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Médias et classes populaires : sortir des préjugés

Une enquête sociologique de réception des médias mettant en cause certains préjugés élitistes et misérabilistes traînant dans les milieux critiques : Médias et classes populaires par Vincent Goulet...
Médias et classes populaires. Les usages ordinaires des informations
Par Vincent Goulet
Paris, INA Éditions, 2010, 340 pages, 20 euros
Enseignant-chercheur à l'Université de Nancy 2, Vincent Goulet bouscule opportunément certaines visions manichéennes des médias en vogue dans les milieux critiques comme dans les couches moyennes du salariat : une vision misérabiliste et méprisante de publics populaires supposés complètement « aliénés » et « abrutis » par « la propagande dominante ». Pour Goulet, s'adossant largement à la sociologie critique de Pierre Bourdieu, on ne peut se contenter d'envisager le contenu des messages médiatiques sans prendre en compte la variété des filtres du côté de leurs récepteurs, dotés d'expériences sociales spécifiques (de classe, de genre, etc.).
Pour ce faire, il se nourrit principalement d'une enquête menée entre 2005 et 2008 dans un quartier HLM de la banlieue bordelaise dans lequel il a vécu. Une originalité de cette démarche parmi les études de réception, qui ont beaucoup exploré les séries télévisées, consiste à prendre pour objet les informations et leurs usages populaires dans la vie quotidienne. Ce qui le conduit à mettre en cause, preuves empiriques à l'appui, « le présupposé selon lequel les médias ont une plus grande influence sur les personnes les moins pourvues culturellement ». Loin de nier l'existence de rapports de classe sur le plan culturel, il rompt toutefois avec les caricatures élitistes des milieux populaires, en notant les ambivalences des réalités observables pratiquement : tout à la fois « un sentiment de dépossession culturelle » et « une certaine dose d'inventivité, de fantaisie ».
Ses observations débouchent sur des pistes quant à de possibles médias « populaires et engagés » : « prendre plus au sérieux les faits divers, le sport,, les potins pour ce qu'ils recèlent d'une forme de conscience politique pour les articuler de façon plus souple avec les discours programmatiques et le jeu politique ». Stimulant !
Philippe Corcuff
Paru dans Tout est à nous ! (hebdomadaire du NPA), n°91, 24 février 2011

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Je trouve ton article assez intéressant, mais il fait encore une fois l'impasse sur le champ extrémement fécond des "cultural studies" (en particulier sur la question de l'hégémonie (à partir d'une lecture "singulière" de Gramsci) versus le concept de "idéologie" tel qu'il a pu être déformé par une lecture positiviste du marxiste (auquel Bourdieu était trés loin d'échapper) Sans oublier la méconnaissance profonde (mais malheureusement assez généralisée) des recherches effectuées en SIC (sciences de l'information et de la communication) en particulier sur les cultures "de masse" (télévision, polar, bande dessinée, maintenant jeux vidéos) en croisant regard sociologique (mais plutot issus des microsociologies empiriques) et regard esthétique critique...
Le travail de Vincent Goulet s'inscrit dans le cadre de la sociologie de Pierre Bourdieu, déplacée par les critiques adressées par Claude Grignon et Jean-Claude Passeron (dans Le savant et le populaire. Misérabilisme et populisme dans la sociologie et la littérature, Seuil/Gallimard, collection "Hautes Etudes", 1989) à Bourdieu quant aux risques de misérabilisme dans le rapport au populaire. Il prend, ce faisant, en compte les ambivalences des pratiques populaires, entre contraintes oppressives et marges d'autonomie.
Cela rejoint, avec des outils différents, les secteurs les plus "marxistes" des "cultural studies" britanniques, tout particulièrement Stuart Hall; voir son magistral "Codage/décodage" (1e éd. : 1973), qu'on trouve sur internet dans la revue Réseaux, n°68, novembre-décembre 1994.
"Codage/décodage" n'est définitivement pas le texte que je préfère de Stuart Hall.En français, je ne saurait trop recommander son anthologie parue aux éditions amsterdam (en particulier le texte où il explicite son "usage" des textes de Gramsci) ainsi que l'anthologie des textes de CS (mais pas seulement la version "anglaise classsique", mais aussi l'américaine aprés le "cultural turn") Il y a aussi une production de CS non traduit en français mais pourtant particulièrement riche, celle provenant d'amérique latine et d'asie (plus particulièrement d'Inde)
Bon , là je ne suis pas chez moi, mais si ça intéresse quelqu'un je peut vous donner des références bibliographiques de toute cette production...
Désaccord donc! Ce n'est pas grave.
Mais, pour penser les contraintes pesant sur la production des messages dans une société capitaliste (mais aussi les autonomies relatives professionnelles), d'une part, et comment les réceptions peuvent être décalées par rapport à ces contraintes, il y a peu eu de textes théoriques en sciences sociales aussi stimulants que ce texte de Stuart Hall, largement encore en avance sur la production universitaire courante (sans parler de la pauvreté de nombre d'analyses politiques radicales dans le sillage de Chomsky...).
Désaccord donc! Ce n'est pas grave.
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Il y a deux sortes de désacords : les désacords graves, et les désacords stimulants. Là on va dire qu'on a affaire à la seconde catégorie...
Cela dit, ça n'a rien a voir avec la position de Chomsky (et alii), que je trouve plutot médiocre (mais c'est un avis personnel) en ce qui concerne "la critique des médias" (et je ne parle même pas des épigones)
Pour ma part, ma position se rapprocherait plus des "médiacultures" chères à Eric Maigret et Eric Macé...
Initiative originale : s'intéresser à la pensée des habitants de hlm... peut-être moins pénétrés qu'on ne le dit des bandes dessinés, jeux vidéos, et autres séries télévisées, et moins subjugués par l'hégémonie supposée d'un pouvoir culturel dominant.
Je vais consulter cet ouvrage, dont le programme annoncé sur ce billet me paraît intéressant. Celà dit, ce que j’en lis ici est encore un peu insuffisant pour parler d’un renversement de perspectives.
Qu’il y ait des étincelles d’inventivité et de fantaisie en tout être au monde, oui, soit ! qui dirait sérieusement le contraire ?... Sans posséder les mêmes référents culturels, les personnes des classes populaires ne sont pas davantage privées de créativité que celles des couches de populations plus aisées (qui, à l'inverse, sont tout aussi capables que n’importe qui d’autre, par ailleurs, de paresse intellectuelle, de platitude artistique, de suivisme et de pauvreté sensibles, y compris devant les plus grandes œuvres de l'esprit), nous en conviendrons spontanément sans avoir à étudier particulièrement le rapport à tel ou tel autre support, télévisé ou non. Intuitivement, nous partageons cet avis, et la recherche universitaire ne peut, dans cette optique que conforter cette idée.
Ce qui me chiffonne ici, c’est qu’attiré par l’annonce d’un renversement des « visions manichéennes », je n’ai rien trouvé qui démentirait l’influence des medias sur nos consciences selon notre niveau de connaissances et de pratiques culturelles. Peut-être la lecture de l’ouvrage m’en dira davantage ? Nous verrons bien.
Q.SORTIR DES PRÉJUGÉS SUR LES CLASSES POPULAIRES!QUEL SUJET INTÉRESSANT ET QUELLE INVITATION UTILE . OUI, EN EFFET, IL SERAIT BON DE SORTIR "DES VISIONS MANICHÉENNES".JE VAIS LIRE CE NOUVEL OUVRAGE ET VOUS INVITE EN MÊME TEMPS A RELIRE ..OU LIRE " LA CULTURE OUVRIÈRE" DE MICHEL VERRET (L'HARMATTAN) QUI N'A PAS EU EN SON TEMPS L'AUDIENCE, L'ÉCOUTE QU'IL MÉRITAIT.
Pour compléter votre dossier :
http://www.fabula.org/actualites/j-ranciere-le-spectateur-emancipe_26887.php
Voili, voilà
PS : J'étais chez les Verts dans le courant des trois mousquetaires Phil Chaillant, PH Boursier, W Pelletier et le troisième Phil C qui n'est jamais venu aux réunions du courant
. Ceci jusqu'à ce que Phil B sonne le raliement à DV.
Que deviennent les deux autres Phil ? Et WP ?
Merci de votre réponse.
Ce livre peut-être intéressant. Mais il concerne surtout les préjugés des intellectuels, et en particulier des universitaires (disons, style Télérama).
Il existe bien évidemment une pensée populaire et des médias, du cinéma, des comiques, des politiques (qui y courent après, surtout).
Il me semble que l'échec actuel des universitaires est plutôt lié au repliement sur soi, sur "les pairs" (j'avais signalé que Bourdieu lui-même y avait cédé dans Sur la télévision).Et j'ai même eu l'occasion de parler de l'affaire Bogdanov où toute la question est précisément de faire de la bonne vulgarisation et reprendre la diffusion des connaissances, plutôt que se replier dans sa tour d'ivoire.
Si on ne veut pas que le populisme gagne, il faut reprendre ce genre de travail, au lieu de viser seulement une ligne de plus dans sa bibliographie.