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La destruction de l'école primaire

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Le bilan de M. Darcos est catastrophique pour l’école primaire. Les conséquences les plus graves de la destruction de l’école primaire engagée après 2002 et renforcée en 2005, dans la perspective ultra libérale actuelle, ne seront réellement perceptibles que dans quelques années. Pierre Frackowiak, inspecteur honoraire de l'Education Nationale revient point par point sur les dérives que constituent:

Les nouveaux vieux programmes,

le service minimum d’accueil,

le soutien et les stages de remise à niveau

et le renforcement de l’autorité hiérarchique.

 

 

La destruction de l’école primaire

L’heure d’un premier bilan
par Pierre Frackowiak

 

De nombreux spécialistes, comme Claude Lelièvre, historien de l’éducation, récemment dans le Monde, des syndicalistes, des responsables de mouvements d’éducation populaire, des pédagogues célèbres comme Philippe Meirieu, André Giordan, Eveline Charmeux, Gérard de Vecchi, des praticiens reconnus comme Sylvain Grandserre, et tant d’autres personnalités, répètent inlassablement que nous assistons depuis quelques années à une terrible entreprise de destruction de l’école. Les démonstrations sont faites, elles ne sont guère contestables : nous allons à la catastrophe.

 

De bonnes âmes s’indignent de tels propos, en particulier chez les cadres qui prônent la loyauté, l’obligation de l’obéissance, le respect de la règle démocratique… Certaines s’expriment en conscience soit parce qu’elles adhèrent à l’idéologie ultra libérale mise en œuvre avec une détermination purement sarkozienne, ce qui est parfaitement leur droit , soit parce qu’elles méconnaissent l’histoire de l’école, ses fondements, ses enjeux, ce qui peut s’expliquer partiellement par l’absence totale de prise en compte de ces questions fondamentales dans leur formation, soit par une soumission qui s’adapte à toutes les alternances. D’autres s’expriment par opportunisme, ce qui est moins honorable surtout si les mêmes, quand ils étaient en exercice en 1989/90/91, n’avaient pas les mêmes préoccupations et se seraient sans doute indignées si M. Jospin avait usé de l’autoritarisme, des sanctions, des menaces. Leur opposition affichée, leur désobéissance, leur résistance passive à cette époque auraient mérité des analyses plus poussées dans le cadre d’un bilan sérieux et honnête, qui n’a malheureusement jamais été fait, de la loi de 1989.

 

Toutes les mesures prises successivement, tous les effets d’annonce, outre qu’ils ont été décidés, à chaque fois, dans la précipitation politicienne et sans la moindre concertation, sont des actes de destruction. Je sais que des membres de l’encadrement intermédiaire, des inspecteurs, contestent ces propos et louent quelques unes de ces décisions… Il faut bien rechercher un peu de positif quelque part si l’on ne veut pas être suspecté de complaisance ou de compromission ou de naïveté. Je sais que plusieurs de ces mesures séduisent l’opinion publique… C’est normal, c’est bien d’abord pour cela qu’elles sont prises, les instituts de sondage et les cabinets de communication sont excellents dans notre pays et le soutien des grands médias est acquis.

 

On peut prendre chacune des mesures et les analyser avec un peu de hauteur, en recherchant les perspectives. Toutes sans exception s’inscrivent de manière cohérente dans cette volonté de destruction qui inquiète tous les progressistes et qui provoquent des réactions hostiles compréhensibles de la part d’enseignants désobéissants de plus en plus nombreux. Il ne s’agit pas de taxer le ministre d’une sorte de machiavélisme ou de perversion. Il fait son travail, il prépare, tranquillement pendant un temps, plus fiévreusement aujourd’hui, l’installation du système libéral à l’anglo-saxonne, une école à deux vitesses, avec toute une série de mesurettes pour les pauvres, pour se donner bonne conscience. « Vous voyez bien : on fait tout pour eux (le soutien, les stages, des programmes plus simples, des devoirs identiques à ceux qu’avaient leurs parents, etc), ils sont bêtes, on n’y peut rien, c’est comme ça ». Tout est dans l’apparence. C’est un phénomène nouveau en France, à ce point d’exacerbation, car pendant longtemps la droite sous l’influence du gaullisme, n’était pas assimilable à l’ultra libéralisme et l’a même combattu. Il faut dire que l’absence de vrai projet neuf (qui ne soit pas que de l’aménagement de l’ancien) à gauche lui a facilité la tâche.

 

Les nouveaux vieux programmes. Aucune concertation. Aucune idée des auteurs. Aucun fondement théorique. Une réalité : le mépris pour tous les efforts accomplis depuis 1969 pour transformer l’école à l’initiative des gouvernements successifs de droite et de gauche. Une anomalie : le rejet brutal des programmes de 2002 qui avaient fait consensus et qui avaient obtenu l’aval de M. Darcos lui-même. Une évidence : ces programmes constituent une régression incroyable privilégiant totalement la mécanique à l’intelligence. Rappelons à nouveau que la référence commode aux bases, malgré sa logique apparente, n’a pas de sens. Signalons à nouveau, par exemple, que l’on peut connaître par cœur toutes les règles de grammaire, toutes les définitions, tous les tableaux de conjugaison… et être incapable d’exprimer une pensée structurée, une émotion, une indignation ? Nos prédécesseurs s’en étaient rendu compte dans les années 60 et avaient impulsé, avec l’INRP d’alors, des transformations de pratiques faisant le pari de l’intelligence. Aujourd’hui, plus personne n’en parle. Bientôt, il faudra remettre en chantier toute la rénovation pédagogique abandonnée. Que de temps perdu, d’énergie gaspillée, de bonne volonté méprisée !

 

Le service minimum d’accueil. Aucune concertation, même pas avec les maires pourtant concernés au premier chef. Une manière de dévaloriser l’école et les enseignants en suggérant à une partie des citoyens sous informés sur ces questions, que faire l’école, ce n’est pas si difficile, en instillant l’idée que les enseignants sont toujours en grève et s’opposent à tout, en prenant bien soin de ne pas évoquer ce service minimum quand il s’agit de remplacer les enseignants en cas d’absence, de maladie, de congés légaux. Un développement inévitable des conflits entre enseignants et parents… Et, qu’on le veuille ou non, dans les faits, une atteinte au droit de grève. Je connais des enseignants, passionnés enthousiastes, consciencieux, qui renoncent à faire grève au seul motif qu’ils veulent retrouver leur classe et leur matériel en parfait état le lendemain de la grève. On pourrait en sourire, ce serait ignorer totalement le niveau exceptionnel de conscience professionnelle des enseignants des écoles.
La semaine scolaire. Aucune concertation ni avec les enseignants, ni avec les élus locaux, ni avec le secteur associatif. Une annonce. Une mesure autoritaire. Un alourdissement de la journée pour les enfants en difficulté. Une surcharge de travail pour les enseignants astreints à une quantité de réunions et d’enquêtes inutiles. Chacun sait que le vrai problème est celui de la journée scolaire trop chargée, que les activités de soutien doivent trouver leur place à des moments où tous les enfants sont à l’école pour des activités diverses dans le cadre de projets éducatifs locaux concertés. Cela n’a aucune importance pour le pouvoir. L’ordre du ministre « débrouillez-vous ! » reste dans les mémoires. L’essentiel est l’affichage et les sondages.

 

Le soutien et les stages de remise à niveau. Aucune concertation. Une curieuse manière, sous couvert de garantie de l’égalité républicaine, de faire de la publicité indirecte pour les officines privées qui étaient déjà fort prospères et qui se multiplient. Une valorisation systématique du travail des élèves hors temps scolaire au détriment de leur travail dans le temps normal de classe. Aucune réflexion sur l’individualisation, sur la prise en compte de l’hétérogénéité, sur la pédagogie de la réussite . Un renforcement systématique de « l’évaluationnite », de la pédagogie de l’exercice et de la répétition, de la responsabilisation des enfants qui ne travaillent pas assez et des parents qui n’assument plus leurs responsabilités. Une volonté de transformer les victimes en coupables. Et on réussit presque à convaincre des esprits pourtant éclairés que la seule solution pour construire l’école d’aujourd’hui est de reprendre les méthodes qui ont échoué avant-hier. Ne soyons pas dupes. Avec tous ces dispositifs, on peut faire de grandes économies : supprimer les RASED, supprimer la formation initiale et continue… et dévaloriser le métier d’enseignant . L’ultra libéralisme est consubstantiel à la réduction de la dépense publique.

 

Le renforcement de l’autorité hiérarchique. Pour réussir ou donner une apparence de réussite, on transforme de fait, fondamentalement, les missions des cadres intermédiaires pour en faire des exécutants et des contrôleurs de l’exécution. Avalanche de notes, d’instructions, d’enquêtes, de contrôles, de réunions d’où il ne sort rien, mais personne ne le dit et un sourire poli suffit à satisfaire les responsables. Les témoignages innombrables que je reçois révèlent un malaise profond dans les écoles, des tensions entre les « pour le retour » au siècle dernier et les « contre », des colères contenues contre certains hiérarques qui vont au-delà même de ce que l’institution leur demande de faire et qui deviennent des propagandistes non pas de textes officiels mais de l’idéologie ultra libérale, le retour de la peur . Que penser de l’inspectrice qui le soir même d’un dépôt de motions des enseignants résistants s’empresse de publier sur le site de sa circonscription, les obligations légales des fonctionnaires et les risques de sanction présentées par un juriste ? Si elle était en exercice dans les années 1989/90/91 ou si elle l’avait été, a-t-elle, aurait-elle, utilisé le même type de menaces pour ceux qui s’opposaient à la loi de 89 ou qui faisaient preuve, parfois avec la bénédiction de leurs supérieurs, de formes de résistance passive qui ont réellement handicapé la mise en œuvre de cette loi, dont les historiens reconnaîtront qu’elle constituait une avancée considérable dans l’histoire de l’école ?

 

On peut ajouter au tableau noir tous les discours sur l’école maternelle, sur la suppression des aides éducateurs et la création d’un corps de contrôleurs de l’absentéisme, sur le système des primes, sur le pilotage par les résultats sans analyse de ce qui produit ces résultats, sur l’évaluation des maîtres au vu des résultats de l’année ou du mois…

 

L’entreprise de destruction de l’école primaire engagée après 2002 et renforcée en 2005 fait son œuvre. Les résultats de cette politique seront déplorables. Les coupables seront rapidement trouvés : les enseignants.
Le bilan de M. Darcos est catastrophique pour l’’école primaire. Les conséquences les plus graves ne seront réellement perceptibles que dans quelques années. On pouvait réellement s’attendre à autre chose quand il a été nommé. Son successeur aura un énorme travail. Même s’il persiste, comme on peut le penser, dans la perspective ultra libérale actuelle, il aura à retisser les liens entre l’école et les familles, entre les enseignants eux-mêmes au sein des écoles, entre les enseignants et une partie de leur hiérarchie, entre l’école et la nation…
Les professeurs des écoles maternelles et élémentaires ont besoin d’être soutenus, accompagnés, compris, respectés.

 

Ce n’est pas en essayant de les mettre au pas, en renforçant « l’administratisation », la technicisation, « l’évaluationnite » aigue, les contrôles et le menaces, en méprisant tous les efforts qu’ils ont réalisés depuis la fin des années 60, que l’on pourra obtenir leur mobilisation réelle et l’amélioration de la réussite scolaire.
Au-delà de ce nécessaire pacte de confiance à reconstruire avec les enseignants des écoles, il faudra bien se décider sans tarder davantage à expliquer quel citoyen et quelle société nous voulons former avec l’école.

 

L’individualisme et la compétition, la loi du plus fort et la résignation des faibles, la soumission ou la responsabilité, la reproduction ou le pari de l’intelligence, l’école enfermée ou l’école ouverte sur la cité, sur la société de la connaissance et de la communication, sur l’éducation tout au long de la vie…
On s’est terriblement éloigné de toutes ces questions fondamentales. Bientôt, elles nous exploseront au visage.
Espérons au moins un petit sursaut…dès le prochain renouvellement ministériel et un nouvel élan progressiste, mobilisateur, enthousiasmant… un peu plus tard… mais pas trop tard !

 

Pierre Frackowiak
Inspecteur honoraire de l’Education Nationale

 

Co-auteur avec Philippe Meirieu de « L’éducation peut-elle être encore au cœur d’un projet de société ? » (Editions de l’Aube. Mai 2008)

Tous les commentaires

Monsieur Meirieu, Merci d'héberger "La destruction de l'école primaire" de Pierre Frackowiak, sur votre blog. Avec élégance, ce texte dit les choses ; extrême rareté des choses vraiment dites. "Destruction" est bien le mot. Le mot sous lequel ranger tout ce qui émane de notre actuel gouvernement. L'école n'est pas épargnée. Et pour cause : A l'école, on construit ! A l'école, tout est construction. Et, en toute logique (guerrière), l'école est l'une des premières cibles des destructeurs. Je suis particulièrement sensible à ""l'évaluationnite" aiguë", qui nomme l'une des multiples méthodes retenues pour réduire les capacités de l'école, parce qu'elle a comme un air de famille avec les titres de deux de mes billets, "Réformite aiguë" et "Réformite aiguë (2)", publiés dans ce journal.

Merci de donner à ce texte important une visibilité nécessaire. D'accord avec l'ensemble de cette analyse désespérante pour tous ceux qui croient à l'Education Nationale. Ayant participé à l'élaboration des programmes de 2002 je suis effarée de la régression imposée par Xavier Darcos pour des raisons idéologiques comme le montre bien ce texte. Je me permets d'ajouter une précision, dans la circulaire d'avril 2008 consacrée à l'ducation artistique on peut lire ceci: " Avec l’aide de l’Agence nationale pour les services à la personne, vous veillerez à mettre en valeur auprès des professionnels et des familles les dispositions de la loi du 26 juillet 2005 sur les services à la personne susceptibles de favoriser les cours de pratique artistique à domicile ou dans un cadre associatif (crédit d’impôt, exonération de certaines charges sociales, paiement par chèque emploi service universel)." Cela confirme de façon éclatante les propos de Pierre Fracowiak, l'Etat se désengage de la formation artistique des enfants (tout en jurant la main sur le coeur qu'il s'agit d'une priorité) et incite les familles à la confier à des officines (voire à des sectes) qui seront rémunérées par des chèques emploi-service. Aucune garantie sur le sérieux de la formation et bien sûr accroissement des injustices sociales.

Vous nous permettez de comprendre avec des arguments approfondis la situation qui est faite actuellement aux "usagers" de l'éducation nationale. On pourrait penser que ce ministère serait celui de l'investissement, c'est à dire où la priorité irait à l'instruction, au savoir, à la connaissance, car il s'agit du devenir de nos enfants et de ce fait du futur du pays. Il y a comme une "maltraitance" institutionnelle sur les professionnels de l'éducation avec des conséquences sur les enfants qui entraîne des difficultés pour les élèves qu'ils sont. Et on assiste, me semble-t-il à une volonté de "tension permanente" notamment avec les parents dont les effets c'est la mobilisation "contre", ce qui empêche souvent la pensée "pour". De ce point de vue cette contribution nous apporte des éléments indispensables pour cette réflexion.

Instituteur publique à Lyon, je souscris pleinement au texte de Pierre Frackowiak comme une grande majorité de collègues, tous consternés par cette succession de mesures invraisemblables. Plus démoralisant encore est la grande lâcheté de trop nombreux cadres de l'Education Nationale qui n’hésitent pas à mettre les bouchées doubles pour faire en sorte que ces mesures soient appliquées en temps et en heure, c’est à dire illico. Une rupture de confiance, de consensus éthique et de respect est en train de s’opérer entre les enseignant et leur hiérarchie qui risque, au mieux de laisser des traces profondes, au pire de déclencher une crise gravissime dans l’institution scolaire. Ceci étant, je reste convaincu que la mise en place de ces mesures est grandement facilitée par l’attentisme qui a caractérisé les politiques d’éducation depuis le début des années 90, soit l’après réforme Jospin et la mise en place des RASED. Précisément, pour ne parler que des RASED, aucune évaluation sérieuse n’a été entreprise concernant leur fonctionnement, permettant d’ajuster les moyens mis à leur disposition au regard de la mission qui leur incombait. Combien d’écoles ai-je connues où l’on se passait les élèves en grande difficulté comme des patates chaudes, sans que rien de cohérent ne soit mis en place faute de dispositif sérieux. Et concernant les élèves en moindre difficulté mais nécessitant une attention particulière, de quels moyens d'aide disposions nous réellement si ce n'est décloisonnement bricolés avec groupes surchargés ou études dirigées du soir . Comment voulez-vous que l’on explique maintenant aux parents que l’aide personnalisée hors temps de classe et les stages de vacances soient de mauvaises choses ? Heureusement, serais-je tenté de dire, ne doutant de rien et n'étant pas à une contradiction prêt entre le discours et les actes, Darcos a pris commis l'incroyable bêtise de s’attaquer aux postes RASED. Là chacun peut comprendre qu’il y a double langage et incohérence.C'est ce qui a réellement permis le décollage de la mobilisation.

bonjour tout en respectant totalement votre mail, je suis quand même obligé de vous trouvez très optimiste dans votre conclusion!!! Je suis Universitaire et si ma fille n'était pas instit. je ne saurai même pas qu'on s'attaque à l'école maternelle...alors les RASED??? Ce qui me frappe systématiquement, comme provincial peut-être (en sorte d'excuse!!??), c'est que sur Médiapart, tous les intervenants ont l'air de penser que les autres (et ce quelque soit leur réalité perso) sont au top des us et coutumes des différents problèmes.....et de tracer des plans sur la comète!!! D'où parfois mes allusions aux discutions "sur le sexe des anges"!! Basiquement- et tant mieux si j'ai tort- je pense que les gens actuellement au pouvoir, quelque soit leur niveau d'études- sont en fait des barbares (non pas parce qu'ils ne parlent pas le latin ou le grec, mais parce qu'ils ne parlent pas la démocratie, la république ou la laicité!!!)...et quand je vois des allusions à la réflexion, j'ai vraiment le sentiment qu'ils ont de beaux jours devant eux (par définition le barbare agit d'abord et réfléchit ensuite....suivez mon regard). Quant à leur supposée bêtise, je ne peux que recommander la lecture des bouquins de N. Klein...ça peut aider à mieux comprendre mon texte!! Chris

"public" c'est mieux, désolé et honte sur moi.

Le pari de l'intelligence...on aimerait penser que la gauche se veut porteuse de ce projet-là. S'est voulue... Il y a même eu quelques esquisses... Se voudra... On aimerait inventer un temps nouveau qui dirait que cette ambition peut se mettre à circuler entre les cadres de décision et les cadres d'exécution sans être freinée dans les deux sens au passage des étages... pendant que la privatisation va son train pour gagner le monopole des entraînements à l'intelligence. Belle synthèse en tout cas de ce qui est fait et défait par le ministère. Serge Koulberg

Monsieur Koulberg, La gauche ne porte rien. D'où son extrême inconsistance.

De nombreuses références à la loi d'orientation de 1989 qui a, je crois, institué les conseils d'école dans le primaire et les conseils d'administration dans le secondaire. Ces structures sont censées rassembler la communauté éducative (représentants élus des enseignants, parents, administration, agents techniques, représentants de la collectivité territoriale tutélaire et élèves dans le secondaire) pour élaborer, mettre en œuvre, amender et évaluer un projet éducatif adapté au public scolaire visé, en tenant compte de son contexte socio-économique et historique, avec l'aide de professionnels (RASED, inspecteurs, assitants sociaux, ...). Cette démarche intelligente et profondément démocratique a, semble-t-il, beaucoup de mal à se mettre en place et à créer des synergies susceptibles de renforcer les établissements scolaires, leurs équipes éducatives bousculées par une administration centrale de tradition autoritariste en France, de générer des projets adaptés et destinés à fédérer les usagers de l'école. Cette difficulté à intégrer cette nouvelle culture professionnelle fragilise les acteurs et induit une formation des enfants très peu démocratique où, souvent, seule l'apparence compte au travers d'élections formelles de représentants, sans enjeux ni évaluation des pratiques. La démocratie est un agir, exigeant et respectueux de pratiques citoyennes, notamment dans la formation des plus jeunes, pour leur conférer une vertu républicaine garante d'un mieux vivre ensemble, une force de résister aux vieux démons de l'autoritarisme et partant de l'impérialisme. Les sociétés qui sauront mettre en place ce type de pratiques démocratiques dans leurs établissements scolaires formeront des citoyens plus aptes à construire une mondialisation respectueuse des individus et à en jouir sans recours à l'injustice.

Quel beau texte, Pierre Frackowiack, merci à Philippe Meirieu de nous le faire connaître !

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