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Débat ou pas, le Parlement est toujours plus désarmé

Le président de la République a annoncé à Londres le renforcement de la présence française en Afghanistan. Cette décision traduit un nouvel alignement sur la politique des Etats-Unis. La forme, peut-être aussi le fond ont provoqué une certaine émotion jusque dans les rangs de la majorité. Sarkozy a donc « concédé » un débat au Parlement. Qu’on ne s’y trompe pas pour autant : la V° République a depuis longtemps réservé l’exclusivité des questions de défense au seul chef de l’Etat et le processus continue aujourd’hui encore. La gauche y a efficacement contribué ; si bien que les présentes protestations de plusieurs de ses dirigeants pêchent par une sérieuse amnésie.

La Constitution, il est vrai, manque pour le moins de clarté dans ce domaine : l’article 15 fait du président de la République « le chef des armées », mais l’article 20 déclare que « le gouvernement dispose de la force armée » ; quant au Premier ministre, l’article 21 le fait « responsable de la défense nationale ». C’est par décret que De Gaulle, le 14 janvier 1964 a clarifié cette situation en s’attribuant la charge éminente d’engager seul le feu nucléaire aérien des missiles et Mirages IV de l’époque. Giscard d’Estaing a étendu ce pouvoir à l’ensemble des forces stratégiques sans que la Constitution l’y autorise. Mais Mitterrand, le 16 novembre 1983 prit soin de confirmer cette extension en ces termes : « La pièce maîtresse de la stratégie de dissuasion en France ne peut reposer que sur la décision d’un seul, c’est le chef de l’Etat, c’est moi ». D’évidence, la détention de l’arme nucléaire a joué dans les institutions de la V° République un grand rôle dans l’hyper-concentration de la puissance présidentielle. Elle a exercé un tropisme centralisateur et coercitif en généralisant le culte du secret. L’arrivée de la gauche au pouvoir n’y a rien changé, au contraire. Toutes les formations politiques membres de la majorité ont indéfectiblement soutenu la confiscation présidentielle. Ainsi le Parti communiste qui avait défendu jusqu’en 1978 une procédure et une organisation collégiales de la politique de défense a soutenu a posteriori l’intervention française au Liban en 1982 (et l’action sur Baalbek en novembre 1983), puis au Tchad en août 1983 alors qu’aucun conseil des ministres ne s’était réuni ; il l’a fait au motif que « les actions militaires sont du ressort exclusif de la Présidence de la république ». Avec la première cohabitation en mars 1986, Mitterrand a renforcé le pouvoir propre du président en exerçant un veto sur la nomination des ministres de la défense et des affaires étrangères du gouvernement Chirac ; et la loi de programmation militaire de celui-ci fut arbitrée à l’Elysée. En janvier 1991, c’est Mitterrand seul qui décide de faire participer la France à la guerre du Golfe et arrête les détails du plan de l’engagement des forces en écartant complètement le Premier ministre Michel Rocard. Et il obtient la démission du ministre de la défense Jean-Pierre Chevènement, hostile à la guerre.

Le Parlement n’a-t-il donc aucun pouvoir ? Selon l’article 35 de la Constitution « la déclaration de guerre est autorisée par » lui. Mais cette disposition est plus une survivancedu droit de la guerre tel que fixé au début du XX° siècle qu’une formule adaptée aux mutations de la guerre elle-même depuis le milieu de celui-ci. Aussi la précision retenue par Sarkozy dans l’avant-projet de loi de réforme constitutionnelle est-elle bien venue puisqu’elle prévoit le vote d’une motion par le Parlement pour prolongerune intervention des forces armées au-delà de six mois. Cela suffira-t-il ? On sait comment aux Etats-Unis depuis le 11 septembre, la guerre contre le terrorisme justifie les pires atteintes aux droit des gens, du mensonge d’Etat jusqu’à la torture. Par ailleurs, la France s’est rapprochée du « modèle » américain et de son Conseil National pour la Sécurité (NSC) avec la création d’un nouveau Conseil de Défense et de Sécurité Nationale le 3 janvier dernier. Cet organe va se substituer aux actuels Conseils de Défense et va donc confondre sécurité extérieure et intérieure. Son « conseil consultatif » sera intégralement nommé par le Chef de l’Etat. C’est le parachèvement de la concentration quasi absolue des pouvoirs de défense et de sécurité dans les mains du Président.

Finalement, il n’est pas inutile de revenir aux débats fondateurs de notre République. Celui que trancha l’Assemblée constituante le 20 mai 1790 après une intense discussion sur « le droit de guerre et de paix » en fait partie. Les conservateurs s’acharnaient à vouloir le « déléguer au roi » ; Mirabeau proposa une « motion de synthèse » selon laquelle « la guerre ne pourra être décidée que par un décret du corps législatif rendu sur la proposition formelle et nécessaire du roi et ensuite sanctionné par sa majesté ». Ce principe s’appliqua le 3 avril 1814 à Napoléon I° ; le Sénat proclama sa déchéance en relevant que « Napoléon Bonaparte a déchiré le pacte social qui l’unissait aux Français (…) en entreprenant une suite de guerres en violation de l’acte des constitutions du 22 frimaire an VIII qui veut que la déclaration de guerre soit proposée, décrétée et promulguée comme des lois ». En d’autres termes, la publicité et la contradiction d’une délibération législative sont d’utiles précautions contre les dérives du pouvoir personnel quant la force et le droit sont en cause au plus haut niveau. Ce sont des précautions qui font gravement défaut aujourd’hui à la V° République et qu’il faut pleinement rétablir.

Paul Alliès

Tous les commentaires

Aujourd'hui au moins 2 articles parus sur Médiapart justifient de plus en plus votre combat. Votre billet bien sûr mais également l'article sur l'affaire Borrel qui démontre combien une affaire de droit peut évoluer dans un sens ou dans l'autre selon bon vouloir du pouvoir de l'exécutif. La réforme des institutions en court est bien mince au regard des besoins d'une démocratie. Nous allons devoir faire un inventaire non pas à la Prévert mais argumenter sur chacune des mesures préconisées pour justifier combien elles sont nécessaires dans l'intérêt de chaque citoyen et de la démocratie.

Vous avez bien raison: les institutions de la V° République sont en partie responsables de la crise morale et même sociale qui caractérise la FRANCE aujourd'hui. Il faut tout faire pour porter ce débat sur la place publique. Ce n'est pas une mince tâche quand on sait l'inertie des partis politiques sur ce sujet, et tout spécialement ceux de gauche. Paul Alliès

Bonjour, F. Hollande disait ce matin sur "France Info" qu'un débat et un vote consultatif des parlementaires avait eu lieu en 91avant l'engagement des forces françaises en Irak. Ce point contredit ce que vous dites "En janvier 1991, c’est Mitterrand seul qui décide de faire participer la France à la guerre du Golfe et arrête les détails du plan de l’engagement des forces en écartant complètement le Premier ministre Michel Rocard" Est-ce une erreur de votre part ou de la part de Hollande ? un raccourcis ? ou ces 2 points n'ont-ils rien à voir l'un avec l'autre ? Ceci ne remet cependant en aucun cas ce qui est effectivement écrit dans la constitution.

Voici quelques détails sur l'engagement par François Mitterrand de la France dans la 1° guerre du Golfe. Le 2 août 1990 a lieu l'invasion du Koweit par l'Irak. Le 17 janvier 1991 Mitterrand donne l'ordre à la division Daguet d'intervenir contre l'Irak avec la coalition alliée; le 24, celui de passer à l'action terrestre; le 28 celui de suspendre les opérations. Voilà pour ce qui est de la décision stratégique assumée par "Mitterrand seul". Cela ne signifie qu'il reste inerte: les présidents des groupes parlementaires sont informés à Matignon de la suite des évènements. Du 16 janvier au 3 mars, le Chef de l'Etat intervient six fois à la télévision sur le sujet; ce travail de communication a été jugé exemplaire d'une bonne "mobilisation de l'opinion" (Elisabeth Dupoirier, L'état de l'opinion. SOFRES, Le Seuil, 1992). Mais c'est une couverture médiatique qui a passablement contourné le parlement. Celui-ci a entendu un message du Président le 16 janvier. Le 17, le Premier ministre Michel Rocard engage la responsabilité de son gouvernement sur la base de l'article 49.1 de la Constitution (alors qu'il ne disposait que d'une majorité relative) pour obtenir le soutien des députés "à l'emploi des moyens militaires que commande la participation de notre pays à la mise en oeuvre des résolutions des Nations Unies" (523 pour, 43 contre, 8 abstentions ou NPPV). Ce vote a eu lieu après l'entrée en action des armées. Le 29, Chevènement démissionne et est remplacé par Pierre Joxe. Paul Alliès

merci pour l'éclairage !

Je suis trés choqué de l'indépendance dont dispose Notre Président pour JUGER TOUT SEUL,d'aller TUER DES HOMMES et SOIT TOUT SEUL A DECIDER DE QUAND SANS AVOIR DONNE LA MOINDRE EXPLICATION AUX FRANCAIS. Cet homme si courageux, à l'instar de la royauté britannique, laisserait-il son fils Jean, aller combattre en Afghanistan? ET, QUI, voudrait que son fils , son mari ou son pére ,se fasse tuer là-bas?sans raison clairement valable, pour un combat douteux qui n'est pas clairement une priorité des nations qui y participent... QUE FAIT DONC L'OPPOSITION? RIEN ! ET NOUS?.... NE DEVONS NOUS PAS NOUS REVEILLER AVANT QU'IL NE SOIT PLUS QUE TROP TARD...... je n'ai pas de fils...mais je souhaite que Médiapart participe

Comme je l'écrivais l'autre jour, il faut débattre publiquement de ce que la guerre est devenue, notamment depuis la première guerre du Golfe. Pour aller plus loin: Michael Walzer, De la juste guerre. Belin, 1999. Daniel Bensaïd, Contes et légendes de la guerre éthique. Textuel, 1999.

Mais qu'est ce qui peut bien motiver NS a s'engager plus avant dans la galère Afghane? Si cela se passe bien on en parlera guère, si ca se passe mal (ce qui ne manquera pas d'arriver) c'est lui qui en fera les frais politiques. Pense t'il vraiment que mille bonshommes en plus changeront quoi que se soit à cette situation, alors qu'il en faudrait 100 000 de plus pour réellement venir à bout des Talibans, contrôler le pays et contrer la corruption du régime de Kaboul? A mon avis, il a du subir des pressions des autres membres de la coalition, notamment mais pas seulement ses copains Brown & Bush, pour que la France mouille un peu plus sa chemise dans ce bourbier. Si au moins ce petit bataillon pouvait être recruté au sein de nos meilleurs gendarmes-chasseurs d'enfants, sous le commandement du Général Brice Hortefeuavolonté, au moins ca nous ferait de l'air. Et avec un peu de chance les Talibans tomberaient comme des mouches - morts de rire.

un ministre des affaires étrangères est en poste au gouvernement , disparu ? à part aux guignols il ne s'exprime plus ; muselé ? c'est vrai que son coeur penche à gauche !!! Bernard , il faut réagir et prendre position , l'humanitaire ça existe encore , oui ou non?

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