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Mourir pour la France
Qui voudrait encore mourir pour la France ?
Il y a eu une époque où l'amour du pays était sensible. Les raisons supérieures de cette affection collective n'étaient pas forcément désintéressées mais elles étaient vécues sincèrement par ceux qui l'exprimaient, rescapés souvent d'un bourbier que leurs dirigeants avaient contraints à fréquenter douloureusement.
Les générations se sont transmises le souvenir de la souffrance. Il en est né une exigence à la hauteur des sacrifices.
Cela peut expliquer que l'opinion ait progessivement mué son attention qu'elle portait aux "morts pour la France" sur ceux qui meurent en France ou à cause de la France. L'exigence de justice est aujourd'hui à la hauteur du souvenir des sacrifices passés. On ne parle plus de héros mais de victimes. Mêmes les soldats en Afghanistan sont évoqués ainsi. Il ne s'agit plus d'un héroïsme consenti – le fut-il un jour ? - mais subi, contraint.
Soit la propagande patriotique a perdu de son efficacité, soit ceux qui la propagent ne sont pas crédibles - l'ont-ils été ? - soit les deux à la fois.
Il ne semble plus beaucoup de personnes prêtes à mourir pour la France.
C'est en soit un constat rassurant. Les gens seraient devenus raisonnables. Mais il ne semble pas que la raison explique cette évolution, ce qui pourrait passer pour de la maturité. Il semblerait plutôt que la France est entrée en désamour avec les Français, lassés des dérives du pays officiel pour lequel le pays réel éprouve de moins en moins de sympathie, sinon de l'exaspération.
La révolution ne fait plus florès. L'histoire montre qu'elle tue les innocents pour reconduire à la même place les héritiers des mêmes défauts.
Le Français serait-il devenu philosophe comme Sertorius ?
"Rome n'est plus dans Rome, elle toute où je suis".
La France n'est plus en France elle est toute où se trouve chaque Français, ici ou ailleurs, qui l'emporte non plus à la semelle de ses souliers mais par l'idéal qu'il s'en fait et nourrit toujours intérieurement, malgré l'impression de sa disparition d'avoir été trop galvaudé.
C'est l'échec de la politique d'avoir atomisé la France qui ne se reconnaît plus dans ses institutions mais dans son esprit, celui de ses citoyens qui se conçoivent de plus en plus comme les seuls détenteurs légitimes de ses principes, de ses symboles et de son histoire.
Sollers parlait de la France moisie. Il y a encore de la vie dans la moisissure. Donc de l'espoir. Mais faute de ne pas l'avoir arrosée, n'est-elle pas morte ?
Un tel diagnostic explique la tentation de réveiller un sentiment moribond en lui administrant des électrochocs dont l'intensité s'accroît avec l'aggravation du mal. L'absence de sincérité des apprentis thérapeutes ne fait qu'accélérer le phénomène. Il n'y a rien de raisonnable à dresser chaque un peu plus les uns contre les autres, diviser ainsi la communauté nationale se recompose plus du fait de ses particularismes que de ce qu'elle avait de commun.
C'est peut-être ce deuil que ressentent beaucoup de Français et qu'ils portent en secret, qui les rend un peu plus triste à chaque fois qu'ils sont confrontés à l'ineptie et l'impéritie de la classe administrativo politique ; laquelle néglige le sentiment de justice et de dignité propre à chacun, privilégiant en discours technique de plus en plus pointu pour ne satisfaire à chaque fois qu'un nombre de plus en plus restreint, c'est-à-dire presque plus personne.
L'opinion se détourne du débat et de l'effort. Comment se sentir concerné quand les avantages vont toujours aux mêmes ? Ce ne sont pas les chiffres qui convaincront du contraire, même s'ils sont vrais, tant qu'il existera un sentiment d'injustice.
L'heure est donc plutôt à la désertion. La France devient une non-valeur. Pire que les agences notation, c'est dans le coeur même des Français qu'elle baisse.
Mais qui blâmer ?
L'exemplarité devant venir d'en haut, rien d 'anomral à ce que cela parte dans tous les sens en bas quand le sommet fait n'importe quoi.
La solution serait peut-être de mobiliser l'émotion et le sentiment sur un projet répondant aux attentes raisonnables du plus grand nombre plutôt qu'aux exigences démesurées de quelques éternellement insatisfaits.
Chacun peut découvrir le principe du patriotisme constitutionnel qui permet à une communauté de destin de se libérer des références traditionnelles du "droit du sol" ou du "droit du sang", qui perpétuent le ferment de la discrimination. Il y a dans ce principe un moyen de rassembler fondé sur la justice et le respect de l'autre.
Le respect de la dignité humaine est la matrice de tous les droits de l'homme qui fondent la démocratie. Il n'appartient qu'à la France de s'en emparer et aux Français de l'exiger, de le promouvoir, faisant pacifiquement écho à l'idéal d'universalisme de 1789, celui de la générosité.
Celui qui fait que les gens se mobilisent, ensemble. L'espoir renaît ainsi au milieu des situationsdésespérées. Ce n'est pas encore le cas de la France. Ce n'est pas une raison pour ne pas réagir. 2012 est l'occasion d'un débat d'idés et de société innovant. Ils 'agit de l'initier maintenant.


Tous les commentaires
Très chouette Billet, POJ.
Une bonne dose de sentiment national, une cuiller d'optimisme et un nuage d'idéalisme : très agréable à lire.
Je vais jouer au casse-pieds : rentrez moi dedans, je ne vous en voudrais pas :)
1) Le pouvoir de nuire est toujours plus puissant que la volonté de construire. Lorsqu'en plus c'est le pouvoir institutionnel qui détruit volontairement et patiemment tout ce qui fait une nation....
2) Le respect de la dignité humaine est la matrice de tous les droits de l'homme qui fondent la démocratie. Absolument. C'est pour cela que cette dignité ne sera jamais respectée par l'actuel gouvernement.
2) Pour qu'un débat d'idées puisse avoir lieu, pour qu'un débat de société puisse s'imaginer, il faudrait que nos représentants politiques s'occupent un peu moins du bulletin de vote que je tiens dans la main et peu plus des enfants qui sont les miens. Je crains que 2012 ne soit leur seul horizon.
J'aimerais bien que cela soit possible. Je crois au contraire que l'on va vers des affrontements çivils. Cà leur permettra d'instaurer des couvre-feu. Il ne faut pas oublier que ces gens ne respectent rien et que la violence urbaine peut leur donner tous les droits.
1) Le monde changera le jour où l'humanité sera capable de mobiliser dix pour cent de l'intelligence qu'elle met à faire le mal pour faire le bien. Certains signes permettent d'être optimistes. Ghandi, Sakharov, Soljenitsyne, ..., Michaël Moore, Aruna Roy. Un mouvement est en marche. La France s'isole à l'ignorer.
2)Vous confirmez un doute. Il mes emblait bien avoir remarqué une certaine réticence de ce gouvernement. L'aveu de Bernard Kouchner regrettant d'avoir créé un secrétariat d'Etat aux droits de l'homme a été le signal fort de son imperméabilité à l'humanisme (cf. l'actualité). Ce gouvernement incapable de sortir de son bunker idéologique fait qu'il ne sera pas difficile pour le suivant d'être moins borné.
3) Vos enfants seront un jour des électeurs. Aprpenez leur dès à présent à écouter les promesses et identifier ceux qui ne les tiennent pas. Quant au débat, la France a deux ans pour trouver quelqu'un qui veuille bien en initier un qui flatte autre chose que les instincts de masse avec du mousseux tièdes et des biscuits rances.
Je ne crois pas à une guerre civile. Si votre hypothèse se vérifiait, les responsables politiques encourraient des poursuites. Piètre consolation, mais ne les laissons pas non plus s'illusionner sur l'avenir en cas de dérapage.
Ce gouvernement incapable de sortir de son bunker idéologique fait qu'il ne sera pas difficile pour le suivant d'être moins borné.
Je confirme. Le plus difficile sera de faire pareil. Sarkozy dans le Guiness en 2013 ?
Vos enfants seront un jour des électeurs
Vous pouvez conjuguer au présent :) L'une est infirmière et l'autre à la Fac. Tous les deux Sarkophobes sans qu'on en ait jamais vraiment discuté.
responsables politiques encourraient des poursuites
Ah ?
Agitation de quartiers => duretés policières => quartiers puis villes de plus en plus inflammables => on sort l'armée "au nom de la sécurité du territoire" et on fournit les armes aux "agités" de façon occulte pour bien dimensionner le conflit => L'état d'urgence est décrété et l'armée s'installe, avec couvre-feu à l'heure du JT. Le Président de la République prend le contrôle de la France par voie militaire en tant que chef suprême des armées. L'avantage étant que l'Assemblée Nationale compte désormais pour du beurre.
A part l'ado coursé par trois CRS et un chien, je ne vois pas de poursuites possibles.
Le droit pénal international remplace plus efficacement le droit à l'insurrection. Les dirigeants actuels ont un comportement qui frôle les limites de l'illégalité. Ils risquent de les franchir et devoir répondre de ses dépassements. Nous n'y sommes pas. Mais l'inacceptable peut arriver plus vite qu'on ne le pense et "à l'insu de son plein gré". Se posera aussi la question de la responsabilité de ceux qui ont laissé faire alors qu'il avaient les moyens et le devoir d'y mettre un frein. Nul ne peut prétendre être là pour poser la question. Mais, c'est sur, il y aura quelqu'un pour la poser.
+1
et merci
J'aime beaucoup le sens de votre billet, il livre malgré le constat déprimant, un espoir et j'y crois à cet espoir qui renait des situations désespérées, en grande partie parce que j'ai des ados à la maison et que les regarder rire et vivre, s'impliquer, polémiquer, se projeter, fustiger les politiques, est porteur d'espoir, oui.
Nos politiques ne l'ont pas encore compris. Ils devraient fréquenter Rufus plus souvent. Il a une vision très intéressante sur le jour où les poètes seront au pouvoir... J'ignore s'il l'a beaucoup développée au sein d'Europe Ecologie et en a fait part à Eva Joly. Seul Médiapart pourrait nous le dire en l'interviewant.
Moi qui suis allergique au patriortisme, je découvre le " patriotisme constitutionnel".
Qui me va mieux.
Tout dépend de la constitution, bien sûr.
Mais au moins une constitution dans laquelle on se reconnaît en conscience est-elle une sorte de contrat entre les citoyens : si l'on se bat, on sait pourquoi, au nom de quoi.
Le débat démocratique peut s'inspirer utilement du "patriotisme démocratique". C'est aussi une voie à explorer pour la résolution pacifique des conflits.
Moi qui suis allergique au patriortisme, je découvre le " patriotisme constitutionnel".
Bon, vous vous présentez en 2012 ?
Je vote Fantie B !
+1
A vous tous qui en choeur chantez la Marseillaise
Saluez le drapeau aux trois couleurs françaises
Depuis longtemps dejà , le doute , en moi s'incére
Je ne crois vraiment pas que vous soyez sinceres
(Ecrit à l'armée en 1965 .)
Un coup de grisou , ces 4 vers sans pretention !
(mais pour de bonnes raisons )
Cependant , toujours d'actualité pour certains personnages
faisant fi de leur patriotisme au benefice de leurs comptes en banque !
(ou autres perfidies )
Un doublon !
Qui me permet , d' ajouter , cher POL , que votre billet est de haute tenue .
comme souvent .
Que l'idée d'un" patriotisme democratique "n'est pas saugrenue
et qu'effectivement , il serait bon d'y reflechir !
Ceci dit , avec la classe politique actuelle , c'est une belle utopie .
d'ou la necessité d'une nouvelle constitution .
La communication directe permettant de contourner l'inertie politique est également un moyen de l'obliger à s'améliorer au risque d'arriver à faire comme les Islandais qui ont renvoyé leurs politiciens professionnels à la maison en élisant des particuliers à la mairie de Reykjavik, lesquels, lassés d'un discours préformaté, avaient monté une liste et fait campagne sur le net.
au risque d'arriver à faire comme les Islandais
Très bel exemple effectivement de ce vers quoi on pourrait aller.
Excuses , POL pour POJ !
à 1h 55 !
BRAVO aux Islandais , bel exemple ! ! !
votre question me parait mal posée, POJ. Il y a toujours des gens qui meurent pour la France ou qui sont prêts à mourir pour elle sur l'ensemble des théâtres d'opération où notre pays est militairement engagé. Mais ce sont là des volontaires et des professionnels du risque mortel, pas des citoyens ordinaires. La question se pose au citoyen ordinaire quand le pays est directement menacé (agression, invasion, etc...) ou qu'il menace directement un voisin et que le sacrifice de tous est requis. Dans ces cas seulement le dilemne "vivre libre ou mourir" se pose. G. Brassens y a répondu par avance : "mourir pour des idées, d'accord mais de mort lente". A mon avis, on se trouve là dans le même dilemne que celui qui expose ou non sa vie pour sauver la vie de quelqu'un : se jeter ou non à l'eau pour repêcher un noyé, intervenir ou non dans une rixe pour laquelle nous ne sommes pas directement pris à partie, etc... Et là, c'est quand même inquiétant de savoir que n'étant pas prêt à mourir pour d'autres, on finit par accepter que d'autres soient assassinés sous nos yeux sans réagir même si l'on met en péril notre propre vie en s'opposant au meurtre.
Le respect de la dignité humaine est la matrice de tous les droits de l'homme qui fondent la démocratie.
Très juste mais: il n'y a pas LA démocratie mais DES démocraties.
Pour moi c'est là que ce situe le problème: que des individus partageant en principe les mêmes valeurs s'affrontent, voire s'entretuent.
C'est pour moi la grande erreur de tout ceux qui s'opposent à l'Europe au non de valeurs nationalistes, souvent définies par rapport à l'autre, ressenti comme une menace.
Cette Europe est loin d'être parfaite, mais c'est la seule issue possible, et une étape vers un gouvernement modial.
Combien de fois faudra-t-il répéter que le marché étant modialisé, il est illusoire de croire qu'il sera possible de le contrôler au niveau des nations, mêmes partageant des idéaux démocratiques.
Ce qu'à fait le marché est-il impossible aux démocraties?
Puisqu'on ne peut rien faire, il ne reste plus que le suicide collectif alors ?
Cette conclusion est la vôtre et je vous la laisse.
Dans un fil nauséeux, http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/250810/pour-un-projet-de-civilisation-partage-par-la-g
J'ai proposé une approche pratique:
Si on revenait sur terre en partant de ce qui existe pour promouvoir ce qu'onveut. D'abord savoir qui est on, ensuite établir un programme comprenant des modifications de la constitution et, puisque l'homme présidentiel n'existe pas, votez pour celui qui pourrait le mieux accepter de ....voir son pouvoir réduit, au profit des élus.
Bien sûr, il faudrait d'abord perdre l'habitude d'insulter et de mépriser ceux qui ne sont pas de votre avis, si on veut qu'il écoutent nos arguments, et admettre qu'il faudra faire des compromis.
Un exemple celui des Roms: le parfait dialogue de sourds car les pro et anti reconduite ont tous les deux raison en ne privilégiant qu'un seul aspect du problème.
On se prend à rêver: ceux qui crient à la déportation font des proposition sur l'aspect sécurité, mendicité forcée etc; tandis les pro-sécurité font des propositions pour une solution plus humaine.
Est-ce si difficile?
Je suis un Européen convaincu et critique (Français ayant travaillé aux Pays-Bas et retiré en Flandre Belge). Le trajet sera long, mais il n'y en a pas d'autre.
Je passe mon temps à déplorer sur ce site le mépris, les insultes, l'infantilisme de vouloir avoir raison contre, alors que seul le compromis (qui finit toujours par prévaloir à la fin, mais à quel prix) permet d'avancer.
La Belgique est en train d'y arriver, je l'espère, malgré les haines accumulées.
Pourquoi pas la France?
Comme vous, j'ai toujours été pour le compromis, mais pas les compromissions, c'est pourtant ce qu'implicitement vous nous proposez, en disant que c'est à prendre tel quel !
Si pas d'accord, vous ne donnez plus qu'un choix, laisser !
Donc, il ne reste plus que le suicide collectif ou la guerre !
C'est toujours ainsi quand on impose à des populations, une chose qu'ils n'ont pas choisie.
Méfiez vous de "l'implicitement" il n'est jamais que dans la tête de celui qui le suggère.
Ne pas confondre compromis et compromission est une évidence, et ne se discute que sur des cas précis , sinon cela n'à aucun intérêt.
Et même dans les cas précis il y a toujours une part de doute, mais c'est inévitable. Quant on a été amené à décider l'arrêt d'une action syndicale, la seule chose dont on peut être sûr, c'est d'avoir été sincère dans son choix, "and pray for the best".
Je ne parlais pas pour la France, mais pour l'Europe, où l'on ne tient pas compte de la volonté de ses peuples ni de leurs intérêts. C'est cela qui est en cause aujourd'hui, l'Europe roule pour à fond pour le capitalisme mondialisé dans toute son absurdité et ses contradictions. Elle risque de le payer cher et nous tous avec !
Je partage votre opinion et je pense également que c'est dans cette direction que doivent porter nos efforts. Ce ne sera pas facile car l'idée européenne a beaucoup souffert de ce que les gouvernements nationaux ont voulu en faire.
Je crois que l'Europe est en marche, ne serait-ce que parce qu'il n'y a pas d'alternative, les pays émergeants ayant ... émergés
Merci pour vous commentaires.
Je ne pense pas qu'on puisse réduire l'Europe à la seule dimension du marché. La citoyenneté européenne reconnue par le traité me paraît offrir des opportunités encore inexploitées, mêmes insoupçonnées, que j'ai essayé d'esquisser en commentant un article publié sur "la nationalité européenne" par Jacques Eutrope.
Je reviens au sujet de mon billet pour signaler un article publié sur Médiapart informant de la mort de deux militaires et trois autres blessés en Afghanistan.
Une pensée aux familles des disparus et bon courage à ceux qui doivent subir la guerre, qu'ils soient civils ou militaires.
@poj.
Superbe blog.
Et superbe analyse politique générale.
Va falloir que je le crée mon blog, j’ai tellement à dire.
Cordialement