. Le vin comme le cinéma ont cette faculté de tranfigurer la surface du réel pour y déposer une couche subtile de fantasme qui tapisse alors notre relation au monde et la teinte de notre désir propre… machines à illusions qui nous font croire en l’homme mais développent aussi efficacement notre propre et paradoxale humanité, le cinéma (comme la poésie) et le vin sont des multiplicateurs de possibles … Il n’est d’ailleurs pas étonnant que les deux âges d’or de la comédie musicale qui sont les deux âges d’or de l’industrie Hollywoodienne – les deux âges d’or du cinéma comme consolation publique – aient suivi la période de la prohibition, la crise et dans sa seconde phase, la seconde guerre mondiale…

Le goût ou le pouvoir

L’industrie cinématographique a largement rejoint l’industrie viticole, le tout-Hollywood s’est offert des vignes et le médoc est devenu hollywoodien depuis qu’un critique américain y a fait régner la terreur de son goût comme seul critère d’évaluation. Les deux sources les plus populaires de transfiguration du quotidien que sont vin et cinéma se sont vues restreindre l’évantail de leurs saveurs respectives, en vertu du principe de la plus large diffusion possible et de la conquête des marchés internationaux… Les vins comme beaucoup de films se ressemblent et prennent ce goût sucré et boisé, censé plaire au plus grand nombre, parce que plus naïf et tenant les coupes de l’amertume éloignées.

Dans Mondovino, en 2004, Jonathan Nossiter enquêtait sur ce phénomène tout en laissant apparaître la complexité des situations familiales particulières, sans condamner, prenant le parti radical de défendre la diversité des goûts et des terroirs contre une uniformisation culturelle mortifère. Il avait renchéri en explorant l’univers de la dégustation du vin dans un livre hétérogène et singulier ; Le goût et le pouvoir(2007). Sans s’appuyer sur Bourdieu et ses travaux sur la domination, mais dans un mouvement individuel tout aussi démystificateur et libérateur, il évoquait la manière dont la critique distinguée s’associait aux puissances dominantes du champ oenologique pour intimider les palais et faire régner un ordre qui faisait d’une expertise rhétorique un moyen sûr d’asseoir des pouvoirs. Contre le règne de cette terreur du bon goût, il défendait l’idée d’une dégustation libre, subjective et peu orthodoxe, garante d’une émancipation des goûts et reposant plus sur la commensalité que sur la distinction scolaire des arômes.6

un cinéma naturel

Concernant la manière dont s’est fait Résistance naturelle, Jonathan Nossiter a dit à l’AFP : “j’ai l’impression que ce n’est pas moi l’auteur, j’ai plutôt l’impression d’avoir été une espèce de sage-femme d’un projet qui s’est fait“. Ce discours est celui de l’artiste qui assiste à la naissance de son oeuvre, la voit se former presque en dehors de lui et l’invite à voir le jour plus qu’il ne la crée. Mais dans le cas précis d’un travail collégial articulé sur des moments de vie et d’échanges spontanés, il faut peut-être l’entendre au regard de ce que disent les vignerons naturels de leurs pratiques de la viticulture. Thierry Puzelat, qui estime que les vignerons artisans ne sont pas du tout des artistes, mais qu’ils ne font que reproduire les gestes des anciens, explique très bien comment la terre particulière sur laquelle pousse la vigne monte dans le fruit et se fait aliment et goût particulier dans le verre ; le vigneron étant celui qui garantit la plus grande transparence possible entre le sol et le vin, non pas en vertu d’une formule magique, mais d’après des choix éthiques, en jouant sur les éléments environnant le fruit plutôt que sur les interventions postérieures. Giovanna Tiezzi explique, elle, qu’un vin réussi est un vin dont le fruit est réussi, qu’il faut donc travailler la terre, pour qu’elle nourrisse le fruit, pour qu’il soit lui-même l’âme et le corps du vin à venir. Le travail essentiel du vigneron étant de préparer ce bon fruit et d’intervenir le moins possible ensuite, au moment de la vinification, à travers des assemblages et l’orchestration des durées continues de cuvage, qui visent une exaltation des qualités du fruit et des vertus de la terre.

Nous ne sommes pas loin de ce que Jonathan Nossiter dit de son film. Le fruit le plus naturel possible serait ici le moment du tournage où la caméra doit opérer le réel pour en tailler des portions viables et “juteuses”, c’est-à-dire le moment où se constitue la matière même du film. Le moment du montage, celui qui est le plus créatif de la réalisation – différence avec le vin – , se doit tout de même de respecter le fruit du tournage et de l’altérer le moins possible, en se gardant du maquillage des effets faciles et en gardant cet ancrage dans la vie organique du film. C’est peut-être ici une caractéristique forte de ce cinéma artisanal dont Résistance naturelle est un bel exemple. Le tournage est le terroir, lieu et moment, les rushes sont les raisins, le montage (assemblage) est la vinification, avec son opacité ou sa transparence, son idéologie ou son éthique.

Un cinéma de terroir

Jonathan Nossiter est un cinéaste du terroir. L’homme est nomade, son cinéma explore les sols où il s’arrête.

Terroirs urbains où il a vécu, où il s’est ancré quelques temps ; avec Resident alien et Sunday à New-York,Signs and wonders à Athènes, Rio sex comedy à… Rio. Certaines des villes où il a vécu ont donné lieu à des films, très différents sur le plan formels mais tous très ancrés dans les espaces imaginaires et réels du tournage, on pourrait presque dire émanant des lieux mêmes où ils ont été filmés. La vie comme autofiction à New-York, dans deux films aux confins des genres, l’illusion d’une rhétorique du monde à Athènes et la puissance réalisatrice et déréalisatrice du fantasme à Rio… Les fictions traitent toutes de la question du leurre pris dans la matière même du réel. (article probable à venir…)

Terroir plus allégorique du voyage ou du déplacement, avec ses films sur le vin, les plus mobiles et les plus documentaires, c’est-à-dire les plus liés au moment du tournage, les plus oenologiques, tant dans leurs thème que dans leur structure. Paradoxe courant chez le cinéaste, ce sont les films les plus mobiles qui traitent le plus directement de l’ancrage chtonien.

terre traitée aux pesticides (gauche) et terre en biodynamie (droite), tenues par Stefano Belotti dans "Résistance naturelle"

On peut faire la même remarque sur Les enfants rouges de Santiago Amigorena, que Nossiter évoque dans sa tribune et sur lequel j’ai écrit un billet. C’est un film ancré dans Paris, dont le titre lui-même est une référence à un lieu précis du III ème arrondissement, et dont les conditions de tournage, le mode même de réalisation, constituent  l’ethos. On y voit même naître un plan, de sa partie technique, avec perche et clap, à sa partie fictionnelle, avec larmes et affects, en passant par sa partie documentaire sur le film lui-même, métacinématographique, avec ces moments troublants où le jeu de la comédienne n’est pas encore devenu l’état réel de son personnage, où le personnage de la comédienne ne s’est pas encore effacé devant celui du film. Les enfants rouges est manifestement une émanation de l’expérience du tournage lui-même, c’était une entreprise collégiale réunissant des protagonistes dont le seul salaire était un repas offert par le réalisateur, autour d’une bouteille de vin. Couvert offert comme aux vendanges… L’autre particularité de ce travail artisanal assumé sur le marché cinématographique, était le choix de ne diffuser le film qu’en une seule salle, un lieu unique, qui ramenait la distribution aux dimensions d’un commerce de proximité, puisque la salle était très proche des lieux de production. Micromarché qui offre à tous un maximum de plaisir et de sensation de liberté pour un minimum d’agitation inutile.

Laurent Cantet, un des cinéastes français les plus originaux et les plus subtils, a lui aussi su développer un cinéma naturel ancré dans son terroir. Son très beau et très limpide Ressources humaines est un bel exemple de cette prise en compte des conditions du tournage comme constitutives d’un terroir ; il y investit le lieu de l’usine non pas comme un décor mais comme un sol où sont enracinés les personnages et les rapports sociaux qu’il pointe. Naturalisme ? Non, le naturalisme est une illusion ancienne qui vise à imiter le réel, une construction esthétique fondée sur une transparence imaginaire, il s’agit ici plutôt de faire naître l’impression de réalité en déjouant les attentes, y compris celles d’une esthétique naturaliste, à partir d’un ancrage dans le naturel des comédiens, saisis dans l’invention du jeu plus que dans le jeu lui-même. Le réel qui pointe est alors celui des comédiens et non des personnages… Il avait ensuite, me semble-t-il, abordé la question du film de terroir à travers le modus operandi de son film primé à Cannes,Entre les murs. Réalisé à partir d’un terrain concret, un collège parisien de ZEP, et de ses “habitants”, il avait voulu rester le plus proche possible de l’improvisation avec des vrais élèves, ses partenaires, pour saisir des moments de vie prise au dépourvu, à partir du canevas proposé par François Bégaudeau… Expérience prometteuse. Ici, le terroir concret du tournage avait donné lieu à des images situées à mi-chemin entre la fable et le document, parfois difficiles à croire, parfois venant au renfort des images d’Epinal, notamment parce que le terreau concret de la salle de classe et du collège, délimité par les murs du titre, donc censés être très ancrés dans le sol, avaient été reçus comme un emblème déraciné de l’Ecole Républicaine. Son prochain film réalisé à Cuba semble se présenter sous les auspices de cette éthique artisanale.

Parmi bien d’autres encore – on pourrait évoquer Emad Burnat dont j’ai parlé ici –  le cas déjà ancien de Rabah Ameur Zaïmeche est très intéressant. Cinéaste très sensible et manifestement très doué, il a inventé une esthétique minimaliste d’une grande poésie et d’une grande limpidité sans avoir recours aux moyens habituels de la production cinématographique et en respectant de manière radicale la spécificité des terroirs où il ancre ses films. Dès 2001, dans Wesh Wesh qu’est-ce qui se passe ? comme dans le superbe Bled Number one, il est parti de moyens très humbles et d’une image pauvre, celle de la video numérique de l’époque, pour produire des films authentiques et pleins d’invention. Mobilisant sa famille et les lieux même où il vivait, il passe sans accroc de la fable au document dans une image toujours très indexée sur le moment du tournage qu’on sent fragile et peu préparé, vibrant du goût de la vie prise au dépourvu. Comme une fente ouverte sur son origine, l’image est alors un passage vers le moment du tournage où une distance salvatrice s’instaure par les imperfections mêmes du jeu. Privilégier la spontanéité à la perfection, laisser des scories, des pépins, des imprévus, glisser dans le documentaire éthnographique au détour d’une occasion réelle, voilà les conditions propres aux tournages artisanaux, qui font leur spécificité et leur grande et belle diversité.

Mais cette forme de cinéma artisanale dans laquelle se montre le film en train de se faire, ne donne pas naissance à une esthétique unifiée ni à un style reconnaissable. Il y a peu de rapport formel entreRésistance naturelle et Les enfants rouges ou encore Entre les murs et Dernier maquis. L’esthétique est ici une pragmatique, un mode opératoire et une éthique plus qu’une ligne générale avec ses principes esthétiques comme celle de la Nouvelle vague, née d’une approche critique partagée, jouant le jeu fécond des modernes contestant les anciens… Il n’y pas de politique des artisans comme il y a eu une politique des auteurs… A la fois contrainte par la crise et tributaire de la démocratisation des moyens de réalisation, cette esthétique pragmatique est d’abord une pratique concrète et un engagement, un artisanat plus qu’un Art au sens classique du terme.

Est-ce qu’on peut parler alors d’un mouvement, d’un npuveau modèle éthique et commercial ? slow cinéma ? cinéma artisanal ? cinéma naturel ? Peu importe le flacon …

Alors levons nos verres au vin comme au cinéma !

La tribune de Jonathan Nossiter dans Libération

  1. Giovanna Tiezzi et son époux Stefano Borsa, Stefano Belotti, Corrado Dottori et son épouse Valeria Bochi et Elena Pantaleoni []
  2. directeur de la cinémathèque de Bologne []
  3. Les chiens dans le cinéma de Nossiter ont une histoire à eux []
  4. Résistance naturelle sera distribué en France par Rezo films en juin prochain []
  5. oenologue ou cinéaste []
  6. J’ai pu être témoin, en octobre dernier, de la manifestation de ce pouvoir et de la violence que cette position de liberté avait provoquée en retour contre lui. Nous avons rencontré fortuitement un ancien collaborateur français du grand critique américain, ami du grand oenologue français qui sait si bien ajuster les Bordeaux aux goûts du premier. Il buvait du Jurançon avec deux amis sur le trottoir devant un établissement renommé, et affichait, ventre en avant, cette autorité légitime conférée par la position. Devant ses deux amis, il est devenu d’une vulgarité innommable lorsqu’il s’est agi d’évoquer son rôle vis-à-vis du grand critique américain etMondovino, jugé par lui “dégueulasse” envers son ami oenologue. Quant au vin naturel sur lequel le cinéaste l’avait interrogé, il en faisait du vinaigre, l’accusant de ne pas supporter le voyage ; comme saisi par un réflexe idéologique et corporatiste, il lui fallait affirmer avec un mépris réjoui, et contre toute évidence, que l’artisan n’était pas le professionnel… Alors qu’il est bien plus : le témoin d’une histoire qu’il ne s’est pas résolu à oublier pour vendre plus… comme tout bon cinéaste. []

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10/03/2014, 15:32 | Par LUDOVICROIF

Il m'arrive souvent de faire des comparaisons entre le monde de l'édition numérique et celui du terroir (notamment le vin nature), deux domaines dont je connais assez bien les acteurs . Je suis donc très heureux de voir une autre personne faire ce parrallèle audacieux. J'ai eu un vrai plaisir à lire vos réflexions.

En ce qui concerne votre dernier paragraphe, sur le fait que cette forme de cinéma serait une pragmatique, un mode opératoire et qu'il n'amènerait pas d'esthétique,  que ce serait un artisanat plus qu'un art. J'ai tendance à penser (pensée en évolution) que l'artiste ne peut jamais complètement se détacher de l'artisan, qu'il y a toujours une discussion entre le mouvement artistique  et son support et que beaucoup d'artistes interrogent la matière par laquelle il s'exprime. Choisir par conséquent de modifier le processus de production (voire de diffusion) ne me semble pas anodin et pourrait faire partie intégrante d'un mouvement artistique me semble-t-il. Maintenant j'ai bien compris que vous interrogiez le fait que ce soit le cas ici. Je ne le sais pas mais peut-être n'est-ce tout simplement pas encore conscient ?

Merci encore d'avoir ouvert cette nouvelle porte de réflexion à mon attention.

 

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