millan

Abonné·e de Mediapart

154 Billets

0 Édition

Billet de blog 6 juillet 2010

millan

Abonné·e de Mediapart

Y a-t-il un journaliste dans la salle ?

Avez-vous remarqué que ce sont deux organes de presse, l'un hebdomadaire imprimé, vendu au numéro, l'autre quotidien paraissant sur le net vendu par abonnement, tous deux sans publicité, qui mettent au jour des scandales montrant le degré de déliquescence de cette 5e République moribonde.

millan

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Avez-vous remarqué que ce sont deux organes de presse, l'un hebdomadaire imprimé, vendu au numéro, l'autre quotidien paraissant sur le net vendu par abonnement, tous deux sans publicité, qui mettent au jour des scandales montrant le degré de déliquescence de cette 5e République moribonde.

Les autres médias sont à la traîne, recueillant les bribes que veulent bien leur laisser les deux confrères, contraints d'interroger les journalistes de ces deux journaux pour obtenir des informations... de deuxième main.

Ne vous êtes-vous pas demandé comment se faisait-il que de grands groupes multi-supports cités à propos de tout et de rien, avec des moyens autrement plus importants, ne parviennent pas sortir ces infos ? Peut-on en conclure qu'ils sont nuls, n'ont pas les équipes de journalistes compétentes ? Je ne leur ferai pas cette injure : CE QU'ILS N'ONT PAS, C'EST LA LIBERTE D'AGIR ! Concentrée entre les mains de quelques amis du pouvoir, organisée en groupes puissants, la presse écrite, voyant ses lecteurs la fuirent, quémande des subsides, mais c'est donnant donnant, et c'est la fin de l'indépendance, de la déontologie, de l'irrévérence. (Une lueur dans ce ciel bien sombre, le pouvoir n'a pas réussi à s'approprier celui qui fut le fleuron de la presse française, « Le Monde » malgré la menace de ne pas tenir ses engagements financiers si le trio choisi par lui n'était pas agréé.)

Que dire du feuilleton de la « Régie française de publicité ». Comme aux échecs, le coup monté venait de loin : un ami a failli gagner le jackpot. Mais la dignité blessée du PDG de France TV et les révélations de la manœuvre par Médiapart ont eu raison de l'opération.

La preuve de la nécessité d'une presse indépendante de toute pression est administrée. Contrairement aux dires de l'omniscient Minc qui affirmait que l'information sur le net ne pouvait être que gratuite, le démenti administré par Médipart est retentissant.

Mais parlons de l'avenir. On peut penser qu'il y aura alternance en 2012. Si c'est le cas, que pourra faire le nouveau pouvoir sans se renier et sans contraindre, face à une force médiatique qui n'aura pas changé de maître. Pourra-t-il respecter ce texte fondamental de Edwy Plenel : « La démocratie ne se réduit pas au suffrage. Et c'est pourquoi la liberté de la presse en est une condition essentielle. Entre deux scrutins, elle garantit une délibération permanente dont la réalité est l'enjeu. Entre deux élections, elle assure la confrontation des réalisations aux promesses, la discussion des bilans, l'évaluation des conséquences. Entre deux votes, elle permet à chaque citoyen de changer d'opinion, de réviser ses choix ou de modifier ses appréciations. Droit de choisir, la démocratie vit au risque de l'erreur électorale - par information insuffisante, par illusion communicante ou par certitude idéologique. - Il n'est donc pas de vote vraiment loyal sans information réellement libre, la légalité du suffrage pouvant être aussi bien le produit de l'ignorance, de l'aveuglement des propagandes et de l'étouffement des vérités. » ? A quoi il me faut ajouter : « Encore faut-il que l'objectivité soit indissociable de cette liberté non négociable ».

C'est là que réside la problématique. Agissant sous le regard du peuple à qui il aura rendu le pouvoir et doté des moyens de le consulter en permanence, son objectif sera de réaliser le vieil idéal démocratique « Une information sans entrave au service d'une opinion libre », ceci alors que la presse est devenue une société de plus en plus concentrée de grandes entreprises, emportée par le développement publicitaire, soumise aux lois de l'industrie et du profit commercial.

Propriété soit des banques, soit des grands noms de l'industrie ou du commerce, à l'audience en constante régression ce qui justifie, aux dires des propriétaires, les concentrations qui se sont opérées. Il conviendra donc de lutter contre celles-ci en fixant une limite beaucoup plus contraignante qu'aujourd'hui aux nombres de journaux détenus par un seul propriétaire ; donner aux sociétés des rédacteurs des pouvoirs plus étendus avec participation au Conseil d'administration à égalité de droits avec l'actionnaire ; définir un véritable statut du journaliste et revenir sans tarder sur le pouvoir dont dispose le Président de la République de désigner le PDG de France télévision et autres PDG à la Radio ou ailleurs, ces désignations devant relever de l'Assemblée nationale.

La tâche est immense tant les dégâts perpétrés en quelques années sont considérables. Il faudra plus que du courage, de la pugnacité, de foi en l'avenir pour réussir. Il faudra la confiance du Peuple.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.