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Politique du care contre société du soin

Qu'est-ce la politique du care? Sandra Laugier, philosophe, Pascale Molinier, psychologue, et Patricia Paperman, sociologue, mettent en cause la vision conformiste et électoraliste qu'en donne actuellement le Parti socialiste.

 

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Nous travaillons depuis plusieurs années sur les approches qui commencent à être maintenant bien connues sous le nom d'éthique du care. Nous prenons part à ce vaste mouvement de pensée qui se développe depuis une trentaine d'années au plan international aussi bien en Amérique du Nord et du Sud que dans différents pays européens. Les problèmes soulevés par l'éthique du careintéressent aussi bien des sociologues, des juristes, des psychologues, des philosophes, des politistes, des littéraires, des géographes, des anthropologues. Ces approches se trouvent également utilisées par de nombreux praticiens du soin ou du travail social. C'est dire l'ampleur de la perspective du care, qui entre en résonance avec un ensemble de transformations sociales importantes comme l'entrée massive des femmes sur le marché du travail, la féminisation des migrations transnationales, les mouvements de travailleurs-travailleuses sans papier, les transformations des modes capitalistes d'organisation du travail (flexibilité, intensification...), l'allongement de la durée de la vie, le changement de la place des patients et des familles dans le processus de soin (exemple : VIH, Alzheimer et handicaps). La perspective du care capte des préoccupations sociales saillantes aujourd'hui

 

Les analyses du care ont pour vocation de donner forme à des questions qui ne trouvaient pas leur place dans le débat public et d'infléchir ou de transformer la définition de ce qui compte d'un point de vue éthique et politique. À l'origine de tous ces travaux, et chez leurs différents auteurs, on trouve une critique féministe des théories morales et politiques majoritaires, dont la plus connue est celle de la justice de Rawls. L'intérêt de ces critiques est d'avoir fait apparaître dans le champ moral et politique, des voix subalternes, jusqu'alors disqualifiées. Ces voix demandent qui décide de ce qui est important moralement et politiquement et de ce qui l'est moins - et qui est donc rejeté, selon les circonstances, dans la "moralité des femmes", les histoires de bons sentiments, les solidarités familiales ou de voisinage, voire dans les "nunucheries". Ces voix ne sont pas seulement celles des femmes mais de toutes les catégories sociales désavantagées, ethnicisées, racialisées, etc. Ce sont les voix de toutes les personnes qui réalisent majoritairement le travail de care dans la sphère domestique et dans les institutions de soin, c'est-à-dire qui s'occupent pratiquement des besoins d'autres qu'elles-même, qu'ils soient officiellement dépendants ou non. Toutes ces personnes qui réalisent un travail indispensable et vital sont mal payées, mal considérées, leurs besoins ignorés, leurs savoirs et savoir-faire rabaissés et déniés. Nounous, auxillaires de vie, femmes de ménage, aidants familiaux... avec ou sans papiers, rémunérées ou non, composent cette armée de l'ombre reléguée dans les coulisses d'un monde de la performance, qui veut les ignorer. Les plus performants sont aussi ceux qui parviennent trop bien à ne pas voir en quoi leur succès et l'extension de leurs capacités d'action dépendent de qui les sert.

 

On comprend peut-être mieux ainsi le rejet assez immédiat, de leur part, des analyses du care, toujours suspectées de ramener au centre du tableau ces détails sans importance qui salissent l'image de la puissance. Le care est un concept critique, qui révèle des positions de pouvoir, et agace.

 

En effet, c'est en ce sens, critique, qu'on peut parler de politique du care : d'une politique qui mette le care, et l'organisation sociale et politique de ce travail de care, au centre de ses priorités, et fasse du care un enjeu de la démocratie. Et il ne suffit pas pour cela d'invoquer la solidarité, le soin, l'attention aux autres, comme cela a été fait de façon irréfléchie et moralisante ces derniers temps, par ceux et celles qui revendiquent soudain le care comme par ceux qui le rejettent. Une telle modification politique par le care ne peut advenir sans un changement radical de vision, et sans que trouvent expression les expériences diversifiées (par le sexe, par l'origine et par la classe) du travail de care. Il faut aller jusqu'au bout de l'idée critique et radicale - féministe, encore une fois - qui était à la source de l'éthique du care : que les éthiques majoritaires, et leur articulation au politique, sont le produit et l'expression d'une pratique sociale qui dévalorise l'attitude et le travail de care et par là les réserve prioritairement aux femmes, aux pauvres, aux immigrés.

 

La force de l'éthique du care était dès son introduction par Carol Gilligan (Une voix différente, réédition Champs Flammarion, 2008) de faire place aux sentiments, et au souci des autres, dans la politique et la justice : mais faute d'une compréhension de la dimension politique des sentiments, et de l'expérience concrète du travail de care, l'appel à une « société du soin » est aussi vain que conformiste.

 

Il ne s'agit pas de préconiser une idée d'un "soin mutuel" mais plutôt de questionner qui fait quoi et comment. La « société du bien-être » ne pourra faire l'économie des conflits et des tensions que suscitent ces interrogations, et plus largement d'une réflexion sur la politique du care.

 

 

Sandra Laugier, philosophe.

Pascale Molinier, psychologue.

Patricia Paperman, sociologue.

 

Ont publié

Qu'est-ce que le care ? Souci des autres, sensibilité, responsabilité, Payot, 2009.

Le souci des autres, Ethique et Politique du care, Editions de l'EHESS, 2005.

Tous les commentaires

Passionnante,votre présentation.

Merci!

cela avait besoin de clarification car le PS a dévaorisé et ridiculisé le care en en donnant cette version électoraliste et conformiste.

Oui, c'est difficile, pour les associatifs, ou les humanitaires, comme tous les alternatifs, contempteurs de l'attitude et du mode de pensée qui marque le consensus du monde politique dominant.

Celui qui s'accorde généralement à s'accomoder du système, en en gommant l'expression de l'inacceptable, plutôt que l'inacceptable lui-même.

Ce qui donne des mouvements tels que celui que vous nous dépeignez.

Alors forcément, l'attitude de coucou, qui vient occuper un nid déjà fragile, et tenter de nourrir le vide de sa théorie, de conceptions qu'il ne comprend pas, et auxquelles il nuit en en faisant son étendard "moderne", est tout à fait insupportable.

J'éviterai ici les comparaisons, tellement la dynamique que vous portez exclut la polémique, si elle appelle le débat.

Le socialisme, vieux de plusieurs siècles, qui nourrit ses racines dans les théories des lumières, elles-même filles des plus hautes conceptions antiques, n'a pas besoin d'un référent "moderne", qu'il sortirait du chapeau, pour faire mode.

Il lui suffit de rendre hommage à votre mouvement qui en porte des valeurs tout à fait communes. Cette recherche d'étiquettes, de thème qui soit porteur, parce que le mouvement de fond dans la société va vers vos préoccupations, est la révélation d'une conception de la politique qui n'a rien à envier aux adversaires de l'humanisme, et chantres de l'exploitation sous toutes ses formes.

Que les dirigeants socialistes retrouvent déjà leurs valeurs fondatrices, et qu'ils vous laissent donc mûrir vos expériences, et vous soutiennent au lieu d'essayer de vous monter sur le dos.

Bien à vous, et bonne continuation, dans l'expression de ce mouvement que vous portez.

 

Rien à redire sur cette approche - elle me semble parfaitement juste sur le plan politique comme sur le plan éthique, elle me parait renouveler la réflexion sur ce que nous pouvons rechercher comme société juste.

Un regret sur le terme lui-même de "care", qui ne parle absolument pas à des non-anglophones, alors que d'autres termes français seraient mieux adaptés : "souci", évidemment, "bienveillance", "respect", "attention", etc Je vois bien le problème : les mots qu'on peut proposer sont pris dans un vocabulaire humaniste, chrétien, qui a souvent masqué des comportements opposés à ce qu'il semblait désigner et duquel on souhaite se démarquer; et il est difficile de revenir au "vrai"(?) sens de ces termes dévalorisés - cela demanderait un travail très approfondi qu'on évite en important un mot nouveau - je ne suis pas sûr que cela soit suffisant.

Certes l'utilisation politique rabaisse tous les concepts, "care" compris, à une utilisation plus ou moins instrumentalisée et tronquée mais c'est un premier pas si l'on veut voir la lenteur d'évolution des sociétés et le temps politique bien plus long que le temps médiatique...Une graine semée !

Le terme "care", en effet, sonne mal dans la culture française et plus, grave, dans son inconscient collectif. Si l'on veut une résonance, il faudrait un autre terme.

 

"Il ne s'agit pas de préconiser une idée d'un "soin mutuel" mais plutôt de questionner qui fait quoi et comment. La « société du bien-être » ne pourra faire l'économie des conflits et des tensions que suscitent ces interrogations, et plus largement d'une réflexion sur la politique du care."

L'idée de "soin mutuel" dans le cadre d'utopie politique ne peut faire l'économie de l'existant social, économique dans lequel nous sommes actuellement, et qui interroge en préalable des rapports sociaux, économiques.

Tant que nous serons sur un modèle qui privilégie le "soin du marché" et le "soin de l'actionnaire" sans aucun dispositif au niveau du citoyen, de politique de régulation... avec des marges de manoeuvres économiques des Etats assujéties au marché, aux médias, aux réseaux politiques influencés par toutes ces formes, il semble un peu rapide et pas très honnête de mettre en avant cette idée vendeuse, consensuelle... après le "care du customer", le "care du citoyen" sans poser le préalable qui le rend possible. Il semble que le Parti Socialiste évite une fois de plus comment il va aborder cette existant économique, social, politique pour définir des cadres, des transitions apportant plus d'espaces de libertés vis à vis vis du marché et par voie de conséquences permettant des arrangements de care mutuel... ce qui ne reste pas aisé non plus compte tenu de l'économie du sujet actuel.

L'article a raison d'alerter sur le leurre et le risque de perte de crédibilité de ce qui est avancé, sans préciser le préalable..

Les langues et la nôtre n'y fait pas exception ont toujours fonctionné par "emprunts" aux langues voisines : ce terme "care" a à mon sens toute légitimité à être employé, c'est en le théorisant et en expliquant ce à quoi il fait référence qu'il trouvera son sens et ce sens est universel. L'article de Sandra Laugier l'explique bien : le travail, car il s'agit bien d'un travail, de care est au coeur de nos sociétés post industrielles, et on y voit à l'oeuvre l'exploitation au sens fort.

Le PS en proposant ce que Sandra Laugier appelle justement "une version électoraliste et conformiste" montre clairement là les limites de son logiciel de pensée ...Moscovici en faisait des gorges chaudes ce matin sur France Inter, mais franchement on est loin d'un véritable projet de société ! C'est encore et toujours le pansement sur les maux que l'on se contente de soigner superficiellement sans chercher à changer véritablement ce qui les cause !

Très honnêtement, je ne trouve pas l'article très éclairant, et l'ensemble semble bien flou. Les principes sont clairs, certes, mais je n'en ai pas compris la portée. S'agit-il d'un mouvement purement philosophique, d'un mouvement social structuré, d'un mouvement strictement féministe ou ayant élargi son audience, concerne-t-il uniquement les travailleurs du care ou possède-t-il une dimension sociale plus importante? Quelle est sa réelle ambition? sa fécondité? Enfin, en quoi la critique de l'éthique dominante est-elle l'apanage du care? Le texte reste beaucoup dans l'abstrait, comme le PS, sur ce sujet. Pour un néophyte, tout cela reste totalement abscons.

Le terme lui-même, et sa répétition permanente faute de rechercher des synomynes, m'a laissé une impression désagréable. Pour une oreille française, le terme sonne comme étant un gadget relativement creux ce qu'il n'est sans doute pas. Enfin, je pense tout simplement que ce n'est pas un terme qui s'intègre bien à la langue française: c'est assez laid. Un exercice de traduction serait salutaire.

C'est quand même étonnant cette frilosité à refuser d'emblée tout emprunt linguistique alors que les langues vivent aussi de cette façon, en empruntant au voisin .

Le terme d'origine est bien explicité dans le fil des commentaires plus bas et il n'a pas d'équivalent en français.

Et ça ne serait pas le premier mot français qui ne se prononcerait pas comme il s'écrit !

Sourire

Reaction à chaud....; bravo pour l'article.

Comme psy dans un etablissement de soins, je constate au quotidien la deliquenscence des liens entre professionnels, la maltraitance des ASH, des AS (aides soignants)dans mon service, en ne remplacant pas les postes de depart a la retraite puis en externalisant avec une boite extérieure, sous prétexte de faire des économies et de compenser un déficit.

Sans ces profesionnels, un service hospitalier ne marche pas et le relationnel qu'ils ont avec les patients est un clef de voute de la qualité dans la prise en charge globale. Et c'est eux qu'on vise en premier pour faire les fameuses économies de bout de chandelles en plus...

Le care c'est du relationnel aussi .... aussi bien aupres des patients que dans les equipes. Si cela n'est pas entretenu, c'est le fonctionnement global qui flanche et provoque burn out et conflits.....

On a du pain sur la planche pour résister à la vague tsunami des experts et des administrateurs qui ne prennent des décisions qu'au vue des deficits budgetaires....

 

Bravo pour cette mise au point utile! Elle reconstitue un lien stimulant entre critique sociale (visant les dominations de genre, de classe et de race), éthique et politique contre les usages électoralistes et conformistes du PS. Ce dernier a depuis longtemps abandonné la perspective de relations sérieuses avec le travail intellectuel, au profit d'une instrumentalisation et d'une gadgetisation. On est loin de la fin des années 1970, où alors jeunes militants du PS (lycéens, puis étudiants), nous baignions dans un bouillonnement intellectuel, difficile à imaginer aujourd'hui pour les jeunes générations.

 

Philippe Corcuff (encore bloqué au Mexique)

Oui bien sûr,

mais voici un souvenir dont je sais la forte ambiguité. Je schématise l'anecdote pour aller au fait. Un hiver de 69, Je distribue des tracts à la porte d'une usine de Wallonie. Contenu radical et radicale critique du réformisme syndical...

Un ouvrier nous interpelle : d'accord les gars, mais ce dont nous avons besoins c'est pas d'idées justes, mais d'idées utiles.
Si les théories orthodoxes du "care" sont comme on dit, de la "prise de tête", quel interprête saura en faire des idées mobilisatrices ?

Oui bien sûr,

mais voici un souvenir dont je sais la forte ambiguité. Je schématise l'anecdote pour aller au fait. Un hiver de 69, Je distribue des tracts à la porte d'une usine de Wallonie. Contenu radical et radicale critique du réformisme syndical...

Un ouvrier nous interpelle : d'accord les gars, mais ce dont nous avons besoins c'est pas d'idées justes, mais d'idées utiles.
Si les théories orthodoxes du "care" sont comme on dit, de la "prise de tête", quel interprête saura en faire des idées mobilisatrices ?

Introduction au "care" très bienvenue.
Oui il faudrait un autre mot, mais lequel ! Si on traduit par "soin" on le trahit. Prendre soin, porter attention, se soucier de... il faut tous ces sens pour traduire "care".

Alors, adoptons ce mot : pourquoi pas ?

 

Et oui, le care est "un enjeu de la démocratie", par exemple :

-les métiers liés au care, et la plupart des salaires afférents...

-la construction du lien social basique et du "commun" : par quoi d'autre que le care ?

- la notion "d'autonomie" que prône le libéralisme, alors que la réalité est bien différente, et que les plus dépendants ne sont pas toujours ou seulement ceux que "voit" l'idéologie libérale...

 

Si le care était mutuel, nous serions dans une société bien plus égalitaire; Justement, il ne l'est pas : comme dit Franck Gauthey dans son commentaire, nous soignons les actionnaires, et eux ne prennent soin de rien du tout sauf d'eux mêmes.

Il est temps que le care sorte de l'invisibilité, en France et en Europe aussi.

Merci à cet article de nous éclairer un peu sur le "background" du terme de "soin mutuel" employé depuis peu par Martine Aubry. Mais à parte cette porte entr'ouverte, beaucoup de points me gênent dans cet article :

 

  • il reproche au politique de simplifier, dénaturer, de s'approprier ce concept, et donne l'impression que les auteurs sont sur la défensive, presque aigris, sur le mode "nous travaillions depuis 10 ans sur ces sujets, et personne n'a jamais parlé de nous, et tout d'un coup, il suffit que Martine Aubry glisse 2 mots dans un discours pour le concept trouve de l'écho dans les médias".
  • les auteurs reprochent au PS des visées électoralistes. Ben oui, c'est comme si on reprochait aux philosophes d'être des intellectuels. Un parti politique, c'est fait pour être élu.
  • en allant même plus loin, puisque le "care" (si j'ai bien compris) consiste à défendre les plus faibles (un peu comme "les derniers seront les premiers", comme quoi vous n'avez pas inventé grand chose !!), les auteurs reprochent d'avance à toute personne en position de "puissant" (même si c'est une femme!!) de s'en emparer. Cette position de victimisation et de "les puissants ne comprendront jamais les faibles" est un peu contre-productive à mon sens.
  • pourquoi ne pas accompagner le PS dans sa démarche, lui dire "chiche", ou "oui mais", plutôt que d'entrée de jeu "vous êtes superficiels, vous ne comprendrez jamais rien"??
  • le côté "seules les femmes prennent soin des autres" est tout simplement sexiste;
  • le manque de chiffres, de quantification, et la répétition ad nauseam de ce terme en anglais me gênent, comme "Robespierre" ci dessus.

 

Voilà, donc, à part votre façon assez désagréable de présenter les choses, le fond du sujet est passionnant. Je suis moi même convaincu que la transmission, l'apprentissage, les relations, le vivre ensemble ... complètement ignorés par les théories économiques assurent le fondement de nos société. C'est également ce qui permet à des sociétés qui, sur le papier (PIB par habitant) sont dans une merde noire, de tenir !

Merci encore.

J'aimerai venir au sens premier des termes.

Care en anglais (Oxford dictionnary) c'est à la fois la charge mentale résultant de la douleur, de la peur et l'attention portée aux souffrances. To care, c'est se sentir concerné par une situation.

En matière de santé, on parle de "cure and care". Cure : c'est le traitement médical qui va conduire à la guérison. Care : c'est la prise en charge globale de la condition physique et mentale du malade.

Ce dont on commence sérieusement à prendre conscience est que la technique médicale (le "cure ") est insuffisant. Pour recouvrir la joie de vivre qui caractérise la santé, l'attention globale au patient est indispensable (c'est le care). Au plan immédiat, par exemple le traitement de la douleur que peut induire le protocole thérapeuthique. Au plan global, par exemple les conditions de vie à l'hôpital et l'attention à la personne que le soignant porte.

Je ne suis pas assez bon linguiste pour trouver la traduction de care, terme tout à fait important dans l'éthique et dans la construction de le relation entre les hommes.

Par analogie, on peut transposer cette notion très centrale dans le système de santé, au système éducatif, au système de production,..etc

Quant à son irruption dans la reflexion politique, c'est il me semble un changement notable dans la conception de l'exercice du pouvoir, si cette attitude n'est pas un simulacre.

Merci pour ces précisions. Il me semble que le "care" recoupe en partie la notion de "reconnaissance". A savoir que l'on ne peut "exister" que par les autres, ou, plus précisement, que par le regard des autres. Tzvetan Todorov parle de "être, vivre, exister"

En simplifiant à l'extrème, on pourrait rapporcher :

* "cure" de "vivre" : les médecins soignent notre maladie pour nous permettre de continuer à vivre, à respirer, à manger, à notre coeur de battre

* "care" de "exister" : le regard des autres, l'attention, la reconnaissance des autres nous permettent d'exister. Tout homme qui n'est pas reconnu d'une manière ou d'une autre, va déperir ou faire en sorte d'être reconnu. L'homme étant un être social, il a besoin du regard des autres.

Todorov met en évidence que Rousseau déjà avait pointé l'importance de la reconnaissance, ainsi que Adam Smith, dans son oeuvre majeure "Theory of moral sentiments".

 

Certes "care" s'inscrit dans un concept d'altérité soucis, soin des autres, néanmoins, il est parfois utile de regarder comment les mots circulent dans l'espace médiatique, les analogies, leurs emplois dans le monde angloxon et américain.

Dans les années 90, le terme de "care" a été repris dans le monde économique et plus globalement dans le système capitaliste de l'époque par "customer care"... soin du client pour améliorer la rentabilité. La réflexion s'incrit dans les travaux de Boltanski et Chapiero. Et il est intéressant d'observer le retour de ce terme maintenant qui a été hier instrumentalisé.

Une définition du concept customer care sur le plan anglosaxon se trouve ici tel que développé dans un cabinet conseil:

http://www.gmv-conseil.fr/pretextes/pretextes3a.html

La question qui se pose, c'est audelà de l'éthymologie, comment ceux-ci circulent et pourquoi sont-ils repris à un moment plutôt qu'à un autre et ce que celà traduit... Même si l'aspiration à un retour de l'altérité est une dimension positive s'il elle devient une réalité... hors l'usage de ce mot pose question?

Je crois bien que je n'ai rien compris.

Plutôt que de nous dire qu'un mouvement international agé de trente ans est forcément digne d'intérêt, pouvez-vous nous décrire simplement de quoi il s'agit ?

Merci

je suis aussi dans votre cas, et j'ai bien peur que le peuple de gauche à reconquérir, dont font partie de nombreux ouvriers ne soient pas séduits par cette novlangue.. du concret, de l'efficace, du parler vrai, voilà ce qu'ils demandent !

je suis un ignare, j'ignore tout du "care" .

Qu'est-ce que le vrai, le bon care?

En quoi le PS dénature cette relation?

merci de votre aide.

J'apprécie beaucoup ce genre d'articles, et je vous renvoie à la majeure consacrée au care dans la revue Multitudes. Je soutiens complètement cette approche et me sens vraiment concerné par cette réévaluation des critères. Cette notion touche aussi le champ de l'activité artistique. Ironie de l'histoire, peut être que demain on qualifiera d'avant-gardistes des pratiques vieilles comme le monde...

je retiendrais de prime abord, le manque d'imagination lexicologique des auteurs, qui a défaut de pouvoir inventer des concepts, de faire preuve de créativité sur ce point, prêterons toujours le flan a la critique "aisée" et sophistique sur un ensemble de notion qui sommes toutes mérite le détours. . autres point sur la forme, vous oubliez de poser une analyse différentielle entre cette politique affective(disons) et celle du soin. il est difficile à lire votre article de quoi l'on parle vraiment, car ce premier approfondissement lexical est omis, ceci rendant l'article un peu abstrus et complexe à lire, surtout quand il s'agit de concept politique qui d'après ce que j'ai pu lire demande une certaine finesse de lecture pour bien entendre tant l'un que l'autre. . donc une politique affective, sensitive, interpersonnelle, plus qu'un politique du soin(médicale et rationalisante basé sur un diagnostique d'une "méthode" le soin à appliquer (j'essaie de mettre des mots, car les différences conceptuelle me sont assez floue) . ou est la dimension critique, est-ce l'approche de l'autre comme personne qui est en cause, entre un fait médicalisé, et une certaine "présence" à l'autre? puis-je faire un lien entre par exemple en soin palliatif, entre la présence "affective", le soutiens moral, de simple chaleur humaine, et le soin lui-même consistant en une pratique déterminé et dûment analysable comme un travail, comme une sommes d'acte précis et ayant pour finalité d'apaiser souffrance tant morale que physique? . Quel est la dimension critique? à partir de ces deux positions, comment l'affectif peut-il être critique en face du médical, pour quel raison opposer l'un à l'autre, et comment semble-t-il remettre l'affectif en-soi comme moteur d'une politique se voulant objective, malgré les facteurs éminemment subjectif que suppose le domaine de l'affectif et des atomes crochu comme le pensais Démocrite. . est-il possible d'aimer, d'apprécier sur demande? peut-on être rémunérer sur ce qui précisément l'on donne autant que l'on reçoit et qui surtout ne dépend aucunement de la volonté propre du sujet. peut-il y avoir une politique affective, là ou le politique ne tend surtout qu'a donner corps a une juridicisation des rapports humain. le droit positif venant faire comme une sur-couche de droit, là ou n'y a que le fait naturel: l'Amour, l'amitié, un battement cœur, peuvent-ils être décrété en conseil des ministres, là ou un contrat entre deux partis peuvent se retrouver unie devant la république, via un contrat d'union civile (mariage), pour le meilleur et pour le pire. . la sphère affective peut-être protégé par le droit et la loi, mais est-il possible de demander à quiconque d'aimer sur demande et d'être le meilleur amis de celui ou celle-ci, sur demande, et contre paiement de cette dépense affective ? . bon désolé si je n'ai pas tout compris, mais peut-être serez vous assez gentille pour m'indiquer le chemin.. . bien affectueusement votre donc ;o)

Bizarre, mais on ne s'en plaindra pas, Mdp devient de plus en plus pointu.

Aux socialistes qui soutiennent la direction actuelle, et continuent à oublier soigneusement la réalité en s'étonnant du ton de l'article, quelques mots.

Le care, c'est la pensée, qui prend son origine dans les conceptions des personnels en charge des métiers qui s'occupent des gens au plus près.

Le care, c'est semble-t-il, un esprit avant tout, qui débouche sur la prise en compte de problèmes peu évidents à d'autres que ceux qui en souffrent.

Quand Ségolène s'occupe par des petites mesures des gens dans sa région, ce n'est pas du care, mais on se rapproche de cet esprit, parce que l'effort fourni, minime, n'a aucune mesure avec l'effet ressenti, qui est aussi "personnel".

Par exemple, dans la logique du care, on s'interrogerait sur le bien-fondé de raccompagner les femmes seules dans certains quartiers, policières ou non.

Et on agit, sans se préoccuper de savoir si c'est viable ou non.

Dès lors qu'il y a besoin, il y a recherche d'une solution.

On n'attendra jamais d'obtenir une légitimité dans la reconnaissance par les autorités de son utilité publique.

Raccompagner les femmes seules, c'est du coup par coup, impossible soi-disant à mettre en place, et pourtant...

Je me souviens d'une époque où avec des camarades, nous raccompagnions systématiquement toutes les copines qui restaient en cité U, ou dans des studios, le soir, parce qu'une série de viols avait eu lieu dans la région.

La récupération médiatique par Aubry du mouvement s'inscrit dans la logique de coucou qu'elle met en place pour reprendre les principes, et les projets mis en avant par les Ségolénistes.

La société du care, c'est celle qui met en place des alternatives aux misères quotidiennes de classes, et de catégories qui souffrent de problèmes bien précis.

On peut parler de la femme de ménage, ou de l'aide à domicile, de la baby sitter, des commissions pour les anciens, mais aussi de l'accompagnement à l'hôpital, ou dans les administrations, la banque,et de tous les problèmes qui rendent la vie compliquée, ou plus côuteuse.

C'est simple, le care concerne tous les services qui étaient à une époque offerts par la solidarité du voisinage, celle de la famille, et bien sûr celle des collègues. Plus les activités qui concernent le mieux vivre, et le soulagement des maux de la vie prise en charge par le sevice public dans une société développée.

Solidarité, compassion, mise en évidence d'inégalités, de discriminations, ou d' agressions, et aide immédiate nourriraient la pensée du care, telle que je l'aurais comprise à la lecture de cet article.

La pensée du care est éminemment sociale, et associative, on peut imaginer que dans son souci d'organiser les fameux débats participatifs, pour faire remonter problèmes et amorces de solutions, Ségolène s'en est inspirée, d'une certaine manière.

En France des organismes comme La Poste, Edf,Gdf, France Telecom, à leur époque de grandeur, prenaient en charge de très nombreux problèmes dont ils soulagaient l'usager.

On comprend bien comment la société qui se met en place sous sarkozy, est l'anti-société du care. D'où l'essentiel de ce mouvement.

Le problème de tartuffe, qui se pose avec les socialistes, c'est celui de la lutte, et du relai auprès de la population de cette lutte pour empêcher un recul des valeurs sociales, qui n'est plus pris en charge par ce parti.

Comment un parti incapable de satisfaire à ses vocations, qui sont là, simples, et de sa responsabilité, comme dans ses moyens, peut-il espérer nous faire croire qu'il va s'occuper de qui tiendra les gosses par la main pour aller à l'école parce que les parents bossent?

C'est le double langage, c'est comme sarko l'enfumeur qui nous amuse avec des hochets coûteux, financièrement, et en terme d'éthique républicaine et sociale, pendant qu'il finit de dévaliser le patrimoine national avec ses copains.

Le Ps n'a pas le droit de tromper la population de cette façon, encore et toujours.

Qui a oublié le scandale que nous vivons avec Sarkozy par les désunions du PS, et les ambitions honteuses de ses cadres les plus en vue, comme ses reniements masqués par la langue de bois?

Comme je l'ai dit dans un article succédant à la présentation de Sandra Laugier sur France Culture, c'est surtout une question de "mauvaise traduction":

 

"La politique du 'care', correspond tout simplement, plain and simple, à la solidarité, et à l'État providence en ce qui concerne la politique qui la met en oeuvre. Évidement, il y a une cause à cette incompréhension. D'une part, ce terme vient du féminisme américain, des valeurs féminines, dont le 'care' serait un échantillon. Là dessus se greffe le souci de ne pas cantonner les femmes à ces valeurs féminines, ce qui suppose naturellement de les généraliser. Or, tout cela a pour cadre le contexte américain, individualiste (en fait, plutôt centré sur la famille, les proches), et sa négation obsessionnelle de prise en charge de l'individu par l'État. On peut y ajouter la contamination de ce modèle en Europe, qui fait considérer comme ringard le modèle de l'État providence. Mais, précisément, les mots ont un sens. Une fois institutionnalisé le 'care' aux divers domaines de l'attention à autrui, de la responsabilité réciproque (cf. 'Assistance à personne en danger' en France), de la santé surtout, on obtient assez naturellement une sorte de sécurité sociale, dans un pays (les USA) où beaucoup en sont privés, alors qu'en Europe on finit par la considérer comme naturelle (alors qu'elle est évidemment culturelle). Il s'agit bien, mutatis mutandis, de répondre à des besoins universels et intemporels de solidarité."

 

je partage a fond le commentaire de Passifou, et oui "le care" c'est un peu beaucoup ce mot galvaudé et dont on a rit oui, vous savez le mot de notre devise oublié au profit des deux autres et surtout la liberté car l'égalité n'est pas de mise et "la fraternité" est à inventer.merci ségolène...

Le care : le souci des autres (je crois que c'est le titre d'un livre qui est consacré à cette notion).

C'est quand je ne m'en fiche pas des autres, et que je le manifeste concrètement.

Et cela, donc, concrètement, me prend du temps. Le temps que je consacre dans ma vie au care, au souci de l'autre, il faut bien que je le prenne quelque part.

Rien d'abstrait là dedans.

(le poids du care vaut bien celui des ans).

Passionnant. Mettre l'humain au centre. Avoir le souci de l'autre, des autres, parce qu'ils sont humains. Et se battre pour que cette société remplace le profit et la rentabilité par le care des humains...

Ce soir, sur LCI, Christophe Barbier reprenait ce terme de "politique du care". Sans doute avait-il lu cet article...

Le contraire d'une société du "care", c'est tous les jours.... Voir là:

http://www.mediapart.fr/club/blog/ben-boukhtache/230410/monde-deshumanise

Intéressant article, qui apporte une meilleure compréhension des enjeux du "care".

Il est utile de rappeler qu'il s'agit, au départ, d'un concept américain, avec, pour vocation - avant que celui-ci ne devienne internationaliste, - la nécessité de corriger les effets d'une société ultra-libérale toute entière centrée sur la réussite individuelle face à une comptétitivité toujours plus féroce entre individus (donc, n'ayant plus le temps de s'occuper des autres).

On peut observer deux choses : le choix de "société du care", s'inscrit forcément dans la perspective de la continuité d'un libéralisme déjà dénoncé, car dénonçable.

On se demande quelle nécessité pousse à s'emparer d'un concept, d'un vocabulaire, anglo-saxons, envahissant tout d'un coup le champ sémantique de la société française, par la grâce d'un parti politique.

Nous avons une devise, en France, républicaine :

"Liberté, Egalité, Fraternité.

Défendons cette belle devise, comme idéal à honorer.

 

Excusez mon ignorance, mais je trouve l'article sur le care assez incompréhensible (attention, prononcer caire et non car !). C'est un peu dommage (c'est carrément agaçant, oui !) pour un texte qui renvoie, justement, à un livre qui pose la question : Qu'est-ce que le care ? C'est encore plus dommage (désolant, même !) pour un article qui commence, justement, son "chapo" par la même question !

 

La moindre des choses, avant d'entamer le débat, n'est-il pas d'expliquer noir sur blanc ce que c'est que le care ? Et de l'expliquer d'emblée, au tout début du texte ? Ici, il a fallu attendre patiemment, l'arrivée du commentaire de Daniel Carré (merci à lui) pour que l'on commence à comprendre ce que recouvre ce mot !

 

Ensuite, l'article -- de Sandra Laugier -- se lance bille en tête dans le labyrinthe des considérations sur le care... Sans poser ou même résumer les termes du débat ! N'est-ce pas cela -- exposer, même très succinctement, les termes du débat -- qu'il faudrait faire juste après avoir expliqué ce qu'est le care ? Je cite le début de l'article : "Noustravaillons depuis plusieurs années sur lesapproches qui commencent àêtre maintenant bien connues sous le nom d'éthique du care..."

 

Bien connues de qui ?! A qui donc s'adresse cet article ? Aux sociologues, philosophes et psychhologues déjà au courant, sans doute ! Un compte-rendu -- si j'ai bien compris ce qu'est cet article -- n'est-il pas censé donner envie de lire le livre ? Or quand on écrit hermétique, on reste dans un cénacle et on dégoûte le lecteur qui veut apprendre et comprendre !

 

On ne peut sans doute prétendre simplifier absolument tous les sujets (voire !). Mais si on juge qu'un livre, même hermétique, vaut la peine d'être présenté, qu'il vaut la peine qu'on en fasse un compte-rendu (je n'ai même pas dit une critique !), ne vaut-il pas mieux donner ça à quelqu'un qui sait y faire ? Quelqu'un qui saura sortir les éléments intéressants de l'ouvrage, qui saura les organiser de manière à en extraire la quintessence et surtout qui saura donner au lecteur l'envie de le lire. Qui saura aussi prévenir le lecteur que, si c'est un travail très intéressant (comme l'aura montré la première partie du compte-rendu), il faut quand même s'accrocher, qu'il faut éventuellement aller chercher (sur le Net ou ailleurs) des éclaircissements sur tel ou tel point, etc. C'est au prix de ce travail que l'on sort de la lecrture du compte-rendu en ayant compris quelque chose et avec l'envie éventuelle d'aller lire le livre.

 

Ce que j'ai pu grapiller de ce que recouvre la notion de care et du débat qu'elle suscite, y compris linguistique, c'est dans les commentaires que je l'ai puisé et pas dans le compte-rendu d'un des auteurs. Je les relirai (les commentaires) pour mieux en percevoir les tenants et les aboutissants. Mais je n'irai assurément pas lire le livre !

 

Bon, voilà ! C'était mon petit "coup de gueule" ! Ça va mieux ! Rire !

 

Ah, encore une chose... Y en pas un peu marre de cette paresse qui consisteà faire l'économiede la réflexion et de la recherche qu'implique la création d'un motfrançais pour désigner un objet, un concept, une notion ?... Au fait, c'est le travail de qui, en France, de créer de nouveaux mots français quand il n'y en a pas ?... C'est la responsabilité de qui d'effectuer une veille linguistique pour repérer les évolutions et anticiper les besoins de terminologie ? Et je suis sûr que l'on peut imaginer des moyens non coercitifs de faire en sorte que les médias parlent français ! L'arabe est une belle langue, superbe même. Mais la proportion de notions, d'objets de la vie courante même (tenez, motocyclette, par exemple !) pour lesquels il n'y a pas de mot en arabe est colossal ! Et là, c'est irrécupérable. Le français aussi est une belle langue, superbe même !

 

 



Bonjour à toutes et à tous,

La définition minimale du care est simple, et a circulé dans les
interventions publiques qui nous ont fait réagir. Le care, c’est le souci
des autres, l’attention à autrui. Ce que nous avons voulu rappeler, c’est
que le care, c’est aussi s’occuper d’autrui, c’est donc tout à la fois un
concernement et une activité : un travail. La définition du care comme
qualité morale (attention, solidarité) est un point de départ, et ne sert à
rien (sauf d’argument politique démagogique) si on ne s’interroge pas sur
les raisons fondamentales d’une telle réflexion : attirer l’attention sur
tout un domaine de l’activité, et de la vie, qui est dévalorisé. Et surtout,
si on ne s’interroge pas sur les raisons pour lesquelles tout ce domaine est
dévalorisé : parce que ces activités sont historiquement dévolues aux
femmes. Cela explique aussi aisément la tonalité misogyne que prennent pas
mal de réactions contre l’idée de care (niais, nunuche, etc.). Tout cela
permet de comprendre que le care est un sujet sensible, et que prôner le
care est insuffisant : il s’agit bien d’un terme critique qui attaque, par
son émergence même, tout un ensemble de questions cruciales aujourd’hui.
Nous sommes bien consciente de la nécessité de présenter le care au public
et à un maximum de personnes – nous l’avons fait dans un petit livre,
Qu’est-ce que le care, Payot (9 €).

Pour la traduction du terme : vous êtes nombreux à vous plaindre de l’usage
du terme anglais, mais dans toutes vos réactions, notez bien, aucune
proposition convergente de traduction – nous aurions bien aimé en avoir
une, car c’est bien un problème depuis le début. Là aussi, on pourrait se
demander pourquoi il n’y a pas de mot en français. Nous avons évidemment,
depuis des années, fouillé à la recherche d’un mot de la langue française
qui rendrait compte de toutes les dimensions du care. Nous avons souvent
l’occasion de traduire des textes de l’anglais américain, et l’un de nous
est la traductrice des livres de Stanley Cavell (qui utilise beaucoup de
termes peu traduisibles). Nous savons bien combien il est crucial de
traduire, de trouver des termes français pour tout. Si nous employons le
terme care c’est bien qu’on n’a pu trouver mieux. Toute autre traduction
confirme les préjugés liés au care. La traduction sollicitude limite le care
à une attitude morale sans poser la question de l’activité, le mot soin
inscrit de façon conformiste les activités de care dans le domaine curatif
et dans une hiérarchie entre pourvoyeur et récepteur de soin, la solidarité
ou la fraternité (pourquoi pas sororité !) sont des principes généraux qui
n’ont pas eu beaucoup d’efficacité ni de pouvoir critique. Mais nous sommes
preneuses de propositions.
Néanmoins, il faudrait, comme plus haut dans le cas des réactions misogynes,
s’interroger sur les motivations de certaines réactions négatives au mot
care. Il apparaît élitiste alors que les professionnels du care que nous
rencontrons l’acceptent sans difficulté. On l’accepte mal de la part de
chercheurs alors que sa mention comme mot (ou gimmick) politique n’a pas
choqué. On a intégré sans contestation majeure des mots comme stress,
management, ou encore queer, gay, voire bling, mais care, non, ça ne va pas.
Pourquoi donc ? La créativité, c’est aussi d’intégrer des mots parce qu’on
ne peut pas faire autrement : parce qu’ils sont les plus adéquats, ou les
seuls, pour dire une réalité qui est bien là, sous nos yeux.

Merci pour vos précisions.

1/ Cela ne me choque pas plus que cela d'utiliser un mot étranger (anglais ou autre) lorsque celui synthétise un concept, une pensée. Les "producteurs de sens" imposent leur vocabulaire, c'est naturel. Il faut apprécier à sa juste valeur le talent des Américains pour savoir "marketer" leurs idées avec des mots simples. Marketing justement, "main stream", et "care"...

2/ il me semble malgré tout que le mot "attention" est celui qui, en français, se rapprocherait le plus du concept de "care".

 

 

A ceux qui reprochent le mot :

Un mot que j'ai personnellement importé d'Amérique du Sud, dès que je l'ai entendu dans un contexte qui le faisait "vivre", car, s' il n'existe pas ici, il recouvre une réalité à mes yeux : le mot vivencia.

De même, dès que j'ai rencontré le mot care et compris son sens (grâce à France Culture et Sandra Laugier au départ, il y a quelques années), je l'ai adopté directement, tellement il venait nommer une réalité à mes yeux.

Une réalité méconnue.

 

Alors, appelez ça comme vous voulez, mais pensez y !

 

Et non, ce n'est pas seulement la fraternité. Parce qu'il ne recouvre pas seulement un noble sentiment : mais du temps passé, du concret réalisé.

Moi non plus les mots anglais intraduisibles, ne me choquent pas. Ce qui me choque, c'est d'utiliser un mot anglais pour un slogan politique. La Fraternité est une devise républicaine. Il est, à mon entendement, inacceptable de troquer cette devise, par le concept de care, lequel, ainsi que ce communiqué nous l'explique, n'est pas un terme politique.

"Une société du care" ne signifie rien, politiquement parlant, tandis qu'une société fraternelle renvoie au signifiant inscrit dans notre devise républicaine.

 

 

Le fait qu'il y ait des mots intraduisibles est incontestable. Et par moi incontesté! Ma précédente modeste contribution a été écrite suite à l'un des commentaires sur l'inexistence d'un mot français pour dire "care". Au départ, il ne s'adressait pas à "care" lui-même, en tant que mot trop "riche" de sens pour qu'un seul de ses équivalents français soient vraiment équi-valants.

 

Voire !

 

"On a intégré sans contestation majeure des mots comme stress,management,ou encore queer, gay, voire bling", dit Sandra Laugier. Certes. Mais là -- et même pour "care" -- on pouvait très bien utiliser des mots français. Reprenons "care"... En anglais, c'est un mot polysémique, avec un sens ou une nuance distincts selon l'acception. D'autres l'ont très bien souligné. Cela n'empêche pas que s'agissant de l'acception dans la notion du "care"qui nous occupe ici, il n'est confondu avec aucune de ses autres acceptions. En français, pour rester sur cet axe de réflexion, le mot "tension", entre tant d'autres, s'applique aussi bien -- et sans conflit -- au voltage en électricité, qu'à la force qui s'applique à une corde de guitare, qu'à la tension artérielle, qu'à la tension dans un groupe où ça risque de "péter", qu'à être sous tension à cause de tel ou tel événement de la vie. Plus polysémique que ça, tu meurs ! C'est tout simplement le propre des langues ! Donc, pour "care", que l'on s'interroge ad nauseam (il fallait que je le place, celui-là !) s'il faut utiliser "soin" ou "fraternité" ou autre me semble poser la question à l'envers, et à ce train-là, on ne trouvera jamais de traduction totalement acceptable pour aucun mot ! Le mot, quel qu'il soit, prendra sa place par ce que l'on en fait !

 

Les experts ès marketing ou les "designeurs" en terminologie d'aujourd'hui (je ne veux pas dire "modernes" !) auraient certainement hurlé s'il avaient eu à avaliser des noms de voiture comme "Ford" ou "Chevrolet" ?! Eux qui inventent des sonorités telles que VelSatis ! Et qu'auraient-il dit d'un shampoing nommé "Von Shwartzkopf", eux qui creusent profond dans leur créativité pour faire jaillir "Soyance"?! Les marques comme les mots, me semble-t-il, s'imposent par l'usage que l'on en fait, par la place qu'ils se font. La pertinence n'est-elle pas plutôt le résultat ? Dois-je retourner le couteau dans la plaie et souligner le succès de Chevrolet et le "flop" de VelSatis ?! Je vais me gêner !

 

Donc, je ne vois pas en quoi le mot "tension" est moins qualifié que le mot "stress" pour signifier la même chose dans cette acception-là. Exit, en passant, l'argument d'intraduisibilité !

 

Hier, j'étais à une terrasse en train de profiter du soleil. A la table à côté, deux jeunes femmes, la vingtaine et quelque, en train de parler des "mecs" de leur entourage... Je me suis dit que je ne pouvais oublier la quantité de mots anglais qui ont couru dans leur dialogue... J'aurais dû noter ! J'ai quand même retenu qu'après en avoir terminé d'un bref appel sur son portable l'une s'est exclamée "yesss !"... Elle a expliqué à son amie qu'elle avait un "date" avec Jérôme, un garçon que l'autre trouvait "too much". L'une des deux a un peu plus tard qualifié d'un peu "short" les explications de je ne sais qui ! Elle s'est ensuite excusée d'avoir à quitter son amie, sinon elle serait un peu "just" pour terminer je ne sais plus quoi ! Tout cela en presque aussi peu de temps qu'il m'a fallu pour l'écrire !

 

Je ne suis pas en mesure d'analyser le pourquoi du comment, ni le "où ça nous mène tout ça, mon bon monsieur ?" ! Je constate. Et vous constaterez comme moi qu'il n'y avait là rien d'intraduisible !

 

J'aime bien le verlan. Je trouve qu'il procède d'un croisement nerveux, vivant, entre rebellion et créativité. De quoi procède l'anglophilie "linguistique" ambiante ? De quoi est-elle le signe ? Je remarque qu'elle est cantonnée à une certaine catégorie sociale (ou à certaines). Que ce n'est pas du tout, par exemple, le langage de mon garagiste de la Région partisienne, qui a 27 ans...

 

Autre phénomène linguistique (?)... A-t-on remarqué le grand nombre d'enseignes de magasins en anglais dans Paris comme en Navarre ? Je ne parle pas des grandes (par la taille et lacapitalisation boursière) raisons sociales importées du genre grand M. Je parle du magasin du coin. Des enseignes quelquefois même orthographiées de travers ! Commerce quand tu nous tiens ! Il faut être sexy pour vendre. Et sexy, c'est américain ?! On dirait. En tout cas, c'est en anglais dans le texte !

 

N'est-ce pas le phénomène "yéyé" qui a marqué un peu le début de cette tendance en France? Les "majors" du disque, français ou autres, avaient à leur disposition des "tubes" américains ou anglais, des morceaux qui avaient donc fait leurs preuves sur un vaste marché et largement amorti leurs investissements. Et ils les ont collés à une jeunesse qui en avait marre des chansons de papa et qui a vibré sans réserve à cette énergie nouvelle ! Superbe "timing" ! Enorme succès du "marketing" !

 

Aux oreilles de la "francophonie extérieure" (mais également très anglophone) ayant baigné dans cette culture musicale anglo-saxonne de la fin des années 50-début des années soixante, les chansons de Johnny, Richard Anthony et autres émules "salut-les-copinesques" de cette époque-là sonnaient faux et ridicules ! Et étaient bien distinguées des paroles et des musiques servies par des Brel, Ferré, Barbara, Aznavour, Brassens, Mouloudji et autres. Pour ces oreilles-là, dont j'ai fait partie, c'était l'émotion avec ceux-ci; "l'indécence quasi animale" (s'exaspéraient nos parents), l'énergie, la danse avec ceux-là, à savoir et dans le désordre, les Haley, Presley, Bian Jones, Jerry Lee lewis, Little Richard et tant d'autres, juste avant la vague des Stones, Beatles et autres groupes de la nouvelle pop.

 

Le fait qu'il y ait des mots intraduisibles est contestable.

 

C'est ce que j'ai fait dans "L'idéal de la mauvaise traduction".

J'ai lu votre texte. Je conteste votre contestation ! Rire ! Du moins partiellement.

 

Je suis très irrité quand je tombe, dans un texte en français, sur des mots ou des expressions essentiels pour la compréhension de ce que je lis mais écrits dans une langue que je ne connais pas, l'allemand, le latin ou le vieux grec, entre autres. Et je suis d'accord qu'on aurait pu se donner la peine de traduire les concepts en question. Mais, d'une part, c'est du boulot ! D'un autre, il faut que la traduction -- pour ma part, je préfèredire "le terme retenu", parce que je maintiens qu'il n'y a pas toujours, ou même pas souvent, un terme exactement équivalent, sauf sans doute dans la matière que vous abordez, la philosophie, qui parle une langue "scientifique", quasi mathématique même, dans sa précision.

 

Il reste qu'il y a des réalités historiques incontournables qui ont décidé à la place des humains. Prenons l'arabe et suivons la description théorique ci-dessous. Je dis théorique parce que je n'ai pas fait de recherche, et d'ailleurs je me demande s'il y a eu des travaux en arabe là-dessus. Mais je suis convaincu que la réalité n'a pas été loin.

 

Lorsque la civilisation industrielle a débarqué dans les pays de langue arabe, elle a trouvé une vaste majorité d'analphabètes dans leur propre langue, et une infime minorité d'instruits soit en arabe, soit dans une langue occidentale en plus de l'arabe. Ce sont surtout les deuxièmes (instruits et/ou seulement locuteurs) qui ont été les premiers "convertis" à la nouvelle civilisation et qui ont utilisé la terminologie française, anglaise, italienne, grecque qui allait avec. Il y eut des tentatives linguistiques -- d'un équivalent de l'Académie française en Egypte, par exemple -- pour proposer des termes arabes... Mais d'un, c'était beaucoup trop tard ; de deux, les besoins étaient tels que les moyens et les compétences mis au service de cette recherche étaient largement insuffisantes ; et de trois se sont produits des phénomènes comparables à ce qui se passe en français, par exemple, pour de larges pans de terminologie, aussi bien technique que véhiculaire ou vernaculaire.

 

En Egypte, par exemple, ces linguistes ont bien proposé un mot arabe pour motocyclette, mais ça n'a pas pris. Donc, aujourd'hui, dans les rues du Caire, d'Alexandrie ou ailleurs, ce sont des "motoséklète" qui sillonnent les rues, pluriel de "motosékl", même si l'académie en question avait proposé "darraga boukhareya", un "vélo à vapeur" qui, d'un point de vue technologique, avait un peu en retard à l'allumage.... Quoi qu'il en soit, le mot, comme beaucoup d'autres, n'a pas pris. Même pour désigner un objet aussi commun qu'une "table", les Egyptiens utilisent le mot grec "trapézi" (prononcé "tarabéza") ou italien "tavola" (prononcé "tawla"). Parce que les "gens du peuple", en Egypte, mangaient (et mangent encore) sur une table basse qui, elle, a un nom bien arabe. Donc, un menuisier cairote, par exemple, percera ses trous avec une "chignore" (chignole), rentrera chez lui en "otobiss", mangera des "tamatem" (tomates) -- il dira "banadora" (de l'italien pomodoro) s'il est alexandrin --, il enduira le bois de ses meubles de "goma lakka" (gomme-laque). Le jeudi soir, il ira voir un "felm" au "cima" et mangera un "ayescrime" (ice cream) ou un "julatti" (gelati). Les exemples pourraient couvrir un "dictionnaire" de deux kilos...

 

Tout ça pour dire que prétendre que tous les mots sont traduisibles c'est affrimer des vérités au mieux "théoriques" ! Je ne dis pas que l'affirmation est toujours fausse. Mais j'y mets un assourdissant bémol !

C'est pour cela que je parle d'"idéal de la mauvaise traduction", chez les philosophes et intellectuels, et dans le cas du "care", en particulier (qui a suscité mon article). Ce qui est le sujet de la discussion.

 

Par contre, évidemment, en linguistique moderne, l'usage fait loi. Ce n'est pas la peine de le justifier. Si le "care" s'impose, "je m'en care". Mais cela relèvera de ce que je décris.

"Mettre l'humain au centre"?

 

Vous ne faites que réinventer ce qui fait le corps-même du programme du MoDem depuis toujours.

 

Il fallait que ça vienne de vous pour que vous l'acceptiez, c'est ça?

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