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Médiapart et l'épineuse question de l'orthographe

Les fautes d’orthographe n’empêchent ni de penser, ni d’écrire des textes admirables, Michel Foucault l’a montré avec Moi Pierre Rivière ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère, Médiapart le démontre tous les jours avec son aventure collective faite, côté billets, d’écritures individuelles désenfermées de leur solitude et de leur anonymat.

Ne voyez là nulle défense d’une permissivité sans frontière, mais les frontières, chacun le sait, ça se discute.

Imaginez que sur ce sujet délicat vous trouviez un texte perlé d’orthographes audacieuses, d’accords boiteux des participes, surmonté d’accents ne répondant qu’aux règles de ma sensibilité visuelle sur écran, que je cède par exemple au circonflexe sur « boiteux » tout droit jailli de sa boîte ou que j’affuble « les règles » d’un accent aigu attiré que je suis par l’infinitif du mot quand il se fait verbe. Vous pourriez ne retenir de ce texte que ces barricades involontaires contre l’ordre public et contre votre confort de lecture.

Si je lis sans états d’âme les billets et les commentaires de Médiapart sans me laisser arrêter par l’orthographe, c’est que la norme orthographique divise le territoire du pouvoir de dire selon une cartographie de la pertinence qui me paraît désastreuse pour la démocratie.

La coutume est de dire qu’on ne peut être pleinement citoyen que si on a accès à l’information, j’ai envie d’ajouter « et si on y participe. »

L’orthographe serait-elle un passeport pour le droit d’écrire et de faire connaître sa pensée au-delà du cercle de famille, d’amitiés, de bureau, de voisinage, serait-elle ce signe extérieur minimum de conformité qui fait le citoyen de plein droit ?

La norme, c’est invisible mais c’est présent dans tous les cerveaux. Un mot qui, en français, s’écrit comme il se prononce, ça se respecte.

C’est terriblement inscrit au centre de nos équilibres, la norme. La première fois que j’ai aperçu, au mois d’août dans le métro parisien, une minijupe verte par l’entrebâillement d’un manteau long, noir, surmonté d’une cascade bouclée de cheveux plus noirs encore, cela était tellement contraire à l’idée normative que je me faisais d’une tenue d’été féminine que quarante ans après je m’en souviens encore.

On dit « je n’ai pas d’orthographe » comme on dit « je n’ai pas de voix », comme des femmes disaient anciennement « je n’ai pas de charmes », aujourd’hui la question ne se pose plus, elles ont toutes du charme jusqu’à des âges très avancés. Je n’aborderai pas ici l’irruption de l’écran dans les relations entre les hommes et les femmes, cela m’entraînerait trop loin dans des tours et détours dommageables pour mon sujet.

« Je n’ai pas d’orthographe » ça veut dire qu’on a les épaules par terre. On sait qu’il existe une norme et on sait qu’on ne la respecte pas. Pire, on sait qu’on ne peut pas la respecter, quoi qu’on y fasse.

Les fautes, c’est comme l’herbe, on a beau les corriger, elles repoussent et le désherbant ici est un mélange si mystérieux que même les directives ministérielles de l’Education Nationale n’y risquent que des formules pieuses.

Il se passe pour la présentation l’orthographe par les instances dirigeantes la même chose que pour l’apprentissage de la lecture : on décrit quelques-uns des éléments qui font assurément partie des compétences observables et chiffrables. On met un point et on va à la ligne.

A la ligne suivante, le miracle s’est opéré, on décrit une compétence orthographique qui glisse sur ses rails, ou une lecture aisée, souple qui de l’œil droit replace le texte dans son contexte et de l’œil gauche fouille les interlignes et recueille les pépites du sens nouveau venant harmonieusement enrichir le sens que l’on porte en soi comme une épice bien dosée vient enrichir le goût de toute une marmite. La dictée sans fautes vient auréoler le miracle.

Si certains y arrivent pourquoi pas toi ? Regarde ta sœur qui n’est pourtant pas née au sommet d’une branche ! Regarde ton voisin dont la mère ne sait ni lire ni écrire ! On voit bien que si on veut on peut. Tout démontre que ce n’est pas impossible. Tu es mon fils, tu ne peux donc pas être plus bête que les autres, montre-le !

Comment passe-t-on du pointilleux contrôle des « acquis fondamentaux », à la compétence de lecture ou à la maîtrise de l’orthographe ? La réponse à ce sujet est la même que lorsqu’on risque un regard critique sur l’avenir radieux du Marché : le miracle c’est le miracle et si on touche à un seul de ses fils c’et tout le tricot « de la liberté » qui démaille, c’est toute l’éducation qui déraille.

D’où la stigmatisation des recherches pédagogiques, d’où cette défense acharnée de la dictée sur une surface sociale si importante qu’il est presque plus grave pour un candidat à une élection de se dire « contre la dictée » que de se dire de gauche. Pour une fois qu’il y a une entrée repérable, indiscutable, dans le monde des hommes et des femmes respectables, vous n’allez pas nous enlever ça. Alors que les fils de la réussite sont insaisissables, alors que l’intelligence est indéfinissable et l’intelligence socialement utile souvent inaccessible, il est un symbole qui ne peut pas être discuté puisqu’il se voit et puis qu’on peut le chiffrer : la dictée sans faute. Faute sans « s » pour bien montrer qu’il n’y en a aucune.

On est tellement content de repérer ce signe distinctif qui ne semble dépendre que d’un minimum d’effort et de bonne volonté, on est tellement content qu’il y ait au moins une clé en ce bas monde qui fonctionne en suivant le mode d’emploi, qu’il devient sacrilège de mettre quelques points sur quelques « i ».

Le premier point passe par une remarque : on parle des fautes d’orthographe dans une atmosphère du tout ou rien alors que l’inconfort de lecture peut aller du très léger désagrément, (comme, sur la route, une voiture qui vous suit d’un peu trop près) à une difficulté de percevoir le sens ( que j’assimilerai ici à des queues de poissons graves).Il peut manquer quelques accents ou quelques accords par-ci, par-là, et il peut se trouver plus de fautes que de mots dans un texte, des notes négatives vertigineuses aux dictées. (Bien que « l’orthographe baisse », le différentiel social du nombre de fautes peut ainsi continuer à tracer ses frontières)

Deuxième remarque, l’engouement pour l’orthographe des classes populaires pouvait se justifier à l’époque où l’ascenseur social fonctionnait prioritairement vers le haut. La soumission à la norme pouvait y paraître payante. Cet engouement était partagé par les classes moyennes qui y voyaient un fil conducteur vers les sommets, et par les catégories sociales de privilèges héréditaires qui pensaient alors que s’habiller en prince impliquait une certaine exemplarité dans les apparences.

Troisième remarque : les défenseurs d’une orthographes simplifiée (je n’en suis pas) font tous remarquer qu’un pourcentage énorme de fautes proviennent du système extrêmement complexe des accords du participe passé, et du système non moins complexe de l’accentuation qui pour tout Français non natif de l’île de France ne correspond qu’approximativement à la prononciation. Je crois me souvenir qu’il y a seize graphies différentes du son « é », et « jamais un coup de dés n’abolira le hasard », c’est bien connu.

Ajoutons ici que la faute entraîne la faute, que l’obligation faite à l’élève « multifaute », dans l’exercice de la dictée, de montrer au grand jour toute l’étendue de son incompétence, fait qu’il est plus facile de provoquer le rire par une dysorthographie somptueuse que de se voir reprocher mesquinement quelques fautes, là où on a mis toute sa bonne volonté pour ne pas en faire. Comment maintenir une attention soutenue qui ne vient pas à bout de toutes les fautes.

La bonne volonté ne peut pas remplacer ici une pratique quotidienne de la langue écrite. Tout au plus, peut elle s’y associer.

La pratique quotidienne de la langue écrite ! Je n’apprendrais rien à personne si je dis que le chauffeur du dimanche n’a pas les mêmes réflexes que celui qui conduit tous les jours et dans toute la diversité des circulations. Les petits paysans des campagnes connaissaient tous une variété de plantes dont nous n’avons plus l’idée. Nous faisons tous « des fautes » dans l’utilisation des fonctions informatiques qui ne sont pas quotidiennes et il ne viendrait à l’idée de personne d’apprendre « pour plus tard » des fonctions dont il n’envisage pas de se servir pour un objectif bien présent. Et personne ne doutera de notre intelligence à cause de ces fautes.

La quotidienneté comme élément déterminant de nos savoir-faire est sans doute évidente pour tous, ce qui est moins évident lorsqu’on est éloigné des préoccupations pédagogiques, c’est d’imaginer le processus par lequel les normes grammaticales deviennent des outils de l’expression *

N’étant pas spécialiste en la matière, je me bornerai à souligner un point. L’orthographe ne me semble pas différent des autres apprentissages complexes de la vie : c’est parce qu’il y a quelque chose d’important pour nous à découvrir, à connaître, à échanger, à réaliser, quelque chose qui va changer notre vie, que notre intelligence, notre volonté, nos compétences se mobilisent. L’écriture est une langue morte si elle ne porte pas une intention d’agir sur notre réalité, d’influencer celle des autres. (même les jongleries d’ego, pour reprendre une actualité récente des billets, travaillent une matière active qui cherche ses pentes).

C’est là que j’en viens à Médiapart et à cet espace participatif dont je mesure à quel point c’est un pari et une gestion acrobatique pour conserver, pour tous, cette dimension d’aventure dont parle si bien Patrice Baray.

Ce qui manque dans l’école, c’est justement cette participation de la parole (et de l’écrit) de l’enfant à une action sur la réalité. On lui demande parfois « ce qu’il pense », mais on décompte les fautes.

Sur le réseau de Médiapart, quand on ne comprend pas, on dégaine sa souris au microbit, quand on n’est pas d’accord avec un journaliste, on lui dit comment on l’a lu et quel croisement nous a perdu sur son plan, quand un billet de lecteur ou de lectrice perce un éclairage qui réjouit notre cheminement voisin on le lui dit avec cœur et parfois même avec quelques mots silencieux. L’écriture ici est une présence, un dialogue, un coup de pouce et un grain de sel (pardon d’emprunter l’image), l’orthographe y est parfois un jeu, parfois une fantaisie, une frivolité, jamais un handicap…L’écriture, chacun y poursuit ici son soleil ou ses fantômes, mais dans un collectif qui adhère au souhait d’un journal où le mot de liberté n’est pas coupé de publicité à chaque syllabe. L’orthographe dès lors n’est plus, pour reprendre des mots de René Char « qu’une guérilla sans reproche. »

Si le mot dictée avait un contraire, je l’appellerais écriture.

Serge Koulberg

  • Voir à ce sujet deux sites très intéressants : Eveline Charmeux ; AFL.
  • Et sur ce dernier site une information sur une étude réalisée par Yvanne Chenouf sur Claude Ponti où l’on peut suivre les mécanismes à travers lesquels une langue (y compris la langue écrite) s’apprend.

Tous les commentaires

Un long mais très beau texte, à lire et même à ruminer ( comme aurait dit Nietzsche ). Vous avez en l'occurrence un allié de poids inattendu: Jules Ferry lui-même. Je l'ai déjà cité - succintement -sur mon blog dans le billet du 18 mars sur "Jules Ferry et les nouveaux programmes du primaire". Mais vous méritez la citation développée. Il s'agit du discours de Jules Ferry au Sénat, le 31 mars 1881, à propos de la "loi sur les titres de capacité" ( un "brevet de capacité" qui permet alors d'être instituteur ). "Le réglement de juillet 1866 donna à la dictée, et par suite à la grosse question de l'orthographe, une importance démesurée. Pour trois fautes, on était exclu des épreuves ultérieures. Vous pouviez apporter des connaissances mathématiques, historiques, géographiques, un certain talent de style même; non, vous n'aviez pas franchi le seuil redoutable de la dictée, vous aviez commis trois fautes; vous étiez ajournés à une autre cession. Mettre l'orthographe, qui est une des grandes prétentions de la langue française, mais prétention parfois excessive, au premier plan de toutes les connaissances, ce n'est pas faire de la bonne pédagogie: il vaut mieux être capable d'écrire une lettre, de rédiger un récit, de faire n'importe quelle composition française, dût-on même la semer de quelques fautes d'orthographe, si le travail est d'ailleurs bien conçu et s'il sert à montrer l'intelligence du candidat"

Juste une petite question. Quand vous parlez de Patrice Baray, vous faites allusion à Patrice Beray, qui est un peu pour nous journalistes de Mediapart notre Robert parlant ? Sinon, je ne vois pas et pourriez-vous m'éclairer. Bien à vous et merci de ce billet.

L'orthographe n'est certes qu'une convention. Je le répète chaque année à mes étudiants de 1e année. Et nul n'est tenu de respecter les conventions tant que cela n'engage que lui-même. Il y a l'orthographe poétique que vous évoquez avec déplacements d'accent ^, par exemple. La poésie a même connu des expériences extraordinaires avec des mots inventés, à l'orthographe succulente, dont le sens naissait de l'émission vocale. Inutile de dire que ce sens était pure suggestion de sens. Mais revenons à nos conventions. La parole a largement précédé la succession des orthographes et l'on peut être un magicien du verbe, orateur, conteur... sans même savoir lire ou écrire. Ceci dit, je préfère que celui ou celle qui apprendra à écrire à mon fils, domine l'orthographe et ne vienne pas s'excuser d'un " oh ! moi je suis scientifique, alors vous savez..." (expérience personnelle) . Mais que mon plombier (pas polonais) me laisse un message d'une orthographe approximative ne me gêne pas. Ca me fait même réfléchir. Je n'ai jamais été enthousiasmé par la dictée de Pivot : apprendre le dictionnaire pour connaître le vocabulaire des langues de spécialité, peu me chaut. Celle de Mérimée était plus acceptable et donnait une grande leçon : c'est un étranger qui y a le mieux réussi (Bismarck ??). Or j'ai pu constater que "mes" étudiants les plus "forts" en orthographe étaient généralement des étrangers qui, entre autres, ne se disaient pas : les accents, à quoi bon ? Ils savaient que é,è et e sont trois voyelles différentes. Les conventions sont à respecter pour ce qu'elles sont. Et dans un souci de communication aussi clair que possible. C'est pourquoi les réformes ne peuvent être que progressives. Imaginez que l'on passe du jour au lendemain à une orthographe aussi phonétique que possible. Vous vous représentez l'affaire ? La France entre 1905 et 1990 (pardon l'Académie française) s'est dispensée de toute réforme. Au XIXe siècle, il y en a eu une, je crois tous les trente ans en moyenne. Il s'est constitué depuis un système de défense scandaleux de la convention en vigueur : il faut que l'orthographe rappelle l'étymologie, par exemple. On se croirait au XVIe siècle où la passion de l'étymologie a bouleversé l'orthographe (et parfois les étymologies étaient fausses). Heureusement on a fini par penser qu'il était plus judicieux d'écrire savoir que sçavoir ( de scire !?). Mais l'Académie n'a jamais admis que l'on pût écrire Farmacie comme on écrit Farmacia en italien depuis la fin du XIXe siècle, ou téatre comme on écrit teatro. Au fait d'où vient l'accent ^ du mot français ? Et bien des simplifications seraient possibles. Certaines ont été adoptées en 1990. Mais la réforme académique n'est pas entrée dans les moeurs. Les profs d'école, vingt ans après, sont dans l'expectative alors que, pour les plus jeunes d'entre eux, ils devraient commencer à être les premiers bénéficiaires de cette réforme (qui, entre nous imite l'usage du ^). Les correcteurs de vos ordinateurs vous signalent toujours l'orthographe "ancienne". A la différence de l'Allemagne qui a procédé plus tardivement à une réforme de l'orthographe, mais qui l'a faite entrer dans les faits non sans réticences, les éditeurs, la presse, n'ont pas été avisés d'avoir à respecter les décisions prises, à rééditer les textes classiques dans la forme nouvelle. La seule orthographe pour laquelle il y a eu des pressions suivies d'effet fut l'orthographe administrative (dont le conseil d'Etat a limité l'obligation à l'administration). Je suis comme professeur obligé d'écrire à mes collègues femmes Mme la Professeure. La grande majorité s'y refuse, me semble-t-il. Personnellement je ne vois pas pourquoi cette orthographe s'imposerait: sous prétexte qu'il faut une orthographe fémininisée pour un métier précédemment masculin ? Mais pourquoi pas Mme la Professeur ? Vous écrivez bien la fleur, l'odeur, non ? Oui, mais c'est mieux qu'il y ait la marque du féminin. Comme je me plais à le répéter en provocateur : j'écris la foi ou la fois, et sans complexe le foie !!!

C'est bien à Patrice Beray que j'ai fait allusion...et je n'ai même pas d'excuse. Serge Koulberg

J'ai oublié, cher Serge Koulberg, qu'une dictées sans fautes n'est pas exactement la même chose qu'une dictée sans faute. La première évoque toutes les fautes qui auraient pu ébouriffer le prof, la seconde, celle à laquelle on échappera pas. "Lundi, la dictée sans faute." Ca se discute ? Merci pour ce texte si sensible à la personne de l'élève. Je terminerais en vous révélant qu'un de mes collègues professeur des universités (ce n'est pas un littéraire mais il a publié des livres) a une orthographe irrémédiablement délirante; il doit se faire réécrire ses textes, comme il a fait réécrire sa thèse en orthographe standard.

Je suis charmé par ce texte et le jeu entremêlé entre sens et voyage que peut procurer l'orthographe. Entre norme, convention, obligation et déplacements, comme les poètes peuvent dire "abracadabrantesque", parce qu'ils écrivent leur langue, ils "inventent" leur langue selon Rimbaud. Pourtant, nous ne pouvons verser dans l'autre hypocrisie qui se satisferait d'une orthographe totalement "désordonnée". Certaines écritures me font dresser les poils quand le sens même n'y est plus. Que l'on mette un accent ou pas sur tel mot, un s muet à tel endroit, etc., celà ne me fache pas et en effet, il n'est là que distinction sociale au sens de Bourdieu. Avoir la langue du Petit Robert est en effet un passeport social et non un gage d'érudition ou preuve d'un quelconque talent littéraire. En revanche, ne pas respecter, ou se perdre dans les singulier-pluriel, les accords, etc. témoigne souvent d'une maîtrise difficile, limitée de son propre verbe, de sa propre capacité à construire un discours intelligible par l'autre. Il s'agit donc bien, in fine, de politique, et votre idée de passeport culturel m'enchante, évidemment que l'orthographe conditionne notre citoyenneté, supposée ou réelle?
Merci pour ce beau texte qui tombe à pic!

" L’écriture ici est une présence, un dialogue, un coup de pouce et un grain de sel (pardon d’emprunter l’image)" Aucun problème, Serge, vous pouvez emprunter le sel, il ne m'appartient pas ! Et vu le festin que vous nous avez mitonné, je ne le regrette vraiment pas... Je vous repasse le sel quand vous voulez, ne vous inquiétez pas, je ne suis même là que pour ça ! Amicalement (et admirativement au passage). grain de sel ps: vous ne m'en voudrez pas, pour moi, l'orthographe est comme les mots croisés, le sudoku ou le chocolat pour d'autres: j'adore ça (et ça ne date pas d'hier). J'adore les mots , avoue un penchant pervers pour les précis de grammaire et collectionne les dictionnaires. Mais cela n'a jamais été un prisme pour juger les autres et ne le sera jamais, en aucun cas !

Merci pour vos commentaires, ils m'apprennent sur l'orthographe et sur la dictée qui ne sont pas mes domaines et participent fort à ce plaisir d'être lu évoqué dans le journal il y a peu. Je ne vous dirai pas toutes les fautes que j'ai eu envie de faire. En fait, j'ai toujours envie de connaître le point de vue des gens dans sa forme construite et non dans sa seule forme réactive qui donne des éléments de pensée, des témoignages, des humeurs, mais laisse à d'autres le soin de donner un sens, et je sais que l'orthographe est un des grands empêcheurs d'écrire. Ce sens construit venu d'ailleurs est pour beaucoup de sujets, à mon avis, la seule chance de le dépayser, de le décentrer, de sortir de cette touffeur informative qui semble s'obstiner à l'infini sur le même clou. Serge Koulberg

"L’orthographe serait-elle un passeport pour le droit d’écrire et de faire connaître sa pensée au-delà du cercle de famille, d’amitiés, de bureau, de voisinage, serait-elle ce signe extérieur minimum de conformité qui fait le citoyen de plein droit ? La norme, c’est invisible mais c’est présent dans tous les cerveaux. Un mot qui, en français, s’écrit comme il se prononce, ça se respecte." Peut-être..en tout cas, cette réflexion votre me fait penser à une histoire vécue il y a quelques années lors de ma participation à un groupe d'écriture collective avec des personnes ayant justement de sérieux conflits avec "l'Ortograf". Des personnes fraîchement arrivées en France et se battant avec des choses bizarres, vraiment zarbi, des natifs à qui on avait du, toute leur scolarité trop décompter les fautes sans écouter ce qu'elles pensaient vraiment, d'autres qui avaient moins de problèmes mais que l'atelier passionnait ! Et chose vraiment étrange, le sujet du travail de ce groupe s'appelait "RESPECT". Ce fut instructif la méthode de travail. Car avant l'écrit, il y avait l'oral et l'écoute car chacun lisait ce qu'il avait écrit au brouillon (au brouillon, qu'importe l'ortograf, non?
Je ne pense pas que tout le monde ait été réconcilié avec "l'ortograf" mais, en tout cas, on a écrit.... et puis d'autres ont corrigé ! Mais votre texte m'a interpellé aussi parce que je me suis mise à penser à ces nouveaux outils modernes qui corrigent les fautes pour nous, ou du au moins nous les signalent. Cela permet-il, d'après vous de ne plus autant empêcher d'écrire?

Votre texte, beau par la forme et généreux par le contenu s'inscrit pour moi sur deux registres. Celui de cette expérience de Mediapart qui est de faire de l'information par des professionnels en y ajoutant le droit pour les citoyens d'y contribuer, en l'enrichissant, la commentant, la critiquant : votre article apporte la reconnaissance de ce droit tout en étant exigeant avec l'outil et vous le dites ce qui me paraît juste : "L’orthographe ne me semble pas différent des autres apprentissages complexes de la vie". L'autre point m'est davantage personnel. Le français n'étant pas ma "langue maternelle" (comme on dit, celle du ventre de la mère), sans l'avoir apprise sur les bancs de l'école, votre contribution me "libère" et m'autorise à poursuivre ma participation à cette autre façon de m'inscrire dans la cité ! Merci.

Juste une citation... "Screwing thins up is a virtue. Being correct is never the point. I have an almost fanatically correct assistant, and by the time she re-spells my words and corrects my punctuation, I can't read what I wrote. Being right can stop all the momentum of a very interesting idea." - Robert Rauschenberg, peintre, photographe, chorégraphe, (et bien d'autres fonctions), sculpteur du mouvement de l'expressionisme abstrait américain, mort il y a quelques jours. Dommage, il aurait surement apprécié votre billet.

Un joli slogan oublié, sur les murs de mai 68 : "l'ortograf est une mandarine"

Bonjour Merci pour votre texte, mais puis je ajouter que l'orthographe est encore plus sévère que cela. C'est souvent (parfois?) le gyrophare qui signale l'à-peu-près d'un raisonnement, la cerise sur le gateau d'un niveau BEPC, la peur d'exprimer une opinion boiteuse surtout sur un site comme Mediapart, hélas. C'est se faire violence pour écrire, se dire "je pense comme un tambour mais je suis" Mon auto défense, c'est de me dire je faire un p....n d'effort à lire et à essayer de comprendre des textes/opinions parfois compliqué, il est justice que l'on fasse un effort pour comprendre mon texte /opinion "simple". C'est un peu ce que dit G. Glâtre: "En revanche, ne pas respecter, ou se perdre dans les singulier-pluriel, les accords, etc. témoigne souvent d'une maîtrise difficile, limitée de son propre verbe, de sa propre capacité à construire un discours intelligible par l'autre..../..." . La pire phrase pour moi " Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement " (cela vous renvoie vite dans les cordes) surtout avec des verbes du 2e ou 3e groupe...! ps: merci à mon correcteur orthographique! (perfectible....)

La question de l'orthographe effacée (par word) l'écriture s'en trouverait-elle facilitée, je ne le crois pas. Je ne crois pas qu'il soit plus facile d'écrire avec des fautes que sans faute. Une barrière n'est pas faite pour arrêter mais pour rendre la transgression périlleuse. Si l'orthographe cesse un jour d'être un signe distinctif gageons que nos experts en signes extérieurs de distinction entre ceux qui sont dans le train et ceux qui l'ont raté, ne mettrons pas longtemps pour inventer de nouvelles barrières, de nouveaux pièges à niveaux. La liberté d'expression ne marche jamais au pas, malgré les efforts des gouvernants ( comme le montre bien l'article d'Edwy Plenel) il y a toujours ceux qui transgressent la barrière de l'orthographe et dans les pays où on a peur de tout on continue à rire librement dans des proverbes et des anecdotes. Mais il faut oser. Lorsqu'un journal se risque à expérimenter cette liberté comme dans Médiapart, je dis bravo. Ce qui se cherche, ce qui se frotte et parfois s'égratigne, cet accès non seulement à des réactions mais à des opinions assumées et sans passeport grignote quelques-unes de ces frontières de l'expression libre sans en faire du vrac ou de la matière première. Je me sens bien parmi les grignotants de frontières. Merci pour les efforts que vous faites pour comprendre ma prose hésitant entre le spontané intact et la construction trop construite. Serge Koulberg

A la suite de ce billet, j'ai pensé que je pourrais poster un billet en forme de témoignage. Il s'agit du versant vécu de cet article : http://www.mediapart.fr/club/blog/sebastien-rome/210508/l-epineuse-question-de-l-orthographe-une-biographie-orthographique Bien à vous

Pour moi comme pour Charles Baudelaire une faute d'orthographe est une faute de gout, meme sans accent. Sinon l'écriture change elle l'a toujours fait.... acceptons la pour ses intelligences et non pour la nouvelle betise et l'economie smsienne

Je peux être d'accord avec ce que vous dites à condition de le détacher de sa queue de comète élitiste qui peut s'y lire aussi. Serge Koulberg

PatrickRÖDEL Je découvre un peu tard ce billet tout à fait judicieux. Ce qui me gêne, parfois, dans certains commentaires, ici ou là aperçus, c'est la joie maligne de celui ou celle qui, ayant repéré une faute dans un texte, s'empresse de la corriger et renvoie, par là même, celui qui l'a commise dans les tréfonds d'un classement infantilisant. La correction est rarement fraternelle. On l'accepte, dans la relation entre un prof et un élève, à la condition que le prof sache ne l'assortir d'aucun mépris - c'est loin d'être toujours le cas et le prof qui a su aider Sébastien Rome n'est pas un modèle très répandu -. On l'accepte d'un correcteur professionnel. On ne saurait l'accepter du premier venu. Chacun fait des erreurs d'accord, d'accent, d'usage quel que soit son bagage scolaire culturel ou universitaire. Faut être très humble sur ce point. Et se garder de faire aux autres une leçon qu'on pourrait mériter à une autre occasion. La seule vraie faute est d'en tirer prétexte pour culpabiliser, stigmatiser, ridiculiser celui ou celle qui l'a commise. Maintenant, une dysorthographie complète a d'autres significations ; elle renvoie à une histoire personnelle dont on peut corriger les effets ; elle peut aussi être le signe, et c'est plus grave, d'un refus total de la règle.

PatrickRÖDEL Je découvre un peu tard ce billet tout à fait judicieux. Ce qui me gêne, parfois, dans certains commentaires, ici ou là aperçus, c'est la joie maligne de celui ou celle qui, ayant repéré une faute dans un texte, s'empresse de la corriger et renvoie, par là même, celui qui l'a commise dans les tréfonds d'un classement infantilisant. La correction est rarement fraternelle. On l'accepte, dans la relation entre un prof et un élève, à la condition que le prof sache ne l'assortir d'aucun mépris - c'est loin d'être toujours le cas et le prof qui a su aider Sébastien Rome n'est pas un modèle très répandu -. On l'accepte d'un correcteur professionnel. On ne saurait l'accepter du premier venu. Chacun fait des erreurs d'accord, d'accent, d'usage quel que soit son bagage scolaire culturel ou universitaire. Faut être très humble sur ce point. Et se garder de faire aux autres une leçon qu'on pourrait mériter à une autre occasion. La seule vraie faute est d'en tirer prétexte pour culpabiliser, stigmatiser, ridiculiser celui ou celle qui l'a commise. Maintenant, une dysorthographie complète a d'autres significations ; elle renvoie à une histoire personnelle dont on peut corriger les effets ; elle peut aussi être le signe, et c'est plus grave, d'un refus total de la règle.

Je relirai à coup sûr votre texte généreux, pertinent et bien écrit, les mots me manquent pour dire tout le bien que j'en pense - merci à vous de soulager ainsi du poids de l'orthographe ceux qui auraient pu éviter de laisser leur trace écrite parmi les commentaires sur Mediapart, pour cause de dysorthographie : car nous avons tous, et chacun à notre manière, nos grands et petits "dys" fonctionnements.

C'est joli de roucouler en coeur contre l'orthographe, au motif que ce n'est qu'une convention ! Mais une convention c'est rarement un caprice! La plupart des codes qui permettent la vie en commun s'énoncent à la manière de conventions... La démocratie, finalement... Pure convention ! Il y a un autre billet quelque part, c'est : L'orthographe est-elle politique ? Et je m'y suis étonné, à plusieurs reprises, en remarquant qu'aucun participant ne voulait considérer la question : A quoi sert l'orthographe ? Ou encore : Quel est le SENS de l'orthographe ? Car si on considère que c'est juste un truc pour distinguer les pauvres d'avec les riches... Alors oui, abolissons, et vite ! Mais vous savez bien que l'orthographe, justement, n'a rien d'une convention pure et simple. Elle charrie le sens en même temps que le discours s'écrit ; la grammaire veille au maintien, au maintien du sens, pas à celui de l'écriture comme telle. Et ça, ça va bien au delà d'une convention arbitrairement décidée... Les exemples de textes qui comportent des fautes mais qui sont "bien quand même"... Et l'idée plaisante qu'il vaut mieux s'exprimer avec des fautes que pas du tout... Tout ça, oui, on est d'accord. On peut sûrement retirer quelques accents circonflexes... Mais la grammaire... Le bébé et l'eau du bain, faut faire attention !

Cher Alain Gillis, Comme on se retrouve ! Pas envie de roucouler ? Vous savez que je suis d'accord avec vous que l'orthographe est nécessaire, indispensable même à s'y repérer dans l'écrit, à le construire même, quoiqu'il se construise d'abord à l'oral L'orthographe n'est bien sûr pas politique en soi. Ce qui l'est politique, c'est l'usage que l'on pourrait faire de l'orthographe pour dissuader certains d'écrire des commentaires sur Mediapart. A propos de grammaire, connaissez-vous ceci : "Colourness green ideas sleep furiously" qui peut se traduire ainsi "des idées vertement fuligineuses s'assoupissent avec fureur ". C'est la grammaire qui donne forme de sens à cette phrase... qui pourtant n'en a pas ! Sinon de poésie. L'exemple est de Lacan. Juste pour dire que la construction du sens, c'est effectivement complexe mais quelques fautes d'orthographe n'attentent la plupart du temps que peu à la construction du sens, cela produit quelques achoppements par-ci par-là, mais nos achoppements, c'est aussi ce qui nous constituent comme humains : oui, nous sommes des Tarzan qui ratons parfois la liane !

Cher Alain Gilllis L'orthographe n'est pas une convention arbitraire mais une convention sociale. Elle est réfléchie. En France, depuis la Renaissance, elle est le fruit d'une réflexion souvent érudite (ce qui a parfois conduit à quelques aberrations). Depuis le XVIIe siècle, elle est sous l'autorité des élites académiciennes. N'est pas académicien qui veut. C'est une élite qui présente à chaque époque des tendances politiques et sociales marquées. Le refus de réformer l'orthographe au XXe siècle, à la différence des siècles précédents, est-il lié à cet esprit de corps qui a tenu à l'écart dans le même temps l'essentiel des plus grands créateurs de la langue ? A vous de juger.

Chers tous, Bon, il est tard, mais roucoulons une dernière fois. Brièvement, je suis d'accord, l'orthographe n'est pas un sacrement, et on peut louper une liane de temps en temps... Aucune importance... Ce qu'on ne doit pas faire c'est la dénoncer sans cesse comme le simple outil d'une discrimination sociale préméditée. Quant à la mise au point de René Lorient, il me semble qu'elle va dans le sens de ma remarque, non ? C'est une convention sociale, oui ! Juste à la fin, vous faites allusion à des créateurs tenus à l'écart... Je veux bien, mais vous semblez les connaître... Ils ont donc réduit l'écart. A qui pensiez vous ? Ce qui est difficile à accepter c'est l'idée d'une simplification qui ferait bon marché de la grammaire. Or, les fautes les plus fréquentes et les plus gênantes ne concernent pas, selon moi, les accents circonflexes ou les consonnes redoublées... Elles me donnent encore, parfois, du mal... L'inquiétant c'est plutôt la confusion indifférente qu'on devrait tolérer entre, par exemple, le "et" et le "est". Certains enseignants conseillent d'utiliser l'imparfait pour savoir comment écrire ce "est". Quand même, ce verbe , "être", tout auxiliaire qu'il soit, mérite mieux que cette petite combine pour obtenir sa juste forme. Je vous souhaite une bonne nuit.

Les créateurs refusés à l 'Académie (ou préférant ne pas s'y présenter, s'y sachant indésirables) : Zola, Proust, Apollinaire, Breton, Aragon, Eluard, Desnos, Bernanos, Giraudoux et bien d'autres. Et quelles difficultés pour Claudel...

Ah oui ! Refusés, mis à l'écart de l'Académie... Je pensais à des écrivains qui n'auraient jamais réussi à publier, et je ne comprenais plus

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