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Le Crédit Agricole est plus fautif qu'Eric Woerth
Médiapart révèle qu'Eric Woerth a présenté un dossier de crédit en déclarant un revenu de 112 euros par mois pour en emprunter 3.000 avec un taux d'endettement de 80% et qu'il obtenu son prêt du Crédit Agricole.
Alain Le Roux, dans les commentaires de l'article, s'interroge sur une qualification pénale. Une réponse se trouve dans "La responsabilité du banquier" par Richard Routier aux Editions DALLOZ (consultable dans toutes les bonnes bibliothèques de droit).
Une fausse déclaration pour un prêt peut être poursuivie du chef d'escroquerie au crédit bancaire, selon l'appréciation du parquet. Des personnes le sont pour des sommes pareilles et se retrouvent dans une misère noire. L'emploi de document falsifié pour se faire accorder un prêt s'assimile à l'usage de moyens frauduleux.
Il y a aussi faux et usage de faux (1), puisque la fausse déclaration a servi à l'obtention d'un crédit. Ce que le Crédit Agricole connaît pour avoir poursuivi récemment deux de ses collaborateurs, une collaboratrice, ...
Au delà de la personne d'Eric Woerth, la révélation est donc bien plus génante pour la banque. Elle montre que le comité du crédit du Crédit Agricole manque très gravement de rigueur dans l''étude des dossiers de prêt et que la délivrance d'un crédit dans de telles conditions est fautive (un surendettement à 80% sans garantie de revenu : 113 euros - la banque a accordé un prêt à un emprunteur insolvable).
Le Crédit Agricole, en se prononçant sur un tel dossier sans remetttre en cause des déclarations mensongères, montre qu'il n'a effectué aucun contrôle, contrairement aux règles de prudence. C'est susceptible d'engager sa responsabilité devant la commission bancaire (aujourd'hui réformée en Autorité de contrôle prudentiel) de la Banque de France.
Voici ce qu'explique le site de la fédération bancaire française :
Commission bancaire
Organe au sein de la Banque de France chargé de contrôler le respect par les établissements de crédit des dispositions législatives et réglementaires qui leur sont applicables, et de sanctionner les manquements constatés. Elle examine, en outre, les conditions d’exploitation de ces établissements et veille à la qualité de leur situation financière ainsi qu’au respect des règles de bonne conduite de la profession bancaire.
Dès lors, le Crédit Agricole n'apparaît plus comme une victime mais comme un complice, les victimes étant les porteurs de part de la Société. Ils se retourneront contre les adminsitrateurs (à ce propos, les actionnaires de la Société générale sont bien silencieux dans l'affaire Kerviel). La somme peut paraître dérisoire, pour un ministre, mais la commission de l'infraction est indépendante de son montant.
L'affaire Woerth-Crédit Agricole montre que non seulement la banque n'est pas vigilante mais elle engendre un doute très sérieux sur l'exécution par le banquier de son obligation de conseil au regard de la manière dont a été rempli le dossier de demande de prêt.
L'augmentation du surendettement des ménages dans de pareilles conditions n'a plus rien d'étonnant, et la crise de 2008 non plus. Le nouveau slogan du Crédit Agricole serait-il devenu "L'indécence près de chez vous ?"
Le fait que le Crédit Agricole n'hésite pas à contredire ses propres documents - qu'Eric Woerth a transmis lui-même à la commission des comptes de campagne (2) et que Médiapart publie - pose question. Pour quel mobile le Crédit Agricole soutient Eric Woerth, l'ancien minsitre du budget, et prend-il le risque de se contredire publiquement pour 3.000 euros ? La situation intenable du Crédit Agricole rappelle le témoignage de Jacques Mellick dans l'affaire OM-Valenciennes.
Que peut motiver l'empressement de la banque à se déjuger ?
Le crédit de 3.000 euros cacherait-il d'autres mouvements ?
Le gouvernement a renfloué les finances des banques, l'affaire Kerviel montre à quoi elles jouent dans des conditions qu'illustre le Crédit Agricole.
Même s'il est étonnant qu'un membre du gouvernement soit incapable d'épargner 3.000 euros, la difficulté des Français à vivre décemment ne devrait pas lui échapper. Déclarer vivre avec moins que le RSA, ce qui n'a pas gêné le banquier, est se moquer des ménages surendettés, dont certains doivent vivre avec 112 euros par mois. Ils s'étonneront de le divergence d'accueil du Crédit Agricole à leur égard quand ils tentent vainement de renégocier l'étalement de leurs dettes. Voilà, peut-être, où se situe le véritable scandale. C'est une fois de plus une question de mentalité.
"Il n'y a rien de mystérieux dans une démocratie saine et vigoureuse. Les choses esssentielles qu'attend notre peuple de nos systèmes poltiques et économiques sont simples. Ce sont l'égalité des chances (..). Des emplois pour ceux qui peuvent travailler. La sécurité pour ceux qui en ont besoin. La fin des privilèges réservés à quelques-uns. la sauvegarde des libertés pour tous." F.D. Roosevelt - in Liliane Kerjan "De la reconstruction" a/s Félix Rohatyn "Ces hommes qui ont fait l'Amérique" Quinz. Litt. N°1019 p.20
Les promesses non tenues et l'incapacité à les tenir - voir même s'en souvenir - épuisent ceux qui les entendent. Comment s'étonner de la lassitude d'une population mal payée subissant une rigueur bancaire qui s'avère très injustifiée et disproportionnée ? Il arrive un seuil où l'exaspération du système s'exprime.Voilà la seule et véritable cause de l'extrémisme. L'avachissement des élites.
Monsieur Woerth a le désavantage de synthétiser et d'identifier l'origine du mécontentement. Il incarne et focalise le mépris de la "common décency", le bon sens populaire. L'UMP qui le soutient, sans préjudice des qualités de l'homme rappelées par Martin Hirsch, ne fait qu'endosser le même ressentiment. Ajouter à cela un système bancaire faisant la preuve de négligence à l'avantage du ministre d'un président impopulaire, il n'en fallait pas plus pour réveiller l'opinion au milieu de l'été.
Il est amusant de voir qu'une peine complémentaire de l'escroquerie est la dissolution de la personne morale utilisée pour commettre l'infraction, sa mise sous surveillance judiciaire jusqu'à cinq ans, l'interdiction de faire appel public à l'épargne. L'UMP est à l'abri. Ces peines complémentaires ne sont pas applicables à un parti politique. Mais le Crédit Agricole, en revanche, ne bénéficie d'aucune exception.
Fermer une banque pour une escroquerie de 3000 euros, on ne verrait ça que dans un pays nordique. Au fait, avez-vous lu qu'Eva Joly envisage de se présenter en 2012 ? Quelle tuile. La France a deux ans pour recruter des gens compétents et rigoureux pour mettre ses comptes en ordre. Cela paraît s'imposer. Ce sera trop tard après.
Quoiqu'il en soit, les vacances sont finies. Il n'y a que ceux qui travaillent vraiment et ont des problèmes de factures qui s'en rendent compte.
(1) "Attendu qu'il résulte de l'arrêt attaqué que le prévenu est poursuivi (...) de faux et usage, pour avoir contrefait ou falsifié des chèques, documents et contrats, et fait usage de ces documents ;" Chambre criminelle 1 juillet 2009 N° 08-86901
(2) La commission nationale des comptes de campagne peut dénoncer ces faits au procureur.


Tous les commentaires
J'ai lu dans un échange de commentires (Sut Agoravox , Rue 89 ou Le Post?), qu'un grand ami de la blanche colombe avait été nommé parmi les hautes instances du CA de la région. Ceci explique-t-il cela?
CA fautif? Et les pressions sur les malheureux pettis employés?
"un grand ami de la blanche colombe avait été nommé parmi les hautes instances du CA de la région"
J'ai cru lire sur un fil d'article de Mediapart qu'il s'agissait du suppléant de la colombe.
Quoi qu'il en soit, sur le fond, comme nous sommes en France... le Crédit Agricole peut continuer ses pratiques complaisantes (pas avec n'importe qui !) sans risque.
Effectivement: Christian Patria (Autre source: Coïncidence amusante, le blogueur-agriculteur Christian Patria, qui était administrateur de la Caisse Régionale du Crédit Agricole Mutuel de l'Oise est aussi député suppléant de monsieur Woerth dans la circonscription de celui-ci (4e circonscription de l'Oise).
Mais la colombe ne doit pas connaître Patria .... La nouvelle forme (contagieuse) d'Alzeimer a peut-être encore frappé).
L'essentiel est que:
Il a triché.
Il a menti.
La meute de ses acolytes a aboyé, puis s'est étrangement tue (où en est la plainte du CA?).
Je suis tombé (en ligne) sur quelques notules du Figaro ("Sans la liberté de blâmer ....) édifiantes: ne sachant rien, ils se contentent d'éructer et de cracher leur venin
Une pantalonnade gesticulatoire et incantatoire sur le Figaro. Vos informations mises en lien posent de sérieuses questions.
En cherchant à savoir si la décision de la cour d'appel avait été rendue*, j'ai atterri sur le site de RTL.
Même chose pour la plupart des 70 commentaires, qui crient entre autres à la violation du secret bancaire. Il faut dire que l'article de RTL est tellement mal fait qu'on pouvait croire que Woerth était accusé de frauder les impôts !
Bon, on attend de pied ferme que le CA et Woerth portent plainte !
*Décision en délibéré jusqu'au 14 septembre, dit France Culture à l'instant.
D'après ce que j'ai compris de l'affaire, ils ne déposeront pas plainte.
Pour la simple raison qu'ils ouvriraient la boîte de Pandorre. Ce serait très ennuyeux tant pour le système bancaire que pour l'UMP.
L'UMP tentera alors de mouiller les autres partis comme il a déjà essayé de le faire à propos des micro partis, amis que le PS a su esquiver intelligemment.
Sinon, le dépôt d'une plainte pourrait être intéressant et serait une opportunité poltique pour Eva Joy.
Avez-vous remarqué qu'on n'entend pas trop les associations de contribuables ni d'actionnaires ? C'est pourtant de leur argent - aussi - dont il est question. Il est vrai qu'on ne parle pas de réduire le nombre des fonctionaires...
Tout est déjà dans l'article en une, mais c'est sympa de lire aussi mon blog (qui pille Mediapart pour ceusse qui n'y sont pas abonnés, les cons).
@ Celtibère
Vous avez tout à fait raison de rappeler la pression sur les salariés de la banque. Le Crédit Agricole, comme le Crédit Lyonnais, prennent la direction de France Télécom, mais cela ne se sait pas dans le public. D'où le caractère doublement scandaleux pour les employés de la banque soumis à une pression par une direction qui manque de sérieux et décrédibilise leur travail aux yeux du public, que cette même direction leur reprochera ensuite de ne pas avoir su garder. Un management français schyzophrénant traduit-il "Un petit mental qui a l'incapacité totale à s'extraire du présent" ? Les salariés en France tombent malades du fait que leurs patrons s'abstiennent d'aller se faire soigner.
@ Fantie B.
Un lecteur du Monde parle d'un système de corruption. Il est effectivement bizarre qu'un élu fasse reposer son élection sur le soutien d'une banque. On se croirait revenu aux élections de l'Empereur du saint empire romain germanique où Charles de Charles Quint s'endettait auprès du banquier Fugger (pour corrompre les grands électeurs). Le banquier s'est rappelé au bon souvenir de son poulain une fois élu. Il serait intéressant d'avoir l'avis de Transparency International sur ce genre de "commerce", puisqu'on parle de clientèle électorale et de marketing politique.
Question subsidiaire:
Combien de gentlemen éleveurs (de chevaux) et autres habitués du fameux hippodrome dans le même conseil du CA ? (J'ai consulté la liste: il y a beaucoup de particules ...)
J'en croise beaucoup en me promenant dans les bois, mais je les évite, Les particules de chevaux ont une odeur tenace.
Votre article touche à l'essentiel :
le dédain des lois , le mépris de l'égalité des citoyens par cette bande qui nous gouverne .
B.C.
Autre question subsidiaire (dictée par mon indécrottable naïveté):
Une banque peut-elle prêter à un quidam en préjugeant du résultat d'élections (car enfin, Beurk s'appuyait sur des revenus permanents (donc passés et futurs). Il est vrai qu'il ne risquait pas grand chose, compte tenu du corps électoral du lieu. Mais enfin: "Dura lex, sed lex"...(*)
Note 1: Il faudrait peut-être mettre la double page de la déclaration en accès libre. Cela permettrait de clouer le bec à maintes personnesdans bien des fils. A moins qu'Anastasie ait établi ses quartiers d'été (au Figaro et ailleurs).
Note 2: desole pur les fote ki sõ d frap: õ n s debaras pa fasilemã d la goƒri kõtrarje, mèm aprè
swasãt ã!
(*) J'ai trouvé la réponse chez Imhotep.