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Déc

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Attention, billet périmé ! Du temps où je croyais à la lutte des classes.

Au départ, je pensais écrire quelque chose en rapport avec le triomphe, au Royaume-Uni, de la stratégie de stigmatisation des pauvres. Un phénomène qui me semblait illustrer parfaitement la phrase de l’homme d’affaires Warren Buffet : « la lutte des classes existe, et c'est la mienne, celle des riches, qui la mène et qui est en train de la gagner. »

FaujourFaujour © Faujour

 

Un article effarant de Rue 89 m’apprenait qu’en janvier 2012, d’après une étude, près de 3/4 des Britanniques plébiscitaient une réduction des allocations versées aux sans-emplois. Plus de 3/5 estimaient que celles-ci avaient créé une « culture de la dépendance ». Bref, du pain béni pour les conservateurs au pouvoir qui multiplient depuis quelques temps les propositions de lois plus régressives les unes que les autres.

On se souvient qu’en 2011 avait été lancée outre-Manche une expérience très innovante : imposer un travail obligatoire à ceux qui souhaitaient conserver leurs allocations de recherche d’emploi (un job payé 65 euros par semaine, et pouvant durer jusqu’à 30 heures hebdomadaires pendant un mois). Ce n’était qu’un début. Face à la crise, il faut faire preuve d’imagination et le gouvernement britannique n’en manque pas. Ainsi, dans un pays où plus d’1/3 des sans abris auraient entre 16 et 24 ans (d’après l’organisme caritatif Crisis), il propose maintenant de supprimer les allocations au logement des moins de 25 ans. Le ministre des Finances explique cela par le fait qu'il juge anormal que « des jeunes puissent aller directement de l’école à une vie d’allocations au logement, sans d’abord trouver un travail ». Et, comme rien n’arrête ce gouvernement, il s’est fendu d’une dernière proposition (en date) : imposer aux « familles à problème » une carte avec laquelle les bénéficiaires ne pourraient acheter que des « biens prioritaires » (essence, nourriture, vêtements, soins médicaux,…) afin d’éviter que cet argent ne soit dépensé dans l’alcool, la drogue, etc. Cette carte permettrait aussi de s’assurer que les bénéficiaires en surpoids aillent faire du sport, activité qui serait rendue obligatoire pour les miséreux coupables d’obésité.

Au départ donc, je pensais écrire là-dessus et sur l’angoisse que cela provoquait en moi. Comment diable pouvait-on oublier son histoire et tomber aussi bas ?

Me revenait en mémoire un cours donné à une classe de seconde, durant l’entre deux tour de la dernière présidentielle. Alors que nous débattions de la campagne en cours, les élèves les plus intéressés, dynamiques et joyeusement bruyants formaient un petit groupe acquis – à ma grande surprise - à la cause de Sarkozy. Leur argument massue contre Hollande, répété à plusieurs reprises avec une moue méprisante, était qu’il représentait « l’assistanat ». Je me remémorais aussi cette fois où, avec une autre classe de seconde, fut abordée la question foncière en Amérique latine. Alors que j’évoquais les inégalités d’accès à la terre dans certaines régions, et la nécessité de réformes agraires permettant une redistribution plus équitable (au besoin, par une forme de réquisition), un élève avait levé la main pour m’interpeller : « mais, Monsieur, c’est injuste pour les riches ! » Je me souvenais enfin de la fois où un élève de première ES à qui je demandais s’il connaissait la signification du terme « État Providence » m’avait répondu, hésitant : « euh, c’est pas quand l’État assiste les gens ? » Et où je m’étais inquiété, dans le contexte d’alors, de l’utilisation du verbe « assister » plutôt que « protéger » ou « sécuriser » par exemple. Des mots prononcés par des enfants de bonne famille, presque tous très bons élèves.

Je pensais écrire sur tout ça. Essayer tant bien que mal de faire le lien entre l’exemple britannique et mes expériences personnelles pour montrer à quel point la solidarité, la cohésion nationale et les droits sociaux les plus élémentaires étaient précaires. Mais tout ça, désormais, c’est du passé. Mes angoisses ont brusquement disparu depuis lundi et l’intervention télévisée de notre ministre du Budget qui m’a permis d’ouvrir les yeux. La lutte des classes n’est plus (elle n’a d’ailleurs jamais été selon lui), alors à quoi bon s’inquiéter de tout cela ?

J’abandonne donc ce billet périmé, non sans avoir chaleureusement remercié M. Cahuzac. Depuis lundi, j’ai le cœur léger et je dors sur mes deux oreilles…

 

L'article de Rue 89 est ici : http://www.rue89.com/rue89-eco/2013/01/08/grande-bretagne-travail-loeil-et-sport-regulier-pour-garder-ses-allocs-238383

Tous les commentaires

10/01/2013, 20:47 | Par autogestion

Rendre responsables les pauvres de leurs propres maux a toujours été le reflexe de classe du bougeois et fait partie du corpus idéologique de la droite. Il faut dire que c'est bien plus confortable pour eux. En d'autres termes chacun est responsable de soi et la responsabilité collective n'éxiste pas. Mais ce discours se délite de plus e plus à mesure que le chômage augmente et que le travail se fait plus rare. Comment rendre responsable individuellement plus de 5 millions de personnes sans travail ou avec un travail précaire, sans qu'au bout du bout cela renvoie à un problème de société ? L'accroissement de la richesse d'un côté et de la pauvreté de l'autre est bien la preuve que la lutte de classe est plus que jamais d'actualité. Et au fond, je sais bien que l'auteur de ce billet continue à faire des cochemards, même sur ses deux oreilles !

11/01/2013, 01:32 | Par SamJoffre en réponse au commentaire de autogestion le 10/01/2013 à 20:47

Merci ! J'éspère que ce discours se délite, mais ce qui m'inquiète le plus est la lutte que l'on tente d'instaurer entre pauvres et précaires (privé/public, travailleurs pauvres / chômeurs,...). Le chômage de masse ne facilite malheureusement pas les convergences et les solidarités.

11/01/2013, 10:50 | Par la dame du bois-joli en réponse au commentaire de SamJoffre le 11/01/2013 à 01:32

je crois hélas! que cette lutte entre les précaires est inhérente à l'être humain qui envie les avantages de son voisin et veut tenter de lui mettre la tête sous l'eau, croyant s'en soortir mieux ! elle n'est pas instaurée violemment, elle est alimentée, distillée, encouragée par les média, les gouvernants

pendant que les pauvres s'entretueront pour un bout de pain, les riches spéculeront sur le prix du blé ... et construiront des boulangeries industrielles

l'humain sombre, tout simplement

 

13/03/2013, 14:07 | Par SamJoffre en réponse au commentaire de la dame du bois-joli le 11/01/2013 à 10:50

À lire sur le site Rue 89 : 

La fable bidon de la famille RSA qui gagne plus que la famille salariée

Elsa Ferreira | Rue89

Mieux vaut être au RSA que travailler, selon un tableau posté sur Facebook et partagé 100 000 fois en deux jours. Sauf que le tableau est truffé d’erreurs.

L’auteur du tableau, « Reynald Pais », précise qu’il l’a réalisé « à partir d’infos brutes trouvées sur le site du gouvernement ».

Le tableau comparatif

Il compare la situation financière d’une famille de cinq personnes gagnant un très petit salaire à une autre famille de même taille vivant du RSA. Sa conclusion : la seconde famille, celle qui vit du RSA, s’en tire mieux, avec 500 euros par mois de plus.

Une connerie pour faire rire les copains

Le tableau a été fait sans réfléchir, il est donc complètement faux, comme on va le voir plus loin. Mais apparemment tout le monde s’en fiche : les idées reçues sur le RSA se sont offertes une belle pub grâce à « une connerie destinée à faire sourire quelques amis Facebook », selon l’auteur de cette campagne de désinformation, premier surpris de son succès.

L’idée qu’on peut mieux s’en sortir « sans travailler » n’est pas nouvelle. Il y a deux ans déjà, Laurent Wauquiez déclarait sur BFM :

« Aujourd’hui, un couple qui ne travaille pas, qui est au RSA, en cumulant les différents système des minima sociaux, peut gagner plus qu’un couple dans lequel une personne gagne un smic. Ce n’est pas logique, c’est la société française qui tourne à l’envers. »

Et ça énerve Martin Hirsch, le père du RSA, auquel nous avons soumis le tableau :

« Ce sont toujours les mêmes conneries. Ça marche parce que les gens ont envie d’entendre ce genre de choses. Ça arme leur aigreur. »

Ça ne pas fait rire non plus Jean-Christophe Sarrot, de l’association ATD Quart-Monde. Il estime que l’on « tape sur les pauvres », leur infligeant ainsi une « double peine » :

« Ça fait souffrir beaucoup de gens. Ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts à partir du 15 du mois et on leur dit qu’ils gagnent plus que les gens qui travaillent. »

Jean-Christophe Sarrot prévient : il n’est pas facile de calculer le montant du RSA. C’est d’ailleurs un problème pour les familles. Mais il a essayé quand même, et nous aussi. Et sans surprise, les résultats ne sont pas les mêmes que ceux qui ont été partagés sur des dizaines de milliers de pages Facebook.

1 / Les revenus

  • L’oubli du RSA activité

Première ligne, première erreur. Et elle est de taille : avec un salaire de 1 200 euros par mois pour un ménage de cinq personnes, la famille est en droit de toucher le RSA activité. Un revenu créé justement « pour que dans tous les cas, on ait un intérêt à travailler », explique Jean-Christophe.

La famille gagnerait donc 18 132 euros par an au lieu de 14 400.

  • Le RSA prend en compte les allocations familiales et logement

Les allocations, dans l’esprit de l’auteur, ce seraient donc le RSA + les allocations familiales. A noter aussi que l’allocation au logement entraîne une réduction de 143 euros du RSA.

La famille touchera donc 1 065 euros par mois de RSA , soit 12 780 par an au lieu de 14 496.

  • La prime de Noël est plus élevée que prévue

Il faut croire que la famille de « fainéants » a été sage, puisque ce n’est pas 154 euros qu’elle touchera à Noël mais 380 euros...

  • Allocations logement : un peu plus pour les uns, un peu moins pour les autres

L’allocation logement est relativement difficile à calculer, et d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une famille hypothétique dont on ne connaît ni le lieu d’habitation, ni la superficie du logement. Jean-Christophe Sarrot a quand même fait son estimation sur le site de la CAF, avec un logement en province au loyer de 500 euros (comme dans le tableau Facebook).

Pour la famille au RSA, ce serait donc 450 euros d’allocations logement (au lieu de 500 euros) et pour les salariés, 350 euros (au lieu de 200).

  • Au total, les revenus annuels de la famille salariée seront de 25 812 euros (au lieu de 20 280) et ceux de la famille au RSA de 18 560 euros (au lieu de 20 650).

2 / Les dépenses

  • Loyer : 500 euros chacun. Pour cette donnée arbitraire, pas d’erreur.
  • La complémentaire universelle pour tous

Selon l’auteur du tableau, la famille de salariés payerait 50 euros par mois pour leur mutuelle santé. Pour la seconde famille, on leur offre la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C), et donc, c’est gratuit.

Mais là encore, il n’a pas bien fait ses devoirs : la famille de salariés est en droit de demander la CMU-C puisqu’elle se trouve en dessous du plafond de 19 835 euros pour un foyer de 5 personnes (tous les revenus n’étant pas pris en compte).

C’est donc 0 euro pour les deux familles pour l’assurance complémentaire.

  • Impôts locaux et redevance télé

La famille qui touche un smic plus le RSA activité peut être exonérée de ces frais, puisqu’elle se situe en dessous du plafond de revenus.

0 euro encore, pour les deux familles.

  • Cantine des enfants et transports

Pas de frais de cantine, ni de frais de transport (« pas de boulot ! », précise l’auteur), pour la famille au RSA.

Là encore, les données sont arbitraires, et pas forcément justes. L’exonération des frais de cantine dépend non pas de l’attribution du RSA mais de la volonté d’une commission académique. Les deux familles sont donc susceptibles ou non de bénéficier d’un tarif. Pour notre exemple, nous avons donc gardé l’hypothèse d’une exonération totale de cantine pour les deux familles.

Quant au transport, même sans travail, il faut se déplacer : pour chercher du travail, pour accompagner ses enfants à l’école, pour faire ses courses... Nous avons donc rétabli une dépense transport pour la famille RSA.

  • Electricité, eau, gaz

Les tarifs sociaux pour l’énergie sont calés sur l’éligibilité à la CMU-C. Les deux familles en bénéficient de la même façon.

3 / Conclusion

La famille vivant du smic et du RSA activité gagne 25 812 euros et ses dépenses contraintes (en considérant qu’elle ne paye pas la cantine) sont de 8940 euros environ par an. Il lui reste donc, après paiement des factures, 16 872 euros par an (1406 euros par mois) pour se nourrir, se vêtir et de divertir.

Pour celle vivant uniquement du RSA, le revenu annuel est de 18 560 euros pour les mêmes dépenses contraintes. Il lui reste donc 9620 euros (soit 801 euros par mois) pour les autres dépenses.

11/01/2013, 11:08 | Par dianne

"Comment diable pouvait-on oublier son histoire et tomber aussi bas ?"

Fastoche : en montant tout le monde contre tout le monde. Des moins pauvres contre des plus pauvres. Ça marche fort bien. Même en France.

En GB, on trouve normal le travail des enfants. Vu récemment un reportage mettant en scène quelques mômes de la génération "marche ou crève" : livrer du lait toute la nuit, certes, mais pas plus de trois fois par semaine... Moral, hein ?

Et le modèle anglo-saxon, et blablabla...

11/01/2013, 12:28 | Par SamJoffre

Pendant ce temps là, chez nous, une fillette de 5 ans est conduite au poste de police pour un impayé de cantine : http://www.mediapart.fr/journal/france/100113/une-fillette-conduite-au-poste-pour-un-impaye-de-cantine

 

11/01/2013, 19:43 | Par Le journal de personne

La lutte déclasse
http://www.lejournaldepersonne.com/2013/01/la-lutte-declasse/

Il a cru bon et utile de nous dire qu'il ne croit pas à la lutte des classes.
Il n'y croit pas... il n'y a jamais cru... à la lutte des classes... à la lutte de tous contre tous... à la lutte de quelques uns contre quelques autres...
à la lutte entre elle et lui.

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