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Jeremy Rifkin : l'éducation qui s’impose

RIFKIN ET L’EDUCATION :

DE LA TROISIEME REVOLUTION INDUSTRIELLE

A LA SOCIETE EDUCATRICE DECENTRALISEE

 

L’auteur  de « La Troisième Révolution Industrielle », Jérémy Rifkin, est américain, ce qui souvent déclenche un reflexe de méfiance. L’adhésion des Américains au capitalisme, aux lois du marché est en effet presque unanime. Rifkin, «  militant formé dans la lutte contre la guerre au Vietnam et le mouvement des droits civils des années 1960 », est quant à lui attaché à toutes recherches d’alternative. Il met en cause  ce système économique non plus en le dénonçant (il le nomme, le capitalisme, et réprouve ses méfaits), mais en montrant son inéquation avec l’évolution des techniques,  de la science, et avec les impératifs écologiques.

 

Des dizaines d’ouvrages accumulent les indices annonciateurs d’un possible « Effondrement » que Jared Diamonds nous permet d’imaginer. La plupart des auteurs s’efforcent néanmoins de ne pas alimenter le découragement et ils décrivent les voies possibles pour éviter une catastrophe prévisible (aujourd’hui10 août, Libé titre sur l’article de la revue « Nature » qui confirme que la situation est très alarmante)

 Ces auteurs évoquent très rarement l’éducation comme facteur déterminant. Rifkin au contraire, y consacre son chapitre 8 intitulé « la salle de classe change de visage ».

 

L’examen des conséquences de la « troisième révolution industrielle » ouvre des perspectives pour un monde fraternel, une école émancipatrice. Ce que l’idéalisme ou la lutte des classes n’ n’a pu réaliser pourrait l’être par obligation vitale, pour peu qu’on en prenne conscience à temps. Rifkin présentent de nombreux exemples qui incitent à croire que le processus est en marche…et qui étonnent ! A de très hauts niveaux de responsabilité, ses interlocuteurs  semblent convaincus par son analyse.

L’optimisme américain ?

Il considère par ailleurs que c’est l’Europe qui réunit, historiquement, les conditions les plus favorables aux changements qu’il perçoit. Il est néanmoins très conscient des forces qui s’y opposent.

 

Précisons ce qu’entend l’auteur par Troisième Révolution Industrielle.

-          « l’introduction de la de la vapeur dans l’imprimerie a fait de celle-ci le principal moyen  de gérer la première révolution industrielle »

-         «  la communication électrique a convergé avec le moteur à combustion pour engendrer la deuxième révolution industrielle »

-         «  Nous sommes aujourd’hui à la veille d’une nouvelle convergence entre technologie de le communication  et régime énergétique. La jonction entre la communication par internet et des énergies renouvelables  engendre une troisième révolution industrielle »

Il considère que : « Nous assistons à l’émergence d’une nouvelle vision scientifique du monde, dont les prémisses et postulats sont plus compatibles avec les modes de pensée en réseau qui sous-tendent un modèle économique de troisième révolution industrielle. L’ancienne science voit la nature comme un ensemble d’objets, la nouvelle science comme un ensemble de relations (…)L’ancienne science cherche le pouvoir sur la nature, la nouvelle science , un partenariat avec la nature.(…) Le droit d’exploiter la nature, de la mettre au travail et de la posséder sous le régime de la propriété est atténué par l’obligation d’en être l’intendant et de la traiter avec dignité et respect. La valeur de la nature cède lentement la place à sa valeur intrinsèque. »

 

Selon lui, la politique « des responsables politiques  des jeunes générations qui ont été socialisées sur internet se structure moins en termes de droite ou gauche qu’autour d’un nouveau clivage « centralisé et autoritaire » contre « distribué et coopératif». Ce qui oppose  « les personnes et institutions qui pensent en termes de hiérarchie, de barrières, de propriété, et celles qui pensent en termes de latéralité, de transparence et d’ouverture ». « Basculement …qui va radicalement changer la pratique politique au XXIème siècle »  

Il donne un contenu concret à ses affirmations tout au long du livre.

                                                                                                                                      

 

Quand il en arrive à sa réflexion sur l’éducation, la convergence entre ses conclusions et les propositions pour une Sociéte Educatrice Décentralisée (1) est saisissante.

 

Tout d’abord il porte un jugement  sans appel :

«Aux Etats-Unis et dans le monde entier, le système scolaire est le vestige d’une ère disparue. Les programmes sont obsolètes, coupés des réalités des crises environnementales et économiques actuelles. Les postulats méthodologiques et pédagogiques qui guident l’éducation depuis cent cinquante ans - depuis le début de l’enseignement obligatoire - sont l’une des grandes raisons de notre marche vers l’abîme. »   

 

Programmes

Destinés jusqu’ici à « former la main-d’œuvre de la troisième révolution industrielle (ils) devront se concentrer de plus en plus sur l’informatique avancée, les nanotechnologies, les biotechnologies, les sciences de la terre, l’écologie et la théorie des systèmes, ainsi que sur des qualifications professionnelles comme la fabrication et la commercialisation  des technologies de l’énergie renouvelable, la transformation des bâtiments  en mini centrales électriques, la mise en place des technologies de l’hydrogène, le déploiement des réseaux électriques  intelligents(…) »

« La conception réductionniste traditionnelle de l’étude des phénomènes commence à céder la place à l’analyse systémique de questions de vaste envergure sur la nature de la réalité et le sens de la vie – ce qui exige une perspective interdisciplinaire.

 

Conscience

Rifkin  insiste sur ce point essentiel «  Si nous ne modifions que les compétences des élèves mais pas leur conscience, nous n’aurons guère ébranlé l’idée que rendre productif est la mission primordiale de l’enseignement(…)

« Les élèves qui auront pris conscience de la biosphère ne verront pas les qualifications de la troisième révolution industrielle comme de simples outils professionnels  pour devenir des travailleurs plus productifs, mais comme des techniques écologiques qui les aident à gérer notre biosphère commune »

« (…) la mission première de l’éducation est de préparer les élèves à penser et à agir en tant qu’éléments d’une biosphère commune »

 

Apprentissage coopératif

« (l’éducation) doit cesser d’être une compétition, une concurrence et devenir une expérience  d’apprentissage  coopérative et empathique » (…) »

 

Empathie

Rifkin ( à mes yeux à juste titre, mais avec un peu d’idéalisme) insiste longuement sur le concept d’« empathie » : « notre nature profonde ne fait pas de nous des êtres rationnels, détachés, avides d’acquérir, agressifs et narcissiques, comme l’ont suggéré tant de philosophe des « Lumières » (…)Selon les spécialistes de l’histoire sociale, l’empathie est le ciment qui permet à des populations toujours plus individualisées et diversifiées de forger des liens de familiarité au sein d’ensembles plus larges, pour assurer la cohésion globale de la société. Etendre l’empathie, c’est civiliser » .

 

Nature sociale du savoir

« une nouvelle génération de pédagogues (qui) entreprend  de déconstruire les méthodes d’apprentissages scolaires qui ont accompagné les première et deuxième révolution industrielles (…)Le mode d’enseignement vertical dominant, qui vise à créer un acteur autonome rivalisant avec les autres, commence à céder la place à une pédagogie  distribuée  coopérative qui a le souci de donner aux élèves le sens de la nature sociale du savoir. (…)

« Le postulat traditionnel « le savoir , c’est du pouvoir » est détrôné par une idée bien différente : le savoir est une expression de notre responsabilité commune à l’égard du bien-être collectif de l’humanité et de toute la planète 

 

Promotion collective (?)

Il s’agit « d’apprendre latéralement. Quand les gens raisonnent ensemble, ils associent leurs expériences, ce qui leur donne plus de chances de parvenir au résultat souhaité que lorsqu’ils raisonnent seuls : c’est de cette idée qu’est issue l’éducation distribuée et coopérative ». Lorsqu’on apprend en pair à pair, la focalisation passe du moi solitaire au groupe interdépendant. L’acquisition des connaissances n’est plus une transaction isolée entre une figure d’autorité et un élève, elle devient une expérience collective.

« l’intelligence n’est pas une qualité dont on hérite ou une ressource qu’on accumule, c’est une expérience commune que l’on partage ».

 

Finlande…

De l’exemple finlandais il retient un respect des rythmes (les élèves ne sont pas scolarisés  avant sept ans…. Toutes les 45 minutes, récréation ludique de 15 minutes) et particulièrement la philosophie éducative du ministère : « L’essentiel dans l’acquisition du savoir, ce n’est pas l’information  prédigérée venant de l’extérieur, mais l’ interaction entre un enfant et son environnement »

 

Société éducatrice décentralisée (?)  (1)

Dans plusieurs expériences aux Etats-Unis « L’éducation fondée sur l’environnement, l’éducation expérientielle et l’enseignement fondé sur les réalités locales et orienté vers la communauté locale comptent parmi les nombreux mouvements de réforme pédagogique actuellement en cours » . Il en résulte « une amélioration spectaculaire des notes aux examens officiels dans toutes les matières ».(cf. Liberman et Hoody : « Closing the Environnement as an Integrating Context for Learning »)

                                       

                                                                                 Raymond Millot le 10 août 2012

 

(1) base d’une éducation pour aujourd’hui et pour demain  cf. www.pacte-educatif.org

 

 

Tous les commentaires

14/08/2012, 09:59 | Par J-F.COFFIN

Très intéressant.... j'adhère pleinement à l'idée qu'il convient de sortir d'une vision hierarchisée de la société, que l'horizontalité et les réseaux de réseaux sont l'avenir de l'humanité. Mais je suis peu optimiste.... les résistances sont très grandes et la volonté de puissance des individus et des groupes ne s'accorde pas à une vision positive de l'être humain.

14/08/2012, 10:04 | Par Oliv92

Beaucoup de sujets pour un seul billet !

J'avai beaucoup aimé "l'âge de l'accés" et "La fin du travail" qui contiennent chacun des analyses nouvelles, une facon très originale, simple et lumineuse de regarer nos sociétés... Evidemment, la réalité des forces conservatrices et des classes dominantes empêche que cette nouvelle vision des choses se traduisent par une amélioration de la situation du plus grand nombre. Cela ne doit pas empêcher de lire Rifkin, qui a raison trop tôt.

14/08/2012, 10:21 | Par Pierre queralt

Merci pour cette lumière au bout du tunnel. Certes les résistances sont grandes très grandes mais ne serait ce pas parce que nous y particpons peu où prou à l'insu de nos plein gré ?

Le père que je suis a longtemps favorisé le fait que mes fils n'était pas multitaches que c'était les filles qui pouvaient, il a longtemps favorisé une forme douce de compétition mais de compétition quand même, je parlerais bien des mères avec leur fils mais je le ferais à leur place. Les changements et/ou les évolutions se feront de toutes façon et dans cette optique je préfère le mode coopératif, c'est plus drôle !!!

Je ne sais plus exactement de quelle culture vient cette manière de voir qui dit que " nous fabriquons le monde tel que nous le voyons",  en effet les projections ( notre manière de voir, de ressentir et de raconter le monde) influent sur la réalité de ce monde qu'en aucun cas nous ne devrions confondre avec un regard angélique qui serait que tout va bien !!!

14/08/2012, 10:36 | Par J-F.COFFIN

Dans votre appel :

De plus : « si l’éducation parvenaient à gommer les effets des origines sociales (…) elle ne pourrait modifier le marché du travail (…) Selon le Bureau des statistiques du travail américain, d’ici 2018, seul un emploi sur quatre nécessitera un diplôme universitaire (…) Pour quel type d’emploi recrutera-t-on le plus d’ici 2018 aux Etats –Unis ? Caissier. Le deuxième sur la liste ? Vendeur. Le troisième ? Serveur. Le quatrième ? Conseiller clientèle. Les trois suivants ? Infirmier, préparateur alimentaire, employé de bureau. Aucun de ces emplois ne nécessite de licence universitaire».

Cette question est depuis au moins quinze ans une réalité en France (cf. DE GAULEJAC) : le système éducatif français fabrique autour de 80 000 bac + 5 à 8 par an pour 15 000 places...

 

« Zéro sortie du système éducatif sans qualifications reconnues. ». Cette objectif généreux de l’appel de Bobigny reste dans la logique de l’école de Jules Ferry qui avait mission d’assurer à la révolution industrielle la main-d’œuvre ( et de la formater) dont elle avait un besoin impératif. Les objectifs du système restent donc essentiellement utilitaires et le formatage se poursuit (parfois difficilement)… 

Je suis entièrement d'accord avec l'idée qu'il convient avant tout de faire sortir les familles pauvres d'une ornière qui conduit leurs enfants à l'échec. C'est d'une rare évidence de rappeler que les valeurs de réussite scolaire ne sont pas intégrées comme positives par une partie de la population qui les associe à un irréductible écart de capital.  Je suis moi même issu d'un milieu pauvre où la réussite scolaire n'était pas une priorité : il fallait travailler dans un contexte déjà chronique de manque de travail pour les non-qualifiés ! Faire admettre à certaines familles que les études mènent à quelque chose n'est pas chose aisée dans la mesure où elles considèrent pour vivre le manque, que seule l'activité quelle qu'elle soit procure des ressources immédiates. L'anticipation de revenus futurs n'est pas possible pour des familles qui vivent à court terme. La notion d'investissement les dépasse ! Il est donc d'une rare évidence là encore que seule l'élevation des ressources apportées aux familles pauvres conjointe à un travail de réassurance face à l'avenir (l'angoisse pousse à la fuite en avant à travers des conduites d'échec ou à l'immédiate ruine de toutes les chances de stabilité économique et affective) est susceptible de régler les trois-quart des situations de ce qui est appelé "échec scolaire" et qui m'apparait plutôt comme un renoncement à faire partie d'une collectivité déliée de toute solidarité réelle à distance des enjeux matériels...

Je suis d'accord aussi avec l'idée que l'éducation pour la croissance productive de biens matériels est devenue (même si elle l'était déjà dans l'époque du mirage de la croissance infinie) une aporie. Le "redressement productif" doit avant tout concerner l'éducation et la formation du sujet au sens classique du terme, son ouverture au monde et l'invitation à exister pleinement dans une complexité riche d'expériences qui portent en elles les germes d'une requalification de ce que vivre avec les autres peut vouloir dire. 

Impliquer les enfants, la jeunesse dans des projets en prise avec les réalités, permettra de développer l’esprit d’analyse, de recherche, de prendre conscience de la complexité, des contradictions, conduira à utiliser toutes les sources de savoir et de culture, d’inventer et instituer d’autres modes de vie en commun, de rapports adultes enfants, enseignants élèves… 

Oui mais.... l'état de notre société le permet t-il ?.... l'état de notre classe politique le permet t-il ? La France n'est elle pas le pays des réformes impossibles, des beaux discours, de la théorisation outrancière et de l'incapacité à réformer des représentations sociales qui semblent au demeurant satisfaire tout le monde dans une société aux fondements inégalitaires ? 

Pour ce qui me concerne, je ne crois plus au changement. Certains exemples européens me conduisent à dire qu'en France, les freins au changement de paradigme éducatif sont bien plus puissants que les volontés actives de voir notre société passer à un autre rapport à l'individu dans une perspective plus égalitaire et dans un rapport de justice à l'altérité prise comme une chance et non pas comme une concurrence, une menace, un obstacle. Notre société est gangrenée par le démon du libéralisme économique et les valeurs qui lui sont associées sur fond de dissociation sociale produisant des clivages irréductibles entre citoyens. Nous cumulons les handicaps sans pouvoir être bénéficiaire d'un certain rapport à la réussite comme les anglo-saxons. Nous ne sommes mêmes pas dans un véritable rapport d'égalité aux autres puisque nous cultivons nos différences pour  mieux dévaloriser l'altérité dans un rapport de défiance arrogant à ceux et celles qui ne nous ressemblent pas.

14/08/2012, 11:31 | Par malto cortese

Merci de nous faire partager la pensée de Rifkin;

"L’ancienne science voit la nature comme un ensemble d’objets, la nouvelle science comme un ensemble de relations (…)L’ancienne science cherche le pouvoir sur la nature, la nouvelle science , un partenariat avec la nature.(…) Le droit d’exploiter la nature, de la mettre au travail et de la posséder sous le régime de la propriété est atténué par l’obligation d’en être l’intendant et de la traiter avec dignité et respect. La valeur de la nature cède lentement la place à sa valeur intrinsèque. »

 

l'Homme va t-il enfin trouver sa place dans la Nature?

non plus au centre, non pas à l'extérieur, mais  dedans  et  ensemble;

l'éducation, bien sûr, la base nécessaire à cette prise de conscience;

gros chantier, beaucoup de résistances.

14/08/2012, 13:04 | Par Corinne N

Justement, hier soir j'ai écouté une interview de Jeremy Rifkin sur RFI ! Il y était dit d'ailleurs qu'il conseille Angela Merkel et que l'Allemagne a déjà atteint les 20 % d'électricité issue des énergies renouvelables - dont il dit que nous baignons dedans et qu'il y en a de disponibles sur toute la terre, entre le soleil, le vent la géothermie, la destruction de nos déchets, etc... - , bien avant 2020 comme il en avait été décidé (la France est loin, loin, loin, loin derrière...). Et, qui coulait comme du miel à mes oreilles : le nucléaire comme source d'électricité est mort !!!!!!   (nous assistons à ses derniers soubressauts....)

C'est ici (en deux parties)

http://www.rfi.fr/emission/20120812-1-jeremy-rifkin-troisieme-revolution-industrielle-est-marche-rediffusion

et là :

http://www.rfi.fr/emission/20120812-2-jeremy-rifkin-troisieme-revolution-industrielle-est-marche-rediffusion

 

14/08/2012, 17:04 | Par timiota

Le Bon Dieu Rifkin et le Diable Stiegler;

Certes Rifkin arrive à montrer des choses positives dans le domaine de l'empathie, de la coopération, et tant mieux.

Mais sans parler du capitalisme industriel des multinationales, est-ce que les "industries de programmes" ou leurs avatars de l'âge digital qui captent la vie privée via Facebook et Twitter ("Do you agree to update your status ?") ne sont pas les acteurs les plus puissants d'un changement de forme de socialité, même au sens de l'éducation (les smart-phones sont déjà  bien présents au collège)  ?

Je viens de lire le livre en anglais de Andrew Keen (@ajkeen) un "insider" des "technologies" (au sens software) : "Digital Vertigo". La dynamique engendrée par la captation de la vie privée, source de financement des réseaux "sociaux" , me semble dépasser les évolutions "empathiques" ou "horizontales" qu'on peut avoir.

La notion d'"ami" sapée en quelques années pas Facebook fera-t-elle l'objet d'une résistance "anthropologique",telles celles que E Todd attribue aux divers modèles familiaux qui ont structurés le monde en général, l'Eurasie et la France en particulier : elle conduit certaines sociétés à chercher l'égalité sans accepter le droit d'ainesse (nord de la France), d'autres à accepter des choix communautaires (Russie), d'autres des choix patriarcaux et autoritaire (famille souche,  allemande pour faire simple) ?

Stiegler parle de prolétarisation comme privation de savoir-faire et de savoir-vivre. Disons que les "objets communicants" se livrent en se moment à une "destruction créatrice" de grande ampleur sur ce front.

Comme tout ceci se fait sans lien à la matérialité (lien de plus en plus distant, mon poulet est thaïlandais, ma tablette coréenne, mes chaussures mexicaines), bien malin celui qui pourra reprendre le fil d'un Braudel ou d'un autre historien et voir comment nous allons nous dépétrer de l'interaction avec la biosphère, que celle-ci passe par nos amis les bactéries (que nous rendons résistantes aux antibiotiques, voila de la mutation sans radioactivité au passage), le stock de carbone fossile ou forestier, etc.

A l'inverse, on peut espérer que tout "terme de couplage", comme dirait les physiciens, pourrait dans ce contexte se voir démultiplié. Imaginons naïvement et bourgeoisement que les possesseurs de smartphone, au lieu de faire du voyeurisme à la criminalité (cf. récent èvènement de NY), trouvent un mode d'échange d'image qui pousse à un réel soin (cura, "otium","philia", Aristote et d'autres en ont parlé...) de quelque chose (sa voiture? non, c'est LA valeur en baisse en ce moment; son quartier ? son hacklab ? son poulailler ? faut voir), ...alors cela pourrait être très efficace. Mais là, je crois que je rêve un peu.

Bref, la compétition entre montée de la bêtise systémique et montée de la température du globe est lancée, qui passera le premier un "tipping point", les paris sont ouverts.

Good luck Jeremy, quand même.

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