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Fraude électorale à Attac : éléments d’information et épilogue judiciaire

Contrairement au PS, Attac s’est courageusement confrontée à la question de la fraude électorale interne de juin 2006 : un texte de Jean-Marie Harribey et Aurélie Trouvé (co-présidents) sur son épilogue judiciaire…. 

 

Fraude, plainte contre X, non-lieu : épilogue Par Jean-Marie Harribey et Aurélie Trouvé (co-présidents d’Attac France) 7 septembre 2009 (publié sur <http://www.france.attac.org/spip.php?article10266>)L'association Attac a reçu à la fin du mois d'août 2009 l'ordonnance de non-lieu relative à la plainte contre X déposée à la suite de la fraude ayant marqué l'élection du conseil d'administration de juin 2006. Le Conseil d'administration du 12 septembre prochain devait arrêter une courte déclaration annonçant le non-lieu et informant les adhérents des résultats de l'enquête judiciaire. En effet, nous avons pris connaissance du réquisitoire du Parquet de la République ayant précédé l'ordonnance de non-lieu dans lequel sont établis les faits suivants.

 

Une personne, à l'époque salariée de l'association, Christophe Ventura, a reconnu, après l'avoir nié, avoir pénétré dans les locaux d'Attac, dans la nuit du 13 au 14 juin 2006 (celle après laquelle la tendance des résultats de l'élection a brutalement basculé), après minuit, donc hors des heures d'ouverture des locaux, dans lesquels tous les bulletins de vote en cours de dépouillement étaient entreposés, et pour un motif déclaré totalement étranger à l'activité de l'association. Cette personne a été, pendant cette intrusion, en communication téléphonique avec Jacques Nikonoff, Bernard Cassen et Michèle Dessenne, qui se trouvaient à proximité.

 

Ces faits sont authentifiés. Cependant, les règles de preuve du droit français exigeraient de relier directement et formellement cette intrusion nocturne et la fraude, ce qui est impossible matériellement. Le juge d'instruction ne pouvait donc que statuer qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre quiconque. Attac prend acte de cette décision.

 

Mais un non-lieu ne signifie pas que rien ne se soit passé. La commission d'enquête interne avait mis au jour les faux bulletins de vote et ses conclusions avaient été admises par Jacques Nikonoff et Bernard Cassen.

 

Malheureusement, en assumant le risque de relancer des querelles mortifères, Jacques Nikonoff et Bernard Cassen, ont publié vendredi 4 septembre un communiqué qui ignore ou qui cache les faits aujourd'hui établis par l'enquête judiciaire.

 

Nous avions fait le choix, au vu du réquisitoire, de ne pas poursuivre la procédure juridique, considérant qu'Attac avait tourné la page et que les résultats de l'enquête suffisaient à apporter la clarification indispensable qu'attendaient les adhérents qui avaient tant souffert de voir leur association aussi malmenée et déconsidérée.

 

Plus de trois ans après cet épisode douloureux, nous restons persuadés que le mieux était et reste de veiller à la préservation de l'outil que représente Attac, tout en informant sobrement les adhérents des faits dont nous avons connaissance. Aujourd'hui, la dissimulation de la violation nocturne des locaux de l'association nous oblige à rendre public le contenu du réquisitoire et de l'ordonnance de non-lieu, sans autre commentaire. Les adhérents sont en mesure d'apprécier ces évènements passés, sereinement et sans esprit de revanche. Et nous aurons à cœur de continuer avec eux à promouvoir les analyses et les propositions d'Attac.

 

Montreuil, le 7 septembre 2009

 

Pour le Bureau d'Attac France,

 

Jean-Marie Harribey et Aurélie Trouvé, co-présidents

 

Le réquisitoire et l'ordonnance de non lieu sont téléchargeables sur :

<http://www.france.attac.org/spip.php?article10266>

 

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Extrait des trois derniers paragraphes de la page 7 du réquisitoire

 

Christophe VENTURA, salarié de l'association, indiquait ne pas avoir les clefs de la salle de réunion où se trouvaient les bulletins, mais avoir les clefs du local lui-même (D155).

 

Il disait ne pas être allé au restaurant avec Jacques NIKONOFF et Michèle DESSENNE le soir du 13 juin. Il reconnaissait - après l'avoir nié dans un premier temps - s'être rendu après minuit de sa propre initiative dans les locaux de l'association pour imprimer un document pour sa compagne. Celle-ci avait rédigé un document qu'elle devait utiliser le lendemain matin dans le cadre de son travail.

 

Il disait n'avoir vu personne sur place, être resté un quart d'heure dans les locaux, et être allé directement à son bureau, sans essayer d'accéder à la salle des urnes. Il niait toute falsification des bulletins et disait avoir été en contact téléphonique avec Jacques NIKONOFF, Bernard CASSEN et Michèle DESSENNE pour un autre motif que de s'assurer que les locaux étaient vides. Il ne sait pas où ils étaient quand ils l'avaient appelé.

 

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Extrait des deux derniers paragraphes de la page 8 du réquisitoire

 

L'exploitation des facturations détaillées et géo-localisations des téléphones portables laisse apparaître que Jacques NIKONOFF se trouvait sur la commune de MONTREUIL de 19h06 le 13 juin 2006 à 01h26 le lendemain, et à proximité immédiate du siège d'ATTAC à partir de 23h10, qu'il a, à ce moment-là, été en contact téléphonique avec Christophe VENTURA et Michèle DESSENNE (D43).

 

Quant à Bernard CASSEN, il est établi qu'il se trouvait également sur la commune de MONTREUIL le 13 juin 2006, jusqu'à 23h20, et avait eu un entretien téléphonique avec Christophe VENTURA.

 

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Tous les commentaires

 

Merci pour ces informations.

J'en ai tiré quelques enseignements sur l'avenir du PS, ou plutôt sur son absence d'avenir :

Un non-lieu pour Attac qui annonce la fin du PS 

 

 

Il y a une solution pour éviter les fraudes dans les votes internes des partis et associations: faire voter les adhérents le moins possible . Je ne sais à quel parti de gauche je donnerai la palme de celui qui associe le moins ses militants aux décisions.

 

Après cette fraude, les fraudeurs ont créé, à l'intérieur d'ATTAC "Avenir d'ATTAC ? (ou désir d'ATTAC) puis ils sont partis pour créer le M'PEP ( Mouvement Pour l'Education Populaire) devenu un soutien du Parti de Gauche. Etant donné ses faibles moyens, ce soutien est confidentiel. De plus, quand les fraudeurs dirigeaient ATTAC, ils demandaient aux militants de se tenir à distance des partis politiques, (lors du référendum de 2005)

Cet exemple va-t-il influencer la suite ? Va-t-il y avoir une scission au PS ? C'est peu probable car la vie d'une association ne ressemble pas à un panier de crabes comme c'est le cas d'un parti politique classique, la confrontation des idées prenant la place de tout ce qui est lié à des ambitions personnelles.

" la vie d'une association ne ressemble pas à un panier de crabes comme c'est le cas d'un parti politique classique, la confrontation des idées prenant la place de tout ce qui est lié à des ambitions personnelles."

Guydufau,

Je trouve que vous manquez de réalisme. Les associations abritent, souvent, quelques individus qui cherchent essentiellement a acquerir du pouvoir sur les autres. C'est la plaie qui menace toutes les associatons et pas uniquement celles qui ont une raison sociale politique.

Cordialement

Mon expérience associative rejoint la vôtre en tous points, Faunus.

La nature de l'humain c'est d'avoir du pouvoir sur sa vie. certains le traduisent en pouvoir sur les autres. ça se passe dans tous les groupes, à partir de deux (à partir de un, parfois !) .

Le jour où ceux qui veulent contribuer à changer les systèmes injustes accepteront de regarder en face la nature humaine... on pourra peut-être apprendre à faire avec !

Ici sur "Mediapart" nous sommes bien placés pour le savoir. Quelqu'un a-t-il eu des échos de la réunion d'hier des bras cassés de l'ALM ?

A abur

votre lien ne fonctionne pas

Je salue pour sa grande sagesse et sa volonté d'apaisement la décision de Jean-Marie Harribey et Aurélie Trouvé de ne pas poursuivre la procédure.

Il demeure que les faits sont extrêmement attristants.

Pour la justice, il y a non-lieu. On peut aller un peu plus loin grâe à cet article.

Pour les personnes concernées, il y a tout lieu de connaitre les attendus du non-lieu afin de savoir ce qu'on peut penser de Cassen, Nikonoff, Dessenne, Ventura.

Tout de même, les moeurs des partis gouvernementaux ont été chassés d'ATTAC.

Je ne connais que de très loin le fonds de cette affaire mais je trouve étrange la manière de jeter en pâture à l'opinion les noms de personnes ayant bénéficié d'un non-lieu. Le juge a tranché, la décision fait autorité; on peut demander des compléments d'informations pendant l'instruction; on peut faire appel (il semble que ni l'un ni l'autre n'a été fait). Mais un minimum de respect pour la justice républicaine, à défaut d'élégance, implique de ne pas accuser de nouveau les personnes qui viennent d'être blanchies par la justice. Pour reprendre l'expression d'un internaute, la "grande sagesse" d'Harribey et de Trouvé aurait été de se taire.

Que voir derrière tout cela ? Peut-être la frustration d'ambitions ratées, certainement la volonté de salir autour de soi à l'aune de son propre niveau d'éthique personnelle. Triste, si ce n'est pathétique.

Je ne connais que de très loin le fonds de cette affaire

Ainsi commence ce commentaire et la suite le prouve car si Harribey et Trouvé ne se sont pas tus c'est parce que les Cassen et Nikonoff ont publié un article qui veut faire croire qu'ils sont innocents, ce qui ne pouvait rester sans réponse

Et la Justice ne dit pas qu'il n' y a pas eu fraude massive. Le non-lieu ne concerne pas ce point.

Ainsi commence ce commentaire et la suite le prouve car si Harribey et Trouvé ne se sont pas tus c'est parce que les Cassen et Nikonoff ont publié un article qui veut faire croire qu'ils sont innocents, ce qui ne pouvait rester sans réponse

 

Ah ? Il me semblait que jusqu'à ce que l'on soit prouvé coupable, on était innocent. Donc on pourrait bénéficier d'un non-lieu mais ne pas avoir le droit de faire valoir que l'on n'est pas coupable, donc innocent ? Là je serais intéressé à avoir plus de détails sur cette conception de la justice et de l'autorité de la chose jugée.

Le communiqué de Jean-Marie Harribey et d'Aurélie Trouvé du 7 septembre 2009 ci-dessus faisait référence à une communiqué de Bernard Cassen et de Jacques Nikonoff du 4 septembre 2009. Michèle Dessenne ne pouvant intervenir dans la partie "commentaire" de mon blog, car non-membre du club Mediapart, a transmis le texte de ce communiqué à la rédaction de Mediapart, qui me l'a ensuite fait parvenir. Je le mets volontiers ci-dessous à la disposition des participants et des lecteurs de Mediapart, afin de compléter leur information sur ce dossier.

 

Philippe Corcuff

 

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Saisie d’accusations de fraude lors des élections de juin 2006 à Attac, la justice prononce un non-lieu. Elle considère que la « fraude est sans doute probable, mais loin d’être certaine ».


COMMUNIQUE DE BERNARD CASSEN ET JACQUES NIKONOFF, ANCIENS PRESIDENTS D’ATTAC


En juin 2006, lors de l’élection du Conseil d’administration d’Attac, des accusations très graves de fraude électorale avaient été lancées. Elles avaient conduit le Conseil nouvellement élu, présidé par Jacques Nikonoff, à entamer immédiatement une série de procédures et d’enquêtes internes pour la manifestation de la vérité avec, le cas échéant, saisine de la justice.
Sans attendre, et dans le doute, le Conseil décidait d’organiser un nouveau scrutin avant la fin de l’année. Ensuite, pour faire toute la lumière, la décision d’engager des poursuites contre X était prise. Votée par les partisans des deux camps qui s’étaient opposés lors des élections de juin, cette procédure allait être mise en œuvre par la nouvelle direction d’Attac élue en décembre 2006.
Le 13 août 2009, le juge d’instruction a statué. Suivant en cela le réquisitoire du Procureur de la République en date du 28 mai 2009, et en rappelant le caractère très « poussé » des investigations menées (auditions multiples, vérification des appels téléphoniques, etc.), il prononce une « ordonnance de non-lieu ». En d’autres termes, il considère que les infractions dénoncées ne peuvent être attribuées à quelque personne identifiée que ce soit, et que l’existence même d’une fraude n’est pas établie : « Ladite fraude est sans doute probable, mais loin d’être certaine ».
La responsabilité de l’organisation et de la sincérité des élections de juin 2006 incombait politiquement à une commission électorale désignée par le Conseil d’administration (et comprenant à parité des représentants des deux tendances), et administrativement au délégué général de l’association. A propos du déroulement des opérations, l’ordonnance de non-lieu évoque « la franche désorganisation du dépouillement, réalisé dans le désordre et la confusion ». L’ordonnance insiste en outre sur le « contexte très conflictuel » du scrutin. Elle ajoute que « les analyses statistiques ne peuvent à elles seules établir la preuve d’une fraude électorale et encore moins désigner les auteurs de celle-ci ».
Au lieu d’attendre le plus sereinement possible la décision du juge d’instruction, avec le souci de préserver l’unité de l’association, des adversaires politiques de l’ancienne direction d’Attac avaient lancé des accusations, parfois nominatives.
Tous ceux qui, pour un bénéfice électoral de court terme au scrutin de décembre 2006, ont créé un climat délétère et tenté de déconsidérer les candidats qu’une fraude présumée avait apparemment semblé favoriser, ont contribué à précipiter l’effondrement de l’association : le nombre d’adhérents a dégringolé de 25 445 à la fin 2005 à 21 527 à la fin 2006, puis à 13 850 à la fin 2007, et à 11 473 à la fin 2008, pour tomber à 7 362 le 3 avril 2009, jour du vote sur la modification des statuts de l’association.
Un grand nombre de comités locaux ont mis la clé sous la porte. Beaucoup d’autres végètent. A l’extérieur, la voix d’Attac ne porte plus dans le débat d’idées qu’elle avait fait naître et impulsé à sa création en 1998, en développant des analyses dont la crise actuelle confirme la pertinence.
On peut mesurer aujourd’hui l’ampleur d’un gâchis qui a hypothéqué le développement du mouvement altermondialiste en France, voire au-delà.
En tant que dirigeants de l’association à l’époque des faits incriminés, nous avons, avec d’autres, subi pendant trois ans un préjudice moral considérable par des mises en cause plus ou moins voilées dont la justice a montré qu’elles n’avaient aucun fondement. Plus grave : au-delà des personnes, c’est tout un courant d’idées que certains ont tenté de marginaliser, ce qui explique pour une bonne part la chute des effectifs et de l’influence de l’association.
Maintenant que le juge s’est prononcé et que la direction d’Attac n’a pas jugé utile de faire appel de son ordonnance de non-lieu, comme elle en avait la possibilité, il est temps de mettre publiquement un point final à ces mauvais procès.
Nous sommes profondément attachés à Attac, que nous avons fondée et développée. C’est pourquoi nous formons des vœux pour que son prochain Conseil d’administration, qui sera élu en décembre 2009, prenne toutes les mesures nécessaires pour mettre fin aux divisions et aux stigmatisations, qu’il rassemble au lieu de cliver, et qu’il donne un nouveau souffle à l’association.


Paris, le 4 septembre 2009


L’ordonnance de non-lieu est disponible intégralement à l’adresse suivante : http://ordonnanceno.canalblog.com/

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