Carine Fouteau rappelle la mise en garde du ministère public français «Le droit français s’oppose à la diffusion de ce(s) photo(s) d’une victime mineure qui a droit à la protection absolue de son image sous peine de poursuites pénales», a rappelé jeudi Sylvie Moisson dans un communiqué. " (Lynchage de Darius: chronologie du basculement dans l'horreur). La juridiction française ne s'applique pas au Daily Télégraph. Cette absence d'image a l'inconvénient d'empêcher de mesurer l'extravagance dramatique de la tribune de Laurent Obertone dans Le Figaro, intitulée Le Rom lynché, l'indignation indécente
L'article du Daily Telegraph montre que l'indécence n'est pas du côté de ceux qui s'indignent devant un tel geste de barbarie.
Gilles Devers rappelle sur son blog que :
Depuis 1992, le Code pénal en a fait une infraction autonome, définie par l’article 222-1 du Code « le fait de soumettre une personne à des tortures ou à des actes de barbarie est puni de 15 ans de réclusion criminelle ». Cela signifie qu’il peut y avoir des actes de torture ou de barbarie indépendamment de toute autre infraction, telle le meurtre ou le viol. Juridiquement, pour l’acte de barbarie, l’intention de porter atteinte à la personne, distincte de l’intention de tuer, suffit.
Par la barbarie, on punira les actes qui paraissent contraires à toute notion de culture ou de civilisation. L’une des définitions qui s’est imposée est celle d’un auteur de droit pénal, André Vitu, en 1992 : « L’acte de barbarie est celui par lequel le coupable extériorise une cruauté, une sauvagerie, une perversité qui soulève une horreur et une réprobation générale ».
Le texte de Laurent Obertone dans le Figaro tente de minimiser cela. Son raisonnemment axé sur une compassion comparatiste en considération du "français de souche" témoigne d'une superficialité intellectuelle dangereusement inquiétante. Il y déplore l'humanisation de la barbarie institutionnelle de la politique répressive depuis l'aube du XIX° siècle. Obertone ignore Beccaria et ne connaît pas l'oeuvre de Michel Foucault (Suveiller et punir, La société punitive). Il méprise ainsi l'évolution de la pensée sociale qui différencie l'époque contemporaine de celle qu'il garde en références. Le raisonnement régressif de Laurent Obertone le place clairement dans la catégorie des ultra-conservateurs, d'un type très anachronique.
Laurent Obertone, diplômé de l'enseignement supérieur, tient un raisonnement qui n'a pas l'excuse de la misère intellectuelle et de l'abandon social comme le comportement criminel que tente de rapporter le Monde.
Laurent Obertone avait commis un opuscule ayant reçu l'aval complaisant du ministère de l'intérieur par l'intermédiaire d'un de ses porte-parole syndical : Le déclin d'Obertone ?. L'article du Figaro montre que l'homme n'a pas évolué. La prétention et l'ineptie sont intactes. Cette persistance ne peut que susciter l'étonnement ou l'inquiétude. Les photos de la victime permettent d'apprécier l'abysse de mépris séparant le propos de Laurent Obertone, la nocuité de son raisonnement, et la souffrance - la violence - qu'il tente de minimiser, voire de justifier.
Le propos d'Obertone est proche de l'argumentation développée par le FN comme le rapporte le Monde : Lynchage d'un jeune Rom : appel à cesser la « stigmatisation ». Une telle convergence n'est pas anodine. Elle n'est peut-être pas fortuite non plus. Laurent Obertone est à la traîne de l'Histoire et, à travers sa promotion d'un paradigme sécuritaire, voire répressif, ne fait que le service après-vente des vieilles lunes totalitaires (Totalitarismes : illusions et bonnes intentions, Extrêmes droites mutantes en Europe).
Cette évidence apparaît dans la rhétorique de Laurent Obertone mettant en balance des crimes de sang et un acte de barbarie, tentant ainsi de banaliser le ressort du mobile, de dissoudre et d'évacuer sa nature discriminatoire comme le laisse transpirer un propos d'une témoin : "Il faut nous en débarrasser.".
Le propos d'Obertone est toujours identique. Réclamer de la répression qui n'est qu'une violence, un constat d'échec social ; alors que le drame de la cité des Poètes de Pierrefitte sur Seine montre que le germe de la haine et de la violence naît de l'échec social, qu'il prospère et prend racine dans la tête même de ceux qui en souffrent, et qu'ils l'intègrent - du fait de leur abandon et de leur stigmatisation auxquel Obertone participe - comme un code normal de rapports sociaux.
Obertone ne peut pas faire d'analogie en droit pénal. Il y a une grande perversité de sa part à vouloir minimiser un crime par la commission d'autres crimes, auxquels la victime du premier est tout à fait étrangère. C'est de l'escroquerie intellectuelle nauséabonde.
Cette vicitme avachie dans ce chariot de supermarché offre l'illustration dramatique d'une régression des mentalités qu'amplifie un racisme d'Etat, que les autorités publiques ont initié dans une compétition avec le FN, dans l'espoir de lui constester et lui ravir le monopole du discours sécuritaire et son paradigme barbare, qui dissuade l'opinion de faire appel à ... la police.
Darius incarne l'acmé de la chasse aux Rroms, ouverte par le ministère de l'intérieur, dont l"impunité l'encourage à d'autres audaces attentatoires aux droits fondamentaux, au droit à la sureté et à la liberté individuelle, dont l'autorité judiciaire est censément la gardienne, ce que paraît ignorer le ministère public de Grenoble.
L'opinion et la presse mesurent la dérive dramatique de la violence institutionnelle, comme à Nantes, lors de l'exercice du droit de manifester.
La mise en parallèle de ces deux actualités, Darius et Nantes, montre qu'on meurt d'exister et qu'on se fait mutiler par la police en tentant d'exercer une liberté, en France, aujourd'hui.
Les photos de Darius sur le Daily Telegraph sont celles du visage de la "France forte", que certains appellent de leurs voeux, en lâchant la meute dans la rue.
La Cité des poètes montre à la France ce que donne une justice expéditive, un pays où la justice est pauvre et où les pauvres pensent qu'ils doivent fair justice eux-mêmes. C'est la Cour des miracles, celle des miracles du libéralisme et de l'austérité.
Celle que Carine Fouteau a rencontré sur les lieux du crime : " « Ici, c'est la violence aveugle, tout le monde est en colère », dit un habitant du quartier des Poètes, (...). Mais le drame ne provoque pas la consternation générale. " (Un jeune Rom lynché: «Dans ce quartier, le dialogue, c'est le sang»)
La logique de l'appétence matérialiste inspire jusqu'aux plus modestes à se défouler de leurs frustrations dans la persécution et la stigmlatisation de l'altérité.
Le propos d'Obertone discrimine la violence. Comme s'il y avait une souffrance plus légitime qu'une autre. D'où lui vient une telle capacité à ne sémouvoir que pour une catégorie de population, à vouloir faire prévaloir un groupe d'humains à un autre. Un tel raisonnement est tendancieux et révèle un fond raciste.
Celui de "Dupont Lajoie", celui de la brutalité qui méprise l'humain avec l'absolution tacite d'un pouvoir ayant banalisé l'idée que le droit de propriété l'emporte sur le respect de la personne humaine.
C'est en effet le raisonnement qu'invoque le ministère de l'intérieur pour mettre à la rue des personnes vivants dans des abris de fortune, expulser les camps de Rroms, à la demande des collectivités locales, des élus, au mépris du droit à un logement opposable.
C'est le même raisonnement que développent les habitants de la Cité des Poètes. C'est aussi le même raisonnement qui conduit à introduire un "droit des investisseurs" opposables aux Etats dans l'accord transatlantique. Touche pas à mon pognon ou je te pète la g.... !
Darius permet de faire connaissance avec le vrai visage - caché - du discours sarko-vallciste, d'inspiration libérale, axé sur la prééminence, le caractère sacré de la proprité privée, justifiant un rapport de force, la loi du plus fort, au mépris de la dignité humaine.
Ce fait divers témoigne de la gravité d'une dérive généralisée, tant au sommet de la société, pour trouver des diplômés pour la promouvoir, qu'à la base qui l'intègre - alors qu'elle lui était pourtant destinée - pour la retourner sur le voisin, plus pauvre, différent.
Ce n'est pas parce que Monsieur 5% kidnappe un PS majoritairement consentant au putsch libéral, qu'Obertone doit se sentir encouragé à la ramener. Baisse-là d'un ton.
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L'effroyable cliché du jeune Rom lynché
"Les photos qui vont choquer la France"
Ce que l'on sait du lynchage du jeune Rom - Le Monde
Darius, jeune Rom lynché à Pierrefitte
Laurent Obertone : Rom lynché, l'indignation indécente
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- Par Laurent Obertone
- Mis à jourle 18/06/2014 à 14:06
- Publiéle 18/06/2014 à 09:47
FIGAROVOX/HUMEUR - François Hollande a dénoncé des «actes innommables et injustifiables» après le lynchage d'un jeune rom. Laurent Obertone s'étonne de cette indignation politique et médiatique à géométrie variable, alors que des faits-divers de la sorte restent impunis tous les jours.
Laurent Obertone est diplômé d'Anthropologie et de l'école de journalisme de Lille. Son premier livre, La France orange mécanique , paru en janvier 2013, devient un phénomène de société. Son second livre Utoya est paru le 22 août 2013.
France, juin 2014. La classe politique, médiatique et associative s'enthousiasme -enfin- pour un fait divers.
Pour les gens encore en contact avec la réalité, le fait qu'un Rom soit suspecté de vol ou le fait qu'une bande de «jeunes» du 9-3 tabasse un homme seul, voilà qui n'a rien de sensationnel.
Tout le gouvernement « condamne fermement », puisque la justice ne le fait plus.
Que nous vaut donc ce déferlement de réactions outragées?
Le choc des mondes: la bande de «jeunes» a tabassé le Rom accusé de vol. Et ça ce n'est pas acceptable Madame Chabot. Donc que se passe-t-il? Les piliers de la culture de l'excuse s'indignent de l'insécurité qu'ils n'ont eu de cesse d'entretenir et de nier. Comme à chaque fois ils osent nous ressortir le refrain du «climat malsain», de la «montée des xénophobies», de la «libération de la parole». Tout le gouvernement «condamne fermement», puisque la justice ne le fait plus. François Hollande -qui avait promis de ne pas réagir aux faits divers- demande que «tout soit engagé pour retrouver les acteurs de cette agression», et dénonce des actes «innommables et injustifiables», qui «heurtent tous les principes sur lesquels notre République est fondée».
Qu'on puisse faire remarquer tout de même à Monsieur Hollande, Madame Taubira et à leur «contrainte pénale», que notre République s'est fondée il y a deux siècles sur la guillotine, «les fers, la réclusion dans la maison de force, la gêne, la détention, la dégradation civique, le carcan», (Code pénal de 1791). Sur un Code pénal qui n'est aujourd'hui plus là que pour rappeler ce que risquaient les criminels, avant le laxisme institutionnel.
Certes, le monde a changé mais il n'empêche, notre République est fondée sur la rigueur de la loi et la notion de punition, tout ce que les socialistes cherchent à éliminer. Qu'on ne vienne pas s'étonner de voir, dans notre pays, tous les jours, des choses qui «heurtent tous les principes sur lesquels notre République est fondée».
Même la Roumanie a réagi. Bucarest a demandé à Paris de «tout faire pour juger les responsables». À croire que jusqu'en France, les Roumains ont ce que les Français n'ont plus: un État pour les défendre.
Pourquoi ne pas réagir quand un adolescent de 15 ans est tabassé lors d'un match de football, jusqu'à avoir le crâne enfoncé (à Conflans-Sainte-Honorine, dans le Parisien du 20 mai 2014), quand un sexagénaire est passé à tabac par «une bande de jeunes», jusqu'à rester inconscient, victime de plusieurs fractures (à Guilers, le Télégramme du 10 juin 2014), quand un voleur de 43 ans est roué de coups par la foule, la police empêchant qu'il soit «achevé sur place» (à Marseille, RTL, le 23 mai 2014), quand un artiste de Montmartre est «tabassé à mort» à son domicile (Paris Match, le 28 avril 2014), quand la bande d'un rappeur corrige jusqu'au coma l'employé d'un rappeur «rival» (à Paris, AFP, le 22 avril 2014), quand un homme attaqué par une bande est «entre la vie et la mort» (à Caumont-sur-Durance, le Dauphiné, le 17 mai 2014), quand un Cayennais agressé par trois personnes et plongé dans le coma à «coups de battes de base-ball» (France Guyanne, le 22 avril 2014)?
Pourquoi aucun politicien n'a de commentaire à faire à propos de cette femme poignardée à mort à Paris, de ce jeune homme de Digne-les-Bains tué à coups de couteau, de ce Limougeaud assassiné d'une quarantaine de coups de couteau, de ce Dunkerquois qui a poignardé trois personnes dont une à mort, ou encore de cet homme tué par balles à Stains? C'était lundi et mardi.
Pourquoi aucun politicien n'a de commentaire à faire à propos de cette femme poignardée à mort à Paris, de ce jeune homme de Digne-les-Bains tué à coups de couteau, de ce Limougeaud assassiné d'une quarantaine de coups de couteau, de ce Dunkerquois qui a poignardé trois personnes dont une à mort, ou encore de cet homme tué par balles à Stains ?
Parce que d'après les médias, politiques et associations, toutes ces agressions sont dues au hasard. Aucun «climat» ne les explique. Alors que l'agression d'un jeune Rom, bien entendu, est tout sauf un hasard. D'après l'association Romeurope, «C'est la terrifiante conséquence de plusieurs années de politiques publiques inefficaces et de prises de paroles d'élus, de représentants de l'État mais aussi de nombreux médias, entretenant et surfant sur un climat malsain».
Alors quelle est donc la cause réelle des innombrables lynchages de «français de souche», pour une cigarette, un regard, ou pour la beauté du geste? Pourquoi ceux-là n'ont pas de Bucarest pour exiger «des actes», ni de Président pour demander que «tout soit engagé», ni de Premier ministre pour condamner avec «grande fermeté», ni de ministre de l'Intérieur pour assurer que «la police est totalement mobilisée», ni même d'associations pour déplorer un «climat malsain»?
Pourquoi tous ceux-là ne s'inquiètent-ils pas réellement de la criminalité venue d'Europe de l'est, qui touche si sévèrement nos villes et nos campagnes? Pourquoi feignent-ils d'ignorer que les lynchages, dans «les cités sensibles de Seine-Saint-Denis», sont moins rares qu'ailleurs?
En dépit du concert d'indignation, comme toujours, les actes ne seront pas, la fermeté n'aura pas lieu. Les assaillants, qui «encourent la réclusion criminelle à perpétuité», s'ils sont arrêtés, seront sans doute relaxés, comme cette «bande de jeunes» ayant tabassé un homme «pour un regard» à Argentan (Ouest France, le 17 mai 2014), ou peut-être, dans le meilleur des cas, usera-t-on de la «contrainte pénale» pour aménager leur peine, si on leur trouve une place en prison. Bracelet pour tous. Pensons à la réinsertion, l'idéal c'est la prévention.
Nos responsables pourraient avoir au moins la décence d'être cohérents avec leur cynisme idéologique. Qu'ils se taisent. Qu'ils ne viennent plus s'indigner de l'état des victimes, quand ils ne font rien contre les coupables.