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Esquisse d’une méthodologie altermondialiste pour l’émancipation au XXIe siècle
Alors que l’Assemblée Générale de l’association altermondialiste Attac va avoir lieu les 5-6 décembre 2009 à Grenoble, est ici mis en ligne le texte de mon intervention à la Plénière « Quel projet d’émancipation altermondialiste ? », qui s’est déroulée lors de son Université citoyenne le 22 août dernier à Arles.
Cette Plénière était animée par Susan George, et elle réunissait aussi : Geneviève Azam, Thomas Coutrot et Jean-Louis Sagot-Duvauroux. Mon intervention de l’époque peut contribuer à mettre en perspective les débats d’aujourd’hui d’Attac, alors le rapport d’orientation proposé par le conseil d’administration à l’AG s’intitule « Contre le monde-marchandise, développer la résistance et les alternatives citoyennes et démocratiques », et que sa conclusion se propose d’« Ouvrir une nouvelle phase pour Attac ».
Introduction
Je voudrais formuler dans une longue introduction le cadre dans lequel je me situe pour poser la question de l’émancipation altermondialiste aujourd’hui, puis j’entrerai dans le vif du sujet en listant une série de problèmes.
Pourquoi poser la question du « projet d’émancipation » dans Attac aujourd’hui ? Je répondrai en partant du texte rédigé par le comité de Nîmes d’Attac dans le cadre de la préparation de l’Assemblée Générale des 5-6 décembre 2009 de l’association. Ce texte daté du 25 juin dernier est intitulé « Sur le futur d’Attac France : analyses et pistes », et on le trouve sur le site national d'Attac avec les documents concernant l’AG. La réalisation de ce texte a mobilisé l’association à Nîmes plusieurs mois, autour d’une série de réunions. Il nous semble dans ce document qu’Attac doit redéfinir ses priorités dans un paysage qui a changé depuis sa création. Deux exemples : 1) « association d’éducation populaire tournée vers l’action », Attac est moins seule aujourd’hui sur le terrain de l’éducation populaire, avec le développement des universités populaires alternatives (j’ai participé à la création de celle de Lyon, puis de celle de Nîmes) ; et 2) Attac est née sur le terrain de la crise des gauches politiques, avec souvent des attentes du côté de l’émergence de nouvelles organisations politiques ; or depuis quelque temps, il y a eu justement l’émergence de nouvelles forces politiques. Nous pensons alors que nous devrions recentrer notre action autour d’axes qui sont peu ou pas pris en charge par les autres composantes de l’espace des mouvements sociaux et du champ politique.
Il y aurait, en ce sens, au moins trois axes principaux : 1) notre travail internationaliste et altermondialiste (forums sociaux, contre-sommets, Sommet de Copenhague, liens entre luttes locales, nationales et mondiales, popularisation d’expériences alternatives dans d’autres pays, etc.) ; 2) notre capacité de contre-expertise (à travers notamment l’activité du Conseil Scientifique) et son appropriation citoyenne dans une démarche d’éducation populaire ciblée ; et 3) avancer dans la définition du cadre de l’émancipation aujourd’hui. On peut penser que ni les syndicats, ni d’autres associations plus ponctuelles, ni les universités populaires, ni les partis politiques, pris dans d’autres tâches et dans des temporalités à plus court terme, ne se confronteront de manière systématique à cette question du cadre de l’émancipation en ce début du XXIème siècle. Or, ce cadre de l’émancipation, cet horizon émancipateur, participe de « la force propulsive » de la galaxie des mouvements sociaux, des organisations anti-capitalistes/anti-productivistes et de l’émancipation. Cette « force propulsive » a largement été entamée après la chute du Mur de Berlin en 1989, accompagnée par les prophéties néolibérales sur « la fin de l’Histoire ». En travaillant sur cette question, comme une de ses trois priorités, Attac travaillerait à l’intérêt général de cette galaxie, en s’efforçant de combler un manque crucial.
Pour traiter, à ma façon, cette question, je pars de l’hypothèse que la galaxie altermondialiste est susceptible de devenir le creuset d’une relance du projet d’émancipation pour le XXIème siècle. J’entends émancipation comme un arrachement individuel et collectif à des « tutelles », à des dominations, appelant une plus grande autonomie individuelle et collective. C’est le sens du mot qui a été travaillé dès les penseurs du siècle des Lumières du XVIIIème. Schématiquement, le monde moderne (depuis les Révolutions américaine et française au XVIIIème siècle) a connu trois grandes politiques d’émancipation : l’émancipation républicaine-démocratique à partir du XVIIIème siècle justement, l’émancipation socialiste dans son sillage critique à partir du XIXème siècle et, dans un croisement des deux, l’émancipation anticoloniale au cours du XXème siècle. Je fais alors l’hypothèse que la galaxie altermondialiste pourrait constituer le creuset d’une quatrième politique d’émancipation, intégrant des composantes des trois précédentes, mais dans un nouveau cadre répondant à des problèmes nouveaux ou renouvelés (et notamment la question écologiste, le traitement de l’individualité et la prise en compte d’une pluralité de fronts de lutte contre les dominations, par exemple en donnant une place plus importante au combat féministe, mais aussi antiraciste, etc.).
Rappelons, ensuite, certains traits du contexte historique où se repose aujourd’hui cette question de l’émancipation. La cadre dominant (mais non exclusif) de nos sociétés est toujours constitué par le capitalisme. Or, ça fait presque deux siècles que l’espérance d’une société non-capitaliste est née ; et ça fait deux siècles que le projet d’une telle société sur une base démocratique, pluraliste et émancipée échoue au bout du compte. Avec, en plus, les tragédies du XXème siècle faisant surgir à partir des espérances émancipatrices des monstruosités autoritaires, voire totalitaires. Cela contribue à donner une coloration mélancolique à notre engagement actuel.
Cette dimension mélancolique nous invite à une certaine lucidité dans la réflexion sur l’émancipation aujourd’hui. Il nous faut alors, pour ouvrir la porte à d’autres mondes possibles, radicalement autres, utopiques (au sens de l’ouverture à un ailleurs) en quelque sorte, prendre au sérieux les difficultés, éviter de trop se « raconter des histoires », freiner notre forte capacité à l’auto-illusionnisme rhétorique et à diffuser de nouveaux « contes de Noël ». Bref l’inépuisable capacité des rationalistes critiques que nous croyons être à se laisser aller à « la pensée magique » la plus débridée, tout en déployant des capacités imaginatives assez pauvres.
Enfin, au niveau d’une réflexion sur un « projet d’émancipation », je ne crois pas que le principal, et même le plus souhaitable, consiste à détailler des « plans d’avenir », des modalités précises de fonctionnement de sociétés alternatives. Je pense que le principal et le plus souhaitable consiste, dans le contexte actuel, à redéfinir le cadre intellectuel d’un tel projet d’émancipation au XXème siècle et de ses axes importants, à partir d’une lecture critique des traditions émancipatrices passées et d’une confrontation avec les réalités présentes. Bref le principal me semble être davantage méthodologique que programmatique proprement dit. Et là on a besoin d’une véritable révolution culturelle, de changements de logiciels, sur plusieurs fronts.
Á partir de ces longs préalables sur le cadre dans lequel je me situe, je vais lister rapidement une série de problèmes auxquels un nouveau projet altermondialiste d’émancipation aurait à se confronter. Je vais livrer ces différents points en vrac, de manière non ordonnée. J’aurai un style télégraphique s’efforçant de secouer quelque peu certaines de nos évidences, tant le discours critique apparaît de moins en moins légitime lorsqu’il ne ménage pas une composante auto-critique.
1) Élargir et pluraliser l’analyse du monde existant pour élargir et pluraliser la question de l’émancipation
Il s’agit d’élargir l’analyse des contradictions du capitalisme (contradiction capital/travail, mais aussi capital/nature, capital/individualité et capital/démocratie), dans leurs interactions, et dans les interactions avec des formes de domination irréductibles à la seul logique capitaliste (oppression des femmes, racisme, oppression « post-coloniale » des populations issues de l’immigration dans les anciennes colonies, etc.). La prise en compte de la contradiction capital/nature vient heurter les pesanteurs productivistes historiques des gauches et des mouvements sociaux, et la prise en compte de la contradiction capital/individualité vient heurter les pesanteurs « collectivistes » historiques. On peut se reporter pour plus de précisions sur cet élargissement de la critique du capitalisme à mon texte : « Renaissance de l’anticapitalisme en France » (texte d’une conférence prononcée le 31 mars 2009 à New York University, repris sur Mediapart, 20 avril 2009).
2) L’individualité comme un des impensés et un des manques principaux de la critique sociale et du projet d’émancipation portés par la galaxie altermondialiste
Il y a donc un retard « collectiviste » de la gauche et du mouvement ouvrier, accentué par les conditions de la lutte face aux contre-réformes néolibérales, qui tendent à agiter la figure de « l’individu ».
Une hypothèse : pourtant dans les individualités blessées, frustrées et non reconnues des sociétés contemporaines, il y aurait une source potentielle importante d’anticapitalisme Un livre préparé dans le cadre du groupe « Individualisme contemporain » du Conseil Scientifique d’Attac, auquel je participe, devrait apporter des ressources sur ce point courant 2010.
3) Articuler pensée critique des dominations et philosophie de l’émancipation
Le philosophe Jacques Rancière (« Critique de la critique du "spectacle" », entretien avec Jérôme Game, n°12, juillet-août 2009, Revue Internationale des Livres et des Idées, repris dans J. Rancière, Et tan pis pour les gens fatigués – Entretiens, Paris, Éditions Amsterdam, 2009) a récemment distingué une philosophie de l’émancipation et une pensée critique de la domination. Une philosophie politique de l’émancipation (perspective de Rancière) partirait des capacités des opprimés ; alors qu’une pensée critique des dominations (telle que celle de Pierre Bourdieu critiquée par Rancière), partirait des incapacités des dominés. Pour Rancière, il y aurait un risque que la critique de la domination ne prenne toute la place (les dominés étant décrits comme complètement soumis à la domination et « aliénés »), et élimine de fait la perspective de l’émancipation (impossible ou passant par une « avant-garde » détachée des dominés et contraire à la logique de l’autonomisation propre à l’émancipation). D’où son choix d’une philosophie de l’émancipation contre une théorie critique de la domination
C’est un problème réel, mais la solution proposée constitue, à mon avis, une impasse, car l’émancipation présuppose implicitement, même dans le schéma de Rancière, la domination (il s’agit d’une émancipation d’un état de domination). Il faudrait alors de manière plus nuancée revenir sur les tentations croisées de deux écueils vues par les sociologues Claude Grignon et Jean-Claude Passeron (dans leur livre Le savant et le populaire, Paris, Gallimard/Seuil, collection « Hautes Études », 1989) : le misérabilisme (qui ne voit les dominés que sous l’angle exclusif de la domination, ce qui peut constituer une tentation de la sociologie de Bourdieu) et le populisme (qui surévalue les libertés des dominés en oubliant le poids des contraintes sociales, ce qui peut constituer une tentation de la philosophie de Rancière).
Quelques auteurs originaux s’efforcent alors de procéder à une articulation entre théorie critique des domination et philosophie de l’émancipation. Si l’on suit les catégories de Rancière, cela supposerait de partir des capacités et des incapacités des dominés ; ce que fait le dernier livre stimulant du sociologue Luc Boltanski, De la critique – Précis de sociologie de l’émancipation (Paris, Gallimard, septembre 2009).
4) Radicalité anticapitaliste et vigilance antitotalitaire
On ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé au XXème siècle, on ne peut procéder à un simple retour « comme avant ». Cela suppose, par exemple, le rejet de la position politique du philosophe Alain Badiou (nostalgie du maoïsme et refus de penser la question totalitaire). Tournons-nous plutôt vers la pensée marxienne, anticapitaliste, libertaire, utopique et anti-totalitaire de Miguel Abensour (voir Pour une philosophie politique critique, Paris, Sens & Tonka, 2009 : textes de 1974 à 2008)
5) Le pluriel et le commun : changer de logiciel
La pluralité de la galaxie altermondialiste constitue le reflet de la pluralité des contradictions du capitalisme et des formes de domination, et donc de la pluralité des dimensions de l’émancipation.
On se doit alors de rompre avec l’aplatissement antérieur du pluriel dans la gauche et le mouvement ouvrier sous la forme notamment de l’hégémonie du vocabulaire de « l’unité », de « l’unification » et de « la centralisation », aggravée dans le cadre de la lecture dominante, étatiste et centraliste, de la République en France.
En même temps, on ne peut pas simplement se laisser aller à l’exaltation de la pluralité (ou de « la multitude » comme Antonio Negri et Michael Hardt dans leur premier livre Empire, 2000). Mais on doit poser autrement le problème du pluriel et du commun. Pas non plus d’une autre manière « magique » que celle de « l’unification » que l’on peut trouver dans le deuxième livre de Negri et Hardt, Multitude (2004), c’est-à-dire en faisant comme si le commun était « naturellement » consubstantielle à la pluralité. Dans ce cas, le schéma de Negri et Hardt, c’est un peu l’équivalent du « conte de Noël » de « la main invisible » d’Adam Smith pour la galaxie altermondialiste.
Une piste : il faut poser autrement la question du rapport entre le pluriel et le commun, en cherchant par exemple du côté de la philosophie politique d’Hannah Arendt (1906-1975 ; dans son livre Qu’est-ce que la politique ?, manuscrits de1950 à 1959, publication posthume), où la politique consiste à créer un espace commun en partant de la pluralité humaine, sans écraser cette pluralité au nom de l’Un (risque totalitaire). C’est déjà présent à titre d’amorce dans le vocabulaire des « convergences » et des « coordinations » utilisé dans la galaxie altermondialiste (distinct de « l’unification » et de « la centralisation »). Cela peut aussi passer par une réactivation de la forme « fédération », mise en avant par le socialiste libertaire Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865).
6) Réévaluer la composante expérimentale et exploratrice de l’émancipation
Avec l'échec des mythologies d'un « Grand Soir » magique (non pas l’idée juste d’événements symboliques marquant le cours du temps davantage que d’autres – des « instants d’éternité » dans la vie collective ou individuelle -, mais l’idée d’une résolution magique de tous les problèmes de la transformation sociale grâce à ce seul type d’événement), l’expérimentation ici et maintenant de nouvelles formes de vie et de travail (démocratie participative, squats autogérés, économie solidaire, AMAP, agriculture alternative, etc.) devrait prendre une nouvelle importance. Et la démarche expérimentale devrait constituer un axe important aussi par la suite, dans la construction d’autres mondes possibles que le capitalisme. Comme source intellectuelle de cette réorientation, on aurait beaucoup à tirer de la philosophie pragmatiste américaine, avec des penseurs radicaux de la démocratie comme John Dewey (1859-1952). Cette composante expérimentale ne constituerait toutefois pas LA solution (car on romprait peu à peu avec la croyance en une solution unique), mais une composante importante de la dynamique émancipatrice.
Cette réévaluation de la logique expérimentale nous obligerait, entre autres, à mettre en cause l'hégémonie d'un vocabulaire à tonalité machiste et viriliste très prégnant dans les gauches radicales : le vocabulaire réduisant la politique à des « rapports de force » et à un « combat »; car inventer des formes nouvelles de relations sociales cela demande certes l'établissement de « rapports de force » dans des « combats », mais pas seulement. Ainsi le combat ne suffit pas à inventer justement quelque chose qui n'existe pas encore. Pourquoi alors ne pas essayer de métisser le vocabulaire de « la force » et du « combat » (souvent associé à nos constructions socio-historiques du masculin) avec celui de « la fragilité » et de « l’exploration » (souvent associé à nos constructions socio-historiques féminin) ?
7) Rompre avec « la synthèse » et « l’harmonie » pour assumer les antinomies
On a eu l’habitude à gauche et dans le mouvement ouvrier de caractériser la société émancipée comme un cadre « harmonieux » (selon une expression d’inspiration religieuse) ou un « dépassement » des contradictions sociales dans une « synthèse », selon une certaine vision du « communisme » associée à la philosophie dialectique de l’Allemand Hegel (1770-1831), ou du moins à une lecture simplifiée de Hegel, ce que Maurice Merleau-Ponty (1908-1961) appelait « le Hegel des manuels ».
Notre confrontation à la question de la pluralité nous oblige notamment à sortir de cette magie de « la synthèse » pour assumer le fait qu’une série d’« antinomies » (selon le vocabulaire de Proudhon), même si c’est sous d’autres formes et dans un cadre différent. Proudhon parlait alors d’« équilibration des contraires ». Au niveau politique, « la fédération » constituait pour lui un cadre d’ « équilibration des contraires » pour une société émancipée.
Exemples de ces antinomies ? a) articulation-tension singularité individuelle/espace commun ; ou b) importance des porte-parole et des minorités actives/risques oppressifs pour le processus d’émancipation ; ou encore c) nécessité des institutions/critique libertaire des tendances oppressives dans les institutions
Il n’y aurait pas de solutions magiques et de conte de Noël ici, nous faisant choisir un des pôles contre l’autre ou produisant une rhétorique de « l’harmonie » entre les deux. On aurait à assumer ces antinomies, dans un cadre émancipateur bien sûr, et dans une démarche expérimentale.
8) Sortir de la magie anthropologique : partir de l’ambivalence des désirs humains
Les visions politiques de l’émancipation prennent appui implicitement sur certains présupposés (pas toujours conscients) quant à la façon dont on se représente les caractéristiques des humains et de la condition humaine. C’est ce qu’on appelle des anthropologies philosophiques.
Deux grandes anthropologies philosophiques ont souvent inspiré les politiques progressistes : 1) celle à l’œuvre chez Karl Marx (1818-1883) : une anthropologie politique optimiste des désirs humains créateurs qu’il faudrait libérer des contraintes oppressives qui les empêchent de se déployer ; et 2) celle à l’œuvre chez le sociologue français républicain Émile Durkheim (1858-1917) : une anthropologie philosophique pessimiste des désirs humains frustrants (« une soif inextinguible est un supplice perpétuel » écrit-il dans son livre Le suicide, 1897), appelant la confection de règles républicaines empêchant ces désirs de déborder, en détruisant les personnes et le lien social.
Une politique renouvelée d’émancipation aurait intérêt à se caler sur une vision des ambivalences des désirs humains, dans leur double caractère créateur et frustrant, associant Marx et Durkheim. Ce qui appelle la mise en tension des institutions collectives et des désirs individuels.
9) Ne pas considérer que l’émancipation serait naturellement désirable
Dans le camp émancipateur, il semble que l’on considère souvent que, si cela n’était pas entravé par « l’aliénation » et/ou « la propagande médiatique », les humains se caractériseraient pas un désir naturel d’émancipation. Bref on suppose souvent dans nos milieux que l’émancipation serait naturellement désirable.
Il faudrait être plus prudent, car : 1) ce serait oublier l’hypothèse forte de la participation des dominés à leur propre domination : ce qu’Étienne La Boétie (1530-1563) appelait au XVIème siècle « la servitude volontaire » ou le sociologue Pierre Bourdieu (1930-2002), plus récemment, « la violence symbolique » ; et 2) on perd de vue aussi que, même débarrassés de « l’aliénation » et de « la propagande médiatique », d’autres dimensions de la vie (le jeu, la séduction, l’amour, la gastronomie, le repos, la langueur, etc.) peuvent être plus attractives, plus désirables, qu’un effort pour construire une émancipation individuelle et collective.
De ce point de vue, la démocratie doit moins être considérée comme une « solution miracle » que comme un processus cahoteux et incertain et comme un problème difficile.
Encore une fois : envisager le caractère pluridimensionnel de la vie et la diversité potentiellement contradictoire des désirs humains, partir à la fois des incapacités et des capacités des opprimés (et donc des nôtres), ne pas trop se raconter d’histoires avec des « contes de Noël » harmonieux…
10) Ni modèle social-démocrate/léniniste, ni modèle anarcho-syndicaliste : la pluralité non hiérarchisée des groupes militants de l’émancipation
On avait, il y a quelques années, avec le militant altermondialiste Christophe Aguiton, dans la revue Mouvements, tenté de cerner deux modèles historiques actifs en France, qui étaient aussi deux impasses, quant aux relations mouvements sociaux/partis (voir C. Aguiton et P. Corcuff, « Mouvements sociaux et politique : entre anciens modèles et enjeux nouveaux », Mouvements, n°3, mars-avril 1999, repris sur le site Europe solidaire sans frontières) : a) le modèle social-démocrate/léniniste, selon lequel le parti est hiérarchiquement supérieur et la politique partisane plus globale ; et b) le modèle anarcho-syndicaliste, selon lequel la cellule de base à la fois de la résistance anticapitaliste et de la société future est le syndicat, le parti étant une forme pervertie de pouvoir ; aujourd’hui on dirait aussi dans cette direction que tout viendra des mouvements sociaux et pas des partis.
Il s’agirait alors d’aller vers un espace pluraliste non hiérarchisé de groupes militants pour l’émancipation, indépendants mais en dialogue, avec des spécificités mais aussi des intersections dans leurs fonctions. Pour un groupe défendant une politique non partisane, comme ATTAC, ce nouveau cadre apparaît comme un défi, supposant d’éviter la tentation de dévalorisation de la forme parti et la tentation électorale prétendant se substituer aux partis (tout en proclamant leur mort supposée). Pour les partis de gauche, écologistes et de gauche radicale, c’est un défi face à la tentation de se penser « naturellement » au-dessus et englobant, comme la seule politique « sérieuse ».
Les forums sociaux (mondiaux, régionaux, nationaux, locaux) sont des lieux de dialogue et de construction de convergences entre des groupes militants divers, mais pas des lieux d’« unification » autour d’un type de groupes (partis, syndicats ou même associations altermondialistes).
En guise de conclusion
Au bout de ce parcours accéléré autour de questions importantes pour l’émancipation altermondialiste, on voit bien qu’on a beaucoup de pain sur la planche, intellectuellement et pratiquement. Et mon tour d’horizon n’avait aucune ambition d’exhaustivité…

Tous les commentaires
Très intéressant, et comme vous dites, beaucoup de pain sur la planche...
Pour être accéléré, ce parcours - qui ouvre des voies - est somptueux.
Rien de novateur dans ce fatras.Toujours les vieux oripeaux de la révolution marxiste mondiale et le désir permanent de spoliation latente mise en évidence par le lapsus de "squats autogérés ". En fait une simple tentative de marketing politique ,de naming , consistant à désigner révolution mondiale marxiste par émancipation altermondialiste .Aussi original que le remplacement du terme aveugle par adulte non voyant.
Merci d'être venu, Beurk Beurk.
Alcyme,
"spoliation". Vous avez dit "spoliation". Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la spoliation? En prenant exemple sur l'activité "bancaire", par exemple. Ou l'appropriation par la force, par l'usurpation, par la ruse, par l'usure... Les expulsions sont-elles des "spoliations"? L'enrichissement par surexploitation de travailleurs sous-payés (et sans droits) est-elle une spoliation?
Pouvez-vous nous éclairer, aussi, sur la notion de "propriété"? Nous avons soif de savoir.
c'est bien dit alcyme malheureusement, on déshabille paul pour habiller jacques ...
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aucun projet réel, du " pseudo-marxisme " un peu réchauffé sans grande vision
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ça se saurait quoi ...
Rapidement, après une première lecture, je signale mon intérêt pour la proposition de la fin :
"un espace pluraliste non hiérarchisé de groupes militants pour l’émancipation, indépendants mais en dialogue, avec des spécificités mais aussi des intersections dans leurs fonctions."
Indépendants mais en dialogue, et en dialogue, et donc, pas seulement en concurrence...) voilà le défi du pluralisme, dans le domaine politique aussi.
@ Fantie B
Vous êtes émerveillé (e) par la phrase de Go(u)rcuf..et son métalangage bidon de révolutionnaire...et de fonctionnaire bien au chaud de l'éducation nationale.
"un espace pluraliste non hiérarchisé de groupes
militants pour l’émancipation, indépendants mais en dialogue, avec des
spécificités mais aussi des intersections dans leurs fonctions."
Moi ça me fait penser à une réunion de copropriétaire d'immeuble , à une cohabitation de propriétaire de F1 ,F2..etc qui discutent de la couleur dont il faut repeindre la façade... Il y a longtemps que la loi Hoguet a organisé "l'espace pluraliste non hiérarchisé etc.."
Avant de réagir éventuellement à tel ou tel point, je voudrais dire que cette contribution me paraît tout à fait remarquable. Quel que soit le degré d'accord ou de désaccord qu'elle peut susciter a priori, elle invite et incite à penser à partir d'un point de départ intelligent, bien informé, stimulant, ambitieux sans être arrogant, réaliste sans être pusillanime. J'avoue que c'est la 1ère fois, depuis 40 ans*, que je découvre un texte permettant d'engager une réflexion lucide sur la façon d'explorer le cheminement vers un "autre monde", vers une transformation sociale qui ne soit pas seulement une régulation du capitalisme. Ce devrait être à mon avis un document de travail approfondi partout où des gens sincèrement de gauche essaient d'imaginer les voies de l'avenir. Le fait qu'il porte le label d'Attac et que l'auteur soit connu comme militant du NPA ne devrait pas être un obstacle: il y a là des pistes transcendant nettement l'horizon des courants, partis et chapelles, et qui pourraient permettre peut-être de sortir par en-haut de l'impasse habituelle des discussions entre gauche réformatrice (ou socal-démocrate) et gauche se disant "gauche de gauche" (ou radicale). J'avoue que je suis surpris qu'il n'ait pas eu plus d'écho jusqu'à présent et que je le verrais en volontiers en "une" du journal (ou, au minimum, du club) pour donner au débat ample et approfondi qu'il mérite le temps de se construire.
* c'est à dire depuis que j'ai radicalement rompu avec le marxisme-léninisme et que je me résigne à un "soutien mélancolique" à la social-démocratie (qu'elle soit avouée, inavouée, éventuellement un peu décentrée vers la social-écologie)
à humaro,
Je vous rejoins. Certes, je suis au NPA mais l'auto-dissolution de la LCR et la fondation du NPA (quelle connerie de s'appeler ainsi) n'a pas, jusqu'à présent, tenu toutes ses promesses, loin s'en faut.
J'en retrouve dans ce texte de Corcuff et m'en réjouis.
Texte très riche et auquel je souscris à quelques détails de vocabulaire près (méthodologie, logiciel). Personnellement un des axes le moins travaillé me parait bien être celui de "la politique et de l'espace commun en partant de la pluralité humaine, sans écraser cette pluralité humaine au nom de l'UN (risque totalitaire)." Puisse la pensée politique de Hannah Arendt et les pistes qu'elle ouvre être enfin sérieusement travaillée !
quelqu'un peut faire un résumé bref ?
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parceque je vous signale que sarkozy a gagné les élections avec des phrases du style " travailler plus pour gagner plus ", ça fait 5 mots ... et apparemment les français ont plutot compris ...
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n'est-ce pas possible de résumer toute cette pensée en quelques formules simples, compréhensibles et efficaces ?
Non
merci
vous auriez compris comme quiconque de quoi il sagit vaguement vous auriez put avoir la gentillesse de m'en expliciter un peu les contours, ici il n'y a que du bavardage au mieux, de la confusion et du n'importe quoi au pire ... sans intérêt
En résumé :
L'émancipation, c'est une affaire autrement complexe que de gangner une élection.
Et c'est un but, là où une élection n'est, au mieux, qu'un moyen.
Vous avez l'occasion par ce texte de voir toute la différence entre la non-pensée sarkozyste ou publicitaire, et la réflexivité, Jonath.
ajout : Bien d'accord avec le Père Vert ! Eh oui dans la vie il y a des impossibilités, comme celle de "résoudre" la complexité de la vie humaine et sociale, par exemple.
mais oui, mais oui ... bon je lis et je commente alors ... c'est parfois une qualité la simplicité, une certaine clarté ... on ne peut pas dire que le NPA soit franchement coutumier de ce genre de notions, c'est barbant à lire ... vraiment ...
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je vois pas en quoi cela m'encourage à souscrire à ces idées ... franchement en fait je lis pas ... sans intérêt, pas que ça à faire de se fader les trangressions poussives de la gauche de gauche ...
Déjà, une première complexité, Jonath : Philippe Corcuff ne se réduit pas au NPA.
(et vice versa)
On peut lire par ex : « La question démocratique aujourd’hui »
Ou ses bouquins (dont plusieurs très courts et pas chers)
oui enfin il sagit des idées de l'extrême gauche, qui se dit alter mondialiste, je ne réduis personne à ceci ou cela, mais il me semble assez proche du Npa ?
Une autre impossibiité, celle de réduire la pensée de quelqu'un au titre de ses billets.
Le fait que Philippe Corcuff soit proche du NPA n'empêche pas que par ailleurs (et avant) il soit chercheur en sociologie et en philosophie politique.
Jusqu'ici, une partie de l'extrême gauche s'est très peu souciée de ce que les sociologues appellent "l'individualisme contemporain". Philippe Corcuff propose de prendre en compte ce phénomène, et de le croiser avec la question de l'émancipation (et celle la possibilité du changement social).
Philippe Corcuff est au NPA.
La belle affaire.
Un grand merci à Fantie pour son dépassement des préjugés.
Des aasociations périphériques telles La Société Louise Michel (dont Corcuff, entre des centaines d'autres "chercheurs", est membre) ou La Fondation Copernic ont entrepris des reflexions de fond sur les questions liées à l'émancipation, à l'éco-socialisme, au rapport individualité / collectivité etc.
J'attends avec impatience le livre du groupe individualisme contemporain dont vous parlez dans le point numéro 2. Merci Philippe Corcuff.
Ce sont une méthode de travail et des pistes. La mise en tension des squats autogérés et d'une participation aux institutions me parait bien difficile. par exemple. Mais cette question et d'autres, fort importantes sont posées.
Je continue à m'étonner de ce que l'on puisse parler d'une réflexion sr l'individualisme sans citer la psychanalyse. Qui existe et vit depuis plus d'un siècle.
Pascal, Tu devrais prendre contact avec la Société Louise Michel.
Bien à toi.
Je l'ai fait, j'ai payé ma cotisation. Et je reçois des annonce de réunions fort intéressantes ayant lieu à Paris en semaine. J'habite et travaille ailleurs.
Il y a quelques années j'avais payé une cotisation à la Fondation Copernic et ça avait eu les mêmes conséquences. Mais j'ai d'autres expériences encore du même type.
J'espère que la Société Louise Michel va trouver un fonctionnement qui me permette d'y participer réellement.
Bien à toi, l'ami.
« Ne pas considérer que l’émancipation serait naturellement désirable »
Là se trouve l'un des points essentiels. Le Discours de la servitude volontaire sera éternellement d'actualité.
Bien d'accord, Charles Simon. Penser que l'être humain désire naturellement son émancipation fonctionne comme un "obstacle épistémologique" pour bien des partisans du changement social.
@ Pascal b. : la psychanalyse explique cet obstacle, mais l'intérêt des travaux sociologiques sur cette question est justement d'arriver à des résultats équivalents, par d'autres chemins.
Il y a complémentarité des approches en sciences humaines, selon moi.
Rappelons, ensuite, certains traits du contexte historique où se repose aujourd’hui cette question de l’émancipation. La cadre dominant (mais non exclusif) de nos sociétés est toujours constitué par le capitalisme. Or, ça fait presque deux siècles que l’espérance d’une société non-capitaliste est née ; et ça fait deux siècles que le projet d’une telle société sur une base démocratique, pluraliste et émancipée échoue au bout du compte. Avec, en plus, les tragédies du XXème siècle faisant surgir à partir des espérances émancipatrices des monstruosités autoritaires, voire totalitaires. Cela contribue à donner une coloration mélancolique à notre engagement actuel.
Cette dimension mélancolique nous invite à une certaine lucidité dans la réflexion sur l’émancipation aujourd’hui. Il nous faut alors, pour ouvrir la porte à d’autres mondes possibles, radicalement autres, utopiques (au sens de l’ouverture à un ailleurs) en quelque sorte, prendre au sérieux les difficultés, éviter de trop se « raconter des histoires », freiner notre forte capacité à l’auto-illusionnisme rhétorique et à diffuser de nouveaux « contes de Noël ». Bref l’inépuisable capacité des rationalistes critiques que nous croyons être à se laisser aller à « la pensée magique » la plus débridée, tout en déployant des capacités imaginatives assez pauvres.
Enfin, au niveau d’une réflexion sur un « projet d’émancipation », je ne crois pas que le principal, et même le plus souhaitable, consiste à détailler des « plans d’avenir », des modalités précises de fonctionnement de sociétés alternatives. Je pense que le principal et le plus souhaitable consiste, dans le contexte actuel, à redéfinir le cadre intellectuel d’un tel projet d’émancipation au XXème siècle et de ses axes importants, à partir d’une lecture critique des traditions émancipatrices passées et d’une confrontation avec les réalités présentes. Bref le principal me semble être davantage méthodologique que programmatique proprement dit. Et là on a besoin d’une véritable révolution culturelle, de changements de logiciels, sur plusieurs fronts.
- ok ...
1) Élargir et pluraliser l’analyse du monde existant pour élargir et pluraliser la question de l’émancipation
Il s’agit d’élargir l’analyse des contradictions du capitalisme (contradiction capital/travail, mais aussi capital/nature, capital/individualité et capital/démocratie), dans leurs interactions, et dans les interactions avec des formes de domination irréductibles à la seul logique capitaliste (oppression des femmes, racisme, oppression « post-coloniale » des populations issues de l’immigration dans les anciennes colonies, etc.). La prise en compte de la contradiction capital/nature vient heurter les pesanteurs productivistes historiques des gauches et des mouvements sociaux, et la prise en compte de la contradiction capital/individualité vient heurter les pesanteurs « collectivistes » historiques. On peut se reporter pour plus de précisions sur cet élargissement de la critique du capitalisme à mon texte : « Renaissance de l’anticapitalisme en France » (texte d’une conférence prononcée le 31 mars 2009 à New York University, repris sur Mediapart, 20 avril 2009).
2) L’individualité comme un des impensés et un des manques principaux de la critique sociale et du projet d’émancipation portés par la galaxie altermondialiste
Il y a donc un retard « collectiviste » de la gauche et du mouvement ouvrier, accentué par les conditions de la lutte face aux contre-réformes néolibérales, qui tendent à agiter la figure de « l’individu ».
Une hypothèse : pourtant dans les individualités blessées, frustrées et non reconnues des sociétés contemporaines, il y aurait une source potentielle importante d’anticapitalisme Un livre préparé dans le cadre du groupe « Individualisme contemporain » du Conseil Scientifique d’Attac, auquel je participe, devrait apporter des ressources sur ce point courant 2010.
3) Articuler pensée critique des dominations et philosophie de l’émancipation
Le philosophe Jacques Rancière (« Critique de la critique du "spectacle" », entretien avec Jérôme Game, n°12, juillet-août 2009, Revue Internationale des Livres et des Idées, repris dans J. Rancière, Et tan pis pour les gens fatigués – Entretiens, Paris, Éditions Amsterdam, 2009) a récemment distingué une philosophie de l’émancipation et une pensée critique de la domination. Une philosophie politique de l’émancipation (perspective de Rancière) partirait des capacités des opprimés ; alors qu’une pensée critique des dominations (telle que celle de Pierre Bourdieu critiquée par Rancière), partirait des incapacités des dominés. Pour Rancière, il y aurait un risque que la critique de la domination ne prenne toute la place (les dominés étant décrits comme complètement soumis à la domination et « aliénés »), et élimine de fait la perspective de l’émancipation (impossible ou passant par une « avant-garde » détachée des dominés et contraire à la logique de l’autonomisation propre à l’émancipation). D’où son choix d’une philosophie de l’émancipation contre une théorie critique de la domination
C’est un problème réel, mais la solution proposée constitue, à mon avis, une impasse, car l’émancipation présuppose implicitement, même dans le schéma de Rancière, la domination (il s’agit d’une émancipation d’un état de domination). Il faudrait alors de manière plus nuancée revenir sur les tentations croisées de deux écueils vues par les sociologues Claude Grignon et Jean-Claude Passeron (dans leur livre Le savant et le populaire, Paris, Gallimard/Seuil, collection « Hautes Études », 1989) : le misérabilisme (qui ne voit les dominés que sous l’angle exclusif de la domination, ce qui peut constituer une tentation de la sociologie de Bourdieu) et le populisme (qui surévalue les libertés des dominés en oubliant le poids des contraintes sociales, ce qui peut constituer une tentation de la philosophie de Rancière).
Quelques auteurs originaux s’efforcent alors de procéder à une articulation entre théorie critique des domination et philosophie de l’émancipation. Si l’on suit les catégories de Rancière, cela supposerait de partir des capacités et des incapacités des dominés ; ce que fait le dernier livre stimulant du sociologue Luc Boltanski, De la critique – Précis de sociologie de l’émancipation (Paris, Gallimard, septembre 2009).
4) Radicalité anticapitaliste et vigilance antitotalitaire
On ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé au XXème siècle, on ne peut procéder à un simple retour « comme avant ». Cela suppose, par exemple, le rejet de la position politique du philosophe Alain Badiou (nostalgie du maoïsme et refus de penser la question totalitaire). Tournons-nous plutôt vers la pensée marxienne, anticapitaliste, libertaire, utopique et anti-totalitaire de Miguel Abensour (voir Pour une philosophie politique critique, Paris, Sens & Tonka, 2009 : textes de 1974 à 2008)
5) Le pluriel et le commun : changer de logiciel
La pluralité de la galaxie altermondialiste constitue le reflet de la pluralité des contradictions du capitalisme et des formes de domination, et donc de la pluralité des dimensions de l’émancipation.
On se doit alors de rompre avec l’aplatissement antérieur du pluriel dans la gauche et le mouvement ouvrier sous la forme notamment de l’hégémonie du vocabulaire de « l’unité », de « l’unification » et de « la centralisation », aggravée dans le cadre de la lecture dominante, étatiste et centraliste, de la République en France.
En même temps, on ne peut pas simplement se laisser aller à l’exaltation de la pluralité (ou de « la multitude » comme Antonio Negri et Michael Hardt dans leur premier livre Empire, 2000). Mais on doit poser autrement le problème du pluriel et du commun. Pas non plus d’une autre manière « magique » que celle de « l’unification » que l’on peut trouver dans le deuxième livre de Negri et Hardt, Multitude (2004), c’est-à-dire en faisant comme si le commun était « naturellement » consubstantielle à la pluralité. Dans ce cas, le schéma de Negri et Hardt, c’est un peu l’équivalent du « conte de Noël » de « la main invisible » d’Adam Smith pour la galaxie altermondialiste.
Une piste : il faut poser autrement la question du rapport entre le pluriel et le commun, en cherchant par exemple du côté de la philosophie politique d’Hannah Arendt (1906-1975 ; dans son livre Qu’est-ce que la politique ?, manuscrits de1950 à 1959, publication posthume), où la politique consiste à créer un espace commun en partant de la pluralité humaine, sans écraser cette pluralité au nom de l’Un (risque totalitaire). C’est déjà présent à titre d’amorce dans le vocabulaire des « convergences » et des « coordinations » utilisé dans la galaxie altermondialiste (distinct de « l’unification » et de « la centralisation »). Cela peut aussi passer par une réactivation de la forme « fédération », mise en avant par le socialiste libertaire Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865).
6) Réévaluer la composante expérimentale et exploratrice de l’émancipation
Avec l'échec des mythologies d'un « Grand Soir » magique (non pas l’idée juste d’événements symboliques marquant le cours du temps davantage que d’autres – des « instants d’éternité » dans la vie collective ou individuelle -, mais l’idée d’une résolution magique de tous les problèmes de la transformation sociale grâce à ce seul type d’événement), l’expérimentation ici et maintenant de nouvelles formes de vie et de travail (démocratie participative, squats autogérés, économie solidaire, AMAP, agriculture alternative, etc.) devrait prendre une nouvelle importance. Et la démarche expérimentale devrait constituer un axe important aussi par la suite, dans la construction d’autres mondes possibles que le capitalisme. Comme source intellectuelle de cette réorientation, on aurait beaucoup à tirer de la philosophie pragmatiste américaine, avec des penseurs radicaux de la démocratie comme John Dewey (1859-1952). Cette composante expérimentale ne constituerait toutefois pas LA solution (car on romprait peu à peu avec la croyance en une solution unique), mais une composante importante de la dynamique émancipatrice.
Cette réévaluation de la logique expérimentale nous obligerait, entre autres, à mettre en cause l'hégémonie d'un vocabulaire à tonalité machiste et viriliste très prégnant dans les gauches radicales : le vocabulaire réduisant la politique à des « rapports de force » et à un « combat »; car inventer des formes nouvelles de relations sociales cela demande certes l'établissement de « rapports de force » dans des « combats », mais pas seulement. Ainsi le combat ne suffit pas à inventer justement quelque chose qui n'existe pas encore. Pourquoi alors ne pas essayer de métisser le vocabulaire de « la force » et du « combat » (souvent associé à nos constructions socio-historiques du masculin) avec celui de « la fragilité » et de « l’exploration » (souvent associé à nos constructions socio-historiques féminin) ?
7) Rompre avec « la synthèse » et « l’harmonie » pour assumer les antinomies
On a eu l’habitude à gauche et dans le mouvement ouvrier de caractériser la société émancipée comme un cadre « harmonieux » (selon une expression d’inspiration religieuse) ou un « dépassement » des contradictions sociales dans une « synthèse », selon une certaine vision du « communisme » associée à la philosophie dialectique de l’Allemand Hegel (1770-1831), ou du moins à une lecture simplifiée de Hegel, ce que Maurice Merleau-Ponty (1908-1961) appelait « le Hegel des manuels ».
Notre confrontation à la question de la pluralité nous oblige notamment à sortir de cette magie de « la synthèse » pour assumer le fait qu’une série d’« antinomies » (selon le vocabulaire de Proudhon), même si c’est sous d’autres formes et dans un cadre différent. Proudhon parlait alors d’« équilibration des contraires ». Au niveau politique, « la fédération » constituait pour lui un cadre d’ « équilibration des contraires » pour une société émancipée.
Exemples de ces antinomies ? a) articulation-tension singularité individuelle/espace commun ; ou b) importance des porte-parole et des minorités actives/risques oppressifs pour le processus d’émancipation ; ou encore c) nécessité des institutions/critique libertaire des tendances oppressives dans les institutions
Il n’y aurait pas de solutions magiques et de conte de Noël ici, nous faisant choisir un des pôles contre l’autre ou produisant une rhétorique de « l’harmonie » entre les deux. On aurait à assumer ces antinomies, dans un cadre émancipateur bien sûr, et dans une démarche expérimentale.
8) Sortir de la magie anthropologique : partir de l’ambivalence des désirs humains
Les visions politiques de l’émancipation prennent appui implicitement sur certains présupposés (pas toujours conscients) quant à la façon dont on se représente les caractéristiques des humains et de la condition humaine. C’est ce qu’on appelle des anthropologies philosophiques.
Deux grandes anthropologies philosophiques ont souvent inspiré les politiques progressistes : 1) celle à l’œuvre chez Karl Marx (1818-1883) : une anthropologie politique optimiste des désirs humains créateurs qu’il faudrait libérer des contraintes oppressives qui les empêchent de se déployer ; et 2) celle à l’œuvre chez le sociologue français républicain Émile Durkheim (1858-1917) : une anthropologie philosophique pessimiste des désirs humains frustrants (« une soif inextinguible est un supplice perpétuel » écrit-il dans son livre Le suicide, 1897), appelant la confection de règles républicaines empêchant ces désirs de déborder, en détruisant les personnes et le lien social.
Une politique renouvelée d’émancipation aurait intérêt à se caler sur une vision des ambivalences des désirs humains, dans leur double caractère créateur et frustrant, associant Marx et Durkheim. Ce qui appelle la mise en tension des institutions collectives et des désirs individuels.
9) Ne pas considérer que l’émancipation serait naturellement désirable
Dans le camp émancipateur, il semble que l’on considère souvent que, si cela n’était pas entravé par « l’aliénation » et/ou « la propagande médiatique », les humains se caractériseraient pas un désir naturel d’émancipation. Bref on suppose souvent dans nos milieux que l’émancipation serait naturellement désirable.
Il faudrait être plus prudent, car : 1) ce serait oublier l’hypothèse forte de la participation des dominés à leur propre domination : ce qu’Étienne La Boétie (1530-1563) appelait au XVIème siècle « la servitude volontaire » ou le sociologue Pierre Bourdieu (1930-2002), plus récemment, « la violence symbolique » ; et 2) on perd de vue aussi que, même débarrassés de « l’aliénation » et de « la propagande médiatique », d’autres dimensions de la vie (le jeu, la séduction, l’amour, la gastronomie, le repos, la langueur, etc.) peuvent être plus attractives, plus désirables, qu’un effort pour construire une émancipation individuelle et collective.
De ce point de vue, la démocratie doit moins être considérée comme une « solution miracle » que comme un processus cahoteux et incertain et comme un problème difficile.
Encore une fois : envisager le caractère pluridimensionnel de la vie et la diversité potentiellement contradictoire des désirs humains, partir à la fois des incapacités et des capacités des opprimés (et donc des nôtres), ne pas trop se raconter d’histoires avec des « contes de Noël » harmonieux…
10) Ni modèle social-démocrate/léniniste, ni modèle anarcho-syndicaliste : la pluralité non hiérarchisée des groupes militants de l’émancipation
On avait, il y a quelques années, avec le militant altermondialiste Christophe Aguiton, dans la revue Mouvements, tenté de cerner deux modèles historiques actifs en France, qui étaient aussi deux impasses, quant aux relations mouvements sociaux/partis (voir C. Aguiton et P. Corcuff, « Mouvements sociaux et politique : entre anciens modèles et enjeux nouveaux », Mouvements, n°3, mars-avril 1999, repris sur le site Europe solidaire sans frontières) : a) le modèle social-démocrate/léniniste, selon lequel le parti est hiérarchiquement supérieur et la politique partisane plus globale ; et b) le modèle anarcho-syndicaliste, selon lequel la cellule de base à la fois de la résistance anticapitaliste et de la société future est le syndicat, le parti étant une forme pervertie de pouvoir ; aujourd’hui on dirait aussi dans cette direction que tout viendra des mouvements sociaux et pas des partis.
Il s’agirait alors d’aller vers un espace pluraliste non hiérarchisé de groupes militants pour l’émancipation, indépendants mais en dialogue, avec des spécificités mais aussi des intersections dans leurs fonctions. Pour un groupe défendant une politique non partisane, comme ATTAC, ce nouveau cadre apparaît comme un défi, supposant d’éviter la tentation de dévalorisation de la forme parti et la tentation électorale prétendant se substituer aux partis (tout en proclamant leur mort supposée). Pour les partis de gauche, écologistes et de gauche radicale, c’est un défi face à la tentation de se penser « naturellement » au-dessus et englobant, comme la seule politique « sérieuse ».
Les forums sociaux (mondiaux, régionaux, nationaux, locaux) sont des lieux de dialogue et de construction de convergences entre des groupes militants divers, mais pas des lieux d’« unification » autour d’un type de groupes (partis, syndicats ou même associations altermondialistes).
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oui bon ...
En guise de conclusion
Au bout de ce parcours accéléré autour de questions importantes pour l’émancipation altermondialiste, on voit bien qu’on a beaucoup de pain sur la planche, intellectuellement et pratiquement. Et mon tour d’horizon n’avait aucune ambition d’exhaustivité…
AAAHHHHHHHH .... bon, ok merci ... et donc ?
@ Jonath : Coller copier un texte ce n'est même pas faire les travail des moines copistes, dont on pouvait penser qu'ils intégraient un peu ce qu'ilslaborieusement copié à la main.
ok, ok ... moi j'aime bien comprendre quand je lis quelquechose, je pense que synthétiser un peu n'est pas une gageure, si on veut être un peu clair ...
Synthétiser une pensée complexe cela demande du travail, donc du temps en plus, beaucoup de temps.
A ce sujet, un intéressant travail de Philippe Corcuff et de 143 pages: "Lire Bourdieu" (Ed Textuel, diffusion Seuil)
oui bon ... moi je préfère comprendre ce que je lis et que ce soit accessible ...
Philippe Corcuff, dit:
5) Le pluriel et le commun : changer de logiciel
La pluralité de la galaxie altermondialiste constitue le reflet de la pluralité des contradictions du capitalisme et des formes de domination, et donc de la pluralité des dimensions de l’émancipation.
On se doit alors de rompre avec l’aplatissement antérieur du pluriel dans la gauche et le mouvement ouvrier sous la forme notamment de l’hégémonie du vocabulaire de « l’unité », de « l’unification » et de « la centralisation », aggravée dans le cadre de la lecture dominante, étatiste et centraliste, de la République en France.
En même temps, on ne peut pas simplement se laisser aller à l’exaltation de la pluralité (ou de « la multitude » comme Antonio Negri et Michael Hardt dans leur premier livre Empire, 2000). Mais on doit poser autrement le problème du pluriel et du commun. Pas non plus d’une autre manière « magique » que celle de « l’unification » que l’on peut trouver dans le deuxième livre de Negri et Hardt, Multitude (2004), c’est-à-dire en faisant comme si le commun était « naturellement » consubstantielle à la pluralité. Dans ce cas, le schéma de Negri et Hardt, c’est un peu l’équivalent du « conte de Noël » de « la main invisible » d’Adam Smith pour la galaxie altermondialiste.
= >
En gros, si on apprend à décortiquer Philippe Corcuff, il faut lire les choses de la façon suivante : « on éjecte » les partisans de la gauche réformiste et plurielle ainsi que les altermondialistes pro-Européens de la multitude d’Antonio Negri (VOIR ICI) qui sont dans le mouvement, et, avec la « ligne juste » et anticapitaliste [du NPA en tête… avec le PG, le FG et le PC dans un 1er temps, on verra ensuite, s’il s’allie au PS ou non.], "on" redessine la nouvelle philosophie de l'éducation populaire (pour dire crûment les choses) à la sauce léniniste.
Non ! La force d’Attac « a été » (je pense que c’est toujours le cas , malgré certaines affaires) de permettre à des militants issus des diverses organisations politiques et associatives, avec les non-encartés, d’apprendre à s’écouter et à [re]discuter dans le respect des opinions diverses …et, c’est aux gens, ensuite, à partir des débats pluriels, de se forger par eux-mêmes leur propre opinion… pour passer, ensuite, à l’action sur des projets partagés et validés démocratiquement.
Ivan , ex-ATTAC et toujours membre (élu) d’une association agréée, depuis 71, mouvement d’éducation populaire.
Je vous invite à relire Corcuff. Cela vous dispensera de procès d'intention.
bien oui merci, lire et relire, même quand il n'y a rien à comprendre ... ou que tout ne veut rien dire au final ...
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perso, aujourd'hui je vais me balader pour prendre des photos d'un batiment que j'aimerais obtenir pour organiser des conférences, faire travailler des artistes, organiser des actions pour aider les autres ...
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là le npa il y a plus personne, vous ce qui vous intéresse c'est de disserter, on dirait une conversation de salon bourgeois du 18 ème, être capable de faire des choses constructives plutot que de déblatérer des discours abscons on dirait que ça vous dépasse ...
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vous êtes dans la représentation pas l'action, le théatre, le simulacre ...
On se doit alors de rompre avec l’aplatissement antérieur du pluriel dans la gauche et le mouvement ouvrier sous la forme notamment de l’hégémonie du vocabulaire de « l’unité », de « l’unification » et de « la centralisation », aggravée dans le cadre de la lecture dominante, étatiste et centraliste, de la République en France.
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non mais vous rigolez ... faut être sérieux 5 min franchement ... c'est pas avec ce genre de " délires " que ça changera quoi que ce soit à la situation concrete du terrain ... du verbiage, de l'intellectualisme , mais rien de bien concret honnêtement ...
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en revanche pour taper sur la gauche modérée, l'extrême gauche est toujours au rendez-vous ...
Monsieur Corcuff,
"Méthodologie altermondialiste" et "émancipation" ? Je ne vois pas. Mais je lirai votre texte.
Très intéressante contribution dont la conclusion est lucide : pas d'ambition d'exhaustivité.
Il manque en effet une dimension d'analyse : une bonne moitié de la planète est en guerre, d'une manière ou d'une autre.
Que l'on théorise sur l'émancipation des occidentaux en proie aux affres de la récupération tous azimuts est une bonne chose. La philosophie est une aide précieuse pour décortiquer les mouvements à l'oeuvre.
Mais faire comme si la barbarie avait pris fin avec le XXe siècle et comme si les monstruosités autoritaires n'étaient plus de saison enlève une bonne part de sa force au propos. On ne parle pas de vieilles lunes que les tribunaux de l'histoire ont traitées avec plus ou moins de sérieux et d'efficacité, mais d'exactions actuelles qui font se répéter tous les jours Oradour sur Glane dans l'indifférence la plus totale.
.
J'ai du mal à débattre d'émancipation ciblée pendant que partout en occident prospèrent les ventes d'armes, et les marchands, et les états, sans parler du salariat qui s'y consacre avec la bénédiction matoise des syndicats...
"la démarche expérimentale devrait constituer un axe important aussi par la suite dans la construction d'autres mondes possibles que le capitalisme"
Est-ce à dire qu'il convient de supprimer les échanges ? Dès qu'il y a échange, il y a spéculation, y compris spéculation sur le principe d'égalité des éléments échangés. D'autres formes possibles peuvent se construire à partir d'un "altercapitalisme", mais pas de capitalisme du tout... c'est supposer les humains fort vertueux et fort désintéressés. On reste alors dans l'utopie, et ce ne serait qu'une de plus.
Chère Dianne,
Si il faut attendre la fin des guerres pour parler d'émancipation, nous risquons d'attendre longtemps.
Dès qu'il y a échange, il y a spéculation... Pas si sur...
ah ben pourtant ... je serais curieux de connaitre un système économique ou il n'y aurait aucune spéculation ?
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à vous ...
Avez-vous entendu parler des organisations sociales et économiques qui s’appuient sur l’économie du troc, l’économie du Don, the Local Exchange Trading Systems (LETS), le Système d’Echange Local (SEL)...?
* Voir, à titre d'exemple, la revue du M.AU.S.S.
et là vous pensez qu'il n'y a aucune spéculation ? vous êtes drole un peu ...
de toute façon dès qu'il y a entreprise humaine, il y a spéculation sur l'avenir, sur un projet ...
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la question n'est pas spéculation ou non mais comment s'effectue cette spéculation, d'aprés quels critères pour ne pas être que du " dumping " notamment.
Vrai LPVP, mais quelle émancipation, celle qui s'accommode de l'insupportable ? J'ai entendu parler comme vous dites des SEL et autres, bien sûr. Une heure de cours d'anglais contre une heure de repassage... ah ben non, tiens, une heure et demie de repassage... J'espère me tromper et si vous avez des données plus précises que les miennes, je suis preneuse.
(D'accord avec Dianne - j'ai eu ce même problème avec l'approche des SEL il y a quelques années : toutes les heures de travail ne se valent pas, sans que cela puisse être discuté)
de toute façon l'argent n'est qu'un moyen abstrait de permettre l'ensemble des échanges ou trocs, que cela passe par la valeur de la monnaie doit faire réfléchir certes, car que vaut l'argent en soit, et quel système il oblige c'est également la question par la distribution de valeurs via des bouts de papiers qui définissent la richesse des choses, et donc du travail humain ...
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ce qui est ennuyeux dans la spéculation, ce sont les mécansismes vicieux qui permettent de flouer des petits épargnants notamment, et représentent une grande partie du jeu boursier.
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j'achète à 10, je fais croire que ça vaut 12, je gagne 2, mais ça vaut réellement 8, etc ... sans que jamais il n'y a ait une valeur réelle, non relative à cette spéculation mais à la réalité humaine, oui certes ça c'est un vrai problème.
"toutes les heures de travail ne se valent pas"
Fantie B, dans ce cas, vous n'êtes plus dans la philosophie du SEL.
En attendant de retrouver le film sur les SEL réalisé par des amis, voici un petit reportage télé:
Merci Ivan Villa. Très intéressant mais on en reste toujours au problème de la "spéculation" dans l'échange : combien de gâteaux pour une camionnette (en location ? ) et qui fixe la valeur des biens en "basilics" ? Quand j'utilise le terme spéculer c'est dans son sens "tabler sur". Il y en a d'autres : agioter, boursicoter, combiner, jouer, méditer, profiter, raisonner, trafiquer... etc.
On estime que "ceci vaut cela en échange" et toutes les heures de travail n'ont pas la même valeur en basilic... Ce n'est pas un constat, c'est un regret qui alimente mon scepticisme quant au côté "égalitaire et vertueux" qui est souvent mis en avant.
Cela n'enlève rien au caractère pertinent de la démarche et au respect dû à ceux qui font tourner ce genre de système moins scélérat que le hard business...
mais bien sure dianne, vous n'êtes pas sans ignorer que bernadette chirac elle-même soutient ce genre d'initiatives qui font office de pis-allé pour permettre de croire à une quelconque évolution du monde marchand, c'est comme soigné un infarctus avec un peu de pommade, ça donne un peu bonne conscience, bref ...
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par contre les vraies questions de fonds ça agite pas grand monde apparemment ...
@ Ivan Villa : personnellement je serai que pour toutes les heures de travail se valent.
Ce dont je parlais c'est une prposition d'un SEL vers 1999.
http://www.mediapart.fr/club/blog/jonath/161109/apres-le-capitalisme-pourquoicomment
Voici quelques données plus précises avec le film (*) "De SEL en aiguille" (CLIQUEZ ICI) réalisé par mes amis (Céline MARTINEAU et Yann CASSARO) de l'association MAPAMUNDI/La CATHODE sur Les Systèmes d’Echange Local (SEL).
(*) Version réduite à 26 mn.
PS: Durée du documentaire - 2005:
54 mn -
http://films-yann.blogspot.com/2008/12/de-sel-en-aiguille.html
MAPAMUNDI
21ter, Rue Voltaire
75011 PARIS
Site web : http://www.mapamundi.asso.fr
Contacts : docusel@yahoo.fr
Si vous souhaitez le commander, envoyez un mail à cette adresse.
Ce second document est plus complet et plus parlant. Merci.
oui bon, je passe mon tour, je vois pas en quoi le fait de revenir au troc modifirait quoi que ce soit à une quelconque spéculation sur la valeur des choses (?) ...
Franchement, partir de l'émancipation sociale pour arriver au SEL ne me paraît pas à la hauteur des enjeux de civilisation, non ?
Franchement, partir de l'émancipation sociale pour arriver au SEL ne me paraît pas à la hauteur des enjeux de civilisation, non ?
Velveth,
Les expérimentations des alternatives font partie de la démarche d'émancipation, voir le point 6 de ce billet. Les SELs en font certainement partie. Nul n'a prétendu que cela répondait à l'ensemble des enjeux.
Très heureux Philippe Corcuff de vous lire à nouveau.
Je vois deux idées force dans votre esquisse :
- réévaluer l'émancipation, ce qui implique de mieux définir nos facteurs de dépendance et de domination
- assurer la vigilance totalitaire, ce qui implique l'exercice d'un droit d'alerte permanent
" réévaluer l'émancipation, ce qui implique de mieux définir nos facteurs de dépendance et de domination "
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" assurer la vigilance totalitaire, ce qui implique l'exercice d'un droit d'alerte permanent "
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ça veut dire quoi ? rien ... en quoi vous pensez-vous capable d'assurer une quelconque vigilance totalitaire ? c'est vidéo-gag ici lol
Votre synthèse me semble efficace Lincunable...
c'est quoi " facteur de dépendance et de domination " objectivement ?
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je vous fais grace du " droit d'alerte permanent contre la vigilance totalitaire " qui fait doucement pouffer tout de même sincèrement ...
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le totalitarisme est au pouvoir, je suis vigilant : j'alerte, c'est trés drole en fait, merci pour ce moment de franche rigolade ...
j'aurais bien aimé une réponse à ces différentes questions si ça vous ennuit pas, sinon causer pour causer je vois pas l'intérêt ...
Le monde a mauvaise mine et le miroir que nous tend Philippe Corcuff nous rappelle d'une manière très pertinente que c'est nous-mêmes qui y sommes au premier plan. La pensée magique à éviter, les mises en tensions à assumer dans la durée voilà qui est bien dans l'air de notre temps. Reste à savoir ce que nous saurons en faire.
On ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé au XXème siècle, on ne peut procéder à un simple retour « comme avant ». Cela suppose, par exemple, le rejet de la position politique du philosophe Alain Badiou (nostalgie du maoïsme et refus de penser la question totalitaire). Tournons-nous plutôt vers la pensée marxienne, anticapitaliste, libertaire, utopique et anti-totalitaire de Miguel Abensour (voir Pour une philosophie politique critique, Paris, Sens & Tonka, 2009 : textes de 1974 à 2008)
Ce passage m'amène à me demander si vous avez lu Badiou. J'espère que non car si vous l'avez lu pour en dire ça, je doute de votre sagacité ou de votre honnêteté. Lisez Le Siècle au lieu de faire votre Glucksmann ripoliné NPA !
Brrrrr
C'est qu'il ne rigole pas, Sylvain Jean quand on jette un oeil critique sur Alain Badiou (jamais vraiment revenu du maoïsme) jusqu'à vous traiter, en toute sympathie, de Glucksmann.
ON espère que c'est de l'humour.
Je ne rigole pas avec les vautours, même quand ceux-ci sont déplumés. Qu'on critique le maoïsme, très bien ; tout est destiné au crible de la critique. Qu'on balance à Alain Badiou la tarte glucksmanno-BHLienne du totalitarisme me débecte.
Je maintiens donc mes propos sur M. Corcuff.
Brrrrr
C'est qu'il ne rigole pas, Sylvain Jean quand on jette un oeil critique sur Alain Badiou (jamais vraiment revenu du maoïsme) jusqu'à vous traiter, en toute sympathie, de Glucksmann.
ON espère que c'est de l'humour.
Pour l'humour ou son absence , un petit détour par chez POL
(sujet peut-être pas si éloigné ?<Le maïsme et l'humour, une vraie énigme)
http://www.mediapart.fr/club/blog/pol/021209/situation
Pitoyable la non-pensée qui espère s'extirper de son vide sidéral par la continuelle dénonciation du "traître" ("tu penses mal, tu ne penses pas Badiou, donc tu ne peux qu'être le double du traître Glucksmann!").
Pitoyable notre Saint Jean (je croyais que pour Badiou c'était Saint Paul? Ou alors Platon "ripoliiné" Mao?) dans sa nouvelle Eglise, tout en dévotion pour son nouveau Pape, et prêt déjà à élever les bûchers de l'Inquisition!
Pitoyables les certitudes arrogantes et écoeurantes du dit Badiou (à côté du modestement radical et fragile Abensour) dans Le siècle (Seuil, 2005) :
- "C'est-à-dire camoufler l'apparentement secret et profond entre le réel politique du nazisme et ce qu'ils prétendent être l'innocence démocratique." (p.15)
- "Il est plus intéressant de considérer sans détour la vérité de l'énoncé de l'ex-surréaliste Eluard, à savoir que le nom de "Staline" désignait effectivement, pour des millions de prolétaires et d'intellectuels, le pouvoir vivre "sans connaître l'automne", et surtout celui de produire la vie sans avoir à douter." (p.25)
- "La pensée est toujours en rapport, sous les mots appariés de Vie et d'Histoire, à beaucoup plus que l'individu. Elle est en rapport avec une bestialité bien plus puissante que celle du simple animal humain. Et ce rapport commande une compréhension organique de ce qui est, compréhension à laquelle il peut être juste de sacrifier l'individu." (p.29)
- "Je ne voudrais pas que vous versiez ces considérations un peu âpres comme autant d'eau au moulin de la molle et moraliste critique contemporaine de la politique absolue ou du "totalitarisme". Je fais ici l'exégèse d'une singularité, et de sa grandeur propre, quand bien même cette grandeur, prise aux rets de sa conception du réel, aurait pour revers d'extraordinaires violences." (p.83)
- "Le thème de l'émancipation totale, pratiqué au présent, dans l'enthousiasme du présent absolu, est toujours situé au-delà du Bien et du Mal, parce que, dans les circonstances de l'action, le seul Bien connu est celui dont l'ordre établi fait le nom précieux de sa subsistance. L'extrême violence est dés lors réciprocable à l'extrême enthousiasme, puisqu'il s'agit en effet de transvaluer toutes les valeurs. La passion du réel est sans morale." (p.96)
- "Même quand il s'agit de la persécution des intellectuels, si désastreux qu'en soient et le spectacle et les effets, il importe de rappeler que ce qui la rend possible est que ce ne sont pas les privilèges du savoir qui commandent l'accès politique au réel. Comme dès la Révolution française le disait Fouquier-Tinville jugeant et condamnant à mort Lavoisier, créateur de la chimie moderne : "La République n'a pas besoin de savants". Parole barbare s'il en fut, tout à fait extrémiste et déraisonnable, mais qu'il faut savoir entendre, au-delà d'elle-même, sous sa forme axiomatique abrégée : "La République n'a pas besoin." Ce n'est pas du besoin, de l'intérêt, ou de son corrélat, le savoir privilégié, que dérive la capture d'un fragment de réel, mais de l'occurrence d'une pensée collectivisable et d'elle seule." (pp.96-97)
- "Il est vrai, et j'en ai, je crois, élucidé le ressort, que la passion du réel s'accompagne d'une prolifération du semblant, et qu'il faut donc toujours recommencer l'épuration, la mise à nu du réel. Ce que je voudrais souligner aujourd'hui, c'est qu'épurer le réel veut dire l'extraire de la réalité qui l'enveloppe et l'occulte." (p.97)
- "La manifestation esquisse cette totalité à laquelle la collection de ces "riens" que sont les individus isolés aspire." (p.153)
- "La surhumanité impose l'abolition de toute particularité. (..) Ce que désire le siècle dans l'édification du socialisme comme dans l'art minimal, dans l'axiomatique formelle comme dans les incendies de l'amour fou, c'est une universalité sans reste, sans adhérence à quelque particularité que ce soit." (p.227)
....et apologie de "la révolution culturelle" chinoise (supposée dénigrée par "le journalisme calomniateur", p.93) et du "maoisme français" (pp.92-95), sans un mot pour les millions de morts de la dictature bureaucratique maoiste et ses camps, ni sur le génocide "maoiste" cambodgien...drôle de bilan du "Siècle"!
Mais je vous laisse à votre messe, heureusement que les individus qui y sont sacrifiés ne le sont que symboliquement, et que la nostalgie de l'horreur de jadis ne s'énonce que comme farce : la farce MOA (Moi Badiou = le dirigeant incomparable de la Pensée et des Masses = Mao réincarné) ...
+ + +
Vychinski a lui aussi commencé comme Menchevik. Bonne continuation, Velveth et M. Corcuff.
Ce qui me montre que vous êtes perdus, l'un et l'autre, c'est l'impossibilité de penser des points de vérité. Pour exemple, la page 25 du Siècle. Du coup, vous vous gargarisez de formules grosses comme des dents creuses : totalitarisme, vide sidéral...
Par ailleurs, M. Corcuff, votre raffinement est extrême puisque vous m'attaquez sur mon nom. Alors, Monsieur-qui-incarne-la-révolution-gentille-et-parlementaire, je vous conseille de lire ce que dit Barthes sur ce genre de méthodes. Il parle dans ce texte de Le Pen, de Poujade et de Tixier qui s'attaquent au physique et au nom des gens. Belle compagnie !
C'est à se demander, au vu de ce qu'on devine être vos cris d'orfraie, si votre tendance au NPA ne s'appelle pas C comme chochotte.
Quand je parle de vous à mes amis NPAesques, ils regardent par terre. Inutile donc de s'acharner. ;-)
Ne tombez pas si bas, M. Jean.
Vous nous aviez habitué à autre chose qu'à l'expression de cette haine que je n'ai connue que venant des rangs des staliniens et...des ex-maos.
Je n'ai pas de haine car notre politiste n'est pas assez estimable pour cela. Je note seulement que les libertaires ne supportent pas la discorde et c'est assez drôle. Sous des dehors riants, la caserne, quoi ! Vous ne pouvez pas masquer cela sous un vocable digne de Frédéric Lefebvre ("idées glaciaires", dites-vous) et c'est bien à cela que vous devriez réfléchir, Velveth.
Camarade Jean,
Comment Monsieur Corcuff, qui fait l'apologie du dérisoire, pourrait-il apprécier la philosophie d'Alain Badiou ?
Encore un procès pour révisionnisme !
Velveth,
Spécialiste des mauvais procès ? Je ne veux pas le croire.
@gracieux débatteur : Ah on se disait aussi... Encore de la belle et bonne dialectique à coups de matraque. Ce que c'est que la force de conviction, hein. Heureusement que Badiou est plus diplomate que ça pour exposer ses idées. Quant il pourfend des adversaires intellectuels, il ne convoque pas une entreprise de peinture...
Diplomate Badiou? Ce n'est pas une entreprise de peinture qu'il convoque, non, c'est une ménagerie... contre ses contradicteurs! L'amour comme "édification laborieuse" (expression de Muriel Cerf dans "Philosophie magazine"), ça use les nerfs et il faut bien s'en venger contre quelqu'un... Cordialement.
Moi j'ai bien aimé le bonhomme montant au créneau chez Taddéi pour défendre sa radicalité en des termes ma foi intelligibles y compris pour qui n'est pas de l'extrême gauche. "De quoi Sarkozy est-il le nom" proposait des pistes intéressantes. Il a récidivé avec "L'hypothèse communiste" parce qu'il s'est rendu compte que ce n'était pas forcément en étant rare et inaccessible qu'il vendrait ses bouquins. J'ai bien aimé les deux. Je ne dis pas que j'y adhère. Faut-il avouer que n'ayant jamais traîné mes guêtres dans ses séminaires, j'ignorais à peu près tout du personnage (quelle lacune quand même
) sauf le contenu d'échanges avec un ami très au fait de la pensée badiousienne et très impliqué dans ses cercles de réflexion.
Ce qui ne m'a pas empêché de relayer largement, y compris en rédigeant le script de la première émission. Je ne vois pas en quoi lui dénier le droit à la parole ferait avancer les affaires de la démocratie. Mais c'est toujours pareil. Il faut choisir traitre ou traitre. Badiou ou Glucksmann. Je m'en fiche. Je lis les deux. J'en connais un et ça me va comme ça. Messieurs les censeurs bonsoir comme disait le gars Clavel, gravé dans les tablettes de l'INA.
"Eh bien, finalement, je plaide coupable. J'utilise en effet sans remords les "métaphores zoologiques". Ce qui caractérise la politique, même si le capitalo-parlementarisme pousse sa domination jusqu'à vouloir nous le faire oublier, c'est qu'il y a des ennemis. Et pourquoi diable, si ce sont de vrais ennemis, me serait-il interdit de les injurier ? De les comparer à des vautours, à des chacals, à des butors, à des linottes sans tête, et même à des rats, à des vipères, lubriques ou pas, voire à des hyènes, dactylographes ou pas ?"
Alain Badiou
Ah, l'amour! On ne sait jamais trop de quoi c'est fait...
Dianne,
Quelle entreprise de peinture ? Pour le maquillage, prenez conseil auprès de Monsieur Corcuff. C'est un expert.
je parlais de "ripoliner" et je m'adressais à notre tendre et courtois sylvain.
Dianne,
Pour la courtoisie, il y a une radio. Affreuse, d'ailleurs.
Monsieur Corcuff,
Spécialiste du maquillage.
Votre projet d'émancipation, hêtre, est-il dans le procès perpétuel des soit-disant déviationnistes par rapport à vos certitudes fort datées.
Alors, c'est non. Merci bien.
Les maos exécrés par M. Corcuff n'ont jamais mangé dans la main de Mitterrand et de Chevènement et n'ont jamais mis de bémol à leurs exigences sous les gouvernements de gauche.
Je suppose que vous rigolez. Vous voulez des noms ?
Les maos ciblés par Corcuff, c'est à dire les badiousiens. Maintenant, je vous écoute. Va vous falloir du courage et une bonne dose de malhonnêteté !
Camarade Jean,
Monsieur Corcuff se tait car c'est un sage de la sagesse du monde tel qu'il va. Le peu que j'ai lu de lui le prouve.
J'avais du mépris pour les bovétistes, ces opportunistes sans principes adeptes d'une ouverture (type Sarkozy) à l'extrême gauche mais Velveth m'avait fait reconsidérer ma position. Le voir désormais manier l'insulte sans avoir l'air d'y toucher au nom du transparent Corcuff (qui quand même, à part les éternels déçus de la gauche, fait rire tout le monde) me fait revenir à mes premières appréciations.
Enfin, ces libertaires qui ne supportent pas qu'on puisse s'opposer à eux me dégoûtent. Ce sont, eux, de vrais staliniens.
J'en ai marre de voir traîner Glucksmann dans la boue.
Pour ce que je connais de lui, il vaut une bonne pelletée de médiapartiens éructants. Et oui je suis de gauche... et oui depuis l'âge de raison politique et non je ne suis pas hémiplégique idéologiquement. Et j'attends les "vomisseurs d'injures" pavloviens avec toute la sérénité nécessaire.
Voilà c'est dit.
Permettez que je vous rejoigne dans ce cri du coeur! "La cuisinière et le mangeur d'hommes" reste pour moi un grand livre d'une actualité toujours renaissante... Et le tout dernier "Les deux chemins de la philosophie", Socrate et/ou Heidegger, ce n'est pas mal du tout...André Glucksmann n'est pas marxiste? Il n'y a pas que de mauvaises raisons à ça! Ses positions politiques, ne pas toujours les partager empêche-t-il de les considérer d'un point de vue qui n'est pas simplement celui du mépris et de l'injure?
Merci kairos.
Sorti dernièrement : "La plus belle histoire de la liberté" (Seuil)
avec Nicole Bacharan et Abdelwahab Meddeb, postface de Vaclav Havel.
Ça soulage des vociférations en chambre...
Question émancipation, pourquoi j'ai apprécié de lire Corcuff quand j'ai rencontré ses bouquins :
Philippe Corcuff s'intéresse aux individus individués - avec désirs personnels non mesurables à une quelconque "justesse".
Et pas aux "gens" ramenés à un peuple pour qui l'on pense une émancipation.
Il y a bien un débat de fond - qui remonte à loin dans l'histoire des utopies - sur la question de l'émancipation individuelle ou collective.
Inutile de l'esquiver par des amalgames.
("gens" et "justesse" - discussion autour de ces notions de Hêtre ici et là.)
Velveth,
Soyez sérieux, disons, deux minutes. Vous n'avez que ces mots-là à la plume : "révisionnisme", "déviationnistes"... Mots que je n'utilise jamais. C'est bien vous qui les écrivez. Votre manque de rigueur intellectuelle, pour ne pas dire : votre paranoïa (la hantise constante du "procès"), nuit gravement au NPA. Ce dont je ne me félicite pas tant que ça. Quant à ce que vous appelez mes "certitudes", ce sont bien plutôt des principes. Forts datés ? Le principe d'égalité ? Libre à vous de croire cela.
Relisez-vous, cher hêtre. Dans la lignée de M. Jean, vous faîtes des procès à répétition envers tous ceux et toutes celles qui n'apprécieraient ni Badiou ni votre propre prose.
Des resucées "sentant bon" les époques tragiques du XXème siècle telles celles du stalinisme et du maoïsme qui, par dizaines de millions, ont assassiné les "traitres" à leur conception toute particulière de l'émancipation...
Velveth,
Parce que le siècle précédent a été un siècle de massacres, le XXIe siècle doit-il expier les "péchés" du XXe ? Les gens, au XXIe siècle, doivent-ils se faire massacrer sans broncher par le capitalisme (vieux mot aussi), sous prétexte que d'autres gens se sont fait massacrer au siècle précédent par d'autres systèmes ? Les gens peuvent-ils se contenter d'un NPA venant montrer du doigt le "méchant" capitalisme, en disant : "Toi, c'est mal !" ?
*Sur le NPA : Je ne sais pas pour le NPA, mais pour avoir lu attentivement plusieurs livres, articles, et les billets de Ph Corcuff (auteur du présent billet...), il est bien bien bien loin de "montrer du doigt le "méchant" capitalisme, en disant : "Toi, c'est mal !" ?".
Je suppose qu'il n'est pas le seul au NPA a avoir une pensée un peu plus complexe que ce que vous en dites. Velveth lui aussi nous a proposé de nombreux billets ou liens d'approfondissement sur ce point.
*Sur le mode d' interaction :
vous nous proposez ici, avec le NPA ou Dianne, ce qui pour moi est une réduction de la pensée de l'autre.
Et je crains que cette façon de faire, que les interactionnistes appellent étiquetage, ne propose à la réflexion des "gens" un mode de pensée bien simpliste.
Si oui, cela n'irait pas dans le sens du développement de leur réflexivité personnelle - condition pour moi de leur émancipation individuelle.
Fantie B.,
Sachez que j'estime beaucoup le travail de Daniel Bensaïd. Ce dernier n'a jamais fait, à ma connaissance, l'apologie du dérisoire.
Je crois, Fantie B., que votre reproche, "mode de pensée bien simpliste", convient davantage au type d'argumentation "développé" par Velveth.
Hêtre, je n'ai pas encore pris le temps de lire Bensaïd. Dont le lien m'a été proposé souvent par Velveth.
Je trouve donc dommage que vous vous opposiez d'emblée, sur des impressions, sur une appartenance, et que vous ne discutiez pas politique avec Velveth et Ph Corcuff.
Et au delà, avec Dianne ou Kairos. Pourquoi apprécient-ils Glucksmann ? Ne serait-ce pas à cause de son combat (sélectif, peut-être) contre le totalitarisme ?
La question du totalitarisme est une question politique, reliée pour moi à celle de l'émancipation colelctive /individuelle.
Après le XXème siècle, et encore aujourd'hui : elle se pose.
Elle est là, derrière, à côté et devant nous.
Fantie B.,
Monsieur Glucksmann, après avoir été un sarkozyste de la première heure, est, aujourd'hui (si j'en crois ce qu'il a publié récemment dans "Le Monde"), un déçu du sarkozysme. Je suis en droit de dire que ce monsieur a les "soutiens" qu'il mérite.
Quel rapport entre le travail de Philippe Corcuff et le travail de Daniel Bensaïd ? Franchement ?
réponse brêve : l'altermondialisme ?
jonath,
Il a "Mediapart", il a tout compris.
l'altermondialisme ? ( essaye encore une fois de ne pas se disperser dans des réponses évasives avec jugement à la pièce ) ...
jonath,
Ecrivateur approximatif.
hêtre : commentateur poussif mais distrayant ...
jonath,
Spécialiste du schmillblick.
hêtre ... encore un commentaire fort pertinent à son actif et qui fait bien avancer le débat ...
-
hêtre spécialiste du commentaire en 3 mots qui fait prendre une certaine hauteur au débat et ne ramène pas toutes questions à ses jugements approximatifs et quelque peu péremptoire sans grand intérêt, non, non ...
-
donc ... nous parlions de l'émancipation au 21 ème siècle ... en 3 mots ça va être difificile hêtre, à moins que à nouveau vous me fassiez une réplique sans queue ni tête, possible maybe ...
Je ne pense pas que Daniel Bensaïd soit très proche de Corcuff et du bovétiste Velveth, à vrai dire.
Pour bien connaître l'homme et l'oeuvre (de Bensaïd), évitez de sortir des sornettes. Daniel Bensaïd, c'est, aussi, l'école du doute et une lecture critique du marxisme dont vous êtes à cent lieues.
Vous en avez totalement le droit mais merci de ne pas tomber dans l'injure et les propos caporalistes.
Vous connaissez mal Daniel Bensaïd apparemment car son rapport à Badiou (qu'il critique !) est beaucoup plus dialectique que celui que, suivant le rigolo Corcuff, vous défendez. Je remarque d'ailleurs que vous n'avez pas toujours soutenu ce que vous dites désormais. Maintenant, en revanche, vous allez à la soupe où sont mêlés corcuffismes et "nouvelle philosophie" pour débiner Badiou. Peu glorieux !
Vous manquez gravement de rigueur, Velveth.
Il ne s'agit pas à propos de M.Corcuff d'apprécier ou non Badiou mais de ne pas laisser le tout-à-l'égoût sociologique raconter n'importe quoi à propos de l'auteur de L'Etre et l'événement. Que P. Corcuff enrage de n'être point capable d'une telle oeuvre se comprend mais de là à manier la calomnie et à extraire des pages d'un livre pour, lui, monter un bûcher, il y a un pas que je n'accepte pas. J'ai connu l'UCFML puisque mes parents y militaient puis l'OP et je ne puis laisser se répandre des calomnies sur une politique et une pensée. Vous n'avez pas l'air de comprendre ça. C'est du reste assez inquiétant.
Lisez Badiou au lieu d'écouter les inepties de Philippe Corcuff !
Dianne,
Monsieur Glucksmann vous mérite à ses côtés.
J'ai bien compris l'intention générale. Merci.
Dianne,
"L'intention générale" de Monsieur Glucksmann ? Pas sûr...
kairos,
La chasse aux communistes apatrides est un combat qui vous sied à ravir (si je puis dire).
Dianne,
Vos soulagements ont quelque chose de peu glorieux.
Désolée, M. Corcuff.
Je compatis, Dianne.
Velveth,
Paranoïaque délirant compatissant.
Oui. Comme au bon vieux temps, mettez-moi en HP !
Velveth,
Les lits manquent. Votre cas n'étant pas prioritaire... Soyez sérieux ! Allez ! Ressaisissez-vous !
Dianne,
Monsieur Corcuff mérite cette désolation.
Fantie B.,
Oui, l'émancipation individuelle. Oui, l'émancipation collective. Pourquoi les opposer ?
@ hêtre : ce n'est pas que je les oppose, c'est que pour moi ces deux questions sont opposées par nature. Ou du moins, en tension. Et le resteront.
Parce que l'émancipation individuelle bute sur l'obstacle du désir individuel - irréductible à une analyse externe.
La question que posent aussi ici mes camarades de gauche Dianne, Velveth, Ph Corcuff, par exemple, c'est celle des déviations intrinsèques qu'entraine l'existence de psychismes individualisés, dans les sociétés qui, quels que soient le sprincipes qui les foindent, vivent grâce à des règles collectives.
Comment une société émancipée collectivement prendrait-elle en compte ces irréductibles déviations individuelles ?
Voilà la question que certains d'entre nous, au-delà de nos divergences tactiques ou autres, avons en commun.
Cette question me tient autant à coeur que celle de l'égalité - avec laquelle ellle est en tension.
Nous ne serons jamais égaux devant le désir.
Et je rejoins les questions qui vous sont posées ici sur votre mode de réponse.
Je crains que vous ne traitiez la question des psychismes individuels par un étiquetage lié à ce qui est pour vous la norme (ce qui découle du principe juste, peut-être).
(Je ne sais pas si Badiou a pris en compte les travaux des sociologues interactionnistes depuis Goffman entre autres, si oui, je serais curieuse de lire son avis)
La norme est bien le problème de hêtre. Et cela fait peur. Comme si le tragique XXème siècle n'avait pas eu lieu. Comme si l'émancipation collective ne soulevait pas la question de l'individualité et de ses désirs "déviationnistes".
Vous avez raison, Fantie.
Velveth,
Vous écrivez vraiment n'importe quoi. Soit vous êtes malhonnête, soit vous ne savez pas lire. N'ai-je pas parlé précédemment, sur ce fil, des massacres qu'a connus le XXe siècle ? Le NPA est vraiment mal barré. Quel manque de rigueur intellectuelle, vraiment ! Quel dommage !
Velveth a fait la campagne de Bové en 2007, hêtre, vous savez...
Maintenant, tout content d'avoir trouvé un idiot utile, il exulte.
Il prouve la supériorité du CVB sur le CVN, si je puis dire. Du reste, des maos, quoi qu'en dise M. Corcuff, il n'y en a plus tandis que des trotskistes figés, il y en a encore plein !
Et ça parle de renouveau de l'émancipation alors que tout ça n'est que le flanc gauche du capitalo-parlementarisme, la mouche du coche...
Pauvre Corcuff !
Je ne me suis jamais défini comme trotskyste.
Stoppez, SVP, de mettre les "autres" dans vos petites cases préfabriquées.
Cela sera un sacré pas en avant.
Cela dit, maintenant que vous avez, vous et hêtre, pourri ce fil de discussion pour tenter de faire valoir vos petites personnes avec vos idées de l'ère glaciaire, je vous laisse entre vous.
Velveth,
Regardez-vous dans une glace, vous y verrez ce que vous voyez chez d'autres et qui ne s'y trouve pas.
Velveth,
(2). Le mot "pourri" est dégueulasse.
Velveth,
(2). Attention à la peur ! Vous risquez de ne plus rien faire.
Quel salmigondis que ce texte ! Que c'est laborieux et indigeste ! Cela me fait penser au conte d'Andersen dans lequel personne, excepté un enfant, n'ose dire que le roi est nu... Bref, c'est une parfaite dissertation pour intégrer Sciences Po Paris (ah mais Paris, hein !) mais pour Ulm (qu'on devine Corcuff détester, ce repaires d'ex établis), cela risque d'être un peu court. En effet, texte philosophico-politique, il n'est comme souvent dans ce cas (si Corcuff valait Schmitt, ça se saurait), ni l'un, ni l'autre !
Les références s'y succèdent dans un vertige qui ne débouche que sur le vide. On ne vous a jamais dit qu'il ne suffisait pas d'enfiler des références comme des perles pour être sérieux ? Cela se veut neuf mais est terriblement nul. C'est aussi creux qu'une motion de gauche à un congrès du P"S" (pas étonnant, en même temps, feu le mouvement "alter" ne fut qu'un mai 81 planétaire).
Le passage sur Rancière (bizarre que M. Corcuff ne l'ait pas insulté, celui-là, ex de la GP) et Bourdieu est à mourir de rire. Il se clôt sur une parfaite neutralité. Et cette suffisance, mon dieu !
Tout le texte est tissé de verbiage sociologisant pour petits-bourgeois sous calmants. Normal. La ligne de masse, M. Corcuff n'a même pas idée de ce que c'est. Quant aux sans-papiers, que voulez-vous qu'ils fassent d'un texte pareil ? Il n'a ni la puissance théorique de Marx, Lénine ou Mao ni l'intelligence politique (i.e. des situations) nécessaire pour entrer en interlocution avec les masses et les opprimés pour faire, avec eux, quelque(s) chose(s) et non, comme un mandarin de gauche, les surplomber en indiquant la direction à suivre sous prétexte que vous vous sauriez et eux, non.
Votre fatuité et votre vacuité ne peuvent être masquées par votre radicalité, M. Corcuff, car celle-ci est en toc. Vous parlez de mélancolie parce que votre horizon est homogène à celui de la réaction ambiante.
Du coup, cracher sur Le Siècle est votre seule mais pathétique possibilité.
Sylvain Jean, vous n'avez peut-être pas tort de critiquer le texte de Philippe Corcuff, mais vous le faites avec une véhémence assez incompréhensible. Avez-vous quelque chose à proposer à la place ? Car c'est bien le souci : les gauchistes n'ont rien pu proposer en remplacement du goulag. Ca fait bien un quart de siècle que j'entends qu'il faut trouver un truc à la place du capitalisme, mais à part des propositions défoulatoires en vue des échéances électorales, il n'y a rien. Finalement si Alain Badiou défend réellement les régimes concentrationnaires c'est sans doute lui qui est le plus proche du réel. Et les gauchistes qui arrivent au pouvoir dans tel ou tel pays nous montrent à chaque fois l'impossibilité de dépasser ce satané capitalisme sans priver le peuple de liberté.
Le vrai titre du conte est "Les habits neufs de l'Empereur".
"Votre fatuité ne peut être masquée par votre radicalité".
Pas mal trouvé. Attendons, pour le côté démocrate du plaidoyer que la testostérone ait un peu baissé pour laisser respirer le cortex...
Le très tolérant Corcuff, dans des procédés dignes de Poujade ou Le Pen, m'appelle Saint-Jean. Lui qui a, paraît-il, de la rigueur et de la démocratie à revendre se montre en tous les cas raffiné et classieux.
Maintenant que vous avez, vous et hêtre, pourri ce fil de discussion (ce qui est votre but non affiché) pour tenter de faire valoir vos petites personnes avec vos idées de l'ère glaciaire agrémentées d'insultes, je vous laisse entre vous.
Camarade Jean,
Une fois de plus, tu avais raison : "chochotte".
Qu'ils sont décevants, les Corcuff et Velveth ! Sont-ils "représentatifs" d'une sorte de Nouveau Parti Accessoire ? Ou ne sont-ils que des satellites libertaires délirants compatissants tout juste tolérés par des gens un peu plus sérieux au sein de leur parti ?
Messieurs Jean et Hêtre,
Utiliser "chochotte" comme insulte pour viser Philippe Corcuff, le répéter, se le citer l'un à l'autre avec plaisir. C'est quoi? Une jouissance homophobe.
Ici, vous êtes l'un et l'autre parfaitement détestables.
Moi qui n'ai pas d'amis à l'ENS d'Ulm dont j'apprends que c'est un "repaire d'établis" (une "base rouge"??), je sais lire.
Chochotte, homophobe ? Non mais ça ne va pas ?! Je le dis à mes ami-e-s, on me l'a déjà dit... Qu'est-ce que cette histoire ?!
Je me fiche bien de qui couche avec qui, enfin ! Honte à vous, oui !
Vous attachez de l'importance aux mots. Vous avez des amis normaliens (félicitations). L'insulte, car cela se veut une insulte, est homophobe dans ce contexte, qui que ce soit qui parle à qui que ce soit.
Que ce soit vous qui parliez ici, vous dont j'ignore tout, n'a pas d'importance pour qualifier l'insulte.
Cette insulte qui est vôtre ne dit rien de Corcuff évidemment.
Vraiment vous ne comprenez pas?
Camarade Jean,
Sur ce blog, j'ai été accusé, il n'y a pas si longtemps, d'à peu près tous les "péchés" du monde. Celui-là est nouveau. Peut-être devons-nous nous attendre à bien d'autres accusations infondées. Aussi infondées que les honnêtetés de Philippe Corcuff et ses zélés cerbères.
Qu'un nom, parce qu'il est de genre féminin, soit taxé d'homophobe est affligeant.
Chochotte dans les cours de recré pour adultes, c'est explicitement stigmatisant pour les faibles. ceux qui n'osent pas aller assez loin , contrairement aux forts.
D'un côté les êtres virils, de l'autre les chochottes (femmes hommes, peu importe).
Tous ces noms d'oiseaux (voir les revendications de Badiou cité par Kairos)) ne font en rien avancer quoi que ce soit, mais ils semblent indispensables à ceux qui les emploient : Pourquoi ? Quels habitus de groupe, en jeu, là ?
Ou : à la place de quoi viennent ces mots ?
@ tous ceux qui y ont recours en politique, qui dégainent ces mots dès la premeière critique de leurs propos :
Je vous assure qu'on peut s'en passer sans dommage -avec juste un peu de frustration ...
Fantie B.,
De votre côté, il me semble que ça n'avance pas beaucoup. Le mot "mollasson" vous convient-il davantage ?
Vous feriez mieux de retirer ce mot, vous avez tort, et pascal a raison de vous reprendre. Hêtre, vous avez écrit plus haut à Velveth "c'est dégueulasse", et ça pouvait être considéré comme juste, au lu du propos de Velveth qui vous a fait réagir. Aussi, traiter P Corcuff de "chochotte", c'est encore pire que dégueulasse. Vous entendez ça, j'espère ? Alors, merci à vous de retirer ce mot, tous les deux, avec Sylvain, et que ce dernier le réserve à ses soirées entre amis, mais pas ici. D'autant que vous pourriez être poursuivis pour injure homophobe, eh oui, mes amis, vous n'êtes pas censés outrepasser les lois républicaines, savez-vous ?
Et l'échange général entre vous, même très vif, je le trouve, pour ma part, très intéressant, et aussi très amusant, au bon sens du terme.
peneloppe,
Spécialiste de l'accusation et de la menace.
— Tu ferais mieux je te ferais dire !
— Mieux de ?
— Mieux "de retirer ce mot"...
— Quel mot ?
— "Chochotte" !
— Pourquoi ?
— Parce que "c'est encore pire que dégueulasse" !
— Pardon ?
— Tu pourrais être poursuivi "pour injure homophobe"...
— Pardon ?
— Tu n'est pas censé "outrepasser les lois républicaines"...
— Pardon ?
— Tu te demandes dans quel monde nous vivons ?
— Non, je sais dans quel monde je vis. Si tu veux faire taire quelqu'un, tu l'accuses injustement de tous les maux, tu le menaces des pires conséquences avec du "phobie" ou du "isme".
— Je vois.
Vous savez dans quel monde vous vivez: celui de gens civilisés, ou pas ? Là est la question essentielle, l'unique, qui vaille.
peneloppe,
Spécialiste de la civilisation en rose délavé.
peneloppe,
Avocate de la dame en rose délavé et du monsieur avec qui il faut être très gentil parce qu'il est très libertaire (tu parles !)
— Que penses-tu de la défense de Monsieur Corcuff ?
— A la hauteur de son honnêteté.
On croit rêver.
Un procès ? Arf ! Je ne retire rien, ce serait céder à la folie.
Arf.
Ce sera donc le mot de la fin.
Je ne comprends pas ce concept d'émancipation sociale. Concrétement vous faites comment pour que le prolo renonce volontairement à l'écran plat et au téléphone portable, aux congés payés ? N'est-ce pas de la consommation qu'il faudrait pouvoir s'émanciper, et qui est le moteur réel du capitalisme ?
Je trouve qu'on est injuste avec les communistes qui ont quand même trouvé la solution du parcage d'une partie de la population en camp de concentration, ce qui de plus serait très favorable en matière de réduction d'émission de gaz à effet de serre.
"N'est-ce pas de la consommation qu'il faudrait pouvoir s'émanciper, et qui est le moteur réel du capitalisme ?"
Eh bien nous sommes d'accord, Beber !
Mais il n'y a pas que la consommation matérielle, qui est aliénante.
Toute consommation idéologique l'est aussi.
Et d'ailleurs nous sommes tous aliénés de naissance, par notre désir qui nous mène là où nous ne savons pas. (Et où ne voulons pas savoir en général, c'est si bon d'être mené)
L'idéal d'émancipation totale n'est qu'une utopie de plus.
Un moteur peut-être, comme le sont les projets utopiques. Mais aussi un obstacle aux changements concrets possibles, comme tous les idéaux dès lors qu'ils deviennent absolus donc tyranniques.
donner un peu à manger à ceux qui ont faim, mieux de loger, se soigner, s'éduquer ...
-
libérer les autres d'une certaine forme d'esclavagisme
-
être un peu moins autocentré dans les pays " riches "
-
c'est concretement ce à quoi il faudrait permettre de répondre pour parler d'émancipation au 21 ème siècle, la question des guerres, de l'écologie également de quelle façon ? c'est plus compliqué certes ...
Alain Badiou dit (en commentaire de "L'hypothèse communiste" et "De quoi Sarkozy est-il le nom?")
.
"Le grand problème du XXe siècle, a été que le modèle de la discipline choisie par les révolutionnaires, pratiquement par tous les révolutionnaires, a été en réalité un modèle militaire. .../....
Ce qui a échoué, c'est la tentative d'appliquer à une société civile et à la production dans la société civile des méthodes de discipline qui étaient des méthodes militaires et qui étaient destinées à l'insurrection victorieuse.../....
je ne crois pas que les forces révolutionnaires soient aujourd'hui en bon état. La circonstance est une chose. La préparation à la circonstance en est une autre.../....
On dit toujours « le communisme vient de s'effondrer » mais le communisme avait 70 ans d'existence. Le capitalisme existe depuis cinq siècles : on sait de quoi il est capable.../....
nous devons absolument maintenir, reconsidérer l'idée d'une société qui serait organisée de façon collective ou commune et qui ne serait pas livrée au banditisme des appétits privés.".
Et il n'insulte personne, lui. Il a bien compris qu'on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre et qu'un philosophe qui resterait planté sur sa plate-forme, en compagnie des mouches, serait un philosophe mort.
Dianne, "on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre", mais une fois que vous avez gagné les élections en faisant croire à vos bobards, vous faites quoi ?
Qui a parlé d'élections ? Je parle de clarté du discours et de courtoisie de la formulation pour faire avancer des idées.
"Ce qui a échoué, c'est la
tentative d'appliquer à une société civile et à la production dans la société
civile des méthodes de discipline qui étaient des méthodes militaires et qui
étaient destinées à l'insurrection victorieuse.../...." (Badiou cité par Dianne).
Intéressante idée de Badiou.
Maintenant, quoi d'autre ?
Quoi d'autre en effet ? répondrait un jésuite.
Ces citations étaient juste là pour montrer qu'Alain Badiou s'exprime de manière mesurée, y compris pour dire sa détermination et exposer des idées fort radicales... idées dont il apparait bien que quelques énervés n'ont pas lu une ligne au vu de leur pratique de l'invective...
C'est un homme fort courtois qui réduit son contradicteur éventuel par des argumentaires précis et non des attaques ad hominem. On peut discuter le fond mais la forme est impeccable et civilisée.
Alors, on peut se jeter du Badiou, du Ceci, du Cela à la tête pour être sûr d'avoir raison. Coup de pot (pas pour lui) de récents chiffres de ventes ont rendu Badiou un peu "médiatique" et n'importe qui, qui l'ignorait la semaine d'avant, peut s'en faire l'éxégète à peu de frais.
Cela ne fait pas avancer le schmilblick, j'en suis d'accord.
Les masques tombent aujourd'hui.
A mon avis, il faudra attendre au moins encore uen génération ou deux pour que les guerres de succession du marxisme se passent d'insultes pour entrer dans le vif du sujet de ce qui les sépare.
Heureusement que tout le monde n'y est pas suspendu.
Au sujet des insultes comme aide à, ou mode de, l'émancipation : J'ai bien aimé la conception de l'amour que relève Kairos, plus haut, celle qui consiste à d'abord détester des ennemis (personnalisés) :
""Eh bien, finalement, je plaide coupable. J'utilise en effet sans remords les "métaphores zoologiques". Ce qui caractérise la politique, même si le capitalo-parlementarisme pousse sa domination jusqu'à vouloir nous le faire oublier, c'est qu'il y a des ennemis. Et pourquoi diable, si ce sont de vrais ennemis, me serait-il interdit de les injurier ? De les comparer à des vautours, à des chacals, à des butors, à des linottes sans tête, et même à des rats, à des vipères, lubriques ou pas, voire à des hyènes, dactylographes ou pas ?"
Alain Badiou
Ah, l'amour! On ne sait jamais trop de quoi c'est fait... (02/12/2009 14:08Par kairos)"
Cet amour là me semble au moins rempli de nostalgies d'époques d'affrontements bien... (il me manque une image - je me retiens de mettre "virils")
« [Détachement] Ecarter les croyances combleuses de vide, adoucisseuses des amertumes. »
perso je trouve c'est plutot pas mal comme programme d'émancipation pour le 21 ème siècle et les suivants également.
- résoudre le problème de la faim dans le monde
- arréter les guerres
- inventer un modèle économique qui permette à chaque être humain de mieux se nourrir, se loger, se soigner et avoir accés à l'éducation.
- mieux travailler pour un épanouissement commun et non la tautologie du capitalisme ou l'ensemble du travail ne profite qu'à une infime partie de la population.
à partir de ces questions là, je pense que oui on peut commencer à parler d'émancipation, cela peut passer par une certaine approche philosophique pourquoi pas, mais d'aprés cette définition d'un but humaniste à atteindre, non loin notamment il me semble de la vision d'attac notamment concernant l'idée d'un revenu minimum, cela serait souhaitable, il faudrait oeuvrer à ce que cela soit possible, c'est dans le prolongement logique de notre conception du progrès, de définir un meilleur cadre de vie pour l'ensemble de la population mondiale.
Le texte de Philipp Corcuff me semble plus qu'important. Certains des commentaires sont par contre désolants. Nous avons deux tâches à mener en France. Sortir le fou qui nous gouverne et dont l'arrivée au pouvoir a été facilité par un système antirépublicain. Travailler sur la sortie du libéralisme mortifère qui nous gouverne. Pour cette seconde tâche le texte de Philippe Corcuff mérite d'être lu et travaillé avec soin. Certains commentateurs ne doivent pas perdre du vue la première.
@Thierry Ternisien : (première tâche) Croyez vous qu'ils en aient envie ?
qui ça " ils " dianne ... le Npa ?
mais de quoi ça parle ? svp ?
"ça parle" (et ça me parle) par exemple de cette question :
proposition 5 :
"la politique consiste à créer un espace commun en partant de la pluralité humaine"
'Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique ?, manuscrits de1950 à 1959)(cité par Ph Corcuff)
Comment recréer du commun, du "nous" , dans une société où les individus se sont émancipés des collectifs qui les socialisaient autrefois ?
proposition 6 :
ça consiste à proposer d'expérimenter des espaces communs :
"l’expérimentation ici et maintenant de nouvelles formes de vie et de travail (démocratie participative, squats autogérés, économie solidaire, AMAP, agriculture alternative, etc.) devrait prendre une nouvelle importance."
Via une démarche plus "expérimentale" qu'idéologique.
Bien regrettable, Sylvain Jean, qu'en réponse au rejet de Badiou par Philippe Corcuff vous n'usiez d'autre arme que l'insulte, faisant ainsi du tort à Badiou lui-même.
Marielle Billy vous a tendu plusieurs fois la perche, sur vos billets, pour une exégèse de la philosophie badiousienne, mais sans succès. C'eut été pourtant plus efficace que le simple copié-collé de courts extraits de ses oeuvres, certes très explicites, mais bien insuffisants comme méthode pour convaincre.
Pour tout dire, j'ai trouvé décevant que l'insulte comme l'ironie fassent quasi uniquement office d'argumentaire. Badiou vaut mieux que cela. J'espère que vous saurez prendre le temps de le démontrer, sans rejeter naïvement ce tour d'horizon de Philippe Corcuff qui peut très bien s'y intégrer en un tout bien plus enrichissant que le rejet de l'un par l'autre.