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Oct

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Lajos Vajda, l'ange de l’École européenne hongroise

Génial précurseur ignoré, ressuscité et célébré par de récentes expositions en Hongrie, Lajos Vajda (1908-1941) est une des passions d’Agnès Horvath, qui enseigne à l’Université ELTE de Budapest.

Le hasard a voulu qu’au moment où Thomas Cantaloube interrogeait pour Mediapart, à Budapest, Gaspar Miklos Tamas (voir ici) sur la situation hongroise, deux conférences mènent à Paris Agnès Horvath, qui ne fut autre, un temps, ce que durent les liens, que la belle-sœur du philosophe hongrois.

Elle avait réussi à retracer ici même, avec quelque complicité, un billet sur Tibor Déry (voir ici) où figure un photomontage de Lajos Vajda. Profitant de ce passage en France, elle a confié à Mediapart ce texte sur ces deux inspirateurs principaux, selon elle, de l’Ecole européenne hongroise, que furent Lajos Szabó (voir ici en anglais) et Lajos Vajda.

Lajos Vajda, photomontages, 1930-1933Lajos Vajda, photomontages, 1930-1933

Tous deux furent de grands amis, que rien ne sépara, jusqu’à la mort prématurée de Vajda. Si le texte d’Agnès Horvath leur est également consacré, c’est qu’ils figurent souvent en retrait dans les récits sur l’avant-garde artistique hongroise d’un autre Lajos, ami de Tzara, Kassák.

A travers l’histoire mouvementée d’une avant-garde, déjà en elle-même d’une constitution remarquable, pluridisciplinaire, attirant une jeunesse de tous les milieux sociaux, le texte d’Agnès Horvath rend compte de tout un nuancier de positions et d’oppositions esthétiques et politiques qu’il vaut toujours d’avoir à l’esprit par la force qu’il libère dans ses « bords » ou « débords ».

Ainsi elle rappelle que dès 1930 les « hérétiques » Szabó et Vajda ont condamné le sort fait à la révolution soviétique par Staline, s’opposant alors radicalement à Kassák. De tous côtés, ces deux artistes combattent pied à pied ce qu’ils dénoncent comme étant « la lâcheté intellectuelle de leur temps ».

L’autre émerveillement tient à leur incessante quête spirituelle se ressourçant à tous les courants « souterrains » de la pensée continentale, existentielle chez Kierkegaard, Dostoïevski, mais aussi dialogique chez Martin Buber et Franz Rosenzweig, toujours à redécouvrir.

Lajos Vajda, Figure, huile sur carton, 1936Lajos Vajda, Figure, huile sur carton, 1936

Agnès Horvath nous mène ainsi jusqu’à la naissance de l’Ecole européenne hongroise.

Nous avons choisi d’illustrer ce billet par le premier disparu, le premier à reparaître devant nous : Lajos Vajda.

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Un penseur peintre et un peintre penseur : Lajos Szabó et Lajos Vajda, par Agnès Horvath

 

 Dans la Hongrie des deux premiers tiers du XXe siècle, deux personnages ont représenté, ou mieux, incarné, les deux termes d’opposition et d’avant-garde : Lajos Szabó (1902-1967) et Lajos Vajda (1908-1941).

Il ne s´agit pas de faire un simple rapprochement entre deux personnages excellant tous les deux dans leurs métiers de penseur et de peintre, mais bien de montrer leur collaboration fondée sur une profonde amitié. À eux deux, ils symbolisent en quelque sorte cette unité et cette union de ce qu´on appelle communément la parole et l’image, ou les mots et les images, ou encore, d´une façon plus générale : la théorie et les arts.

Lajos Vajda - Monstre dans un espace bleu (1939)Lajos Vajda - Monstre dans un espace bleu (1939)

Pour mieux éclairer et expliciter le sens des mots opposition et intransigeance, de cet engagement qui va au-delà de la politique, qui ignore le compromis quel qu´il soit, citons  cette fois un autre peintre penseur du même bord, Béla Veszelszky (1905-1977), ami de Szabó, et qui dit : « Les gens sont de deux sortes. L´un construit la barque (de Noé), l´autre est curieux… il mange, il boit, il se marie. »

Dans ce texte, on se tournera vers cette première sorte de personne.

I. Les précédents : Lajos Kassák

« Tout naît de rencontres » – lit-on chez Béla Tábor (1907-1992), penseur, ami et collaborateur de Szabó, cité par son fils, Ádám Tábor, poète, critique littéraire, et auteur d´un recueil d´articles sur les manifestations d’avant-garde hongroises. Si j´ai choisi cette citation c´est parce que je vise à la fois à mettre en valeur, à expliciter, et à démêler un imbroglio, un réseau – pour ne pas dire une « toile » – de rapports humains, artistiques et politico-théoriques.

Tous les deux, Szabó et Vajda  partent du cercle de Kassák qui, dans cette Hongrie mi-féodale aussi bien au niveau social qu´artistique, sait faire éclater le conservatisme et l’épigonisme, ce phénomène tant déploré et dénoncé par Szabó : « A-t-on jamais essayé de répondre à la question de savoir comment l´épigonisme comme réflexe – latent ou manifeste mais allant toujours de soi –, étrangle la vie intellectuelle par l´absence, devenue toute naturelle, de toute critique interne ? »

Le personnage déclencheur, comme on va le voir, sera donc ce troisième Lajos, à savoir Lajos Kassák (1887-1967), peut-être le plus connu des trois en Europe – très lié avec Tzara qui signe ses lettres à Kassák ton vieux camarade.

En 1919, Kassák quitte une Hongrie agitée, pleine d´une effervescence révolutionnaire. Il gardera cette impression pendant toutes les années – très actives d´ailleurs – de son exil. Cependant, lors de son retour en 1926, il trouve une Hongrie transpirant d’une terreur blanche, réactionnaire, antisémite. Après l´échec de la revue Dokumentum (Document), il entreprendra la publication d`une autre revue, cette fois à tendance sociale et artistique, le Munka (Travail).

Peintre et poète constructiviste, Kassák sait mobiliser la jeunesse progressive autour de ses revues. Autour de Travail, Kassák parvient à réunir des jeunes de tous bords et de tous intérêts : photographes, poètes, peintres, architectes, révolutionnaires, simples employés de bureau, ou encore la femme de Kassák, cette Jolán Simon qui, d´ouvrière, s´est faite actrice et directrice d´un chœur récital, genre jusqu´alors inexistant en Hongrie. Ils sont presque tous rejetés par un académisme vétuste mais dominant – n´ayant eux, dans la plupart des cas, aucune formation institutionnelle, ou si oui, leur formation fut interrompue par l´institution elle-même. Et chose curieuse, ces jeunes qui s´étaient vu renvoyer des établissements d´enseignement secondaire ou supérieur, se sont, comme « par hasard », retrouvés dans le cercle Munka de Kassák. Nous pourrons citer des noms aussi illustres que George Kepes, professeur du New Bauhaus, fondateur du Centre d´Études Visuelles Avancées, Robert Capa, alias Endre Friedmann, photographe mondialement connu, ou encore Alexandre Trauner, décorateur de cinéma auprès de Marcel Carné, de Luc Besson, et ayant reçu en 1960 l´Oscar du meilleur décor du film de Billy Wilder.

L´existence d´une soi-disant intelligentsia civile est un phénomène caractéristique de l´époque, ou, pour être plus précis, de ce cercle restreint d´intellectuels, d´ouvriers et d’activistes de gauche.

Lajos Vajda - Pastel sur papier, 1934Lajos Vajda - Pastel sur papier, 1934

Ce petit groupe qui comptait pourtant à son apogée de 1 000 à 1 200 personnes, chiffre relativement important vu que les autres organisations comptaient au plus de 50 à 100 membres, se composait d´intransigeants et voulait participer à l´Europe contemporaine et vivre en osmose avec elle. Et cette ambition était justifiée et couronnée de succès. Les pages de Munka sont illustrées par les nouveaux travaux d´artistes tels que Picasso, Chagall, George Grosz, Max Ernst, Ozenfant, Braque, Gábor Peterdi (d´origine hongroise), entre autres.

Jolán Simon, cette intransigeante perpétrée, fait à l´oral la même chose que son compagnon Kassák fait par l´écrit dans Munka. Lors des productions des cercles formés autour de la revue Tett, ensuite de Ma, avec son chœur récital, elle joue un peu partout, à Budapest, à Vienne, à Prague, à Kasovice, à Nové Zámky (lieu de naissance de Kassák), à Oujhorod et à Berlin les œuvres majeures des maîtres de l´avant-garde : Kassák, Sándor Barta (ami, ensuite beau-frère de Kassák), Hans Arp, Kurt Schwitters, Richard Huelsenbeck, Ivan Goll, Hugo Ball, Apollinaire, Blaise Cendrars.

Seule cette largeur d´esprit, de vue, et d´âme est capable de réunir et contenir la chose sociale et artistique d´une part, et des domaines à première vue tant hétérogènes que la poésie, les beaux-arts, la photo, le chœur récital, l´architecture, etc., de l´autre. C´est justement à cette diversité que doivent Munka et son cercle la popularité dont ils jouissent dans cette Hongrie tellement unicolore d’alors. Ce pluralisme du cercle Munka, sa force centripète font que les disciples d’István Csók (1865-1961), peintre moderniste et professeur de gauche, se voient renvoyer de l´École supérieure des Beaux-Arts, pour y avoir formé un groupe d’avant-garde, ainsi, d´ailleurs, que leur susnommé maître.

Le moment critique est ce moment où Kassák, pour tenir le groupe ensemble, ne veut pas expliciter son refus vis-à-vis de ce qui se passe – nous sommes en 1930 ! – en Union soviétique. Or, pour Szabó, qui sait, c´est inacceptable. Suivi de 50 autres, il quitte la salle. Car « pour l´opposition », dira Béla Tábor à ce propos, « tout socialisme imparfait constitue une sous-catégorie du capitalisme ». Vajda, qui ne fait formellement pas partie du groupe, avance la même idée : « Le sort est jeté. Les plus importantes têtes de la Révolution (russe) ont roulé dans la poussière. Et ceux qui sont en selle abusent du pouvoir. Aujourd˙hui, c´est Staline et Cie qui signifient la réaction, beaucoup plus sanglante que celle tsariste. »

Ces « hérétiques » formeront cette opposition dont l´autorité intellectuelle est incontestablement Szabó, disciple du marxiste radical Karl Korsch, professant, lui, l´AO (Anti-Organisation), impliquant l´attitude anti-institutionnelle.

Szabó vise à « construire un pont » entre le théoricien et l´artiste – pont qu’il porte déjà en lui-même peut-être depuis toujours ! : « La conception subjective de la réalité : l´empirisme pris au sérieux. Le radicalisme de l´empirisme. Soigner la pureté de l´expérience, de l´empirisme : faire la distinction entre l´expérience et ce qui provient d´une construction auxiliaire. »

Les lignes qui – pour paraphraser Klee – « vont se promener » sur la feuille dans ses calligraphies seront les empreintes de cette expérience, de cet empirisme gardé à l’état pur.

II. Szabó – penseur, artiste

Ce Socrate des temps modernes qui passe sa vie à écouter, puis à parler-discuter, vient d´une famille petite-bourgeoise juive assimilée. Il ne retourne à la judaïté qu´à la suite de la deuxième loi anti-juive. Malgré l´air hébété du rabbin, il confirmera sa décision. À un moment où le plus grand nombre choisit de quitter la religion de ses ancêtres pour embrasser le christianisme, lui, qui n´est pas dupe, se dirige dans le sens opposé. Pourquoi ? Serait-ce le même geste exemplaire des religieux qui optent pour le martyre car ils refusent d´abandonner à leur sort les âmes qui leur sont confiées ? Sûrement non. Ce comportement insolite à l´époque et qui avait tout pour effarer le rabbin correspond à ce vers biblique : « Naasse v´nishmah : Nous le ferons et nous comprendrons. » Seul le comportement pertinent, l´acte pur sont à même de produire des pensées sans défaut, sans superflu, sans contradiction.

Si l´on lit ici la formulation de l´unité et de l´ordre hiérarchique du couple acte-idée si souvent mal compris, mé-pris – méprise qui a donné et qui donne toujours lieu à la fabrication d´idéologies diverses –, un autre texte nous éclaire sur un autre couple ayant lui aussi subi de fausses interprétations aussi nombreuses que le premier. Il s´agit – dans le sens que nous l´entendons – du rapport binaire passé-futur. « Nous vivons et nous luttons toujours entre deux harmonies. La première est déjà appauvrie, n´offrant que des évidences mortes, une sorte de réflexe, l˙autre est riche encore, pleine de mystères, turbulente et menaçante » (Traduit par Á.H.)

Sur ce point, la ressemblance entre l’attitude d´opposition et celle d´avant-garde ne doit pas nous échapper. Pas plus que l´opposition, l´avant-garde n’est pas possible sans cette unité de l´action et de la pensée, ou plutôt sans leur unité sous la primauté de l´action. Il y a d´abord la poésie, il y a d´abord les tableaux de Cézanne, de Picasso, de Braque ... de Vajda. Vient ensuite le moment de les comprendre. Sans cela que serait devenu Dada ? Mais que deviendrait aussi l´homme sans la connaissance et l´assimilation de l´héritage intellectuel-spirituel des auteurs et œuvres des tournants d´époque ? Aussi Szabó se tourne-t-il avec son ami et disciple Tábor vers les auteurs et œuvres des tournants d´époque. Sous le signe du « contrôle de soi » et de la formation de soi, tous deux se soumettant aux exigences de l’attitude AO, lisant parallèlement Buddha et la Bible, ils empruntent le chemin qui conduit du marxisme via le freudisme jusqu´à Nietzsche et aux penseurs existentialistes ; chemin qui leur fait découvrir la position dialogique des juifs Franz Rosenzweig et Martin Buber, ainsi que celle du catholique Ferdinand Ebner.

Lajos Vajda - Pastel sur papier, 1938Lajos Vajda - Pastel sur papier, 1938

Armés d´une érudition et d´une clairvoyance inédites et de cette intellektuelle Redlichkeit nietzschéenne, au nom de ce qui suit ci-dessous, ils s´en prennent à la lâcheté intellectuelle du temps :

« Besoins impératifs de normes universellement acceptables et acceptées. Or, ces normes sont fournies par l´esprit.

D´où la critique de toute lamentation de l´esprit. L´esprit n´a pas le droit de se lamenter de ne pas être reconnu, toute reconnaissance venant justement de lui-même. Si l´esprit ressent quelque nostalgie de la reconnaissance, la faute est à chercher dans l´esprit lui-même. »

Du travail en commun et de cette position ferme et aux contours précis, il naîtra un texte écrit également en commun, le Réquisitoire contre l´Esprit, publié, en un geste d’opposition, à l’occasion de la conférence tenue à Budapest par la Ligue de Coopération Intellectuelle. Dans ce livre, les auteurs critiquent vivement tout ce qui dans la sphère de l´esprit entrave la connaissance, la cohésion : l´épigonisme, la compartimentation, l’arbitraire des manifestations intellectuelles, tout comme l’économie, cette tour de Babel, et le terminologisme. Dans sa Logique de la Foi, Szabó fait table rase de la dispute séculaire opposant et séparant foi et pensée logique. Szabó écrit : « Le croyant n´est pas celui qui ne doute pas. Le croyant croit, le croyant pense, le croyant interroge, le croyant doute. La seule chose que le croyant ne fait pas, c´est de nier. » (Traduit par ÁH.) Ce refus de nier, ce refus catégorique de prendre une position négative quelle qu´elle soit l´aidera à vivre et à survivre, ensuite à aider ses prochains à vivre et à survivre.

Après l´enfer réel d´Auschwitz d´où il sort vivant grâce à un échange de regards avec un médecin nazi qui, par miracle, reconnaît en lui un homme, quelques mois seulement après les horreurs vécues, il pourra reprendre le fil de sa vie intellectuelle : les discussions continuent sous forme de « séminaires ».

Ces séminaires sont lancés à partir de ce qui est dit dans un autre passage concernant les « droits et les devoirs de l´esprit » :

« Le mammonisme, l’épigonisme et le parasitisme abrutis régnant au sein même de « la vie de l’esprit pur » ! […] Tant que l´ordre ne sera pas rétabli dans les cercles les plus intimes de la vie spirituelle, le respect et l´appréciation par la société de tout esprit vivant et de tout travail nécessaire resteront à son niveau le plus bas !

Car l´esprit réel qui a maîtrisé ses propres conflits internes ne demande pas mais donne, ne s’appuie pas mais donne appui. Or, pour que l´esprit puisse maîtriser ses propres conflits internes, il lui faudra des normes réelles et sans cesse renouvelées. »

Dans cet esprit justement, Szabó entre 1945 et 1948 traite devant un public très restreint de sujets précis tels que la théorie des valeurs, la théorie des signes, la psychologie. Il assimile la situation pré-philosophique (dont la tradition indienne et les philosophes présocratiques) et la vision post-philosophique, la critique de la philosophie, des arts et de la religion des grandes figures du XIXe siècle « souterrain », de Kierkegaard, de Dostoïevski, et de Nietzsche. Dans le climat de l´esprit démythologisé actuel, il reformule les questions éternelles posées par la Bible, par Plotin, par la gnose et la mystique spéculatives, par la philosophie allemande classique, par Kierkegaard et le par dialogisme surtout d’Ebner et de Franz Rosenzweig d´une part, et par les artistes de l´avant-garde et les théoriciens des mathématiques de l´autre. Il élabore sa « mathésis du langage » fondée sur l´unité inséparable du signe, de l´être et du jugement de valeur.

Une partie de ces conférences et discussions eurent lieu dans l´appartement du couple Béla Tábor et Stefánia Mándy, poète et historienne de l´art. Et, simultanément, se forme dans le même appartement l´École européenne. Cette Hongrie en ruines, mais encore libre en cette automne 1945, voit naître deux Écoles, dont la première aura un nom posthume, École dialogique, logocentrique, ayant comme son centre la parole, la spéculation, la théorie, tandis que l´autre se formera sous l´égide de Vajda, du peintre et penseur. Ce dernier a une conception très nette concernant les rapports hungaro-européens, conception qui donnera l´heureux nom de l´École.

Or, ce n´est pas l´œuvre du hasard si l´on insiste sur la naissance simultanée, naissance dans le même temps et dans le même espace des deux Écoles. Un pont est ainsi construit entre non seulement l´Est et l´Ouest – comme on va le comprendre dans le texte fondateur –, mais aussi entre parole et image, parole et dessin, entre logocentrisme et iconocentrisme, entre théorie et beaux-arts. Et tout cela à travers l´activité et l´amitié de ces deux personnages éminents, Szabó et Vajda.

Lajos Vajda - Pastel sur papier, 1938Lajos Vajda - Pastel sur papier, 1938

III. L´École européenne

Voici le texte fondateur :

« L´Europe, tout comme le vieil idéal européen est en ruines.

par idéal européen, on avait jusque-là entendu  l’idéal de l’Europe occidentale.

désormais, nous devrons remplacer cet idéal par celui d´une toute l’Europe. Or, la nouvelle Europe ne pourra surgir que de la synthèse de l´Ouest et de l´Est.

en 1945 après J.-Ch., chacun doit décider si c´est à juste titre qu´il porte le nom d´européen.

il nous reste à fonder une école européenne vivante, capable de formuler le triple rapport entre vie, homme, communauté.

notre tâche est avant tout de cerner l´activité de la première « école européenne ». nos conférences, nos expositions, nos publications serviront ce seul but.

oui, il faut l´admettre : nous cherchons la pierre philosophale tout en sachant que la pierre philosophale n´est pas quelque matière chimique, mais une idée vivante et qui devra naître dans l´homme lui-même, dans la société elle-même. »

École européenne.

(Traduit par ÁH)

Par la suite, ce qui veut dire dans cette Hongrie très et trop bientôt opprimée, dans un espace de trois ans, période, bien que courte, d´autant plus prodigue de discussions, de travaux théoriques ou critiques, d´expositions, d´œuvres d´art, on verra une collaboration tantôt explicite, tantôt implicite entre les deux écoles. Et les personnages emblèmes de cette collaboration sont Szabó et Vajda.

Dans un des « cahiers » de l’École européenne, Szabó publie Art et religion, un article où il part d´un propos de Novalis : « Tout art est soit service du temple, soit saccage du temple » (Spiritualité). Ce propos pourrait servir de devise aux deux écoles. Par son radicalisme biblique, par son ignorance de compromis, par son intransigeance.

IV. Szabó et Vajda – une rencontre multiple

Lajos Vajda est la figure de proue de l´avant-garde hongroise, faisant la synthèse du constructivisme russe et du surréalisme « parisien », et il déterminera – de manière posthume – la direction de l´École européenne.

Ernő Kállai dit ceci :

« Lajos Vajda, déjà mourant, ayant un pied dans la fosse,  tissait les yeux brillants, à propos de Picasso des fils d’idéals par lesquels il se se savait et il se voulait appartenir à un univers artistique au rayon infini. [....] Personne d´autre que lui ne connaissait si intensément la vie morale des lignes : leur force d´expression, leur penchant pour les associations artistiques. Il sut combiner les lignes et il sut en jouer comme seul le compositeur le peut. »

Szabó est aux côtés de Vajda à chaque tournant de sa vie. Il lui mettra entre les mains la Bible, ce puits inépuisable de la vie de chercheur-investigateur, et cela au sein du groupe socialiste de Munka ! Pourtant, ils ne se lieront d´amitié que plus tard, à Paris, où Vajda, refusant de prostituer son talent de peintre, faillit mourir de faim, jusqu´à ce que la femme d´Étienne Hajdu ne le retrouve et ne lui apporte à manger. Les deux Lajos partagent pendant un moment la même chambre et essaient, chacun à sa façon, de comprendre ce qu’ils voient. Vajda visite les musées, fait connaissance avec l´art de Kandinsky, Max Ernst, Picasso et Chagall, pour ne citer que ceux qui auront le plus grand impact sur son art.

Lajos Vajda - Huile sur carton, "Autoportrait noir", 1935Lajos Vajda - Huile sur carton, "Autoportrait noir", 1935

Outre ces artistes, deux expositions détermineront sa vision : celle du Musée de l´Homme (Quai Branley) et la grande exposition d´art byzantin. De retour à Budapest, Szabó et Vajda reprendront leurs discussions et travailleront même ensemble. En 1937 est lancée la revue judaïsante Habonim (Constructeurs), son premier et unique numéro est le fruit d´une collaboration. La couverture est le travail de Vajda, l´article de fond est de la plume de Tábor, tandis que Szabó y figure avec son étude Contributions à la critique du marxisme. Ensuite, c´est l´hôpital Saint-Jean de Budapest qui les réunira une dernière fois : tous les deux tuberculeux, ils y discuteront des perspectives de la peinture moderne. La fin est un triple drame. Vajda, très malade, meurt. Szabó quittera l´hôpital privé d’un poumon et partira peu après pour Auschwitz. Vajda mourant dira de Szabó qu´il est bon pour lui comme une mère. C´est l´après-guerre qui les réunira. L´École européenne se rangera sous la bannière de Vajda et son art, et Szabó y participe avec ses textes théoriques.

V. Vajda – une autre attitude d´opposition intransigeante

Vajda est l´ascèse même. De ce refus absolu de toute prostitution (dans le sens baudelairien, donc étymologique du terme), ce refus de peindre pour plaire, il résultera cette privation dont on vient d´entendre un exemple. Et c´était une pauvreté assumée consciemment, donc une sorte d´ascèse. « Vajda – note Endre Bálint (1914-1986), son grand ami et disciple – dès qu’il avait déposé sa valise en carton dans sa nouvelle chambre louée, celle-ci se transformait en cellule. »

Et on voit cette même ascèse dans le choix des couleurs, dans la matière des tableaux (papier d´emballage). Le dessin, composé de lignes ascétiques, sans hachures, sans ombres, est dense. Cela vaut aussi bien pour ses crayons des débuts que pour les grands fusains des dernières années. Quand Szabó appelle les tableaux de Vajda  cosmogrammes, il dut avoir en vue cette densité :

« Vajda a fait le premier pas vers un art cosmogrammatique. Or, ce premier pas doit être fait tout seul, impossible de le faire en division. L´essentiel ici est que cet art est figuratif, ce qui prouve que l´art figuratif peut être productif. Chez Vajda l´univers entier est présent, en ceci il est le contraire de tout épigonisme. [...] Chez Vajda, homme, animal, plante, kobold constituent, ensemble, une image cosmique. La matière première de la réalité ne connaissant pas la division du travail. [...] Là où l´art cosmogrammatique vit à travers des générations, une simple nature morte peut figurer le cosmos. »

Si je souligne l´absence d´ombres, comme je viens de le faire un peu plus haut, c´est que chez Vajda l´espace est transparent, aéré, tissé de lumière, les rayons du Soleil traversent toute la matière. Maisons et tour avec assiette en est un bel exemple. On y voit un couteau, une pomme mi-pelée, une fenêtre, le tout dominé par une tour. La pomme est la première nourriture, la source du péché originel et le fruit de l´arbre du savoir du bien et du mal. Sa peau vient briser le silence de l´espace. Le couteau-séducteur coupe en deux l´assiette, ce véhicule des nourritures terrestres, et les fenêtres-yeux ont un regard méditatif et une présence rassurante, comme moment fondamental de la vie humaine : l´abri. Ces trois éléments forment le « ventre » de l´église, symbole de la nourriture céleste. Ce tableau est une formule de l´existence : un cosmogramme. Un déploiement !

Lajos Vajda - Maisons et tour avec assiette, 1937Lajos Vajda - Maisons et tour avec assiette, 1937

Tout naît de rencontres – disions-nous. Vajda s´est ouvert à des tendances très éloignées les unes des autres aussi bien géographiquement qu´artistiquement: Kandinski, Malevitch, Picasso, Chagall, l´art byzantin et les icônes serbes et russes, et les objets de la vie paysanne hongroise. Il écrit :

« Nous aurions beaucoup à faire, mais il est impossible de réaliser quoi que ce soit dans ces conditions (de domination). Je voudrais esquisser l’unité (dialectique) venant du croisement de nos champs d’intérêt. Voilà deux hommes : Korniss et Vajda. Nés tous les deux en 1908, dans la "Grande-Hongrie". Korniss est un Szekler catholique de rite grec, Vajda est un Hongrois d’origine juive, sous l’influence d’effets serbes. Korniss est né en terre szekler, Vajda, en Göcsej (région de la région de Zala intéressante du point de vue du folklore). D’origine occidentale, je m’oriente vers la Russie et la Serbie (donc vers l’Est), alors que Korniss, d’origine orientale, vers la France et la Hollande (où, enfant, il a vécu un moment). Il s’ensuit donc que nos aspirations tendent à former un nouvel art, spécifiquement d’Europe centrale et de l’Est – via les influences des deux grands centres culturels européens (le français et le russe). La situation (géographique) de la Hongrie en Europe la prédestine à servir de trait d’union entre l’Ouest (la France) et l’Est (la Russie). Nous voulons souder, réunir ce qui représente l’expression artistique (dans les arts) des deux types d’homme européen vivant sur ces deux pôles. Nous voulons être des constructeurs de pont. La Hongrie représentant un pont entre l’Est et l’Ouest, entre le Nord et le Sud. » (Traduit par ÁH.)

C´est ce pont que l´École européenne aura construit pendant un court moment de l´après-guerre, comme réunion et comme passerelle, et un de ses théoriciens fut Szabó, le peintre Vajda lui-même ayant montré la voie.

VI. Szabó, l´artiste

En 1956, Szabó choisit de quitter la Hongrie. Il sera suivi de son disciple, Attila Kotányi et de sa femme, Magda Huszar, deux personnes qui lui resteront liées jusqu´à la fin de sa vie. En quittant le pays, Kotányi portera sur le dos les manuscrits de son maître avec les trois enfants, Magdi, Christophe et Sophie. Les péripéties de cette fuite et la vie des émigrés sont décrites dans le documentaire Amor fati de la cinéaste Sophie Kotanyi. Attila Kotányi adhérera à l´internationale situationniste. Après son exclusion, il rejoint Szabó à Düsseldorf où il est de nouveau son disciple actif et réceptif et un ami fidèle.

Dans les années 1950, et surtout après son départ en 1956 pour l´Europe occidentale où, à court d´audience, il s´adonnera plus intensément à la calligraphie, ses signes Dans tout ce que je fais, le visage humain est présent, d´une façon primaire, originelle, à la façon du réalisme des Grecs. Et d´une façon absolument complémentaire. L’abstraction extrême accompagnée de la physionomie extrême. »

Réalisme et abstraction sont prises ici dans le sens où l´entend Kandinsky. Les lignes abstraites de ces calligraphies ne visent pas du tout à « faire abstraction de quelque chose », à être l´image abstraite d´un soi-disant original. Elles constituent la réalité primaire elle-même, le signe, l´empreinte de cette « âme en croissance qui ne mourra jamais » (lettre de Vajda à sa femme), ou mieux encore, comme le dirait Malévitch, le « monde sans objet » : la réalité spirituelle innée, originelle. Le seul élément matériel y est la ligne comme véhicule : encre de Chine, fusain, plume, feutre.

Les deux éléments, automatisme et visage humain, sont étroitement liés. Seule une présence intense et imperturbable sait laisser faire, laisser partir la main, laisser agir la main de son propre chef. Elle deviendra par là automate, machine qui se meut d’elle-même. Cette main devenue majeure saura porter sur le papier le visage humain.

L´automatisme a encore un autre aspect. Nous connaissons très bien l´automatisme de notre signature. Dès que cet automatisme cesse de fonctionner, notre signature perd toute sa valeur. Nous avons peu d´exemples de deux lettres pouvant devenir signe au point de devenir signature, trace graphique de la personne, comme cet emblème AO, emblème de l´opposition. C´est rare. Rare, mais pas impossible. On voit quelque chose de semblable chez son ami Vajda. Lui assimile des motifs pour les pétrir en signes-signatures.

Comme l´arc tendu qui décoche soudain ses flèches, Szabó lance son bras et sa plume et leur donne leur direction, afin que les lignes mouvantes, en plein vol, conquièrent le vide béant entre l´âme et la feuille blanche. Les dessins prennent vie, naissent, deviennent les messages, les signes de la présence d´esprit.

Szabó dessine tout comme il parle : sous la main qui dessine, on perçoit, on voit se dessiner sa respiration et ses accents plus ou moins forts, dans les lignes tantôt épaisses, tantôt plus minces. Ces lignes sont faites de musique. Comme le dit Yehudi Menuhin dans sa lettre à Szabó : « Moi aussi, je pense que les lignes peuvent parfois se transformer en musique. » Cette musique qui est toujours au présent, comme chez Mallarmé, dessine éternellement de sa plume le poème paronymique, le signe-cygne. Et nous autres, les spectateurs-lecteurs, suivons du regard la naissance de ces lignes, pour les faire renaître éternellement dans notre âme.

Agnès Horvath

NB. Tous les textes hongrois cités ont été traduits par l´auteur et révisés par Christophe Kotanyi à qui j´exprime ici mes remerciements (nda).

Tous les commentaires

28/02/2012, 12:36 | Par Taky Varsö

Merci Patrice Beray pour ce billet (et à Agnès Horvath).

Ouverture sur une littérature et culture plutôt méconnues du fait de "l'insularité" si l'on peut dire de la langue hongroise. 

J'aime beaucoup cet énoncé (parmi d'autres): "« Vajda – note Endre Bálint (1914-1986), son grand ami et disciple – dès qu’il avait déposé sa valise en carton dans sa nouvelle chambre louée, celle-ci se transformait en cellule. » 

28/02/2012, 22:09 | Par Patrice Beray en réponse au commentaire de Taky Varsö le 28/02/2012 à 12:36

C'est un plaisir, Taky Varsö, une sorte de hasard objectif ayant présidé à ce billet.

29/02/2012, 19:50 | Par Agnes Horvath en réponse au commentaire de Taky Varsö le 28/02/2012 à 12:36

C est une citation dans mon article sur Vajda. Elle y sert á introduire Kafka dans l univers de Vajda et á les relier. Bálint, peintre, a illustré la premiere édition hongroise du Proces de Kafka. 

28/02/2012, 13:52 | Par kakadoundiaye

Magnifique cours de littérature-peinture  qui survole mes notes et mon admiration pour Kassak et mon intention de faire une étude plus approfondie de Ma.

Je n'ai pas trouvé ici cependant, puisque Cendrars est cité, son équivalent et traducteur, et immense personnalité que fut Attila Joseph, qu'une place suffisante,, dans ce vaste et profond panorama lui soit consacré. 

Bravo et merci

28/02/2012, 22:23 | Par Patrice Beray en réponse au commentaire de kakadoundiaye le 28/02/2012 à 13:52

Volontiers, on reviendra sur Attila Jozsef, "le mendiant de la beauté". Et volontiers, on vous lira sur Ma. Vous trouverez une version plus complète de ce texte d'Agnès sur le site dédié à Szabo (signalé par un lien dans mon texte liminaire).

28/02/2012, 14:52 | Par patrick rodel

passionnant ! la Hongrie a été un laboratoire très riche d'artistes et d'écrivains que l'histoire a tués ou oubliés ; merci de nous faire découvrir un pan de cette culture effervescente, pleinement européenne et ouverte à toutes les richesses du passé et du présent - je trouve admirable cette capacité à ne rien renier alliée à une volonté d'aller de l'avant. Bel exemple à méditer.

29/02/2012, 19:53 | Par Agnes Horvath en réponse au commentaire de patrick rodel le 28/02/2012 à 14:52

Merci beaucoup.

Vous devez pas mal connaitre l histoire de Hongrie. Je pense á cette tournure: oubliés ou tués. malheureusement, c est vrai.

Mais je trouve toutes vos remarques d une pertinence exceptionnelle. Merci encore.

28/02/2012, 16:37 | Par richard crevier

Voici — enfin dans Mediapart — un article bien informé et bien écrit. Kassak et la revue Ma ainsi que les positions de l'avant-garde hongroise envers la Commune de Budapest méritent d'être mieux connus. 

28/02/2012, 22:35 | Par Patrice Beray

A tous deux : à très bientôt de lire Agnès Horvath sur Mediapart...

02/03/2012, 15:54 | Par jean-claude leroy

Merci pour cette découverte, Patrice. Une Hongrie en couleurs, voilà qui la rafraîchit d'un coup. En attendant Attila…

05/03/2012, 19:33 | Par Agnes Horvath en réponse au commentaire de jean-claude leroy le 02/03/2012 à 15:54

Maintenant, je pense plutot á un Kassák - École eurpéenne plus ample.

Et je m excuse mais techniquement, je ne peux pas mettre les accents avec mon clabvier. Et une réponse préfabriquée, cela perdrait beaucoup - du suc de ce genre.

02/03/2012, 19:26 | Par Patrice Beray

J'ai rajouté une “image”, Jean-Claude, en toute fin de billet. Peut-être celle que je préfère de Vajda...

06/03/2012, 11:07 | Par marguerite

Après une première lecture de ce très bel article, une deuxième.

J'ai sous les yeux le livre de Krisztina Passuth "Les avant-gardes de l'Europe centrale, 1907-1927" publié en 1988 chez Flammarion.

Livre foisonnant et passionnant, maintes fois parcouru, mais dans lequel je ne trouve aujourd'hui aucune mention de Lajos Vajda et de Lajos Szabo.

C'est donc ici une découverte, à plus d'un titre ; découverte de leurs oeuvres respectives, de leur vie, de leur présence au sein de l'avant-garde artistique hongroise, de leur opposition à Kassak à propos de la cruciale situation en URSS ; Kassak, "peut-être le plus connu des trois en Europe"  écrit Agnès Horvath, ce que disent également les nombreuses pages qui lui sont consacrées dans le livre de Krisztina Passuth (sans parler de tout ce qu'on peut y lire concernant  MA).

La grande et multiple richesse des textes et beauté des reproductions ("Autoportrait noir" de Lajos Vajda  est magnifique) donnent à ce "billet" une dimension bien plus large que le simple passage d'une présentation.

Merci à vous.

 

07/03/2012, 08:33 | Par Patrice Beray

Commentaire ô combien précieux, Marguerite, qui montre que l'histoire littéraire (ou artistique) ne va jamais sans "angles morts" (je ne dis pas sans “oubli”, car pour cela il faut avoir connu, comme me le rappelait justement Agnès, lors de l'écriture de ce "billet", à propos de Lajos Vajda).
On a vu des œuvres resurgir du néant où les avait laissées la destinée même de leur créateur. J'en connais un fort exemple avec Benjamin Fondane. Apparaît alors dans toute sa crudité le problème de la "réception" des œuvres. Qu'est-ce que cela signifie lire, voir, entendre des œuvres avec d'importants décalages dans le temps, œuvres qui, souvent, témoignent en elles-mêmes, constitutivement, dans leur geste même (artistique) de ce temps décalé, enrichi, qui fut existentiel, et que les artistes savent "montrer" dans leurs créations mêmes, en en faisant une force agissante (destructrice et créatrice).
Cela en fait, souvent, des œuvres doublement pertinentes. Parce qu'elles ont intégré le temps de l'œuvre dans toutes ses dimensions, temps long de la sensibilité bien compris (celui même que l'on "oublie", que l'on méconnaît pour le coup majoritairement, dans notre aujourd'hui profus, diffus, précipité, où tout est censément disponible).

07/03/2012, 09:41 | Par françois périgny

Des nouvelles de l'Est, cher Patrice, qui me réjouissent et que je marque d'un . afin de pouvoir revenir, revenant, les lire la nuit.

12/03/2012, 14:37 | Par Anne Guérin-Castell

Mille mercis à toi, Patrice, le passeur inspiré, et à Agnès Horvath pour cette mise en perspective, entre avant-garde et opposition, des mouvements qui ont traversé la littérature et le milieu artistique hongrois. Un billet très riche, à lire et relire avec la lenteur qui convient.

Si l´esprit ressent quelque nostalgie de la reconnaissance, la faute est à chercher dans l´esprit lui-même. Je découvre Szabó, ce “Socrate des temps modernes” après avoir, grâce à vous deux (si j'ai bien compris), découvert Tibor Déry. Quant à “l'ange” Vajda, mort si jeune, j'espère qu'une exposition permettra bientôt de voir ses œuvres si diverses dans le mouvement même de leur création.

12/03/2012, 21:23 | Par Patrice Beray

Merci à vous, Pierre et Anne. Et pardon, Anne, j'ai dû mal m'exprimer : j'ai fait la connaissance d'Agnès à la suite de la publication de mon billet sur Tibor Déry grâce au photomontage qui l'“illustrait” de Lajos Vajda. D'où cette suite, inespérée, sur Vajda et Szabó. Et d'autres à venir, déjà, du côté d'Agnès...

25/03/2012, 00:30 | Par Agnes Horvath

"J'ai sous les yeux le livre de Krisztina Passuth "Les avant-gardes de l'Europe centrale, 1907-1927" publié en 1988 chez Flammarion.

Livre foisonnant et passionnant, maintes fois parcouru, mais dans lequel je ne trouve aujourd'hui aucune mention de Lajos Vajda et de Lajos Szabo."

Pardon, Marguerite, je me suis rendu compte un peu tard d une éventuelle mal-compréhension. Avant 1927, Vajda a été totalement inconnu, ayant 19 ans, au plus. Et Szabo, il n a commencé á dessiner que dans les années 50. Il ne faut donc rien reprocher á Krisztina Passuth.

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