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Bilan de l'aide personnalisée: témoignages d'enseignants

C'est au moment où la sanction à mon encontre pour désobéissance est abandonnée que nous nous devons de faire un bilan de cette année d'application de l'aide personnalisée voulue par Xavier Darcos et conséquence de la suppression du samedi matin. Si, vu du terrain, les effets du système étaient prévisibles, il n'en restait pas moins qu'il nous fallait confirmer ces « intuitions ». Voici donc des témoignages d'enseignants ayant pratiqués l'aide personnalisée.

 

 

« Remplaçante TR ZIL , j'ai pratiqué 3 formules de soutien :
- le matin de 8h20 à 9h
- le soir de 16h30 à 17h30
- le midi de 13h20 à 13h50
Quand les enfants arrivent de la maison (à 8h20 ou 13h20)ils ont dans le meilleur des cas 10 mn de retard , ce qui équivaut à une aide effective de 20 mn , qui ne sert strictement à rien . Les heures du soir seraient certainement les mieux appropriées mais les enfants montrent parfois des moments de fatique et des difficultés d'attention . En bref , la meilleure solution reste des effectifs réduits pour pouvoir mener dans sa classe un véritable travail individualisé . »

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« Pour moi le bilan est globalement positif même s'il est perfectible et insuffisant A mi-temps sur XXX CE1 : en maths (numération et calculs) 1 heure le jeudi de 16H30 à 17h30 (réel 3/4 d'heure): groupe 6 élèves et parfois 8 j'ai pris ceux en grande difficulté + les coups de pouce : si j'anticipe une leçon elle passera mieux le lendemain en grand groupe, on revoit, on reprend, on passe par la manipulation car en grand groupe c'est difficile, on s'entraîne au calcul mental rapide, on fait des jeux mathématiques bref : les enfants sont en réussite, ils aiment le soutien le rapport avec eux est super malgré ma journée dans la tête et mes trajets 1H le matin et plus le soir. Sur XXX à 1/4 temps CM1/CM2 : en math exclusivement géométrie 1H le lundi soir de 17H à 18H (réel 3/4 d'heure) depuis les vacances d'avril Bilan positif car les élèves qui me défient dans la journée, ne fiche rien, etc... le soir c'est super ils bossent, s'intéressent. Beaucoup moins de discipline à faire et enfin des élèves qui se comportent en élève. Je voudrais que cela soit ainsi tous les soirs car je finis ma journée sur des relations de travail positives et d'agréables. »

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« Pour moi, c'est un bilan à tendance négative. Je trouve que rajouter 50 minutes de travail à ma journée ( sans compter le temps de prépa) est une mauvaise chose. Je prépare moins bien ma classe, cherche le temps utilisé ailleurs et me trouve fort fatiguée dans la journée.

Pour ce qui est des élèves. Il est clair qu'en travaillant une demie heure avec un élève en particuliers et en faisant en sorte que tout se passe bien, et bien tout se passe plutôt bien ...Sauf que, quel lien privilégié crée-t-on avec ces élèves? Quelles sont les réelles répercussions de ce travail sur la journée?

Si on évalue comme positif ce dispositif sur un élève, cela veut-il dire que ses progrès ne reposent QUE sur ce temps de travail ... Les autres dispositifs d'apprentissage sont ils inexistants ou sont ils inutiles? Je me refuse à dire que des progrès ne se font qu'avec un cours particuliers. La différenciation n'est pas un mythe, l'adaptation du travail au niveau des élèves non plus, l'entraide entre pairs... Je préfère penser des dispositifs de classe qui aident mes élèves à se sentir bien dans le groupe, plutôt que les isoler afin de les faire travailler.

Ne peut-on pas organiser notre temps de travail en classe pour que les élèves puissent travailler ce qu'ils ont à travailler pendant le temps de classe ?

Je n'ai pas le temps de continuer mon bilan maintenant mais après la lecture de 2 bilans plutôt positifs je ne pouvais pas rester sans m'exprimer. Je respecte le droit de chacun d'avoir son opinion et voici donc la mienne. Coopérativement ( parce que là réside pour moi la possibilité de progresser)

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« Pour l'aide individualisée ça a bien fonctionné c'était le matin de 8h20 à 8 h50 les élèves étaient super bien attentifs mais pas à la fin de la journée en revanche plus on avançait dans l'année plus il se démotivaient et étaient fatigués en revanche dans un village comme XXX, beaucoup d'enfant ne sont pas venus faute de transport ce qui me parent inadmissible voilà en gros »

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« Sur notre école (une 1/2 heure tous les matins) : retours mitigés sur l'aide personnalisée. Un collègue en est très content (résultats positifs, bons horaires, aucun problème), les autres (2 désobéissuers, un "non-désobéisseur") ne sont pas satisfaits des horaires (journées trop longues, temps de travail trop court), ni du système en lui-même (4 enfants, si je ne me trompe pas, voulaient participer à l'A.P. mais n'ont pas pu ils étaient à la garderie du matin et personne ne pouvait les amener jusqu'à l'école qui est trop loin ou venaient en bus des villages voisins).

Pour ma part, j'ai commencé à faire 2 périodes complètes d'A.P. (vocabulaire et géométrie), je me suis rendue-compte que les élèves ne réinvestissaient pas du tout en classe ce qu'ils avaient acquis en A.P. D'où mon choix de changer de tactique et de proposer à tous les élèves volontaires un projet lecture de textes (donner du sens à l'écrit, améliorer la lecture) de théâtre et production d'une pièce de théâtre par les élèves en petits groupes pour réinvestir ce qu'ils avaient appris. Beaucoup plus de motivation et de réinvestissement, donc bilan plutôt positif sur le projet mais le problème reste entier : que faire de mon élevé ayant un énorme envie de venir mais n'en ayant pas la possibilité (bravo pour l'école égalitaire)? Comment placer ces heures supplémentaires dont nous avons besoin avec toute la classe pour travailler sur des programmes alourdis sans augmenter la durée quotidienne de classe?

Pour les autres écoles de XXX, je ne suis pas sûre que cela ait été fait "dans les règles de l'art" mais ça a été fait discrètement en tout cas. »

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« Sur les 11 élèves :

*Seulement 3 élèves ont pu faire des progrès (élèves ayant des difficultés pointées (vocabulaire et orthographe et travail en lien avec le RASED - maître E) Pour les 7 autres : 2 élèves présentent des troubles de dyslexie, dysorthographie…, 4 élèvent présentent des problèmes de comportement avec difficultés à accepter les contraintes ce qui parasitent leurs apprentissages, 2 élèves ont été très absents ou cours des périodes (fatigue et/ou activités artistiques, problèmes de suivi des leçons : apprendre, faire ses devoir).

**- L’aide individualisée ne peut pas remplacer le travail du RASED et ne peut pas et ne pourra pas résoudre le problème qu’a engendré la diminution des horaires disciplinaires. On ne peut plus revenir sur le travail des élèves en classe (l’erreur n’apparaît plus comme formatrice et certains élèves s’enferment dans un sentiment d’échec et se dévalorisent : « de toute manière je suis nul »On ne peut revenir qu’à deux voire trois fois sur une leçon ce qui crée des inégalités face aux savoirs, les bons suivent et les faibles subissent. Le nombre a augmenté au cours des périodes or nécessité de faire des choix quant à l’effectif (n’est-ce pas de l’Aide individualisée !).. Donc à celui qui dit, je réponds : « Et le petit X on va lui dire, écoute on a travaillé l’imparfait mais comme tu n’as pas compris tu attendras l’Aide individualisée demain matin, là je n’ai pas le temps ». Et on ajoutera à cela « Merci pour le samedi matin qui était très utile pour le retour sur le travail des élèves et la mise en place d’une véritable pédagogie différenciée et non une simple vitrine).D’autre part l’Aide individualisée hors temps scolaire seulement, donc des absences pour problème de réveil. Nombreux parents se sont plaints de la fatigabilité de leur enfant, certains ont noté un sentiment de dévalorisation chez leur enfant (2 enfants seulement venaient à l’Aide avec l’envie), d’autres n’ont pas pris cas des difficultés de leur enfant. Hors la prise en charge du RASED se fait durant le temps scolaire et la présence des élèves étant obligatoire, le suivi des élèves est réalisé et les résultats se font voir (sur 5 élèves suivis, 4 élèves ont fait des progrès).
*_Nos observations_ :Fatigue,Problème de concentration et d’attention en classe,Dispositif peu positif, surtout pour les élèves en grande difficulté. »

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« Dans mon école, on a changé l'heure de l'A.P. à cause de la mise en place d'une autre innovation de Darcos, l'accompagnement éducatif. De septembre à octobre, c'était 2x1h et à partir de novembre de 13h20 à 13h50. Je ne comprends toujours pas pourquoi les deux systèmes ne peuvent pas cohabiter car ils rallongent d'autant plus la journée (7h45 ! Et 9h en comptant le temps de cantine qui n'est pas un moment de calme !!!!). En plus, il paraît que selon le règlement départemental, les élèves ont droit à 1h30 de pause, ce qui n'a pas été le cas là, vu que l'on avait pas le choix de l'horaire. Bref, les enfants arrivaient souvent en retard qu'ils soient à la cantine ou pas. Donc faire une « aide » pour 20min...J'ai été scandalisée quand j'ai appris qu'il y avait une élève qui mangeait dans la voiture pour être là à l'heure ! D'autres parents ont été obligé de payer la cantine (finalement, pas toujours pour 30min) !!! Joli la gratuité et l'égalité à l'école !Alors, au bout d'un moment, j'ai fait les choses à ma sauce de février jusqu'en juin. Je voyais les parents à la sortie, leur faisais signer le papier à l'instant et prenais les enfants le soir après la classe. Après tout le monde pouvait venir mais j'insistais pour certains (au début, il y avait 15 gamins, puis entre 6 à 9).

Pour les progrès, avec les élèves en réelle difficulté, on avançait pas vraiment vu le peu de temps (et nous avions choisi dans l'école de ne pas faire venir les mêmes enfants tous les jours de la semaine). Le soir, on avait plus de temps mais avec la fatigue, ils ne pouvaient pas tenir une heure. On faisait 20 min de récréation du coup.

Les progrès étaient visibles avec des élèves moyens ou bons qui n'avaient pas compris une chose en classe à un moment donné. Et puis l'élève ne venait pas parce qu'il était en difficulté mais parce qu'il n'avait pas compris une chose, ce qui peut-être change tout ! Hors problème du RASED, ça n'a pas de sens comme système si la journée de classe n'est pas plus courte... »

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« Bonjour, Je suis en CP à l'école XXX de XXX :
Aide individualisée tous les matins de 8h30 à 9h00
Bilan positif sur le plan humain : un petit groupe d'enfants (sensiblement le même toute l'année scolaire) contents de venir, pour la relation privilégiée maîtresse/élève qui s'y instaure... Cela m'a confortée dans l'idée que je devais bosser en ateliers tous les jours, pendant la classe, pour être plus efficace... et ça marche ! Le collectif, finalement, c'est plus pesant qu'autre chose. Je peux donc dire que l'aide individualisée m'a poussée à changer ma façon globale de travailler avec le groupe pendant la journée de classe... Cela a donc été positif pour moi, professionnellement ! (J'y serais peut-être venue quand-même, je débute !)

Par contre, cette demi-heure de plus est bien lourde à porter pour les enfants, qui baillent aux corneilles dès qu'ils arrivent. Le rythme de l'enfant en est bien ébranlé. Certains restent en plus à l'étude du soir, jusqu'à 18 heures... Quelle journée ! Les bénéfices cognitifs restent à prouver...à mon avis, cela ne change pas grand chose sur ce plan-là, les difficultés de l'enfant étant toujours liées à des facteurs dépassant la simple capacité d'apprendre... Cette petite demi-heure journalière reste une goutte d'eau dans la mer, concernant l'aide que l'on peut donc apporter à l'enfant. Certaines familles ont refusé l'aide individualisée pour leur enfant, car cela représentait un trop gros effort d'organisation (notamment par rapport à la fratrie...)ce que je peux comprendre... On ne peut donc pas toucher tout le monde. Voilà un premier bilan en ce qui me concerne... »

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« Mon bilan Aide Personnalisée:
nous fonctionnons sur XXX avec une AP tous les matins (8h20/8h50).
Première période: je décide de ne pas suivre les recommandations => je propose à tous mes lecteurs corrects (j'ai une classe de cycle 2) de venir travailler des textes théâtraux, au final 6 élèves répondent présents (5 ce1, 1 cp déjà lecteur). Bonne ambiance, mais les enfants ont un peu la tête dans la c... (ce que je remarquerai à toutes les périodes), les élèves progressent UN PEU en lecture oralisée... mais bon, pas de quoi fouetter un chat.

Deuxième période: un peu dégouté par ce que j'entends de tous les côtés sur l'AP, je décide de la jouer "open class" => je fais passer aux parents (sauf pour mes 6 GS qui ont VRAIMENT besoin de dormir) un mot comme quoi j'accueille tout enfant qui se présentera le matin, sans inscription préalable...mais en leur expliquant bien ce que je pense de l'AP. Au final, une moyenne de 4 à 7 élèves par matinée, avec qui j'improvise des jeux ludo éducatifs, du travail via l'informatique, des lectures offertes... mais SURTOUT pas de soutien. Très bonne ambiance, des gamins ravis, mais un bilan au final faisant plus ressembler ce moment à un accueil mairie très organisé, pédagogique et gratuit qu'à autre chose. Mais au final, est ce si mal???

Troisième période: je me sens obligé de manger mon chapeau. L'année avance, et j'ai repéré depuis longtemps 5 élèves (3 cps et 2 ce1) en grosses difficultés. Ceux de CP sont vus par le RASED depuis un bail, mais cela n'a pas encore abouti à de vrais progrès. Je décide donc de prendre 2 fois par semaine les dits CPs et 2 fois les dits CE1s. Travail de lecture pour les premiers et de maths pour les seconds, le tout grace à des programmes informatiques pour rendre ce moment le moins rébarbatif possible pour eux (Lectra, Imagémot, Abacalc,...) => au final, je dois reconnaître des progrès pour 1 des Cps et 1 des CE1s, donc du positif...mais pour les autres, ce n'est pas le cas: fatigue rajoutée à celle de la journée (et de la vie familiale parfois spéciale), abandon d'un élève en cours de route car progrès ressentis comme trop faibles par les parents,... 1/2 h 2 fois /semaine , ce n'est DEFINITIVEMENT pas la solution à la difficulté scolaire !

Voila, le bilan est donc pour ma part assez négatif: je me suis retrouvé balotté entre mes convictions, mes obligations et les besoins des gosses, le volume horaire m'a semblé insuffisant pour avoir un quelconque effet sur le niveau de ces quelques enfants alors qu'on spolie l'ensemble des élèves de 2h/semaine. Et si, à titre personnel j'aime l'idée d'un week end de 2 jours pleins, aucune solution (matin, midi ou soir) ne me semble bénéfique pour les élèves . »

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« 1)Le soutien ne concerne que les enfants à partir du CE1
2)Nous sommes en RPI (Regroupement pédagogique intercommunal) avec l'école de XXX et nous avions choisi au départ pour des problèmes de transport de prendre en soutien les enfants selon leur lieu de résidence, c'est un peu compliqué de n'avoir que les enfants de la collègue que l'on voit rarement... nous avons donc choisi de prendre chacune les élèves de la collègue de l'autre village.

3)A XXX, nous avions convenu de 3x40 min, finalement j'ai fais 2x40 min avec 2 élèves de CE1. Pas de soutien en 1° période (septembre-octobre), mon CE en soutien était dans l'autre village. En 2° période (novembre-décembre), 2 CM de mon village, 3° période???... C'est un peu compliqué, je m'embrouille un peu. Par contre, j'ai fini par raccrocher le soutien à XXX avec les ateliers organisés par la commune qui ont lieu le mardi et le vendredi de 16h45 à 17h45. Je fais un atelier journal ouvert aux enfants de tous les ateliers. J'ai un groupe d'environ 5 élèves dont 1 élève arrivé en janvier pour qui j'ai fais un signalement RASED. J'espère que c'est à peu près clair. »

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Cette réalité existe ; la nier, c'est fuir sa responsabilité : de instit au ministre, du parent au citoyen.

Ces témoignages sont assez bien représentatifs de l'avis des enseignants mais aussi des lieux d'enseignements et des publics scolaires.

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.pour lire le deuxième volet du "bilan de l'aide personnalisée (2) : réflexions et propositions" cliquez ici.

Tous les commentaires

18/06/2009, 07:20 | Par claude lelièvre

Merci pour ces témoignages, qui donnent à penser. A suivre.

18/06/2009, 09:56 | Par JNSPQD

Soulagée d'apprendre que la sanction à votre encontre à été abandonnée. Merci de nous faire participer de ces témoignages qui nous aident à rester dedans. Espérons que tant d'énergie, de savoir-faire et de motivation arrivera à être canalisée et produira le bénéfice collectif d'un service public de la plus belle des missions républicaines, et surtout qu'il saura continuer à se démêler face à ceux qui essaient de s'en servir à court terme pour leur service personnel.

18/06/2009, 10:43 | Par Lincunable

Soulagé aussi de cet abandon. Une suggestion : donner une note chiffrée d'inefficacité de la mesure à chaque remontée du bilan, classer par ordre d'importance, en faire une synthèse et adresser le tout sous forme de cahier de condoléances au ministre Darcos et à son successeur.

18/06/2009, 11:22 | Par Végane

Le problème, c'est qu'il est difficile de faire un bilan chiffré du soutien. Ce qui est sûr, c'est que la majorité des élèves perd 2 heures d'enseignement par semaine (et ce qui ressort, c'est que ce sont les cours de sciences, histoire, géo qui trinquent: Ces fameuses matières qui forment le jugement et donnent une culture générale). Le soutien peut être, effectivement, une solution pour les gamins qui rencontrent une difficulté ponctuelle et pour lesquels le fait de reprendre la chose en petits groupes se révèle aidant. Par contre, le soutien ne peut en aucun cas remplacer l'intervention des maîtres spécialisés du RASED car les difficultés pour ces gamins-là dépassent de loin le cadre de simples lacunes ou lenteurs de compréhension. Evidemment, le fait de s'occuper d'enfants en individuel est une bonne chose mais ne doit en aucun cas cautionner les milliers de suppressions de postes, et si les enfants apprennent si bien en petits groupes, pourquoi ne pas alléger les effectifs tout simplement et mettre plus d'enseignants spécialisés pour aider les enfants en grande difficulté sans surcharger la journée d'école, déjà une des plus longues d'Europe?? L'Education n'est pas une priorité pour ce gouvernement mais bien une charge puisque c'est sur le dos de l'enseignement qu'il décide de faire des économies en supprimant de plus en plus de postes. Tout cela, suivant sa stratégie habituelle, caché derrière des effets d'annonce. Mais il y un moment où le baratin ne suffira plus pour camoufler au plus grand nombre la politique inégalitaire et injuste de ce gouvernement.

18/06/2009, 12:13 | Par Hélène Genet

Je rejoins ces témoignages. Pour ma part, je suis enseignante dans le second degré où l'aide individualisée est en place depuis 2000. Evidemment, on aurait pu s'inspirer de cette expérience avant de l'imposer dans le primaire, mais nous savons bien que la préparation en amont, la concertation avec les professionnels, l'adaptation, est superflue. En seconde comme maintenant à l'école élémentaire, les élèves en difficulté se trouvent étiquetés et pénalisés par un supplément horaire : je crois que dans la majorité des cas, un tel dispositif en réalité les condamne plus qu'il ne les aide ; la noblesse des ambitions et des objectifs affichés ne saurait seule justifier l'aide individualisée, ni faire oublier la grossièreté, et même la violence, de l'imposition de cette mesure. Comme d'habitude, on se paye de mots, on ne se soucie que de l'effet d'annonce, d'un réformisme de façade, et l'on méprise souverainement le travail et le professionnalisme de ceux qui sont sur le terrain : meilleur moyen de saccager notre Education Nationale.

18/06/2009, 16:21 | Par Annie Delavallée en réponse au commentaire de Hélène Genet le 18/06/2009 à 12:13

Depuis peu à la retraite , je souscris pleinement à votre commentaire !

18/06/2009, 12:32 | Par profil_inactif_28112

Toutes mes condoléances pour l'arrêt des sanctions contre vous. Cela dit on vit très bien sans être un martyr.

18/06/2009, 13:37 | Par Sebastien Rome en réponse au commentaire de profil_inactif_28112 le 18/06/2009 à 12:32

Je n'ai jamais dit que j'étais une victime ou un martyr. Par contre, je suppose que l'administration devait avoir de bonnes raisons de me sanctionner comme elle devait avoir de bonnes pour ne plus me sanctionner.

18/06/2009, 13:43 | Par Renarblanc

Soulagé pour l'arrêt des sanctions contre vous..L'aide personnalisée ne peut pas remplacer les aides spécialisées quelle qu'en soit la dominante (pédagogique ou rééducative). Ces témoignages le confirment. Il serait intéressant de définir le profil des élèves pour lesquels l'AP est profitable, et celui de ceux pour lesquels l'AP n'apporte strictement rien...puis de comparer avec les élèves qui relevaient des aides spécialisées.

18/06/2009, 16:19 | Par Annie Delavallée

beber999 vous êtes un bien curieux personnage !

18/06/2009, 18:11 | Par Georges HERVE

Pour répondre à la question de Renardblanc (j'avoue ne pas comprendre la nécessité de recourir à un pseudo...), mon expérience de 25 années durant lesquelles j'ai exercé à la fois comme Psychologue scolaire et comme rééducateur RPP (un cas rarissime, je crois), m'a amené à plusieurs constats : 1. une aide extérieure à la classe proprement dite peut être profitable aux enfants qui ne rencontrent que des difficultés plutôt légères dans un domaine donné ; 2. l'aide pédagogique est plus efficace (et plus facile) en mathématiques qu'en français ; elle est le plus souvent inefficace pour les enfants se heurtant à de grosses difficultés en orthographe ; 3. la stigmatisation ressentie par les lycéens en AP (signalée dans un des témoignages) est plus rare chez les enfants du primaire - sauf lorsqu'ils étaient retirés des classes "normales" pour être envoyés en "classes de perfectionnement". (Je crois que ces classes ont disparu, du moins dans leur état ancien). Cette stigmatisation est par contre réelle dans certaines classes "normales" : c'est alors une question liée à l'attitude méprisante de l'enseignant à l'égard des "mauvais élèves" ( le statut de cancre ne fait rire que dans les comédies). 4. les jeunes enfants sont très sensibles à l'intérêt affectueux que les adultes peuvent leur porter. La situation des petits groupes facilite l'établissement de relations positives entre l'adulte et les enfants. C'est ce type de relation qui est véritablement "aidante", bien plus que les exercices scolaires proposés en AP. 5. Les "progrès" scolaires constatés en situation d'aide (par exemple en RASED ou en AP, parfois) ne sont pas forcément constatés lorsque l'enfant se retrouve en situation "normale" dans sa classe. C'est une observation fréquente qui devrait amener à s'interroger sur les causes des difficultés scolaires. 6. Une expérience de plusieurs années menée dans une école de village (4 classes) où des ateliers périscolaires (en petits groupes, animés par des animatrices/teurs non enseignants) avaient été organisés en début d'après-midi, ateliers culturels ou sportifs, en synergie avec le temps scolaire, a transformé la relation de tous (souligner le tous) les enfants au travail scolaire et a amené des progrès évidents dans toutes les disciplines scolaires. Les meilleurs résultats ont été constatés lorsque des ateliers ont pu être organisés aussi en temps scolaire, avec l'aide des animateurs/trices, ce que l'administration n'a toléré, hélas, qu'une année. La déscolarisation des situations d'apprentissage n'est pas assez soulignée, en général. 7. Entré (à reculons, par nécessité économique) dans l'enseignement primaire au lendemain de mon bac - sans aucune formation ni information - dans une école urbaine de 17 classes et chargé d'un CM2 D (4 CM2, classés du meilleur, A, 19 élèves, au plus "mauvais" , D, 36 élèves, dont pas un d'âge "normal"), j'ai eu une pratique "traditionnelle" pendant 6 années. C'est dans une école de campagne - 4 classes - que j'ai découvert l'importance de la qualité des relations maître/élèves d'abord en découvrant les enfants derrière les élèves, à l'occasion d'un ciné-club enfants que j'avais été amené à organiser en dehors du temps scolaire. Par la suite, j'ai radicalement changé de pratique pédagogique (techniques Freinet) ce qui m'a permis de transformer aussi radicalement mes relations avec mes élèves, même lorsque ma classe a compté jusqu'à 35 élèves. Une dernière remarque : réduire le temps scolaire n'est pas forcément un mal, si ce temps est un temps de contrainte et surtout si cette réduction permet d'ouvrir à une variété d'activités culturelles et sportives en périscolaire. Le crime (et je pèse mes mots) est la réduction de ce temps scolaire à 24 heures hebdomadaires "sèches". Avant 68, la semaine de classe était de 30 heures. En pédagogie Freinet, il fallait largement cette durée - et je ne vois pas comment je ferais aujourd'hui. Il est évident que cette réduction traduit aussi la volonté de réduire à la portion congrue ce que l'on appelait, un temps, les activités d'éveil (histoire, géographie, sciences, dessin, musique et même le sport - malgré une fausse volonté marquée dans ce dernier domaine par Sarkozy qui voulait augmenter d'une heure le temps consacré au sport à l'école). C'est la finalité de l'école qui est atteinte : il ne s'agit plus d'éveiller les personnalités des enfants, de les libérer (cf l'école libératrice...) mais de les formater, d'en faire des "petits soldats d'une économie de production/consommation", d'où le trépied des "disciplines fondamentales" : français, math et ... TIC. C'est cela le sens de "l'économie de la connaissance" dans une société de compétition mondialisée. Il y a une dizaine d'années, le documentaire "le cartable de Big Brother" avait révélé les projets de l'ERT (puissant lobby européen) en matière d'éducation. A l'époque, personne - ou presque - n'y avait attaché de l'importance. Si vous voulez comprendre les réformes en cours - et pas seulement dans l'école et l'université, vous pouvez aller sur le site http://assoreveil.org/ert.html Enfin, s'agissant des évaluations, j'ai reçu un texte de mon ami le professeur Hubert Motagner : je vais le mettre sur mon blog de Médiapart dans la foulée de ce commentaire.

18/06/2009, 22:53 | Par Lincunable

@Georges HERVE : votre question sur les pseudos me surprend. Je ne sais pas pour Renarblanc mais pour Lincunable, je peux vous en dire un mot. Il a l'avantage de préserver l'anonymat et donc la vie privée dans un espace public où ce que vous dîtes fait immédiatement le tour de la terre alors que vous ne souhaitez pas forcément être identifié par tous de la même manière (réserves professionnelles, secrets de famille, fantasmes inavoués, etc...). Avec le pseudo, vous vous affranchissez de toutes ces barrières et pouvez jouer à l'infini différents rôles, ce qui accroît d'ailleurs votre sincérité de parole, puisque ce que vous dîtes est de vous sans être vraiment de vous, votre nom d'emprunt étant choisi contrairement à celui dont vous avez hérité pour l'état civil. Les artistes utilisent couramment les pseudos : comédiens, chanteurs, écrivains. Ainsi de Romain Gary et d'Emile Ajar connus pour leurs styles très différents et même primés tour à tour dans les salons littéraires, alors qu'il s'agissait d'une seule et même personne; ainsi d'Henri Beyle et de Stendhal (Henri Beyle possédait plus d'une centaine de pseudos). Le pseudo, c'est une affaire d'habeas corpus. Il s'oppose au coming out forcé.

19/06/2009, 06:51 | Par Renarblanc en réponse au commentaire de Lincunable le 18/06/2009 à 22:53

@ Georges HERVE 1- Comme vous le fait remarquer Lincunable, le pseudo consacre l'écart entre l'espace public et l'espace privé, sans lequel il n'y a pas de démocratie. Il n'est pas anonymat, puisque le véritable nom est déclaré à Mediapart.

19/06/2009, 06:53 | Par Sebastien Rome en réponse au commentaire de Lincunable le 18/06/2009 à 22:53

Je pensais exactement le contraire. Sans anonymat, ma parole se leste du poids de ma responsabilité. Je me dois de faire encore plus attention à exprimer des faits. C'est aussi, pour ceux qui imagine que les fonctionnaires de l'EN sont soumis au même régime que les militaires, une certaine forme de violence, presque un affront. C'est donc vouloir et faire vivre la liberté d'expression, la liberté pour chaque citoyen d"imprimer" ses opinions.

19/06/2009, 07:32 | Par Renarblanc en réponse au commentaire de Sebastien Rome le 19/06/2009 à 06:53

Vous faites une erreur cher Sébastien. Le pseudo, ici, n'est pas un anonymat. J'assume totalement la responsabilité de ma parole. Je vous rappelle que le slogan du dictateur ("Big brother vous regarde") est une destruction du droit au secret des citoyens, pour lire dans la pensée de chacun. Il n'y a de pensée libre, qu'à la condition d'être assuré de pouvoir garder certaines de ses pensées secrètes. La transparence qu'il nous faut exiger est celle du pouvoir, celle qui concerne, le domaine public. Ce n'est pas parce que les résistants avaient des pseudos, qu'ils n'assumaient pas leurs actes et leurs paroles. Je soutiens le droit du fonctionnaire à désobéir, lorsque la loi est illégitime.

19/06/2009, 07:10 | Par Renarblanc

@ Georges HERVE (suite) a- Je sais par expérience, qu'une aide extérieure à la classe (laquelle ? E ? G ? AP ? Toutes les aides extérieures ne se ressemblent pas), n'est pas uniquement profitable aux enfants dont les difficultés sont « légères » dans un domaine donné. b- Contrairement à ce que vous affirmez, l'AP, n'est pas plus facile en mathématiques qu'en français. Ce n'est pas du champ disciplinaire, mais du rapport au savoir, dont il est question c- J'interroge sur la différence entre AP et aides spécialisées du réseau. Les aides spécialisées du réseau proposent une modification des représentations liées au rapport au savoir (représentation de soi, représentation du savoir, représentation de « celui qui sait »). L' AP n'est-il que la répétition du cours passé ou à venir, d'un élève considéré, comme un vase vide, qu'il faut remplir deux fois plus que les autres, ou bien s'agit-il d'autre chose ?

19/06/2009, 17:16 | Par Georges HERVE

Ma remarque sur l'emploi des pseudos n'était qu'une incidente. "ce que vous dîtes fait immédiatement le tour de la terre" : chapeau pour la modestie ! Je sais bien qu'Internet est un média planétaire, mais, heureusement, tout ce qui s'y colporte ne franchit pas forcément des limites très vite atteintes. On est loin de la notoriété des artistes cités !!! Quant à la séparation entre l'espace privé et l'espace public, il faudra m'expliquer son rapport avec la démocratie. Les arguments évoqués me semblent bien confus et spécieux : certes, nous ne sommes qu'en pseudo-démocratie, mais notre situation n'a rien de comparable avec celle des résistants (que j'ai vécue, enfant) dans les années 40. J'admets cependant qu'il faut du courage pour prendre des positions comme le font Sébastien Rome ou Pierre Frackowiak, par exemple. J'en reviens au fond de l'article de Sébastien Rome. Étant de la "vieille école", je maîtrise mal les appellations administratives pour désigner les différentes formes d'aide aux enfants en difficulté. Et je pense ne pas être le seul. Dans le champ de l'éducation nationale, sauf innovations que je ne connais pas, il n'y a pas de thérapeutes mais uniquement des enseignants spécialisés essentiellement en psycho-pédagogie ou en psychomotricité. Sans nier l'importance des "représentations liées au rapport au savoir ", je ne pense pas que l'on puisse réduire ainsi les causes des difficultés d'adaptation à l'école telle qu'elle existe. Les quelques milliers d'enfants que j'ai eu l'occasion non seulement d'examiner, mais souvent aussi de suivre dans le temps, m'ont montré que les choses sont beaucoup plus complexes. Quant à "l'aide personnalisée" dispensée en dehors du temps scolaire par des enseignants ou toutes autres personnes, ce qu'en attendent les autorités - les parents, et aussi les enfants, souvent - c'est un soutien scolaire dans des apprentissages scolaires disciplinaires. Il s'agit en fait de "répétition" (cf. l'ancienne fonction de répétiteur). C'est à ce type d'aide que je faisais allusion dans mon commentaire.

03/09/2009, 13:52 | Par Catherine@Venerque

Je suis étonnée que tous les témoignages d'enseignants portent sur un soutien avant ou après la classe. Dans nos écoles d'un village près de Toulouse, l'aide personnalisée a lieu le mercredi matin et tous les autres élèves sont passés à 4 jours. Sommes-nous une exception ?

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