Appel à Luc Ferry, ancien Ministre de l'Education nationale
Monsieur le Ministre, j’en appelle à votre aide. Ce que vous avez imaginé en 2003, je l’ai vu fonctionner et réussir sous mes yeux. Cette année encore, le dispositif de CP renforcé a tiré d’affaire un bon nombre d’élèves, j’en ai la preuve. La suppression de ce poste dans mon école démontre que, pour ce gouvernement, le « budgetarisme » s’est substitué à l’efficacité en matière d'éducation. C'est pour agir ensemble que je vous interpelle en votre qualité d'ancien Ministre de l'Education nationale et créateur du dispositif de Cp renforcé.
Je sais que vous êtes convaincu que votre choix en 2003 était le bon. Le dispositif ne demandait qu'à être correctement évalué puis à être appliqué là où cela s'imposait comme une nécessité. Afin que vous soyez assuré de l'urgence de ma demande, je vous transmets des éléments chiffrés, éclairants et édifiants, qui résument à eux seuls la pertinence de votre action passée.
Que l'on me pardonne d'être un peu technique mais certaines précisions sont nécessaires.
Les enseignants de CP de la ville de Lodève ont l'habitude, avec l'appui des enseignants du RASED, de faire passer les tests prédictifs Inizan à tous les élèves de CP.
Ce test, conçu en 1963, autre époque pour l'école, à partir d'un échantillon représentatif d'élèves de CP, se passe en deux sessions : une en mars et l'autre au mois de juin. Il a pour but d'aider les enseignants dans le repérage des difficultés en lecture afin de préparer un travail précis de remédiation jusqu'en juin. Les élèves obtiennent un score qui les positionne dans l'un des déciles de référence. Le premier décile correspond aux scores les plus hauts et le dixième aux scores les plus bas. Le score de 103, huitième décile, est considéré comme un seuil autour duquel, et plus encore en dessous, on estime que la situation est préoccupante.
Mais le score a aussi une signification prédictive. C'est tout l'intérêt de ce test. Ainsi, un enfant qui obtient un score de 110 en mars doit atteindre un score de 110 en juin pour que l'on puisse qualifier sa progression de normale. Si son score de juin est inférieur, c'est que sa progression est plus lente qu'à la normale et s'il est supérieur, c'est qu'il a appris, en quelques mois, plus vite que les enfants du même âge. La progression d'un élève d’aujourd’hui est donc dite normale quand il progresse comme les élèves normaux des années soixante.
En mars, dans mon école, 52% des enfants (13/25) avaient un score autour de ou inférieur à 103 (2 élèves autour de 103). De mars à juin, un travail coordonné de l'enseignante de la classe avec l'enseignante de CP renforcé et l'intervention du RASED ont fait chuté ce pourcentage à 20 %* (3 élèves autour de 103 et 2 bien inférieur). Ce n'est donc pas moins de 8 enfants qui ont appris plus vite, et ont donc rattrapé leur retard, en quelques mois. Il est à noter que nous avions choisi dans l'école de ne pas utiliser le temps du nouveau dispositif de l'aide personnalisée pour les élèves de CP car il nous paraissait évident que cela surchargerait ces élèves.
Sans le dispositif de CP renforcé, et sans le RASED, cela n'aurait pas été possible. Il faut le dire franchement. Les résultats d'une autre école renforcent ce sentiment : avec le même travail coordonné entre l'enseignant de la classe, l'enseignant de CP renforcé et le RASED, le nombre d'élèves en difficulté de lecture passe de 5 à 1 de mars à juin. On retrouve ce même constat quand une étroite collaboration lie l'enseignant de la classe et les enseignants de CP renforcé.
Mais il ne s'agit pas seulement de sentiments. Une étude de 2001 du Haut comité à l'évaluation de l'école affirmait que, pour être efficace, une politique de réduction de la taille des classes devait se concentrer sur les petites classes du primaire, notamment le CP. Ce rapport a certainement contribué à votre décision de créer les CP renforcés. Toutefois le rapport était prudent par manque de travaux français sur le sujet. Thomas Piketty lèvera ses doutes dans son étude de mars 2006 : les réductions de taille des classes sont d'autant plus efficaces que les élèves sont plus jeunes.
Alors, oui, comme vous, je crois à la pertinence de ce dispositif et il me paraît totalement dénué de sens, d'un point de vue strictement économique, de supprimer de tels postes quand on sait ce que la difficulté de lire coûte à la collectivité. Les objectifs budgétaires à court terme ont pris le pas sur les bons investissements. D'un point de vue pédagogique, et au-delà du bénéfice évident pour les élèves et leurs familles, ce type de dispositif favorise l’invention d'autres manières de travailler en classe et permet l’évolution positive des pratiques des enseignants.
Il est urgent de rétablir ce poste pour les élèves qui feront leur rentrée en septembre car les besoins sont là. J'ose croire que nous pourrons ensemble trouver les arguments pour convaincre. Je suis à votre entière disposition.
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* Pour information, en 1971, ce sont 28 % des élèves qui n'atteignaient le score de 103.

Tous les commentaires
Mais ou sont passes les commentaires !! c'est fou ca !!! je viens pourtant d'en coller un apres Beber !!!
J'expliquais que "vue" dans "point de vue" prend un "e". Je ne pense pas cette fois-ci que la censure émane du grand reporter et futur prix Pullitzer Thomas C.
le mien n'avait rien de transcendant non plus, mais oups !!!
J'ajoute en lien le résumé d'une intervention de Luc Ferry, en septembre 2008, au Havre à l'invitation de Marc Migraine (adjoint au maire de la Mairie) où il est question des réformes Darcos et des CP renforcés...
Dans l'école où j'ai terminé ma carrière, je peux déjà confirmer, même sans appoint de moyens et sans test Inizan, l'influence bénéfique des effectifs réduits au niveau du CP.
A mon arrivée au début des années 80, l'école comportait 5 classes, aux effectifs relativement équilibrés.
Le milieu apparaissait favorisé, si l'on ne se fiait qu'au critère de l'habitat (petites maisons de village ou villas) ou au faible taux d'enfants "immigrés" (critère d'autant plus abominable que, selon les endroits, ce n'est pas cette partie de la population qui pose le plus de problèmes).
Il l'était beaucoup moins si l'on regardait le milieu socio-éducatif : en majorité chômeurs non diplômés, mineurs, agriculteurs, petits ouvriers non-qualifiés en grand nombre, femmes de charge... avec 90% des élèves ayant dans leur famille au moins "un problème" (alcoolisme, chômage, divorce, handicapé, analphabétisme...).
C'était une petite école sympa, sans doute un poil au dessus de la moyenne nationale.
L'explosion démographique due à la proximité d'une grande ville a encore appauvri le niveau moyen de la population, suivant le système bien connu de la construction d'une petite villa en toc, trop chère mais avec des crédits spéciaux dus aux nombreux enfants jeunes, qu'on revend pas encore finie à un couple identique qui ne peut la payer non plus, etc.
En quelques petites années, le village est ainsi passé de 1500 à 5000 habitants et l'école de 5 à 12 classes, obligeant à constructions étriquées et devenant une usine.
Les classes doubles à effectifs lourds, personne n'en voulait.
Pas plus que des effectifs très lourds en classe simple.
A 27-28 gosses par classe en moyenne, cela devenait de la folie.
Les enseignants du Cours moyen ont alors proposé de limiter les effectifs des plus petites classes, quitte à avoir, eux, des effectifs monstrueux (et ils le furent) avec l'idée suivante toute bête :
"il faut que chaque enfant prenne un bon départ et réussisse son CP, en le confirmant au CE1. Après, normalement, ça doit rouler."
Très franchement, il est bien plus facile de fonctionner avec 34-36 CM2 homogènes et au moins au niveau, même les plus limités, que de bosser avec 24 qui ayant raté leur départ, ont des lacunes tant au niveau des savoirs que des attitudes de pensée.
Nous ne l'avons jamais regretté, avons ensuite avec les évaluations nationales de 6ème "cassé la baraque au bas mot"
(je sors). A ma connaissance, en une quinzaine d'années, nous n'avons dû envoyer, contraints et forcés par les textes, qu'une dizaine d'élèves vraiment en dessous du niveau (avec une population scolaire qui, de plus en plus, venait des renommés quartiers nord de la métropole voisine).
Nous avions même demandé à notre IDEN, proche du ministre, si l'idée d'une sorte de spécialisation du maître de CP n'était pas une idée à faire remonter, ainsi d'ailleurs que la création de demi-postes d'instits supplémentaires pour épauler le maître de CP (un enseignant supplémentaire pour deux classes).
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Investir dans les CP : impératif et productif.
C'est là mon témoignage également.
Merci pour ce témoignage.
Le suivi de l'expérience CP à effectifs vraiment allégés durant le ministère Luc Ferry montre que les résultats ( statistiquement ) sont plutôt mitigés. Comme quoi l'allègement des effectifs demande en plus, pour être efficace, un certain engagement des acteurs ( et même un engagement certain ) dans la bonne direction; ce qui a eu lieu à l'évidence dans votre école, cher Sébastien Rome.
Quand on sait que la réussite des élèves s'appuit, et vous avez raison de le souligner, sur des dynanisques d'écoles, un tel coup remettra en cause, à coup sûr, le fragile équilibre qui existait.
Je pense que la grande erreur que beaucoup commettent sur les enseignants, c'est de penser qu'ils sont des fonctionnaires comme les autres.
Certes, nous faisons partie de la fonction publiques, mais y a-t-il dans celle-ci d'autres fonctionnaires qui ont le droit ET le devoir de penser ?
..... !!!
merci de préciser "humour" .
J'ai un doute
Euh... non, non !
Et je précise : parce que nous sommes parmi les rares à nous occuper de matière vivante.
C'est d'ailleurs pour cela que nos éventuelles absences sont remarquées : qui se soucie de celles d'un employé du ministère travaillant sur dossiers ou d'un agent de la Sécurité sociale ?
On n'a jamais vu un imprimé se plaindre encore...
"mais y a-t-il dans celle-ci d'autres fonctionnaires qui ont le droit ET le devoir de penser ?"
Je me demande si vous, vous pensez vraiment !
Quoi qu'il en soit, pour moi vous êtes devenu l'homme invisible ! (et j'ai quitté la "fonction publique" en 1976)
Citez-m'en donc d'autres "qui ont le droit ET le devoir de penser" au lieu de procéder à une attaque personnelle.
Ce n'est que dans ce cas que vos propos auront la moindre valeur.
Que les miens vous dérangent, c'est possible.
Que vous les trouviez sans valeur sans en donner au moins un contre-exemple me semble intellectuemment douteux (secteur hospitalier en présence de patients exclus).
@ Savignac
Vous vous comportez (façon de parler ) comme une vraie buse.
Votre premier devoir est de respecter les directives de votre ministre ,et pas de vous prendre pour le ministre de l'EN....
Vos droits sont les mêmes que ceux des autres fonctionnaires...avec un petit avantage,plus de vacances et moins de temps de présence sur votre lieu de travail.
A lire également ici : http://www.mediapart.fr/club/blog/catherine-chabrun/280809/charte-de-la-resistance-pedagogique
merci pour l'information.
La France consacre près de deux fois moins d'argent par élève que les Etats-Unis pour son école élémentaire, mais il est encore prévu de supprimer 16000 postes en 2010. Des faits concrets et des chiffres tirés des publications ministérielles en suivant ce lien:
http://www.mediapart.fr/club/blog/willy-cambronne/310809/l-irresistile-embourgeoisement-des-enseignants-de-l-ecole-primaire
Ton billet d'édition est de très bonne facture merci. Toutefois, je ne crois pas, qu'aujourd'hui, la victoire de "notre" camp se fera sur la question des moyens mais dans l'orginalité de nos propositions et notre capacité à nous remettre en cause. Mais la question des moyens n'est pas à totalement évacuer comme tend à le prouver cet appel.
@ Sebastien
Je suis d'accord avec vous.Ce n'est pas une question de moyens....les termes de victoire et de défaite sont un peu guerrier ...
Reste à définir précisément, les propositions originales et la remise en cause de ce qu'attends la société de son école et ce que celle ci peut apporter ,au 21 eme siècle ....
Surement pas les mêmes choses (excellentes )que celles de Jules Ferry ou de Léo Lagrange.
Par exemple,une question?
Nous ne sommes plus en 1936...le sport ,la musique,le dessin doivent ils rester dans le giron de l'EN ou doivent ils être transférés dans celui de la société civile (clubs sportifs,école de dessin municipale,associative,privé etc....).
C'est en maigrissant et en traitant mieux moins de personnel que le Mammouth regagnera en respect .
Wouaaahhhhhhhhhhh !!! Mais c'est le programme de l'UMP qui m'est conté. Ce n'est pas de la provoc (voir sur Mediapart un ancien billet de Maître Lelièvre) . J'ai des doutes (depuis longtemps) sur votre identité mais là, c'est un peu gros, je trouve. Membre des jeunes UMP ? De la cellule de veille ? de l'Inspection ? du Ministère ? me voila paranoïaque...mais si vous êtes bien ce que vous dîtes, vite, mettez vos actes en accord vos paroles et affichez vous de droite. Il n'y a pas de honte, vraiment.
Sur le fond :
"Nous ne sommes plus en 1936...le sport ,la musique,le dessin doivent ils rester dans le giron de l'EN" , la question mérite d'être posée mais je vous en retourne deux : est-ce que cela veut dire que l'on va encore baisser le temps de présence des enseignants devant les élèves (ou qu'ils prendront une classe le matin et une autre l'après-midi ) ? ou est-ce que les élèves devront faire 24h +2h de maths français (ce qui était l'école de 1936, mais nous pouvons demander à notre histoirien de l'histoire de l'éducation) ?
@ Sebastien
Bonne rentrèe scolaire et...bonnes heures de soutien individualisé aux élèves en difficulté
.
Combien de fois faudra t il vous dire que j'ai voté Mitterrand,Jospin puis hélas Chirac (par la faute probable de ceux qui ont voté Trotskiste ,Chevénement,Taubira en 2002 au premier tour.Il parait qu'il y avait pas mal d'enseignants d'ailleurs...l'election deNicolas en 2007,c'est un peu leur enfant en fait si on y réfléchit bien . N'est il pas ?),et même Ségolène par 2 fois.
Enfin si ça vous amuse de me traiter d'UMP...Un des problèmes du PS ,c'est que ses militants sont en majorité des enseignants et qu'il se coupe du monde du travail,salariés et patrons ....
Sebastien pour vous quelqu'un qui s'interroge sur l 'efficacité de la formation ,sur l'évaluation du personnel enseignant ,c'est quelqu'un de droite,de sacrilège .Franchement que touvez vous d'inacceptable dans ce programme de l'UMP ?
Moi c'est la place donnée aux sports et aux arts....puisque je pense que ce n'est plus à l'EN de s'occuper de cela .
En Finlande d'après une amie finlandaise,les enseignants passent plus de temps à l'école que leurs homologues français,alors que les èléves eux y passent moins de temps...et travaillent différemment
a)parce qu' ils dejeunent avec leurs élèves... Leur repas est payé ,je précise
b)Parce que le soutien individuel existe et remplace des heures de cours collectif ,pour les élèves qui manifestent des difficultés .On préfère l'equité qui produit de l'égalité, à l'egalité qui produit des inégalités.
etc...Ne pas confondre horaires de travail de élèves et horaire de travail des enseignants .
Du temps de Ferry,il était probablement plus agréable d'aller à l'école que de par exemple pousser les wagonnets au fonds de la mine....de nos jours il est plus agréable de faire la grasse matinée ,de chatter sur internet ,d'écouter de la musique sur son i phone que d'aller à l'école.
Il faut donc en tenir compte (même si cela me navre..) ....et réduire les horaires de nos enfants en utilisant le soutien individualisé ( en petit groupe ) lorsque le besoin s'en fait sentir et non pas l'institutionaliser par des RASED ou des SEGPA dont l'innficacité n'est plus à prouver.
@ Cambronne
Comme quoi les résultats à PISA ne sont pas corrélés aux dépenses.
Les USA dépensent plus que nous qui dépensons plus que les finlandais ...et obtiennent encore de moins bons résultats que nous...
Nous n'avons pas vocation à avoir l'école la plus coûteuse du Monde...Avoir les prix de revient les plus élevés n'est pas un facteur de compétitvité.
hum ... ce qui semblerait prouver que moins on met d'argent, mieux ça marche ?
ah bon ? j'ai pas bien compris ? ah, je croyais ...
Contrairement aux idées reçues, l'effort financier de la France pour son école est modeste. Inférieur à celui des Etats-Unis, des pays scandinaves, de l'Italie, de l'Espagne, du Royaume-Uni... Et, ne rêvons pas, les résultats obtenus sont à l'avenant:
En 1991, l'enquête sur les compétences en lecture réalisée dans une trentaine de pays par l’OCDE plaçait la France en tête des pays les plus avancés . En 2001, la France se situait dans la moyenne des pays comparables en terme de PIB par habitant. 2006, nouvelle enquête : la France est désormais en-dessous de la moyenne européenne... Cocorico !
Mais il n'y a pas de fatalité. L'école a été pendant plus d'un siècle le maillon fort de la République. Elle peut le redevenir. Alors un peu de lecture:
http://www.mediapart.fr/club/blog/willy-cambronne/310809/l-irresistile-embourgeoisement-des-enseignants-de-l-ecole-primaire
Ton billet d'édition est de très bonne facture merci. Toutefois, je ne crois pas, qu'aujourd'hui, la victoire de "notre" camp se fera sur la question des moyens mais dans l'orginalité de nos propositions et notre capacité à nous remettre en cause. Mais la question des moyens n'est pas à totalement évacuer comme tend à le prouver cet appel.
Je suis bien d'accord, le point central ce ne sont pas les moyens, ni même les programmes, ni l'organisation de la scolarité: tout ça change régulièrement sans grands résultats. Le problème de fond, c'est que le enseignants du primaire ne sont plus représentatifs de la société. Aujourd'hui, 46% d'entre eux sont fils de cadres supérieurs et de professions intermédiaires, alors que ces catégories ne représentent que 18 % de la population. Et la tendance se renforce d'année en année... L'école de Ferry a alphabétisé des millions d'enfants dont la langue maternelle était le patois ou le dialecte local, parce que ceux qui accomplissaient cette tâche étaient des instituteurs fils de paysans et d'ouvriers. Parce qu'ils comprenaient ces enfants et incarnaient à leurs yeux ce que permettait l'école: une ouverture, une voie de sortie, un remède à la fatalité, à la reproduction sociale.
On ne pourra pas répondre au chantier de l'intégration qui nous occupe aujourd'hui avec des bataillons de professeurs des écoles issus de la bourgeoisie. Cela me fait penser au livre et au film "Entre les murs", qui montre un enseignant bobo sympa, de bonne volonté, confronté à des élèves dont il ignore tout et pour lesquels il ne représente qu'un avatar d'une société qui les exclue.
L'école peut redevenir le maillon fort de la République: c'est une question de volonté politique. Mais d'abord, il faut une prise de conscience. Car il est tout à fait imaginable, par exemple, que les élèves modestes les plus méritants se voient offrir la possibilité d'une formation rémunérée pour devenir professeur des écoles.
@ Cambronne
a)Si 46% des enseignants sont fils de cadres,de professions intermèdiaires (enseignants ...) alors cela prouve que le métier de prof est attractif,interessant et bien payé à l'inverse de ce que clame les syndicats corporatistes enseignants ...et trivialement que 54% sont fils d'autres catégories sociaux professionnels.
Ceci dit il n'est pas nécessaire pour une profession de reflèter fidélement les CSP.... ce n'est pas un facteur d'efficacité.
b)Les chiffres parlent par eux mêmes sur l'attractivité du métier d'enseignant
76 159 inscrits au concours externe de professeurs des école pour 9331 postes .(2008)
1416 inscrits au concours externe du capes de philosophie pour 24 postes..(2008)
etc....il n'est donc pas nécessaire de rétablir les IPES ou de payer les candidats au métier de profs dans toutes les matières.
Peut être qu'en Maths, un jour,il faudra payer les candidats et mieux payer les profs de Maths que les profs de philos pour attirer les candidats.
c)Vous datez un peu avec votre maillon fort de la république et les profs issus de la bourgeoisie .
En banlieue la jeunesse rêve de thunes ,de belles fringues,de voitures de sports...de bourgeoisie en somme .
Je suis bien d'accord avec vous deux, mais puisque qu'ici ou je suis, l'investissement est encore moindre, je ne pourrai que trop vous soutenir a distance; comment dire, je me dis bien sur qu'avec plus de remise en cause, le systeme pourrait changer ou en tout cas repermettre l'ascension sociale, mais je ne reussis pas a etre optimiste, il n'est pas dans l'air du temps de croire que les plus pauvres peuvent sortir de leur pauvrete, en € ou en autre chose. Le temps de l'education populaire est révolu, le temps de l'education des elites reste.
Dans un precedent commentaire, je disais que ma soeur avait fait les memes constats que ceux decrits dans l'article en ce qui concerne le petit plus qu'apportait les RASED dans son ecole de Normandie. Dommage encore un plus qui devient moins faute de, comme tu dis, capacite a se remettre en cause a un niveau collectif, et non pas seulement individuel que la machine ecrase.
Mais je dis ca moi qui ne suis qu'enseignante depuis meme pas un mois, et meme pas en France, et meme pas dans une ecole d'etat allemande !! De quoi je me mele, comme dirait l'autre !!
Sur ce, bonne nuit les petits !!
Tout est bon dans l'expression libre (qui respecte quelques règles élémentaires, bien sûr...)
@Willy
"Le problème de fond, c'est que le enseignants du primaire ne sont plus représentatifs de la société. Aujourd'hui, 46% d'entre eux sont fils de cadres supérieurs et de professions intermédiaires, alors que ces catégories ne représentent que 18 % de la population."
Je ne vois pas le lien avec la phrase suivante...
Je ne crois pas que les enseignants du primaire aient jamais été représentatifs de la société. Je ne pense pas non plus qu'ils le puissent ou aient à l'être à la limite.
"Car il est tout à fait imaginable, par exemple, que les élèves modestes les plus méritants se voient offrir la possibilité d'une formation rémunérée pour devenir professeur des écoles."
Mais cela a existé, cher Willy, jusqu'en 1978, date à laquelle cela a été supprimé par un ministre de VGE, le Haby de si triste mémoire ou Beullac, je pense.
C'était un concours se passant à la fin du premier cycle de deux ans de la faculté (ouvert aux DUEL et DUES donc) où le deal avec l'Etat était le suivant :
- vous signiez avec l'Etat un engagement de dix ans
- vos études étaient rémunérées pendant trois ans (plus une quatrième éventuellement pour les capesiens désireux de préparer l'agrégation) au tarif d'un enseignant stagiaire : vous êtiez par ailleurs dispensé de l'écrit du CAPES.
- en cas d'échec ou de désengagement, vous deviez rembourser l'intégralité des sommes déjà versées.
Cela s'appelait les IPES, et offrait aux étudiants issus des familles financièrement les plus modestes toutes les possibilités.
En 1978, Valery Giscard d'Estaing et son gouvernement ont fait supprimer ce "pari intelligent" sur la formation des jeunes enseignants, où l'Etat pourtant ne risquait rien puisque ceux qui n'y arrivaient pas remboursaient...
@Cyrano
Je sais bien que cela a existé... Depuis les lois Ferry !! C'est le coeur même de l'article publié sur mon blog. Si les instituteurs de la IIIème République ont pu apprendre à lire, écrire et parler français à des millions de petits ruraux dont la langue maternelle n'était pas le français, c'est parce qu'ils étaient issus des mêmes milieux, qu'ils avaient ainsi une forte proximité avec leurs élèves et représentaient pour eux la preuve que l'école permettait d'envisager un ailleurs, une autre condition sociale et cuturelle. Ils n'auraient certainement pas pu relever ce défi s'ils avaient été recrutés dans la bourgeoisie, à la sortie de l'université. Mais, cher Cyrano, si le sujet vous intéresse, je vous conseille vivement d'aller sur mon blog, d'y lire l'article sur l'embourgeoisement des enseignants du primaire, et d'en reparler après. Une chose est certaine: il n'y a pas de fatalité !
Les IPES n'ont rien à voir avec l'Ecole normale.
Par ailleurs, vous ne donnez aucune justification à ma réponse précédente.
Votre commentaire semble donc n'avoir aucun point de départ valable.
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@Willy
"Le problème de fond, c'est que le enseignants du primaire ne sont plus représentatifs de la société. Aujourd'hui, 46% d'entre eux sont fils de cadres supérieurs et de professions intermédiaires, alors que ces catégories ne représentent que 18 % de la population."
Je ne vois pas le lien avec la phrase suivante...
Je ne crois pas que les enseignants du primaire aient jamais été représentatifs de la société. Je ne pense pas non plus qu'ils le puissent ou aient à l'être à la limite.
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Quant à : "Si les instituteurs de la IIIème République ont pu apprendre à lire, écrire et parler français à des millions de petits ruraux dont la langue maternelle n'était pas le français, c'est parce qu'ils étaient issus des mêmes milieux, qu'ils avaient ainsi une forte proximité avec leurs élèves et représentaient pour eux la preuve que l'école permettait d'envisager un ailleurs, une autre condition sociale et cuturelle. ", même en remontant à la Troisième République, ce n'est jamais qu'une affirmation de plus de votre part, qui se contredit plus ou moins elle-même et qui demande à être justifiée également.
Navré...
@ Willy et Cyrano
Rappelons contre Willy que les hussards étaient muté loin de leur terre mais, car j'ai des affinités avec l'idée de "reconnaissance" défendue, il est indéniable qu'être l'instit du village, vivant dans le village, n'implique pas les mêmes rapports. J'ajouterai que je suis souvent étonné de voir l'incompréhension que certain(e)s enseignant(e)s ont des situations des parents des élèves, planquant souvent leur propre principe éducatif (meilleur) sur ceux des parents d'élèves.
A mon avis, vous avez tous les deux (je peux m'y ajouter avec quelques autres) intérêt, pour notre profit, à discuter et à débattre pour avancer...
@ Cyrano
Pouvez-vous, svp, argumenter les affirmations suivantes, que je crains de ne pas comprendre: "Je ne crois pas que les enseignants du primaire aient jamais été représentatifs de la société. Je ne pense pas non plus qu'ils le puissent ou aient à l'être à la limite" ? Sur quoi vous basez-vous pour affirmer cela ?
@ Savignac
Haby et Giscard ont eu raison de supprimer les IPES ...les candidats profs ne manquent pas .En 2008 ,1426 inscrits au CAPES externe de Philo pour 26 postes....alors que l'on manque de maçons,de cuisiniers,de peintres compétents.