Mon.
28
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Et ce mois-ci, le prix de la désinformation est attribué à…

Couverture du mensuel «Afrique Asie» en octobre Couverture du mensuel «Afrique Asie» en octobre © DR

«Servir la soupe» tunisienne, les médias français ont toujours su faire. La palme de la servilité journalistique et de la désinformation revient ce mois-ci au mensuel Afrique Asie, qui tire à 43.000 exemplaires, et propose, avec son numéro du mois d'octobre, un hors série sobrement titré: «Tunisie: Pourquoi ça marche».
À la veille des élections présidentielles et législatives, qui auront lieu dimanche 25 octobre, l'équipe a mis le paquet, et le sommaire se passerait presque de commentaire :
Éditorial : Pourquoi ça marche
Diagnostic: Les recettes d'un pays qui avance
Prospective: Les défis des prochaines années
Vie politique: En pleine mutation
Analyse: Une démocratie responsable et graduelle
Campagne: Un leader et trois challengers
Processus électoral: En toute transparence
Politique étrangère: Une diplomatie tranquille...
A mi-numéro, un petit «bonus», le «témoignage» d'Éric Fottorino: «Je suis un pont sur la Méditerranée.» En fait, un petit entretien réalisé avec le directeur de la rédaction du journal Le Monde, à l'occasion d'un dîner avec l'ambassadeur de la Tunisie en France.
Au final, 106 pages de pure intégrité journalistique, dont le site officiel de Ben Ali n'a pas manqué de se faire l'écho. De quoi devancer haut la main Jeune Afrique et Afrique magazine qui propose pourtant ce mois-ci, outre un «entretien exclusif» avec Ben Ali, un dossier de 15 pages sur «ce pays jeune et complexe».
Parmi les papiers qui donnent la nausée, on retiendra cette «analyse» (anonyme, la plupart des articles du numéro étant écrits par les six journalistes employés par le journal) dont le subtil intertitre vente «la stabilité politique et la paix sociale qui y règne»... en Tunisie. Un point de vue particulièrement audacieux pour un pays où la torture est quotidienne, où la répression du mouvement du bassin minier de Gafsa, en grève depuis la fin 2007, a conduit l'armée et la police tunisienne déployée en masse à tuer un manifestant par balle....
Il faut dire qu'Afrique Asie n'en est pas à son coup d'essai:

© Afrique Asie


Commentaire du directeur de la rédaction d'Afrique Asie, Majed Nehmé, joint par téléphone, et qui a eu la gentillesse de nous offrir un exemplaire de son journal : «La Tunisie est un pays qui avance, et c'est ce que nous voulons montrer. Si, de votre côté, vous voulez écrire des articles avec vos préjugés, c'est votre problème...On ne peut pas non plus importer dans les pays arabes le même modèle démocratique que celui qui existe dans les pays occidentaux. La démocratie, si, et d'ailleurs la Tunisie est une démocratie, avec des élections. Mais le même modèle, non

Tous les commentaires

Bonjour Pierre,

Tous ces magazines bénéficient de mannes publicitaires et de lectorat garanti de la part du pouvoir tunisien. Avoir un certain nombre de ministères et d'institutions publiques tunisiennes comme premiers abonnés à ces titres est un excellent moyen pour en faire des relais. Le pouvoir achète sa fausse image de démocratie paisible. En contre partie, ces magazines continuent à vendre. Ce sont des journalistes de la désinformation. Ils vendent leur éthique et leur déontologie aux "douces dictatures"...

Besson et très proche de .... la tunisie!

 

Cher Pierre,

Je viens de lire ton billet. Je trouve l'idée de décerner ce genre de prix permet de démasquer une certaine presse française mercantile et à la bottes des régimes des pays du Maghreb qui souvent font recours aux médias français complaisants pour redorer leur image auprès leurs opinions publiques. Ces mêmes régimes n'hésitent pas à censurer cette même presse française quand celle-ci s'attaque à des questions sensibles (cas du Maroc dernièrement avec un sondage publié par le Monde), sans parler du muselage de la presse locale indépendante.

 

Défendre ces régimes, c'est insulter tous ceux qui au Maghreb souffrent dans leur peau pour leur engagement pour la démocratie et la défense des droits humains. C'est faire aussi le lit aux extrémistes religieux.

 

 

Je termine en informant les lecteurs de Mediapart de la sortie en France depuis quelques jours du livre enquête sur la première dame de Tunisie « La régente de Carthage. Main basse sur la Tunisie » de Nicolas Beau, et Catherine Graciet, aux éditions La Découverte.

 

 

A bientôt

Bravo Pierre ! On devrait décerner plus souvent les Oscars de cirage de pompes. Et j'adore Fottorino en "produit-plus" comme ils appellent (autrefois, c'était "cadeau-bonus" ou "porte-clef gratuit"...

"On ne peut pas non plus importer dans les pays arabes le même modèle démocratique que celui qui existe dans les pays occidentaux. La démocratie, si, et d'ailleurs la Tunisie est une démocratie, avec des élections. Mais le même modèle, non

So: lorsque que dans Torture in Usa, on constate que la démocratie américaine exporte ses détenus vers des pays tiers pour y être interrogés plus efficacement , il faut comprendre qu'il ne s'agit aucunement de démocratie, mais seulement de modèle ?D'une version adaptée et utilisable ?

Question et vraie question, car je connais très mal la situation, encore moins les intérêts en jeu, donc au risque d'être ridicule: le soutien aveugle à la "démocratie" tunisienne se fait-il au nom de la lutte contre l'islamisme ?

 

Ce journal est un vieux torchon qui, dirigé alors par Mallet, a vu, au sein de sa rédaction d 'alors, s'élever des journalistes qui sommèrent le Directeur de s 'expliquer. Lequel prit la fuite, fit un procès et emporta les fichiers...Une nouvelle mouture-bouture sorti alors pendant quatre mois," Africasia" ,dont la ligne éditoriale ne devait rien aux soumissions mercantis. Ahmed Baba Miske qui devint plus tard ministre de l'information du Front Polisario, en devint rédacteur en chef et Pessiot son adjoint.

Le servilisme de Fottorino fait gémir de honte Sirius dans sa tombe, lui qui sut en son temps défier des adversaires autrement plus redoutables: les staliniens français et la nomemclura soviétique sans parler de l'Etat colonial français en pleine guerre d'Algérie

Newsletter
Je m'identifie