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Pécresse en a rêvé : Fioraso va le faire !

« Au secours ! Rendez-nous Pécresse ! » aurait pu être le titre ironique de ce billet, tant il ne restera bientôt plus aux universitaires que l’humour noir et un grand rire jaune pour réagir aux projets politiques de Geneviève Fioraso.

Devant l’urgence et le devoir d’alerte, je diffère la publication de mon troisième volet sur « Les socialistes et l’université » (voir ici puis ) pour rendre compte d’une proposition stupéfiante de la ministre, si tant est qu’on puisse être encore surpris par les orientations de notre très libérale Geneviève Fioraso. De quoi s’agit-il ?

A l’occasion d’un discours prononcé devant la Conférence des directeurs d'écoles françaises d'ingénieurs (Cdefi), « un rendez-vous manqué » selon le site EducPros (voir ici), la ministre a déclaré le 2 octobre dernier souhaiter « responsabiliser » les administrateurs des universités en accordant un droit de vote aux personnalités extérieures à l’occasion de l’élection des présidents d’université. Plus précisément la ministre, en faisant l’éloge des CA des Écoles d’ingénieurs où les personnalités extérieures (représentants des entreprises et des collectivités territoriales) ont un droit de vote, a dit ceci : « dans la prochaine réforme de la loi LRU, il faudra mettre un terme au non-droit de vote des personnalités extérieures dans les CA des universités » pour l'élection du président. Chacun appréciera la modalité injonctive du propos (« il faudra ») alors même que les Assises de l’Enseignement supérieur et de la Recherche sont supposées débattre en ce moment même des propositions de modification de la loi LRU et de ce qu’on nomme la « gouvernance » des universités. Les propos de la ministre appellent trois brefs commentaires.

 

La ministre n’a certainement pas pris la mesure de ce fait : depuis la mise en place la loi LRU en 2007 et l’imposition aux universités de la politique dite d’« excellence », les universitaires sont largement dépossédés du gouvernement de leurs établissements. Des structures de gouvernance parallèles (groupes de pilotage, comités d’orientation stratégique, etc) qui ont fait une place importante au monde de l’entreprise, de la finance et aux collectivités territoriales, ont empiété sur les prérogatives des Conseils centraux des universités et ont transformé les CA en simples chambres d’enregistrement au service de présidents disposant de pouvoirs exorbitants. Beaucoup conviennent du caractère délétère de ces dérives anti-démocratiques, la ministre elle-même.

Mais si maintenant la même ministre, prétendument socialiste, entend  modifier la loi électorale des universités en dépossédant un peu plus les universitaires de leur droit de choisir en toute indépendance leur président, et ceci en renforçant la place et le poids des chefs d’entreprises et des collectivités territoriales dans les CA, il est assuré qu’elle commet une grave erreur politique et qu’elle rencontrera une ferme opposition dans la communauté universitaire. Une telle décision, devant laquelle même Valérie Pécresse avait reculé, constituerait le franchissement d’une ligne rouge que pas même les plus sévères à l’égard du suivisme-socialiste-de-la-droite avaient envisagé.

Ce faisant, la ministre apporte une preuve supplémentaire que les Assises ne constituent qu’un simple paravent pour valider des mesures déjà prises, les vendre en douceur et parachever ainsi les réformes engagées par la droite. Les Assises ont été verrouillées à la source, répondent à une demande idéologique et ne constituent qu’une comédie participative (narration à lire ici et dossier de SLU ) où les universitaires et les chercheurs sont minoritaires devant des collectivités territoriales et des représentants de Région très actifs. L’acte III de la décentralisation est en route : les Assises territoriales en sont devenues le laboratoire. Les socialistes ont su les transformer en conclaves régionaux où l’on s’ennuie ferme et où les baronnies locales du PS dessinent tranquillement les contours d’un projet de régionalisation de l’ESR. Il est donc manifeste que la volonté d’amendement de la loi électorale de Geneviève Fioraso est parfaitement cohérente avec un projet politique visant à parachever la territorialisation du Service public de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et à le soumettre au pouvoir des Régions.

 

En définitive, Geneviève Fioraso et les socialistes ont oublié 2009, le plus fort et le plus long mouvement de protestation de l’histoire de l’université. Les socialistes et notre ministre ont oublié dix années de combat contre les politiques libérales de droite. Certains d’entre eux avaient même participé à ces combats, mais ils sont aujourd’hui amnésiques. Les socialistes ne voient pas ou ne veulent pas voir l’état dans lequel la droite a mis l’université et la recherche. C’est que les socialistes ont oublié, tout simplement, ce que sont, ce que devraient être encore aujourd’hui les valeurs du socialisme : la défense  et la promotion d’un vrai Service public de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, la démocratisation de l’accès aux études supérieures, la garantie par l’Etat des moyens nécessaires au bon fonctionnement de ses universités et de ses organismes de recherche, et surtout le rétablissement d’un fonctionnement démocratique des universités. Non, décidément, les socialistes au pouvoir n’ont rien compris. Ils construisent le mur dans lequel ils nous conduisent, tête baissée.

 

Pascal Maillard

 

PS : Je mets en pièce jointe et ci-dessous un texte qui commence à circuler sur des listes de mobilisation.


Universitaires et chercheurs, personnels de l’Enseignement supérieur et de la Recherche,

TOUS DEBOUT

pendant les Assises contre la politique d’austérité !

 

Dehors ou dedans, devant les bâtiments et dans les lieux où se tiennent les Assises territoriales, mettons-nous DEBOUT pour protester contre la politique d’austérité :

 

-                   TOUS DEBOUT pour nous compter et démontrer que nous sommes minoritaires dans des Assises dont nous devrions être les principaux acteurs !

 

-                   TOUS DEBOUT pour signifier que le processus des Assises nous confisque notre parole et notre représentation et ne fait que répondre à une commande idéologique !

 

-                   TOUS DEBOUT pour dire NON à la régionalisation de l’ESR !

 

-                   TOUS DEBOUT pour refuser le libéralisme austéritaire que nous imposent le gouvernement socialiste et la politique européenne  !

 

-                   TOUS DEBOUT CONTRE LES ASSIS de la politique d’excellence qui privatisent la recherche et créent des déserts territoriaux !

 

-                   TOUS DEBOUT pour dire notre détermination à lutter contre la destruction des Services publics !

 

-                   TOUS DEBOUT pour exiger un financement pérenne des universités et de la recherche, condition d’une véritable démocratisation de l’ESR !

 

-                   TOUS DEBOUT pour refonder nos universités détruites par années de politique libérale !

 

-                   TOUS DEBOUT pour réinventer un fonctionnement démocratique de nos établissements !

 

-                   TOUS DEBOUT pour dire que NOUS SOMMES TOUJOURS LÀ, déterminés à nous battre contre les politiques d’austérité !

 

 

Universitaires et chercheurs, personnels de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, levons-nous tous ensemble pendant les Assises, prenons la parole, distribuons des tracts pour dire notre colère contre la poursuite des mêmes politiques libérales de destruction de notre Service public d’Enseignement supérieur et de Recherche !


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Tous les commentaires

07/10/2012, 17:05 | Par gpatey

Les "socialistes" ont oublié le sens du mot socialisme, tout simplement (cf leur attitude à propos du TSCG)!

07/10/2012, 17:07 | Par seth

Qui est Fioraso ?

07/10/2012, 17:16 | Par gpatey en réponse au commentaire de seth le 07/10/2012 à 17:07

Mme Genviève Fioraso est la Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche.

07/10/2012, 22:51 | Par seth en réponse au commentaire de gpatey le 07/10/2012 à 17:16

Ah ! Vous m'en direz tant ! Clin d'œil

07/10/2012, 17:18 | Par point barre

Non, décidément, les socialistes au pouvoir n’ont rien compris. Ils construisent le mur dans lequel ils nous conduisent, tête baissée.

Encore un renoncement.

Les socialistes les socio-libéraux ont toujours eu pour rôle d'achever la tâche entreprise par leurs prédécesseurs de droite libérale, une fois élus sur des promesses non tenues par les électorats populaires de gauche.

07/10/2012, 17:57 | Par Pascal Maillard en réponse au commentaire de point barre le 07/10/2012 à 17:18

En ce sens, cher Orbazan, j'aurais dû écrire que les socialistes sont en parfaite cohérence avec eux-mêmes. Et vous n'avez pas tort : ils ont parfaitement intégré l'idéologie libérale dont Geneviève Fioraso est l'une des meilleures illustrations dans ce gouvernement. C'est Pécresse qui doit se marrer : elle avait prophétisé il y a quelques mois que les socialistes ne changeraient rien à sa politique. On n'en est pas loin...

07/10/2012, 22:28 | Par point barre en réponse au commentaire de Pascal Maillard le 07/10/2012 à 17:57

Ce que dit l'engagement n° 39/60 de Hollande à propos de la loi LRU : "Je réformerai la loi LRU pour garantir  une autonomie réelle des établissements, avec des moyens et  une gouvernance plus collégiale et démocratique."

Je parlais d'un "renoncement" ci-dessus. Ce n'en est peut-être pas un mais plutôt une confirmation selon la conception que nos sociaux-libéraux peuvent se faire de la collégialité et de la démocratie (concepts à géométrie variable dans la langue de bois).

07/10/2012, 22:37 | Par Pascal Maillard en réponse au commentaire de point barre le 07/10/2012 à 22:28

Comme les présidents d'université sont devenu, prafois malgré eux il faut le dire, des chefs d'entreprise, autant qu'ils soient élus par des chefs d'entreprise! Au moins la boucle sera bouclée.

07/10/2012, 18:20 | Par Domeniki

Une horrible réflexion fait son chemin en moi, et j'en ai honte, mais tout de même...

Cette gauche-là, c'est la droite, mais en moins bien.

Mille excuses.

Moi aussi j'ai rêvé, je rêvais, comme vous.

07/10/2012, 21:57 | Par VECK38 en réponse au commentaire de Domeniki le 07/10/2012 à 18:20

Tous ces gens sortent des mêmes moules (ENA, HEC ...) Les techniciens et technocrates des ministères sont inchangés. La seule préoccupation est la réélection. Le vrai pouvoir est dans les banques et les médias qui leur appartiennent. "Gouvernement de gauche" = oxymore. Les seuls acquis sont dûs à la pression populaire. 

Ceux qui se disent déçus sont vraiment des benêts. 

La différence entre la droite et la "gauche" c'est qu'ils vous assènent les mêmes coups de marteau, mais la gauche donne un peu plus d'arnica et de valium. A quand le viagra pour qu'ils nous fassent bander ?

07/10/2012, 22:00 | Par Domeniki en réponse au commentaire de VECK38 le 07/10/2012 à 21:57

Le benêt veut bien un peu de viagra !!

07/10/2012, 22:52 | Par seth en réponse au commentaire de Domeniki le 07/10/2012 à 22:00

Pas s'il a passé 70 ans, et seulement sous contrôle médical.

07/10/2012, 22:57 | Par Crampon en réponse au commentaire de Domeniki le 07/10/2012 à 22:00

"Ceux qui se disent déçus sont vraiment des benêts."

Moi, je m'attendais bien à être déçu par ce gouvernement, et bien je l'avoue, je ne suis pas déçu ! ! ! 

C'est bien pire que dans mes rêves les plus sombres ! 

Ces polis p'tits chiens vont finir par rendre les gens méchants ! 

07/10/2012, 22:09 | Par Art Monica

Une information bien inquiétante reçue de plusieurs syndicats lundi dernier, à propos de l'université Pierre et Marie Curie (UPMC à Paris 6):

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Suppressions de contrats doctoraux : réunion d'information mercredi 3/10 à 12h  

Vous connaissez peut être dans votre entourage des doctorants ou des directeurs de thèse ayant appris courant septembre que le contrat doctoral (ancienne allocation de thèse) que leur avait promis l'UPMC avant l'été était supprimé. Des rumeurs font état de plusieurs dizaines de contrats ainsi supprimés sur l'UPMC. Les conséquences sont évidemment dramatiques : des étudiants se retrouvent sans financement et sans possibilité de débuter leur thèse dans une unité de recherche, des laboratoires voient leur projet de recherches rester en plan. Et tout cela sans explications claires de l'administration. Cette situation appelle une réponse collective des personnels et des étudiants.

 

07/10/2012, 22:16 | Par Pascal Maillard en réponse au commentaire de Art Monica le 07/10/2012 à 22:09

Oui, Art Monica, ces contrats sont déjà en nombre insuffisant. Si en plus on en supprime, la précarité des jeunes chercheurs va être aggravée. Si on ajoute les centaines de postes gelés dans les universités, on voit bien que c'est l'offre de formation et les étudiants qui en subiront aussi les conséquences.
Amitiés.

Pascal 

07/10/2012, 22:29 | Par Virgil Brill en réponse au commentaire de Pascal Maillard le 07/10/2012 à 22:16

Qu'est-ce que ça serait si le ministère de l'Education Nationale (tutelle de Fioraso) n'était pas sanctuarisé.

SANCTUARISÉ. C'est pas un mot fort, ça ?

 

 

 

 

07/10/2012, 23:01 | Par seth en réponse au commentaire de Virgil Brill le 07/10/2012 à 22:29

Certes, bien trop fort pour le sens qu'on lui donne ! Mot à la mode, de l'à-peu-près d'énarque, du pré-mâché sans aucun sens, de la comm... Au choix.

07/10/2012, 23:12 | Par Crampon en réponse au commentaire de Virgil Brill le 07/10/2012 à 22:29

Après les enseignants recrutés au pôle emploi, la recherche sous-traitée aux SDF : les Sans Doctorat Financé ! 

27/12/2013, 01:11 | Par InternetDev

Le Chant Je Mens qui disait...

On pourrait mêttre cette phrase toute faite, sur tous les sujest qui touche Hollande tellement il poursuit cette politique complètement conne.

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